12 mars 2012

Lettre tordue,lettre tordue

 le retour de silas jones   

         Sous ce curieux titre,le titre original (Crooked letter,crooked letter),se cache en fait un truc mnémotechnique pour apprendre aux enfants à écrire Mississippi.M, I, Lettre tordue,lettre tordue, I, Lettre tordue,lettre tordue, I, Bossu,bossu, I.Tom Franklin dont La Culasse de l'Enfer cette description de la vie d'un comté américain entre milices et justice, m'impressionna fort il y a quelques années,nous a concocté une histoire classique d'amitié inattendue dans ce Sud américain qu'on croit connaître tant on a lu sur ce pays.Silas Jones,constable noir rural est revenu de Chicago et a retrouvé Larry Ott,son seul ami d'enfance,blanc et solitaire accusé d'un meurtre ancien,et,pendant qu'on y est, d'un nouveau.En plus il est fan des bouquins de Stephen King.

     C'est l'occasion de renouer avec un passé très lourd qui apporte son lot de personnages obtus et ras de la casquette,de machos et de brutes,en un paysage littéraire bien campé qu'on a lu souvent.La séance drive-in se termine mal,les bourgades ne vivent un peu que devant le base-ball à la télé et il n'y a même plus de Vietnam. C'est dire si suinte l'ennui.J'ai trouvé Le retour de Silas Jones moins fort que La Culasse.Il y a ici un récit bien balisé,la ballade de la probable erreur judiciaire.Mais je n'ai pas ressenti la claque que m'avait assénée La Culasse.Le portrait de ces deux hommes est efficace avec une inversion des stéréotypes,à savoir que le plus marginal des deux n'est pas celui qu'on trouve en général dans les romans Southern.On se prend au jeu et on a lu un livre intéressant,en aucun cas absolument essentiel contrairement au dernier livre chroniqué ici même il y a peu,estampillé Texas et non Mississippi.Plus passe le temps plus je demande à la littérature.Ce même Retour de Silas Jones m'aurait trouvé probablement plus enthousiaste trois en arrière.

 

 

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26 février 2012

De boue,de sang... et le bruit des sabots

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           Des critiques assez dithyrambiques circulaient partout.Justifiées.C'est un grand roman que Bruce Machart nous propose.Comme ça se passe dans le Sud et qu'il y a terre et famille on a parfois convoqué Faulkner.On convoque assez souvent le chantre de Yoknapatawpha. Je suis beaucoup moins sûr qu'on l'ait lu tant que ça.Là n'est pas la question.Mais qu'est-ce qu'on aime tous un peu jouer à ces Sept Familles littéraires.La terre c'est celle du Texas,du Texas des bêtes à cornes,pas du pétrole,ou pas encore.Et la famille ,voire le clan, voire la communauté, c'est celle de ces émigrants tchèques  dont la ville s'appelle d'ailleurs Praha.Vaclav Skala en veut à son quatrième fils,Karel,qui a "tué" sa mère en naissant.Il y a des départs plus en fanfare.Matériellement tout du moins,en cette fin du XIXème l'avenir est prometteur à qui veut bosser dur comme ce rude paysan qui traite  ses chevaux mieux que ses fils.Mais c'est ainsi et le coton et la bière vont faire la fortune de ce Karel mal-aimé alors que ses trois aînés ont épousé les filles d'un riche voisin hispano-mexicain.

         Bruit et fureur,tiens donc,brutalité et règlements de compte,vols de tonneaux,incendies,le sel de cette vie,la lutte pour posséder,ce que j'appelle la violence des bornes,pour un arpent de terrain.Du terre à terre dans cette sorte de saga d'où tout miel est exclu dans le bruit des bottes et le sifflement des fouets.Et puis, présent comme rarement, le pays,ce pays en devenir avec ses poussières et ses ravines,ses champs de coton immenses et ses mots étranges pour l'ignare en botanique que je suis,ces mots qui vous font ouvrir un vieux dico,les pacaniers,les mesquites,les gommiers, que la technologie actuelle nous permet de voir d'un clic.En ce sens on vit une époque parfois formidable.Bruce Machart ne craint pas de s'arrêter deux pages sur les tribulations d'un grand duc dans la nuit texane,ni sur la curiosité d'un vieux curé que sa maladresse a emprisonné sur les barbelés.Ni sur la castration d'un cheval fringant dont l'avenir s'obscurcit d'une charrue.

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      Le sillage de l'oubli dont le titre original parle plutôt de pardon,de rémission, The wake of forgiveness,est un grand roman de l'Amérique où les héros cognent et encaissent,tuméfient et cicatrisent,bâtissent et brûlent, vivent "en quelque sorte".Une littérature belle et très élaborée,très structurée,de belles circonvolutions comme celles des arbres de là-bas.Prenez une page au hasard de ce livre,je vous défie de ne pas chanceler tant l'écrivain a su brasser corps et âme cette humanité pour en faire un grand oeuvre sur les hommes en peine et en colère, tout de haine et de vulnérabilité.Machart rejoint la galerie immense de ces grands Américains qui de Steinbeck à Cormac McCarthy, d'Erskine Caldwell à Tom Franklin, n'en finissent pas de réenchanter le lecteur. Louons encore et toujours les grands hommes de là-bas! Quittes à frissonner lors du contact des doigts sur la crosse d'une arme.D'autres ont aimé...

Keisha http://0z.fr/VVFwq

Mimi Pinson Le sillage de l'oubli

 

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01 février 2012

Là-bas au Minnesota

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 treuer

              Pour ce joli challenge Red Power initié par Folfaerie j'ai emprunté dans cette belle collection bien connue Terres d'Amérique le deuxième roman de David Treuer dont j'avais apprécié Little il y a une dizaine d'années. Nous sommes dans le Minnesota,l'un des berceaux indiens de l'Amérique du Nord. Années quatre-vingt, Minneapolis,la métropole régionale.Le Mississippi,ce ruban de Nord-Sud du pays coule des jours pas gais et Simon,jeune Indien,sort de prison après dix ans pour le meurtre de son propre frère.Pas très gai pour lui non plus,pas plus que pour sa mère qui élève le neveu de Simon,enfant de Lester,son frère mort.Le Southside de la ville n'est vraiment pas fringant,misère et violence,la vie de tous les jours.

               Avant son emprisonnement Simon était l'un de ces Indiens volants chevauchant non plus les mustangs  des Rocheuses mais les poutres métalliques des gratte-ciel.Dix ans après il végète à la chaufferie d'un hôtel et son braconnage se termine fort mal.Il y a dans sa longue errance en forêt de superbes descriptions de cette nature à la fois abri et tombeau.Touffu,comme les bois du Minnesota.Le titre original est The Hiawatha, bien plus fort,bien plus ancré dans l'indianité. Pénibles les décisions des éditeurs français... qui ont cependant le mérite de nous ouvrir bien des portes de cette littérature des "native".Elle va plutôt bien,cette mouvance de l'écrit,même si elle a du mal à quitter les syndromes historiques des traumatismes du Vietnam,de l'alcool,de la violence et des exclusions.

               Le Hiawatha en l'occurence est le nom du train urbain de l'agglomération Saint Paul-Minneapolis.Là encore David Treuer frappe juste avec la destruction de ce symbole de gloire qui s'effondre sous les marteaux des démolisseurs et les dégâts des squatters.Nous sommes avec Treuer dans le récit de ville,qui bâtit,qui détruit,qui change,aux frontières mouvantes et aux accès tendus.Ce qui reste de famille ne  sera pas d'un grand secours à Simon.Impérieuse cité nordique Minneapolis ne fait guère de cadeaux. 

            Evidemment on n'a pas encore beaucoup de romans où l'Indien est chirurgien ou doyen de faculté. Evidemment ces écrivains indiens semblent avoir du mal, au sens figuré, à sortir de leur réserve.Evidemment leur revendication en tant que tel peut parfois les desservir.Evidemment le repli frôle parfois.Evidemment je crois qu'on tient là un bon livre.Evidemment ce n'est que mon avis. 

               

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12 janvier 2012

J'aime mieux Dan ou Flann

au lac

          Oui,catégorie O'Brien j'ai préféré Dan ou Flann.Résumons.Au bord du Lac des Bois, en lisière des forêts sauvages du nord du Minnesota, John et Kathy Wade tentent de recoller les pièces de leur vie et de leurs sentiments, mis à mal après l'échec cuisant de John aux élections sénatoriales.Un jour, Kathy disparaît. Leur canot n'est plus là - s'est-elle noyée ou bien perdue ? A moins qu'elle ne se soit enfuie, pour renaître à une nouvelle existence ? Les recherches s'amplifient, les hypothèses les plus troublantes aussi. Pour découvrir la vérité, il faudra enquêter sur le passé de Wade.Ce passé,comme tout passé littéraire sinon il n'y a pas de littérature,cache une faille,un gouffre,le Vietnam et plus précisément la tristement célèbre tragédie de My Lai.John Wade était de la compagnie Charlie.Lui,passionné de prestidigitation, s'est-il ainsi employé à effacer toute trace de sa présence et de sa participation à ce massacre?

          Le roman Au Lac des Bois est construit selon le principe des hypothèse et des faits avérés.Certains chapitres reprennent des éléments techniques ainsi que des témoignages de voisins,d'anciens du Vietnam.On y lit aussi quelques citations concernant la magie et  même de rares notes d'écrivains,Edith Wharton ou Cervantes.Je n'ai pas été conquis,trouvant le mélange parfois laborieux, et m'apprêtai à rédiger un article somme toute défavorable.J'ai finalement un peu amendé ma sévérité pour les raisons suivantes.

          Parfois quelques lignes,voire deux ou trois pages suffisent à faire d'un livre somme toute décevant un bon souvenir littéraire.A la fin un chapitre nommé La nature de l'Angle décrit l'extrémité Nord-Ouest du Minnesota.C'est là,peut-être, que Kathy Wade s'est perdue.On ne saura pas mais en quelques paragraphes Tim O'Brien nous dépeint cettre extrémité jadis colonisée par d'autres hommes du Nord,Finlandais et Suédois.Cet angle est la partie la plus septentrionale des 48 états centraux des U.S.A. et c'est prodigieusement ciselé, quelques animaux,chouette,cerf,faucon,une église en rondin abandonnée depuis des lustres,une autoroute fantôme.C'est une extrême Amérique et j'aime toutes les extrêmes Amériques.

       Enfin,presque subrepticement,Tim O'Brien glisse un mot sur deux auteurs presque fantômes,les deux grands "disparus" du continent,déjà cités sur ce blog,Ambrose Bierce et B.Traven.Un petit bout de chemin avec ces immenses,et Tim O'Brien fait mieux que sauver son roman,somme tout très acceptable.

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13 décembre 2011

Psy,chaos et psittacose

  

                     Pharmakon en grec signifie Le remède et le poison.C'est le titre français de ce bon roman datant de 2008 d'un auteur que je ne connaissais pas.Nous sommes dans un milieu universitaire que ne renierait pas Philip Roth dont l'ombre traîne quelque peu sur cette histoire.Le jeune et ambitieux Will Friedrich, pharmacologue à Yale, se verrait bien être celui par qui la révolution viendra.Cette révolution est celle des molécules en ces années cinquante,qui pourraient bien à grands renforts de chimie enterrer mélancolie et angoisse.Avec le Dr.Winton ils tentent de mettre au point le bonheur sur ordonnance.N'est-ce pas là la fable de l'apprenti sorcier?Bonjour les effets secondaires.

     A commencer par cette constatation qu'il n'est pas toujours très judicieux de trop désinhiber,notamment le jeune étudiant nommé Casper Padrak,déjà qu'un patronyme comme ça....Puis viennent les troubles de la propre famille du savant,surtout depuis qu'une inexpliquée invasion de perroquets colorés s'est abattue sur le jardin des Friedrich.A des degrés divers les cinq enfants auront à pâtir sérieusement des dérives laborantines de la hydesque découverte du Dr.Jekyll-Friedrich.Il faut dire qu'il a un pedigree,Will Friedrich,son frère Homer ayant été lui-même traité par la psychiatrie pour le moins musclée qui tenait lieu en ces temps pas si lointains d'universelle panacée.On suivra donc, sur quatre décennies, les aventures tragi-comiques de Friedrich et des siens, épouse, enfants, collègues et patients.Avec le conformisme de ceux qui se croient originaux les personnages traverseront crise d'humanitarisme,ambivalence sexuelle (ça doit être dans le cahier des charges de l'édition) comme tout un chacun,et dépendance à différents psychotropes,entendons par là supercame pour certains.

   Plus de quarante années de la vie américaine sont ainsi passées au crible de l'analyse du romancier.J'ai évoqué Roth,les critiques que j'ai regardées après lecture parlent plus finement de John Irving.Dans ce monde de l'université,de l'efficacité,de la rentabilité,on finit pas s'effrayer un peu de cet aspect hyperpragmatique de l'Amérique.Juste avant que d'en comprendre la portée, à l'évidence universelle.Je conseille d'accompagner Will,sa femme Nora,ses enfants Fiona,Lucy,Willy et Zach,et leurs amis et connaissances,notamment Lazlo venu de loin à l'Est et qui a parfaitement saisi la règle du jeu.Il vaut mieux se joindre à eux tant ces gens bardés de diplômes s'infantilisent parfois,addicts à leurs addictions...Ensuite libre à vous d'y voir un remède ou un poison.

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08 novembre 2011

Proud Mary keep on turning

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          Ce bouquin est une curiosité.Je ne connaissais pas le moindre du monde John Barth.Y-a-t-il quelqu'un ici qui ait lu Barth?Pas Roland Barthes que je n'ai pas lu non plus d'ailleurs.Qu'est-ce qu'il y en a des trucs que j'ai pas lus!Cet auteur est si j'ai bien compris,parfois comparé à Pynchon,lui-même quelque peu hermétique, paraît-il.De toute façon je ne l'ai pas lu,Pynchon.C'est donc n'ayant pas lu grand-chose que je vais vous donner, si, si, donner,mon sentiment sur L'Opéra Flottant,pris presque par hasard à la Bibliothèque alors que je cherchais Rick Bass (lui,je l'ai lu par contre,mais pas encore assez).Je divague parfois en considérations alphabétiques.

       L'Opéra Flottant,c'est un bateau à roue,comme sur le Mississippi,mais dans le Maryland.Mais il m'enchante moins que le Proud Mary de Creedence Clearwater Revival,le plus fringant bateau du rock.Décidément on a du mal à en venir au fait avec ce livre.A Cambridge,Maryland,Todd Andrews est avocat et le Capitaine Adam commande le showboat,pour l'heure amarré sur Long Wharf.Todd Andrews se suiciderait bien,à tout hasard.C'est vrai que son père s'est pendu,que son meilleur ami est le mari de sa maîtresse. Tiens,quelque chose de normal.Il y a aussi un vieux riche qui a conservé ses restes organiques réguliers en bocaux et qdont l'héritage est sujet à caution.D'où quelques lignes,trop de lignes,dignes d'une maîtrise de droit international, peu digestes.

     John Barth,féru de navigation,aurait fini par me donner le mal de mer avec cette métafiction dont les exégètes que j'ai vaguement croisés sur l'océan de la toile évoquent le cousinage de Nabokov ou de Borges.Mais heureusement on se marre pas mal à bord de ce voyage décousu.Et Barth est sauvé in extremis de ma vindicte car ça vaut finalement le déplacement malgré la canicule et le mauvais goût carabiné de la revue nègre à bord de L'Opéra Flottant.Et je terminerai sur une ultime citation de Françoise Sammarcelli,auteur de John Barth,les bonheurs d'un acrobate(Belin:coll.Voix Américaines):"La parodie,l'esthétique du faire-semblant et du masque jouent contre les totalisations".Quand je vous ai dit qu'on riait!

 

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14 octobre 2011

Blanchi sous le harnais

patron 

                  Humour garanti avec les gros problèmes financiers de Marcus Ripps dans Un patron modèle, désopilante pochade dont la légèreté n''est cependant pas la qualité première.Cette réserve faite,on rit beaucoup au long de 400 pages abracadabrantes dont je tirerai quelques pépites en fin d'article.Marcus n'a pas envie de lâcher la Californie pour la Chine où son patron veut l'envoyer.Ca tombe bien,son frère pourtant détesté meurt, lui léguant sa prospère blanchisserie.Ou plutôt sa Prosper blanchisserie car l'activité y est certes florissante mais peu légale.Marcus va donc être amené à de curieuses rencontres,par exemple Kostya,un homme de main russe de deux mètres,intimidateur de son métier mais qui rêve d'ouvrir un restau barbecue.Ou Tommy,Samoan à la carrure de rugbyman pris d'amitié pour le judaisme par amour pour une jeune femme juive.Ce qui sauvera Marcus à plusieurs reprises.Ce Marcus qui n'est d'ailleurs "même pas " juif mais qui tient cependant à organiser une bar mitsvah d'anthologie pour son fils Nathan.

                Accessoirement ce bon Marcus finance aussi les fumettes de sa belle-mère et ses cours de strip-tease.Quant à son épouse elle est associée avec une amie chercheuse d'ovules qui sous le doux pseudo de Verlaine deviendra dominatrice S.M. avec beaucoup d'allure.Bien que s'égarant parfois un peu trop à mon gôut dans les fantasmes de la clientèle Un patron modèle est souvent hilarant.C'est que Marcus est un mac très social qui fait lire Anna Karénine à ses protégées et leur assure une bonne couverture mutuelle.Finalement elles l'ont lu,Anna Karénine,ça se passe en Russie.Woody Allen n'est pas si loin.Mais ici c'est plus golf et cocktails que Times Square et Tchékhov 42ème Rue.

   Critique très californienne d'un mode de vie très californien,Shining City (c'est le titre original et le nom de cette blanchisserie à sexe plutôt qu'à sec) fait mouche et se lit très vite.Quelques perles?

    "Je vais ouvrir un restau Jésus aime le barbecue sur Crenshaw Boulevard,à mi-chemin entre Koreatown et South Central,avec une putain de croix immense,faite avec deux travers de porc géants,sur le toit."

    "Kostya assisterait à la rencontre de loin,aussi discret que peut l'être un Russe de presque deux mètres avec des dreadlocks".

    "Jetant un coup d'oeil dans le salon,Marcus découvrit Tommy le Samoan affalé dans le canapé à deux places,avec Bertrand Russell(c'est le nom du chien) sur les genoux.Il caressait le cou du chien en pinçant la peau entre ses doigts pareils à des francforts.Bertrand Russell semblait aimer ça."

    Seth Greenland vit en Californie,cela va de soi,et est aussi l'auteur de Mister Bones,et scénariste surtout pour la télé.Un patron modèle serait en préparation au cinéma.

        

 

  

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27 mai 2011

Nanotechnologie et mégaennui

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                                   Madame Cornwell vend des millions de livres.Elle continuera.Ce ne sera pas grâce à moi.J'ai marné laborieusement pour venir à bout de ces 440 pages dignes d'un rapport de l'institut médico-légal,qui m'a donné autant d'émotions qu'un constat d'huissier,et dont les qualités littéraires m'ont rappelé mes lointains cours d'anatomie.Extrait:"On va faire le topogramme,puis procéder à l'acquisition des données avant de passer à la reconstruction tridimensionnelle,avec un chevauchement d'au moins cinquante pour cent". Autre extrait:"Multi-tâches,bruit de fond index 18.Rotation à 0,5,configuration du détecteur à 0,625.Coupe très mince à résolution ultra-haute.Collimation à 10 mm".

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22 mai 2011

La peau de l'ours

ciel

                  Rick Bass est vraiment un magicien.Ce recueil de trois longues nouvelles est une merveille.Si Les mythes des ours relève du légendaire,sorte de transfert littéraire où le trappeur et l'ours ne font plus qu'un,si Là où se trouvait la mer raconte un destin pétrolier au Texas au début de l'exploitation dans une ambiance pas si éloignée d'un Faulkner sur bfod d'aviation rudimentaire,si ces deux textes sont excellents,ils laissent la part belle à la nouvelle éponyme,étirée de 150 pages,Le ciel,les étoiles,le monde sauvage,étourdissant voyage, admirablement traduit par Brice Mathieussent qui aura décidément fait beaucoup pour la littérature "sauvage" américaine.Une femme d'âge mûr retourne vivre dans le ranch texan de son grand-père.Sa mère,enterrée à même la falaise,morte très jeune l'accompagne au long de cette profonde évocation de ses vertes années en ce pays uù homme et nature se fondent parfaitement en un rousseauisme "americana" où certains discerneront naïveté,où je ne vois que poésie et lyrisme.

  J'peux vraiment pas les voir en peinture(8)

  Les fameuses planches d'Audubon illustreraient parfaitement cette médiation active parfois nocturne dans ces lacs et ces rivières.Il suffit de se laisser dériver au fil de l'élégie parmi les engoulevents et les tatous,les lynx et,plus que tout,les aigles symboles.La narratrice raconte un épisode magnifique,parmi tant d'autres.Découvrant un aigle probablement empoisonné la jeune adolescente le recouvre d'une chemise avant de revenir le lendemain pour le hisser ,loin et haut,dans les branches d'un vieux chêne,masqué par des cèdres,et de lui redonner ainsi ses deux mètres d'envergure et sa vue plongeante sur la rivière.Il y a pas mal d'écrivains dits du Montana.En France on aime les lire,parfois avant de jeter nos papiers gras.Plutôt que  de persifler ainsi mieux vaut les escorter en leurs tribulations parmi pierre,faune et flore,et humanité aussi bien que celle-ci,contrairement aux trois premières,ait bien du mal à connaître sa propre histoire.Le grand cycle poursuit sa route mais hélas il semble que les roues du siècle écrasent ou pour le moins écartent des créatures millénaires.Retour au respect prochain?,Possible?Douteux?

   N'ayez crainte.Rick Bass n'est pas du genre à pensums écologiques.Si vous décidez de vivre un peu avec son héroïne,parmi les cris d'oiseaux de son grand-père attirant les colibris,les craintes nocturnes du vieux Chubb,les appels de sa mère toute proche,les courageuses actions de son père pour freiner l'hécatombe de la diversité,vous passerez un joli moment en littérature,de la plus belle eau.Ce mot de la fin coule de source après une telle lecture.

 

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20 avril 2011

Avant Philip Roth

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          Né à Berlin en 1883 Ludwig Lewisohn a sept ans quand il débarque en Amérique.Il est l'un des premiers écrivains "juifs américains",une mouvance qui mène à Isaac Bashevis Singer,Saul Bellow,Philip Roth par exemple.Le terme mouvance est impropre.On peut cependant trouver un socle commun à ces écrivains,un certain souffle très critique,voire destructeur des valeurs historiques américaines.Lewisohn épingle le conformisme mais j'ai souvent écrit,et je pense que ceci est essentiel,que l'anticonformisme se tranforme très vite en recette néoconformiste.Le roman Crime passionnel n'échappe pas à ce travers.Ce n'est pas à mon avis le défaut majeur de ce livre.Publié en 1930 il s'agit,du moins on le croit au début,de l'amitié entre trois étudiants dont l'un est juif.Stephen le narrateur et David deviendront avocats et Oliver,riche héritier,éditeur.Mais Crime passionnel ne s'intéresse guère à leur vie quotidienne ou leurs éventuelles frasques car il m'ont tous semblés bien désincarnés.

   Difficile dans ces conditions de se passionner pour la teneur essentielle du roman,c'est à dire l'analyse, bavarde et souvent par trop abstraite,des rapports entre puritanisme issu du Mayfower et sexualité qui,dit-on,fascina Freud à la lecture du premier roman de Ludwig Lewisohn, Le destin de Mr. Crump.Les suffragettes sont passées par là et l'antisémitisme se renifle à la manière américaine,mâtinée de souvenirs du Kaiser.Alors il y a bien un meurtre dans Crime passionnel, qui ne m'a pas vraiment réveillé bien qu'occupant le dernier tiers du roman,presque uniquement l'entretien entre Paul,le coupable et ses avocats Stephen et David.Considérations sur le féminisme,l'infidélité,la famille.Pardon, j'ai trouvé ça oiseux, verbeux. Vive la Bibliothèque Guy de Maupassant de ma bonne ville qui donne à lire gratuitement à tous.Personne ne m'avait jamais parlé de Ludwig Lewisohn.Je n'en vivais pas plus mal.

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