20 juin 2018

Brothers in arms

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                            Robert Olen Butler, assez peu connu en France, est un aueur célèbre poute-Atlantique. Pulitzer 1993 pour Un doux parfum d'exil. C'est la première fois que je l'aborde, ne sachant rien d'autre. Chez Actes Sud vient de sortir L'appel du fleuve. Un vieillard vient de mourir, vétéran de la World War II. Ses deux fils, quasi septuagénaires sont fâchés entre eux depuis le Vietnam. Le cadet Jimmy est en plus fâché avec son père depuis le Vietnam, qu'il a refusé en filant au Canada. L'aîné Robert lui, y est allé au Vietnam, mais très protégé et loin du front. Ses rapports avec  son père ont été pour le moins distants. Robert est professeur d'université en Floride. Jimmy crée de la maroquinerie. Plus rien en commun, sauf un père décédé, des souvenirs d'altercations triangulaires. La famille dans toute sa splendeur, des épouses... épouses avec ce que cela implique. Un minimum de retrouvailles  est-il envisageable, au moins  au funérarium?

                            C'est un roman que l'on n'oublie pas, creusant encore et encore le fossé des générations qui le nôtre. Dans cette version américaine qui ne cherche jamais l'effet pathétique ni la surenchère, on suit Robert essentiellement. Une rencontre avec un SDF, Bob, un peu sans âge, est-ce un vétéran d'une quelconque autre guerre, agira comme un révélateur, et comme un lien avec  ce passé enfoui, dont les opinions sur le Vietnam et le Summer of love seront étincelles qui étei dront la communication fraternelle, déjà faiblarde.

                           L'appel du fleuve fait écho au drame vietnamien de Robert, pas précisément, un fait d'armes. Ainsi chacun  revisite le temps passé. On hésite sur un coup de fil à donner, priant (qui de nous ne l'a pas fait) pour tomber sur ce merveilleux répondeur qui permet de dire quelque mots sans risques et ainsi mettre la balle du côté de l'autre. Délicieuses petites lâchetés. Quarante-sept années que les frères Quinlan, Robert et Jimmy ne se  sont ni vus ni même parlé.  Jimmy: "Entendons-nous sur un point. Evitons de nous disputer à propos du passé. Si l'on doit se mettre en colère, que cela concerne quelque chose d'immédiat." Robert: "D'accord mon vieux. Seulement on n'a que ça, le passé, toi et moi. Si on se met à parler d'autres choses vont ressortir."

                          Alors il me vient à l'esprit que seul un long silence s'impose quand un demi-siècle de scories recouvre la jeunesse des frères. Ce même silence convient aussi très bien à cette chronique. Lisez L'appel du fleuve, une Amérique de ratages et d'émotions. Ca me va plutôt.

                            

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11 avril 2018

Spécial Bison

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                            Entendons-nous bien, tout le monde a le droit d'écouter ce chef d'oeuvre. Mais, avec Twin Rocks, Oregon c'est surtout à mon vieil ami boucané Le Bison que j'ai pensé en massacrant ce pauvre Shawn Mullins, qui, heureusement a droit à la parole. J'ai traduit la partie parlée et un peu raccourci la chanson. It's yours now! Et une pensée pour notre amie Asphodèle qui a accueilli cette version de toute sa bienveillance.

  

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30 mars 2018

Mots luxes

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                             Un très beau roman, qu'on dira souvent roman d'adolescence, d'initiation, mixte de L'île au trésor et de L'attrape-coeurs. Mais surtout fascinante incursion dans l'univers d'un préado de 13 ans, Miles O'Malley, qui vit à Olympia, extrême Ouest américain, modeste capitale du Washington, sur les bords du Pacifique, ou plus exactement du Puget Sound, bras de mer qui s'infiltre vers le continent. Cette zone est réputée pour sa faune de mollusques et de crustacés. Et Jim Lynch parvient à nous intéresser à l'ahurissante existence de ces curieuses bestioles. Sûr que l'on en apprend de belles sur les hôtes de ce rivage à nul autre pareil. Et c'est déjà une vraie joie de faire connaissance avec le panope, plus gros mollusque du monde, plusieurs kilos et une trompe de près d'un mètre (évidemment annexé comme aphrodisiaque en Asie). Connaissez-vous les dollars de sable (cousins des oursins) et les serpules ( vers ou fleurs, on ne sait pas trop)? Tout cela est d'une verve poétique inattendue. Et le savoir n'est jamais asséné mais distillé comme un doux ressac sur une plage nord-californienne

                            Mais ces côtes pacifiques ne le sont pas toujours et Miles, avec ses découvertes de monstres marins inhabituels, mais c'est le propre de cette microrégion que de receler des curiosités, va se trouver malgré lui au centre d'une polémique, tel un gourou annonciateur d'apocalypse. déferlent sur les plages des touristes, des scientifiques plus ou moins sérieux, l'inévitable secte catastrophiste, et bien sûr des journalistes. Miles, qui peine à grandir, et son copain  Phelps, évidemment une grande asperge, continuent d'arpenter les rivages et de filer à vélo pour recueillir des échantillons grouillants de la vie marine et sous-marine locale. Quoi que travaillé sur le plan hormonal notamment par les seins de sa voisine Angie, d'une vingtaine d'années, accessoirement fille de juge et bassiste vaguement hard rock, Miles en est encore à s'étonner de la présence de certains types de méduses. "Les cinq vélelles connurent un succès instantané. Les puissants vents d'ouest rejetaient fréquemment des milliers de vélelles sur les côtes sablonneuses de l'état du Washington. Sauf que ces petites méduses-qui ressemblent à des spinnakers de voiliers miniatures-avaient visiblement traversé le Paicgique et vogué jusqu'à l'entrée de Skookumchuck Bay, ce qui en faisait des championnes de la navigation."

                            Je l'ai dit plus haut. Je l'ai dit plus haut. Il y a du Jim Hawkins et du Holden Caulfield dans ce gamin de Miles O'Malley. Mais les prestigieux parrainages de Stevenson et Salinger ne doivent pas impressionner ni faire craindre trop de redites. Jim Lynch a su créer un très beau monde original avec des relents d'originel, comme une aube d'humanité, ode à la vie marine et à la vie tout court. A travers Miles et croisant le fer face aux incertitudes de la pollution et aux préjugés tenaces on se prend à espérer de beaux jours sur ces rives pacifiques nord. Et de belles heures à lire Les grandes marées (Gallmeister), premier roman de Jim Lynch, que quelques-uns ont peut-être déjà lu sous le titre A marée basse (Editions des Deux Terres, 2008).

                           

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11 février 2018

C'est pas tout ça, rendez-moi les Beach Boys

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                            Ce bouquin est lauréat du Pulitzer 2016. Une référence. Méritée. C'est un grand livre. Et les chroniques ont été la plupart du temps très élogieuses. Je maintiens, c'est un grand livre, très bien écrit, qui ne vous lâche guère. A une condition, il faut être soi-même surfeur, et même, à mon avis, surfeur globe-trotter pour l'apprécier à sa juste valeur. William Finnegan, grand reporter,quand il n'était pas  sur les planches, a une plume magnifique pour épouser les rides, les droites et les gauches, décrire ses chevauchées sur les spots du monde entier. Mais vous n'arriverez pas à me faire croire que tant de lecteurs puissent sans s'estourbir le suivre dans ses encyclopédiques circonvolutions de short-board ou de pintail.

                            Nous sommes donc en présence, ça arrive de temps en temps, du chef d'oeuvre quasi illisible. Et pourtant je l'ai lu, j'en suis venu à bout, après force paquets de mer. Mais comme le temps m'a paru long à infiltrer des reefbreaks et à faire des duck-dives. J'en suis épuisé. Il m'a fallu un mois pour parcourir le monde entier en compagnie de Finnegan. J'en ai marre des outside de Madère, des lineup de Samoa, des cutback de Waïkiki. C'est le ton de Jours barbares et c'est peu dire qu'il reste assez peu de place, malgré 520 pages, pour la vie dans les îles du Pacifique Sud, voire les  écoles d'Afrique du Sud ou William Finnegan a trouvé un peu de temps pour enseigner.

                           N'empêche, ce récit a  du souffle, ce souffle vital aux surfeurs de Californie et du reste du monde. Ce monde qui semble tourner à 90% dans le but d'émouvoir les adeptes de ce sport, vaguement philosophie, plus sûrement addiction. On peut lire Jours barbares et le trouver assez fabuleux. C'est mon cas. On peut y avoir sué sang et eau salée. C'est aussi mon cas. On pourra aussi, syndrome d'Ulysse et Joyce, se montrer perplexe quant à ceux qui auraient pris leur pied (goofy foot ou regular foot) sans avoir parfois envie de sortir des rouleaux, un peu compresseurs.

                           M.Finnegan, vous êtes un grand auteur. Je  sais que vous étiez aussi au Soudan ou dans les Balkans. On surfe peu à Sarajevo. Si vous m'en parliez je vous écouterais volontiers. Les rares paragraphes non surfés, par exemple quelques lignes sur les autochtones de Madère, formidables, en sont témoins. En attendant rendez-moi un  le Surfin' U.S.A des Wilson Brothers. C'est un détail pour vous, mais pour moi ça veut dire beaucoup. "C'mon! Brian, Carl, Dennis,c'mon!"

                                     

 

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20 décembre 2017

Voyage ultime

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                                Dans la bien belle vague des écrivains indiens il en est qui ne sont pas étatsuniens. Richard Wagamese, disparu au printemps dernier, originaire de l'Ontario, est donc un Canadien de la nation Ojibwé. J'ai beaucoup lu les  textes de ces auteurs amérindiens, Welch, Owens, Treuer, Alexie. Medicine Walk, titre original du présent ouvrage est vraisemblablement l'un des meilleurs. Non que la trame en soit tout à fait originale, tournant toujours autour de l'identité de ces déracinés dans leur propre pays. Franklin Starlight, seize ans, est appelé au chevet de on père Eldon qu'il connait à peine. Ce père est très malade, les années d'alcoolisme, de violence et de dépression. Tous  deux vont alors entreprender un dernier voyage, préfunéraire en quelques sorte, un grand classique des la tradition indienne. Les étoiles s'éteignent à l'aube, je n'aime pas trop le titre français grandiloquent, conte ce  dernier périple au coeur de la Colombie Britannique. Plusieurs retours sur le passé d'Eldon, sa mère, la Corée, le si difficile retour au civil. En finira-t-on jamais avec l'héritage de la conquête?

                              Voilà un magnifique roman, très fouilllé, qui interroge aussi bien la prodigieuse nature ouest-américaine que la douloureuse histoire de la nation Ojibwé. Eldon et Franklin vont très lentement, pourtant ils disposent de peu de temps, s'apprivoiser ou plus modestement faire un peu connaissance. "Je viens pour avoir un peu de paix ici, Frank. Ici c'est le seul endroit où j'ai l'impression d'être chez moi, comme s'il était fait pour moi, où j'ai jamais fait de conneries. J'ai pas pu penser à un meilleur endroit pour mourir." C'est magnifique et l'on partage les tourments du père comme du fils, tous deux victimes tardives de l'histoire. J'ai aimé la partie de pêche à la truite, une des rares rencontres père fils avant la dernière. Aimé aussi l'importance des herbes, des plantes médicinales, les gestes du travail à la ferme de Franklin chez le vieil homme qui l'a recueilli.

                             On respire les senteurs du Grand Ouest, harassé de courbatures suite au travail de flottage des troncs. Sellez votre vieille mule et suivez discrètement Franklin cheminant près de la vieille jument sur laquelle est attaché son père Eldon, vacillant, en sursis. Il doit tenir bon jusque là-haut.

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30 octobre 2017

Un ange est passé, un peu maudit

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                             45 ans séparent la rencontre de Ligeia et des frères Bill et Eugene dans une bourgade des Appalaches, en Caroline du Nord, et la découverte des ossements de cette dernière. Elle avait dix-sept ans et su tourner la tête aux deux frangins sous la coupe de leur grand-père médecin et notable local, peu enclin aux nouveautés de la fin des sixties, ni en musique ni en libertés. Ligeia est presque un archétype, celui de la jeune fille moderne et qui se lance à corps perdu dans les expériences toute fraîches. Dame, c'est bon  de vivre cette époque du presque tout est permis. Manque un peu de jugeote la Ligeia. Et là intervient mon inamovible couplet sur la similarité entre la rebellion et la convention. A savoir que des milliers de jeunes crurent se singulariser en faisant appel à la chimie des paradis artificiels et tombèrent vite, très très vite pour certains, dans la triste banalité des chambres d'hôtel d'où l'on ne se réveille guère. Fin d'aparté.

                            Ron Rash n'a besoin que de 200 pages pour aller à l'essentiel. A savoir que c'est un peu un ange exilé qui a bouleversé la vie des frères.  L'ange exilé (Look homeward Angel) est aussi le titre du roman posthume de Thomas Wolfe, auquel Par le vent pleuré (The Risen) fait référence. Thomas Wolfe est une icône de la littérature américaine que peu de gens ont finalement lue. Je vais quant à moi essayer de pallier cette carence. Ce n'est pas vraiment la rivalité ni la jalousie qui vont dégrader la fratrie au contact de la très libérée Ligeia. Plutôt une différence d'appréciation peut-être due aux quelques années qui les séparent. Au bout du compte, quarante ans plus tard, l’écart entre les deux frères ne s'est plus jamais réduit jusqu'à leur mise en cause concernant l'éventuel meurtre de la jeune fille. Bill est un chirurgien réputé, engagé socialement, bon père de famille. Eugene est un écrivain qui n'a pas écrit grand-chose, alcoolique en rupture avec sa femme et sa fille. Caïn et Abel en quelque sorte.

                           Comme bercé pas les effluves rock  de Jefferson Airplane ou Moby Grape, et moi, rien que de lire ces noms dans un roman m'emporte déjà, le beau récit de Rash, sans être inoubliable, instille une petite musique qui m'a touché, de celles qui sinuent tout au long d'une vie, la mienne, ou celle de ces deux frères tout deux brisés, chacun à sa manière. Le fait que ce soit complètement ma génération n'y est bien sûr pas étranger.

L'avis d'Eva  Tu vas t'abîmer les yeux (que je viens  de découvrir).

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16 octobre 2017

Subterranean rhapsody in blues

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                                     Encensé par la presse française lors de la rentrée littéraire Underground Railroad est effectivement un bon livre. Pas tout à fait l'oeuvre majeure comme le disent certains. Il faut dire que Ballades pour John Henry m'avait tellement sonné il y a quelques années que j'ai trouvé ce dernier roman un peu plus appliqué. Je crois que le sujet est un peu connu maintenant, du moins pour ceux qui suivent les parutions car on en a pas mal parlé et il se vend assez bien. Ce fameux Underground Railroad est en fait le réseau mis en place vers 1850 par les abolitionnistes américains pour faire évader les esclaves noirs des plantations du Sud. Point commun avec le working class hero John Henry, on finit par ne plus démêler le vrai du faux, la légende de la réalité. Alors imprimons la légende (John Ford mais vous savez tous ça).

                                   Cora est une jeune esclave en fuite qui traversera plusieurs états depuis la Georgie et connaitra des fortunes diverses tout au long de ce fameux réseau dont Colson Whitehead nous conte les détails de fonctionnement avec  ses gares, ses chefs de train, ses tunnels, tout cela avec une belle imagination. Mais du ferroviaire l'organisation possède surtout la terminologie  et c'est d'ailleurs assez fascinant. Quoi qu'il en soit Underground Railroad a le souffle d'une locomotive performante et les ramifications d'une carte secrète. Habilement construit tant sur le plan chronologique que géographique le périple de Cora s'avérera épique et dangereux, tributaire des mauvaises rencontres fréquentes et des bonnes volontés, plus rares. La haine et le mépris pouvant prendre différents visages, la crédulité aussi.

                                  Une  expérience de ferme participative dans l'Indiana sera cruciale dans  le destin de Cora. N'en disons pas trop, le voyage au coeur américain du XIXème Siècle, se lit comme un roman, un grand roman qu'il est, et qui explore en une parabole qui frôle le fantastique, voire plus, avec ce train fantôme surgissant de nowhere, la face sombre de la construction d'un empire presque galactique où le grandiose a souvent chevauché avec l'abject. Comme partout. Je crois savoir qu'une série devrait être tirée rapidement de ce chemin de fer clandestin, sous la houlette de Barry Jenkins (oscarisé pour Moonlight).

Ce qu'en  a pensé Claudialucia  ici

                                   

                          

                                  

 

 

 

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02 juin 2017

West Coast Promotion

Un verre

                               Roman posthume de Don Carpenter, écrivain que l'on redécouvre ici, 10-18 en soit remerciée, Un dernier verre au bar sans nom est mon quatrième livre de cet auteur. J'ai chroniqué ces trois autres romans. Avec beaucoup d'enthousiasme La promo 49, avec ennui Deux comédiens, avec intérêt mitigé Sale temps pour les braves. Mais ce dernier verre m'a régalé. Je pense au Bison qui devrait apprécier ce tableau de groupe de la Côte Ouest, une douzaine d'années fin fifties début sixties. Don Carpenter arrive après la génération beat, Kerouac, Burroughs, Ginsberg. Il n'est pas un écrivain de la route, plus proche de Richard Brautigan. Comme beaucoup Carpenter a cafouillé un peu du côté d'Hollywood sans laisser beaucoup de traces.

                              Dans Fridays at Enrico's (en V.O.) il nous immerge dans la vie littéraire et libertaire de cette bohème californienne des années soixante juste avant l'explosion flower. Un couple, Jaime et Charlie, tous deux écrivains, Jaime plus douée que Charlie, entre succès d'édition et impuissance créatrice.  Tout ce bobo monde est remarquablement bien campé par Carpenter qui connait le sujet. Et puis il y les autres, les amis, souvent rivaux, Dick, Stan, parfois passés par la case prison, toujours par l'inévitable et si conformiste case paradis artificiels, ça  me fatigue ça. Certains feront même fortune, piscine et "parties", en quête de ce qui pourrait ressembler au bonheur. Cette "pursuit of happiness" se révèle la plupart du temps "so vain". Je sais, j'ai truffé de mots anglais mais honnêtement ce livre est tellement  West Coast... (tiens, je recommence).

                            C'est donc une formidable balade dans cet univers de marginaux parfaitement snobs, n'ayant pas peur des contradictions, mal à l'aise dans le milieu mais crachant rarement sur les royalties. C'est aussi un roman écrit par un Carpenter malade et déprimé qui, on le sait, rejoindra son vieux pote Brautigan dans l'ultime nuit volontaire. Le plus difficile dans ce beau roman est de ne pas s'effondrer de nostalgie, de ne pas céder aux sirènes du Pacifique et du c'était mieux avant. Et puis après tout on s'en fout. Ce texte est souvent très fort et on les aime ces semi-losers qui ont été là, sur Laurel Canyon, finalement au bon endroit au bon moment. Je vous conseille d'y faire un tour. Moi, j'ai aimé, bien que ma West Coast à moi soit plutôt seventies et se réfère surtout aux musiciens. 

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28 mars 2017

Chants du Cygne

Masse critique

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                               Snobissimo, le milieu dépeint par Melanie Benjamin, au coeur d'un New York palpitant, mais huppé puisque Les Cygnes de la Cinquième Avenue sont les femmes les plus fortunées, les mieux mariées, les plus élégantes de la Big Apple. C'est ainsi que les appelle le maître d'oeuvre de cette mise en scène, le grand ordonnateur des fêtes les plus dispendieuses en ces années soixante. Truman Capote, vous l'aviez reconnu, le célébrissime auteur de Breakfast at Tiffany's et de De sang froid, accessoirement connu comme une langue de vipère à la prose assassine. Je me méfiais bien un peu de cette incursion de plus de 400 pages au coeur de la jet set newyorkaise de cette époque, craignant de m'y sentir mal à l'aise et surtout de m'y ennuyer prodigieusement entre cocktails, défilés de mode et yachts caribéens. D'ailleurs je n'ai lu ce roman, en épreuves non corrigées, que dans le cadre de Masse critique de Babelio que je remercie. Or Les Cygnes de la Cinquième Avenue s'est révélé un excellent bouquin, bien plus profond que je ne l'imaginais.

                              La vie de Barbara "Babe" Paley, la plus emblématique de ces dames, toute entière vouée au luxe et au paraître, alors même qu'elle évoque très peu par exemple les quatre enfants de ses deux mariages, est distillée par Melanie Benjamin quaisment à l'aune, unique et exclusive, de sa rencontre et de son amitié avec Truman Capote, ce personnage ambigu, tout en fascination-répulsion, grand talent littéraire et insupportable cabotin. Il faut se rappeler l'omniprésence, au coeur de l'intelligentsia de la Côte Est, de Capote, à la fois histrion et intello, passionné par le meurtre gratuit perpétré par deux jeunes hommes dans le Kansas ( cela donna  De sang froid, livre de Capote, puis film de Richard Brooks), fashion victim, icône gay avant l'heure, ami de tout le gratin de Jackie Kennedy à Andy Warhol, bref de tout ce qui comptait dans la jungle urbaine branchée. Il faut lire notamment les pages sur le célèbre Bal en noir et blanc donné par Truman, où l'on croise Sinatra et Bacall (ce roman n'est pas avare en name dropping). Bouffi et extravagant, moulinant de grands gestes, Capote va finir par blesser la belle faune de là-bas, ses chers cygnes glissant apparemment sans effort de cocktails en vernissages. Son recueil Prières exaucées ne paraîtra vraiment qu'après sa mort. Mais quelques-uns des textes qui le composent seront lisibles dans le magazine Esquire. Devenu la caricature de lui-même, cynique et pathétique, il  dépeint, à peine masqué, ses chères et tendres amies dans la nouvelle La Côte Basque (c'est le nom d'un restaurant de prestige). Ce sera la fin de ses relations avec Babe, mais aussi les autres, Slim, Gloria, C.Z., etc...

                              Meurtris, ces fameux Cygnes de la Cinquième Avenue qui n'ont bien sûr rien d'oies blanches, vont ainsi vieillir, bientôt malades, et affronter un ennemi inachetable par leurs différents, successifs et richissimes époux. C'est toute cette histoire courant sur une douzaine d'années, et leurs rapports avec Truman Capote, grand écrivain et serpent venimeux, que raconte très bien Melanie Benjamin. C'est un éloquent portrait de groupe avec chute d'une société aux commandes, ou qui croit l'être, ce qui n'évite pas forcément l'essoufflement et le crash final.

                            "La poitrine de Truman ressemblait à celle d'un ange, si innocente, la peau si blanche, entièrement recouverte d'un  fin duvet doré qui semblait l'éclairer d'une lueur éthérée. Ses biceps étaient étonnament bien dessinés et, avec son visage boudeur, son regard rêveur, il aurait pu passer pour un Adonis, si ce n'atait ce ventre légèrement grassouillet".

 

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17 mars 2017

Born on the bayou

Les maraudeurs 2

                     Pardon à mes amis de Creedence Clearwater Revival mais je n'ai pas résisté. Pour certains ce sera  plutôt Dead on the bayou dans cette aventure à la couverture illustrée  d'Al.E.Gator. La Barataria est le personnage central des Maraudeurs, sorte d'entité amphibie faite de bras morts, de mangroves, de pêcheurs de crevettes et de pétrole voisin. Mais attention, Katrina est passée par là. Ruine, pollution et déchets à toutes les profondeurs. Ajoutez des jumeaux, disons brutaux, un manchot chercheur de doublons datant de la splendeur pirate louisianaise, et quelques autres specimen de la faune locale au QI inférieur à l'oppossum si courant dans les cheniers des bayous. Ces gars là font pas dans la tendresse et le zydeco des cajuns n'a guère adouci leurs moeurs.

                    Quatre cent pages tambour battant, qui seront expédiées très vite tant les moustiques et les serpents mocassins vous talonneront les mollets et ainsi vous aurez vécu une super aventure au coeur des bayous du delta, sur les traces du boucanier français Jean Lafitte. C'est que la grande histoire s'invite aussi au festin de gombos et mint juleps et les noms français abondent dans ce festival où se cotoient les épices les plus fines et de méphitiques marais qui se referment bien vite sur certains protagonistes. C'est aussi un roman qui n'occulte pas les misères de ce Deep South et son quasi abandon depuis l'ouragan. James Lee Burke, entre autres, a beaucoup raconté le pays dans ses polars. La Nouvelle-Orleans, cette métropole déchue y apparait gangrenée comme jamais, et pas seulement sur le plan bactériologique. L'essentiel des péripéties des Maraudeurs se déroule dans la bourgade de Jeanette, où un bateau, si vieillot soit-il, constitue le meilleur moyen de survie, en même temps qu'un danger permanent vu les créatures visqueuses, venimeuses, ou squameuses qui hantent la Barataria.

                  Embarquez, moussaillons, sur l'un des rafiots du capitaine Tom Cooper, qui pour son premier roman, et avec quelle énergie, mêle allégrément coups fourrés, trafics divers, chasse au trésor, rêves de fortune et beaucoup d'humour. Méchamment hilarant, ne ment pas la quatrième de couv. Laisse le bon temps rouler!

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