17 décembre 2012

Des gens ordinaires

wolff

            Dix nouvelles forment ce recueil de Tobias Wolff dont je n'ai lu que l'excellent bouquin sur le Vietnam Dans l'armée de Pharaon et dont je n'ai vu que l'adaptation de son livre Un mauvais sujet qui donna le film Blessures secrètes (Di Caprio,De Niro). Curieusement ce n'est pas la même nouvelle qui donne au livre son titre original.Voilà un livre qui est tout de sécheresse et de tranchant,des instants volés dans des vies américaines.Ils n'ont rien de transcendant,les personnages de Wolff et on n'a pas forcément envie d'en faire des amis.Et quelque chose en eux de pessimiste nous fait parfois nous sentir un peu mieux.Après tout on a un peu plus d'allure qu'eux,nous semble-t-il.

            La nouvelle titre,Chasseurs dans la neige,n'a rien de glorieux et il s'agit de trois chasseurs plutôt bas de plafond qui se querellent sur fond de médiocrité. Plusieurs nouvelles étudiants et professeurs sans que l'on sache quels sont les plus malheureux, englués qu'ils sont dans leurs conventions.Brooke par exemple est un enseignant qui se laisse entraîner dans une infidélité d'un soir,se laissant ainsi deviner par un collègue antipathique qui ne dira rien d'ailleurs.Mais quand même,cette aventure le met à la merci de  ce type qu'il n'aime pas.C'est pour le moins désagréable.Tout paraît assez petit dans ce recueil et ces petitesses font parfois notre vie à nous aussi.Pour cette raison un léger malaise m'a envahi à la lecture de ces textes,des vies commes lues par le petit bout de la lorgnette. L'institution universitaire,notamment dans Dans le jardin des martyrs nord-américains,nous est présentée comme particulèrement sclérosée.Tobias Wolff doit bien connaître ce monde,c'est vrai qu'il est lui-même professeur à Syracuse.

               Braconnage,le texte le plus beau à mon avis,explore le difficile retour à la nature d'un père en instance de divorce.Souvent chez Wolff on a l'impression que les choses restent en suspens,on n'est jamais sûr que cela soit fini.Un peu comme le voyage dans un car hors d'âge de la dernière nouvelle Le menteur.Un peu comme cette chronique...

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14 octobre 2012

Une couverture pour le Bison,cuir bien tanné

9782226169945

                            Torrentiel et nourricier comme une rivière de l'Ouest, ce roman du Canadien Guy Vanderhaeghe, déjà visité ici avec Comme des loups (Le magnat, le scénariste et le vieux chasseur), La dernière traversée est un voyage vers l'Ouest assez proche de l'itinéraire d'Audubon,mais situé une vingtaine d'années plus tard, en 1871. Autant vous dire que c'est un bol d'oxygène littéraire après le pensum susdit.Deux frères anglais s'enfoncent dans l'Ouest à la recherche d'un troisième, disparu. L'un est un officier plein de morgue, l'autre un peintre qui peine à trouver sa voie. Simon,dont on est sans nouvelles,s'est fait embobiner par un prêcheur fanatique.D'autres personnages,une jeune femme dont la soeur a été tuée,un métis coureur des bois,des brutes dégénérées. Je ne prétends pas que La dernière traversée soit terriblement original.Mais c'est un très bon roman qui vous emporte sur sa  selle en territoire indien,avec un souffle et des caractères bien trempés et ce rêve de l'Ouest qui sommeille en chacun de nous.

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                    Conscient d'avoir déçu l'ami Le Bison avec Journal du Missouri je ne peux que l'inciter à chausser ses éperons pour ce roman dont l'illustration le ravira certainement.Annie "Brokeback Mountain" Proulx signe la préface,enthousiaste.Au long de 460 pages bien des sentiments parcourent cette aventure pleine de pauvres types prêts à se ruiner pour un filon inexistant et qui de la fortune ne connaîtront que le whisky de contrebande à vous tordre les boyaux et à abrutir les Indiens.Mais Guy Vanderhaeghe reste un romancier de facture classique et avec juste ce qu'il faut d'opposition fraternelle nous concocte une bonne histoire très bien imagée. Je retiendrai notamment les pages souvenirs de la Guerre de Sécession racontée par l'un des protagonistes.Digne de Stephen Crane ou Ambrose Bierce qui savaient ce dont ils parlaient.Tou cela est dans la bien belle collection Terres d'Amérique chez Albin Michel.Comme Welch, Owens, Treuer, une foule d'autres qui régalent bien des lecteurs de mes connaissances.

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06 octobre 2012

Un quotidien platounet

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           Ce Journal du Missouri peut se lire comme un document,un témoignage.En aucun cas comme un roman et encore moins comme une oeuvre littéraire.J'ai déjà évoqué Audubon et ses célébrissimes planches ornithologiques,somptueuses et rêveuses.1843, Audubon et ses collaborateurs remontent le Missouri sur un bateau de trappeur,s'enfonçant vers l'Ouest en territoire indien.Audubon rapporte des faits,des descriptions,des chiffres surtout.Et,honnêtement,l'on s'ennuie assez vite,tout en replaçant ce récit dans son contexte historique qui considérait les animaux comme de la viande et les Indiens à peine mieux.Après ses Oiseaux d'Amérique le naturaliste dessinateur veut créer un équivalent qui s'appellerait Les quadrupèdes vivipares d'Amérique et pour cela il faut, toujours plus avant,pénétrer le "Wilderness".

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              Depuis toujours passionné par l'histoire de l'Ouest j'eusse aimé écrire un billet enthousiaste et ébloui mais,et Michel Le Bris l'indique dans sa préface,les hommes ne sont que ce qu'ils sont.Et Audubon et ses hommes ne sont pas particulièrement fréquentables du moins à l'aune de notre  XXIème Siècle.Il décrit certes assez bien le fleuve,les bancs de  sable,le périple jusqu'à la Yellowstone River en un voyage laborieux et cahotique.Une obsession,dessiner comme on dégaine,vite et beaucoup et comme on ne connaît pas la photo,dessiner c'est tuer.Je devrais dire c'est massacrer.A chaque page,je n'exagère pas,l'un ou l'autre tire et tue,et tout y passe.Du bison qu'ils disent pourtant déjà en voie de diminution au chien de prairie,du canard au bighorn,sorte de mouflon,de l'écureuil au wapiti.C'est lassant et l'intérêt s'émousse assez vite.N'étant pas un auteur Audubon est très répétitif et on se doute que l'écologie n'est guère la préoccupation de ces voyageurs.Les loups sont par exemple une quinzaine de fois appelés brigands, gredins ,scélérats. Allégrément décimés pour leur peau que souvent d'ailleurs on laisse sur place quand l'animal est maigre.Bien connus ils n'ont pourtant nul besoin d'être croqués par un crayon quelconque.Des centaines de bisons abattus dont on ne prélève que les meilleurs morceaux,on n'a pas attendu Buffalo Bill.

            Bien que rattaché au beau challenge Challenge Red Power de Folfaerie et ses lectures au coin du feu il me faut bien convenir que les Red n'ont ici plus beaucoup de power.Concernant les Indiens un western classique sera encore un plaidoyer par rapport aux termes dont les affuble Audubon. Crasseux et mendigots sont les épithètes les plus courants pour les définir.Vous ne trouverez dans Journal du Missouri aucun chef charismatique,aucun guerrier de noble allure,aucun grand chasseur de surcroît.La plupart,tels des charognards,se contenteraient même des restes de gibier laissés sur place par les conquérants.Avouez que c'est un comble.Ce n'est malgré tout pas le plus grave car il faut toujours resituer.Non,le plus grave c'est que je n'ai senti ni souffle, ni lyre, ni poésie des grands espaces.Ce voyage ne fera pas partie de mes grands souvenirs d'aventures aux livres.Le contraire des ouvrages dont parle Dominique dans sa trilogie Equipée sauvage Une confidence:je n'ai lu Journal du Missouri que parce qu'aucun des récits de sa sélection n'était disponible.

    Pour Audubon,si peu écrivain, revenons-en aux fondamentaux,ceux de l'impérial peintre des oiseaux.J'peux vraiment pas les voir en peinture(8)

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30 septembre 2012

Militer,limiter

DOS

          Pour le challenge d'Asphodèle j'ai choisi de lire John Dos Passos si souvent cité jadis avec Hemingway, Steinbeck et Faulkner parmi les phares littéraires du siècle américain.Mais avec Aventures d'un jeune homme si l'on est bien dans les années 20-40 on est à mille lieues de la jet-set,du Paris de la Coupole que fréquenta pourtant Dos Passos,et de la demeure  de Gatsby.Il faut dire un mot sur le parcours idéologique de Dos Passos. .Pour faire court on dira qu'il est parti d'une gauche assez radicale pour finir nettement à droite.Ceci n'est pas un problème mais aide à situer un peu l'écrivain,actuellement en un sérieux purgatoire.Je n'avais lu que l'extraordinaire Manhattan Transfer, hallucinant collage de destins dans la ville,lu quand j'avais 25 ans.Mon souvenir en est ébloui mais il arrive que le souvenir soit plus fort que l'éblouissement.

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           Ce roman raconte les aventures politiques et amoureuses de Glenn Spotswood, jeune Américain,fils d'un professeur pacifiste. Pas particulièrement nuancé, tout comme Dos Passos à cette époque,on a vite compris de quel côté penche Glenn.Attiré par le Parti Communiste, il s'enthousiame pour l'action des mineurs et des chicanos. Rien de bien surprenant. Il s'engage pour la guerre d'Espagne, bardé de certitudes,de celles qui courent encore partout et que j'appelle tragiques hémiplégies.Mais les querelles de chapelles finiront par miner Glenn.Après les "pur et dur" et les progressistes à peu de frais, de nouvelles désillusions l'attendent, et le destin de Glenn prendra sa mesure. A travers la vie d'un homme, Dos Passos passe doucement sur le plan littéraire de l'inventivité de ses jeunes années à un néo-conformisme inévitable,celui qui nous étreint tous un jour ou l'autre.

        Ce n'est pas un personnage qui m'a réellement intéressé.Aventures d'un jeune homme est somme toute très convenu et des beaux quartiers de New York aux frontières mexicaines,de la soviétophilie aveugle aux maquis de Catalogne,je me suis bien ennuyé un petit peu.Un retour à Manhattan Transfer s'imposerait-il?Mais le temps?

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26 septembre 2012

Trois livres parmi d'autres

diable

perdus

 Enfants_de_poussiere

                 Et c'est à peu près tout.Coup sur coup trois romans américains qui ne sortent guère des sentiers battus.Pas désagréable tout ça, mais qu'on est bien content d'avoir emprunté au service public.Le diable,tout le temps nous présente des Américains particulièrement bas de plafond. Pêle-mêle un vétéran du Pacifique évidemment traumatisé,un prédicateur et un infirme dégénérés, un pasteur obsédé,un couple assassin d'auto-stoppeurs.Du tout venant,de l'ordinaire,et surtout du déjà vu.Une drôlerie à signaler:la quatrième de couv. évoque Flannery O'Connor,CormacMcCarthy et Jim Thompson.Rien que ça! Mais Athalie de A les lire,par exemple n'est pas du tout de mon avis..Le diable tout le temps Donald Ray Pollock

                 Le livre de Brian Leung lorgne du côté, pas mal exploité aussi,de la double appartenance de la communauté chinoise immigrée en Amérique.Nettement plus intéressant que le livre cité ci-dessus,Les hommes perdus traîne quand même pas mal en chemin.Un père,Chinois,gravement malade,retrouve son fils qu'il a jadis confié à des parents de son épouse américaine.Ce fils,lui,n'a plus grand-chose de chinois,il a même changé de nom.On peine à s'intéresser aux atermoiements du père qui tient avant de mourir à emmener son fils fraîchement retrouvé en Chine.Curieusement c'est dans les rapports des deux générations que Les hommes perdus m'a paru meilleur.Tout ce qui tourne autour de la Chine manifestement, n'intéresse pas le fils,guère plus le père,et moi pas tellement. Les racines me fatiguent un peu parfois.

                  Quant au "native polar" de Craig Johnson,Enfants de poussière, il se lit bien,c'est déjà ça.L'Indien arrêté,un colosse que l'on imagine ressembler à Will Sampson,l'ami de Jack Nicholson dans Vol au-dessus d'un nid de coucou,est aussi un ancien du Vietnam et il a tellement tout contre lui qu'on se doute que...Les dust children sont les enfants d'un G.I. et d'une Vietnamienne,la plupart du temps assimilée à une prostituée.Evidemment c'est pas facile pour eux ni pour les dust grandchildren,la seconde génération. Il y a toute une série de romans avec les deux récurrents,le flic et son ami,dit La nation Cheyenne,souvent adorés des blogueurs.Moi j'en resterai là.

               

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29 juillet 2012

Accusé de pâleur

  untitled

                         Je n'avais plus lu Michael Connelly depuis une dizaine d'années, déjà un peu lassé au bout de cinq enquêtes.Cet été je suis donc retourné à L.A. pour une déception assez marquée. Volte-face est un produit de confection qui n'a plus rien du thriller comme les concoctait le Michael Connelly de Créance de sang ou L'oiseau des ténèbres.Une précision:on est plus dans le prétoire que dans le polar.Ce qui veut dire pas mal de verbiage administratif et très peu,pas du tout,d'action,puisqu'il s'agit d'une possible erreur judiciaire que l'on réexamine après 24 ans,cause ADN.Mais le système pénal américain est assez récalcitrant au profane et s'est pointé rapidement un sentiment d'ennui.J'ai cependant accordé un sursis à Connelly et ai finalement assisté à toute l'affaire,qui pour moi ne restera pas dans les annales littéraires.

                 J'aimais bien Harry Bosch,un des enquêteurs récurrents de Michael Connelly.Mais dans Volte-face il ne tient guère qu'un rôle subalterne derrière le narrateur,avocat de la défense en général,passé exceptionnellement du côté de l'accusation contre le prévenu,que l'on rejuge pour le meurtre d'une enfant,voire de plusieurs.Et l'auteur de nous initier aux arcanes de la procédure,ce qui tient du pensum.C'est curieux comme j'ai trouvé tout assez laborieux dans ce roman,les palabres s'accomodant mal du thriller et l'enquête ne palpitant guère.De grâce messieurs les auteurs laissez un peu les serial killers en liberté.Ils ont bien le droit de s 'exprimer car dans le box des accusés ils sont souvent bien ternes et Volte-face aussi fait pâle figure.Ou simplement l'imagination manque à Michael Connelly,ce qui est pardonnable et peut arriver à beaucoup,notamment aux écrivains (trop)prolifiques.

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28 mai 2012

Canyon un peu boulet

canyon

         La facture est très classique,le thème rebattu,la nature hostile mais rédemptrice,le mal bien identifié et l'Ouest sauvage barré de tractopelles. Compris,on est dans le nature writing,mais un peu de série.Trois générations, Justin,professeur,Paul,son père,bougon,une culasse de carabine à la paume et à l'esprit,Graham,son fils,préado sensible.Hommes des bois pour un week-end,ça va mal se passer.Couplet sur les rapports père et fils,pas mal sans plus,un peu pesant sur la gâchette.Brian,lui,couturé du dedans et du dehors,est de retour d'Irak comme on revenait du Vietnam dans les années Platoon-Deer hunter.

     Karen,la femme de Justin,en cinquième rôle maximum,et minimum quota féminin si j'ose dire.Promoteurs très pro-promoteurs,Tom Bear Claws,Indien de son état,pro-casino sous couvert de défendre la tradition.Guest star un grizzly qui n'existe pas dans l'Oregon,paraît-il.Ben voilà c'est à peu près tout ce que j'ai à vous en dire.Un roman aussi surprenant qu'une soirée télé sur M6.La couverture évoque Délivrance de James Dickey,ce qui est pour le moins très excessif.Je joins ici l'avis de Keisha,guère plus enthousiaste.

http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-le-canyon-99140392.html

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15 mai 2012

Mort d'un caïd

9782869302013

      William Riley Burnett (1899-1982),vous le connaissez sans le savoir peut-être,si vous êtes amateurs de films noirs.Voyez les photos ci-dessous.Nobody lives forever,Fin de parcours date de 1943 et c'est un très bon roman noir dont l'originalité est que le gros coup dont il s'agit n'est pas du tout un meurtre,mais un mariage d'argent que le caïd d'âge mûr (c'est à dire quarante ans pour l'époque) envisage comme une escroquerie.Il y en a de pires.Et la presque totalité du roman se passe sans un coup de feu,bien qu'il y ait comme un coup de foudre de la veuve en or pour le gangster bien habillé.

     Donc pratiquement pas de privé,ni de flic ici mais quelques comparses,seconds rôles comme le polar hard-boiled ou le cinéma noir les affectionnent.Doc,sous perfusion toxico,maître-chanteur accessoirement,Windy,bas de plafond,Johnny l'avocat forcément véreux indispensable à la défense d'un boss du business,et Toni, vénale, fatale un peu,sexy pas mal,et vulgaire à la folie.La Californie des années quarante,le Mexique comme fuite éventuelle,une vague allusion à la guerre,en Europe ou dans le Pacifique.Certains prennent des pruneaux en Floride,d'autre des obus en des îles lointaines.Ce n'est pas trop ça qui empêche Farrar,ou Lloyd (il a pas mal de pseudos) de dormir.La peur de la taule,oui d'où les tendances suicidaires du personnage.

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           Horace,Raymond et Dashiell (ils m'accompagnent depuis si longtemps que je les appelle par leur prénom) ne sont pas les seuls.Et les films adaptés de WRB sont légion.Il a d'ailleurs aussi adapté les autres,Scarface notamment.Cette littérature, on le sait maintenant,est essentielle. Quelques exemples de noirs mais il faut savoir que certains bouquins ont aussi été tournés en version western,La ville abandonnée,L'or du Hollandais.

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cesar

 

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13 mai 2012

Ma cabane en Alaska

desolations

        Impressionné comme beaucoup par Sukkwan Island j'ai attendu un peu pour aborder Caribou Island.Ca me rappelle une jolie chanson  qui s'appelle J'irai jamais sur ton island.Parce que les islands vues par David Vann c'est pas de la tarte.Le premier livre était assez désespéré.Le second,Désolations,pour une fois le titre français n'est pas trop mal vu,serait plutôt désespérant.C'est pire.D'abord David Vann a le chic pour nous présenter des personnages médiocres, inintéressants, souvent pas mal beaufs,vaniteux.Inintéressants? C'est pas  sûr finalement.Un homme n'a qu'une obsession,bâtir une cabane de rondins dans une île paumée en Alaska.On ne sait même pas vraiment pourquoi.Son couple est en train de sombrer,sa femme malade traîne un boulet freudien lourdissime.Et puis l'Alaska n'est pas la Floride,on finit par s'y geler les neurones.Tous deux manipulent billes de bois péniblement transportées sur un bateau besogneux.Douleurs articulaires et blessures aux mains assurées.

    Ils ont bien eu deux enfants,adultes.Enfin,adultes,ça se discute.Le fils n'est vraiment lui-même que camé ou bourré.Le type même du gars qu'on n'a pas envie d'avoir comme ami.Il y en a comme ça.Les cadences péremptoires de la pêche au saumon, industrielle,en haute saison ne tendent certes pas vers la poésie mais cet homme n'a manifestement pas grand -chose à foutre de ses parents.Sa soeur,physiothérapeute (mais ce n'est pas par confraternité que je la sauve),très mal attelée avec un dentiste menteur comme un arracheur de dents,a bien conscience du malaise grandissant puis culminant chez ses parents.Elle fera ce qu'elle pourra mais chez David Vann,jusqu'à présent car il n'y a que deux romans,toute grâce semble vouée à l'échec.

     Ainsi donc le mari et la femme,j'ai oublié leur prénom et rendu le livre, n'échangent plus que des efforts harassants pour bâtir cette odieuse cabane,entre insultes et mépris.D'évidence ce ne sera pas "Home,sweet home".Désolations est un bon livre, fort bien documenté sur la nature alaskane d'une clémence relative.Je veux bien go West mais pas à ce point-là.Pour vous remonter le moral ne comptez pas sur David Vann.Pour une lecture de qualité mais réfrigérante,si.Pour voir une ébauche de label Vann,eh,peut-être.

L'avis  de Claudia  http://claudialucia-malibrairie.blogspot.fr/2011/10/david-vann-desolations.html

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27 mars 2012

Ici Houston

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             James Crumley est l'une des "têtes brûlées" de la littérature américaine.Il sont assez nombreux.Vous savez,ces types-là racontent beaucoup d'histoires et soignent en général leur propre légende à base souvent de vérités.Lui-même citait ses propres poèmes d'ivrogne dans ses premières armes.Ce recueil,outre un entretien, regroupe des nouvelles qui,je pense,étaient déjà parues ça et là dans d'autres livres.Les nouvelles mériteraient à mon sens d'être un peu plus sanctuarisées et répertoriées.Nous avons là une dizaine de textes d'intérêt inégal.

   Parmi les meilleures Hourra pour Thomas Raab qui fait un parallèle saisissant entre le sport,football américain et l'entraînement militaire.Un inconvénient de taille:le langage de ce sport qui nous laisse sur la touche bien que Crumley ait pris la précaution de consacrer trois pages spéciales aux règles du jeu.Le dur-à-cuire (The Heavy) est le portrait d'un cascadeur,acteur de troisième plan que James Crumley interviewe.C'est très savoureux et Roy Jenson pourrait bien ressembler à Crumley lui-même.Cairn est un joli hommage d'un homme à son grand-père, un dur lui aussi.Ces nouvelles sont souvent remplies de fusils,d'alcools et de bosses.Une littérature à l'estomac,moins intéressante cependant que je ne le croyais car je n'avais jamais lu cet auteur.Mais Promenade dans Houston,sur un ton un peu différent,est un génial portrait de la grande métropole texane,avec les alligators somnolents mais sournois du Parc Zoologique,les immenses fresques des chicanos et l'air conditionné qui atteint ici des records du monde.J'ai rarement senti une ville inconnue comme sous la plume de James Crumley.

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