26 janvier 2013

Un Magyar,un Européen

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                Immense auteur enfin honoré Sandor Marai le Hongrois qui choisit la nuit aux Etats-Unis en 1989 n'en finit pas de m'envoûter.Sixième livre pour moi,Les confessions d'un bourgeois date de 1934,Marai a alors 34 ans.Les autres ouvrages que j'ai lus sont bien plus tardifs mais la maîtrise de l'auteur est déjà très affirmée.Dans une petite ville de Hongrie l'enfance de Marai est celle d'une grande famille bourgeoise,pas chaleureuse pour deux forints et pas mal engoncée dans cette fabuleuse Mitteleuropa qui ne sait pas encore son explosion prochaine. Souvenirs des précepteurs,des voisins,d'un antisémitisme dans une version assez sinueuse.Le jeune Sandor connaît l'internat,proche de L'élève Toerless,on comprend bien là le tronc commun des Musil, Zweig, Schnitzler, Perutz, etc...ces auteurs qui me passionnent au sujet de ce monde qui va rompre,de cette dynastie Habsbourg qui les abrite plus ou moins,qui les étouffe serait un terme plus approprié.Entre église et bordel se fait ainsi l'éducation de l'enfant puis de l'adolescent,mal à l'aise et qui fuguera dès quatorze ans avnt d'être rattrapé par la grande démocrate de 14-18,celle qui a en quelque sorte remis en place ce vieux continent.

              La deuxième partie de ces longues confessions,bien qu'il ne faille pas prendre ce terme au sens moral,est consacrée aux quinze années suivant le conflit.Elle est tout aussi fascinante.Marié,enfin un peu,Sandor Marai vivra partout,à Leipzig,à Berlin au moment de la gigantesque inflation,un peu à Weimar aussi. L'hôtel Adlon et toute la mythologie du Berlin avant que la ville ne s'enténèbre. Marai,observateur, s'engage rarement,farouche individualiste.Plusieurs mois à Florence,assez impressionné par le fascisme,ce qui s'explique plutôt bien lors de la marche sur Rome même si l'homme n'est pas dupe longtemps.Il débarque à Paris pour quelques semaines et y vivra six ans,témoin parfois étonné,toujours d'une grande lucidité.Montparnasse,le Dôme,la Coupole, cette époque bénie où Marai,qui commence à vivre de sa plume,boit un verre aussi bien au Ritz qu'aux terrasses des grands boulevards.Ses descriptions de Parisiens valent leur pesant d'or que ce soit les chauffeurs de taxi ou les concierges.

         Sandor Marai est souvent à Londres,les Britanniques sont si exotiques et l'auteur est si habile à décrire ainsi toutes ces sociétés occidentales,si loin de sa Hongrie qu'il finira par regagner.Non sans avoir également visité les "provinces" françaises qui l'étonnent, tellement "sonné " par les vitraux de Chartres si chers à Péguy que Marai vénère.Il commence ainsi à comprendre cette France si étrange à lui,le voyageur,partout curieux de rencontres et contemplatif.Quelques verres dans un bistrot de Dijon,un matin avec les poissonnières de Calais,le sabir partagé avec quelques "métèques" à Marseille,Sandor Marai apprend tout de la vie,même l'ondulante politique de la Troisième République.

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           C'est curieux comme on a ignoré si longtemps Marai.La belle pièce Les braises me semble avoir enfin réveillé les lecteurs,un peu.J'ai déjà écrit sur plusieurs livres de celui qui a pris une place d'honneur dans mon panthéon littéraire,tardivement certes,mais fortement.Je vous invite à plonger tête baissée dans ses livres et à traverser ainsi trois quarts de siècle,avant que Sandor Marai ne décide que la vie a cessé de valoir le coup.C'était en février 89 à San Diego, Californie,si loin de la République Populaire de Hongrie qui ne devait guère lui survivre.Bien fait pour elle qui ne l'avait jamais beaucoup aimé.La photo avec Thomas Mann date de 1935.

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08 mai 2012

Le fils du "Désert"

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             Robert Hasz est né en 1964 en Voïvodine,minorité hungarophone de la Yougoslavie.Mais ça c'était à sa naissance. Depuis c'est devenu compliqué dans ces coins là et il a choisi de vivre en Hongrie.La mort du Maréchal et l'explosion balkanique ont maintenant fait de la Voïvodine une province autonome de la Serbie où on dénombre six langues officielles.Ca doit être pratique..Ne confondez pas avec le Kosovo ni le Montenegro,et encore moins avec l'une des trois entités de la Bosnie.Suis-je assez clair?Le pire est que tout ça n'est pas sans rapport avec La forteresse.

            L'éditeur évoque Kafka,Borges,Gracq,Buzzati,ce qui fait beaucoup.Mais Robert Hasz est loin de démériter dans ce pays des confins pas mal fréquenté en littérature.Livius,à la veille dêtre démobilisé est muté là-bas,à la forteresse dans la montagne,près de la frontière.Quelle frontière,on ne sait pas.Et quels drôles de militaires.Pas d'armes dans cette caserne,mais les mets les plus succulents et les vins les plus fins au mess.Des véhicules hors d'usage.Des subordonnés à qui leurs supérieurs demandent de les tutoyer.

           Pas  de courrier non plus.Officiers et soldats patientent sans révolte,c'est ainsi.On creuse bien un tunnel,une belle excavatrice erre de ci de là.Evidemment on pense à Dino et à un autre lieutenant,mon frère Giovanni Drogo.Mais une fantaisie frissonne ici qui n'était pas de mise au Fort Bastiani.Les quelques personnages, peu hiérarchisés,autre différence notable avec Le désert des Tartares,finissent par découvrir une porte au fond d'un entrepôt fantôme.Paranoia,un Ordre semblerait dicter sa loi,mais rien n'est sûr.Je vous laisse là,mais quand même ça m'inquiète bien un peu.

 Autre livre de Robert Hasz     Magyar,vous avez dit Magyar

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24 octobre 2011

Veine slovène

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        Je découvre Boris Pahor.Pourquoi?J'aime bien la maison Phébus et ses écrivains étrangers.Et je ne connaissais aucun Slovène,écrivain ou autre.Va pour Pahor et Printemps difficile.La quatrième de couverture parle des camps qu'a connus Pahor.Alors pourquoi pas?Il n'y a pas que Claude Lanzman ou Primo Levi.Radko Suban,rescapé de l'horreur, est soigné à Paris à la Libération.Comment réconcilier le corps et l'esprit pour cet originaire de Trieste qui a vu sa ville en proie au fascisme,sa langue interdite et sa culture bafouée. Probablement en tombant amoureux tout simplement.

   Seulement voilà:je n'ai guère répondu présent à cette rencontre rédemption dans les couloirs du sanatorium et les chemins buissonniers de l'immédiate après-guerre.Il s'est passé avec Printemps difficile ce qui arrive parfois.Un récit très bien écrit,manifestement de la bonne littérature,assez pour ne pas abdiquer le livre après quelques dizaines de pages.Mais un ouvrage qui m'a laissé, presque indifférent.La belle histoire d'amour entre Radko convalescent et Arlette infirmière n'a pas trouvé le chemin de mon coeur.

   Me resteront quelques déambulations poétiques dans le Paris 1945,Radko l'intellectuel féru de Baudelaire,et la douceur relative,très relative du retour de l'horreur,quand les chaises défraîchies du Jardin du Luxembourg peinent à faire croire que le mal est passé.

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21 juin 2011

Femmes au bord du Danube et de la crise de nerfs

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       Le Hongrois Zsigmond Moricz (1879-1942) n'est pas très connu en France.Patience:on a bien fini par lire un peu Perutz ou Joseph Roth.Retour donc à ma chère Mitteleuropa des Lettres.On pourrait appeler ce roman L'immeuble Ulloï,référence à un célèbre livre égyptien.J'ai crû L'épouse rebelle très léger, comme cette couverture affriolante.Je l'ai fini,le croyant toujours léger,mais léger comme le cinéma de Max Ophuls et les romans d'Arthur Schnitzler.C'est à dire fin,percutant et comme dansant sur un volcan.En 34 l'Europe entière dansait sur un volcan quand fut publié L'épouse rebelle.Moricz fut avec Bela Bartok l'un des rares intellectuels hongrois à s'opposer aux lois antijuives de Horthy.Et la Hongrie des années trente n'avait plus rien de l'Empire.Petit pays et petites gens tout aussi fauchés valsent très besogneusement dans ce lieu unique,leur immeuble délabré,comme Budapest.Se toisent et se croisent un jeune journaliste têtu,sa  femme inquiète du manque,une colonelle séparée de son mari en retraite peu généreux,une famille d'industriels,une famille de fonctionnaires tout aussi désargentés.

     Et comme dans La ronde de Schnizler ou Madame de...  le merveilleux film d'Ophuls tant de fois célébré ici, le point commun,l'immeuble dans ce cas réunit les protagonistes par apartés ou par plans plus généraux autour de quatre places gratuites pour le théâtre,héroïnes peu banales de ces deux jours à Budapest.Deux jours avec ruine,chance,promesses de meilleur,craintes du chômage, fâcheries, sourires et larmes.Il y a des jeunes filles,des prétendants,une courtisane,des officiers,des mères inquiètes et des pères offusqués.Le ton est à la comédie, viennoise et vespérale,bien que Vienne n'aime guère Budapest et vice-versa et bien que l'Autriche-Hongrie ait été reléguée dans les nations mineures.La quatrième de couv. évoque Lubitsch. C'est vrai,ce cinéaste aurait été à l'aise dans ces va-et-vient,ces atermoiements certes bénins mais parfaitement clairs quant à l'avenir,sombre.

   Et s'il y a lumière et espoir malgré tout sur Buda et le monde,c'est des personnages féminins qu'elle se diffuse.Bien plus rageurs et rebelles que ces messieurs,toutes classes confondues.Le titre du roman,qui semble lorgner sur une simple histoire de couple,est à prendre un peu comme une litote,ou au moins comme le symbole d'un féminisme encore discret mais qui n'en pense pas moins.

  

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31 octobre 2009

Couchés les morts!


   

      Les morts à leur place.Journal d'un tournage écrit il ya 44 ans est un témoignage fort intéressant sur le cinéma.Viva Maria ne m'avait pas laissé un grand souvenir.Rezzori dont peu de gens connaissent le talent,sorte d'apatride voyageur alternativement branché et has been,a une plume assez vitriolée our évoquer les deux stars et plus encore Louis Malle.Plus ou moins acteur par hasard sur Viva Maria Gregor von Rezzori nous raconte les coulisses mais pas du tout comme un diariste des people(quel mot!).Non,il met dans son éphéméride toute la finesse d'écriture que lui savent ses rares lecteurs.Peu importe Bardot,peu importe Moreau,ce qui m'a ravi c'est le regard de Rezzori sur le Mexique des années soixante,cet étonnant pays où règne le culte de la mort comme nulle part ailleurs,entre le grand voisin du Nord et le grand baroque de l'Amérique Latine."Les morts à leur place" c'est l'injonction du metteur en scène aux figurants.Pas forcément très à la sienne au cinéma Gregor von Rezzori a su mettre dans ces articles très sixties une ironie très intemporelle,beaucoup d'humour et plus encore bien de la lucidité sur lui-même,Européen errant et légataire de tout un siècle d'histoire austro-roumano-hungaro-germano-etc...

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26 avril 2009

Magyar,vous avez dit Magyar

    Le prince et le moine pourrait n'être qu'un bon roman historique sur le Moyen Age dans une Europe Centrale du X° Siècle où combattraient Magyars,Alamans,Moraves ou Bavarois.Avec force massacres, prisonniers,pillages et trahisons fraternelles.Normal quoi,un bon voyage en une lande barbare.Mais les landes barbares ont toujours été parcourues par quelques sages, érudits, lettrés, médecins.Stéphanus est détaché de son abbaye romande,messager pour les Magyars.Très vite prisonnier il apprendra à connaître ce peuple dont il se découvrira au fil de cette histoire de fer,de sang,et de foi,l'un des héritiers.

  La construction de ce livre passe par trois versions assez différentes d'un même récit,de très inégale longueur.Ce n'est pas ce que je préfère mais on peut considérer que ces témoignages ainsi subjectivés enrichissent la mémoire d'un peuple,le parant ainsi de multiples contradictions.Il est vrai que dans ces régions d'Europe centrale le thème des minorités cest loin d'être réglé.Ainsi RobertHasz est né en Voïvodine, c'est à dire en Yougoslavie,mais faisant partie de la communauté hungarophone.Il vit maintenant en Hongrie mais la Voïvodine fait partie de la Serbie.Enfin je crois. Infiniment complexe cet écheveau mais passionnant Le prince et le moine.Comme l'Histoire du monde est géniale avec ses alternatives et ses méandres, racontée par un conteur comme Robert Hasz.Et puis certaines critiques ont évoqué Gracq,Kafka et ...Buzzati,alors...

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07 juin 2008

Sandor Marai,chef-d'oeuvre,quasi pléonasme

         .C'est peu de dire que Sandor Marai est un grand écrivain européen. On ne le découvre que depuis quelques années(voir billets précédents sur Lire Europe de l'Est).Son suicide en Amérique en 1989,à l'âge de 89 ans,était celui d'un homme toujours en rupture,antifasciste dans sa Hongrie alliée au Reich,puis mis au ban par le gouvernement communiste de Budapest.Sandor Marai,exilé aux Etats-Unis depuis 1952,n'aura pas connu la fin du Rideau de Fer. Libération,écrit en 1945,ne sera publié qu'en 2000 comme c'était la volonté de Marai.

   Roman,récit,réciflexion dirais-je osant le barbarisme, Libération c'est 220 pages tendues et  brûlantes sur le siège de Budapest et l'instant pathétique et lourd de désespoir,ce moment où la tragédie succède à la tragédie,où Elisabeth,dans la cave où se terrent encore une centaine de réfugiés, va commencer à comp rendre... Comprendre mais ignorer encore ce qu'il faut redouter le plus,les derniers sévices des nazis et de leurs séides, ou les "libérateurs" russes. Dans le microcosme reconstitué sous cet immeuble solidarité et courtoisie cèdent vite la place à la méfiance,universelle araignée, puis à la trahison.Traitée un peu comme un reportage ce vécu n'en finit pas de nous poursuivre et confirme ce que je pense de toute guerre,il faut les finir, mais ça fait très mal de les finir. Je considère Libération comme de la très grande littérature,de celles qui vous transportent, hors de toute pacotille,vers les sommets relativement fréquents dans cette Mitteleuropa dont j'ai déjà tant parlé où l'on a déjà croisé Schnitzler,Roth,Perutz,Zweig et consorts.

     "Il y a un instant,la guerre vivait encore dans l'âme d'Elisabeth, pas seulement sur les champs de bataille, dans les airs ou sous les mers.la guerre était aussi une sensation, une sorte de pensée fantomatique qui envahissait son corps et son âme, à l'état de veille ou de sommeil."

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20 mars 2007

Et de Hongrie soufflent les braises incandescentes

   

          Sandor Marai,magnifique écrivain hongrois,s'est suicidé en Amérique en 1989.Il avait 89 ans.Claude Rich et Bernard Verley avaient joué il y a trois ans l'adaptation théâtrale de son roman Les braises.Ce livre est dans la lignée de ces écrivains d'Europe Centrale ayant vécu la bascule du siècle en cette monarchie austro-hongroise qui vit éclore et souvent fuir les meilleurs intellectuels,mais vous connaissez déjà Arthur Schnitzler,Stefan Zweig,Joseph Roth.En son château le vieux général attend son ancien condisciple qu'il n' a pas revu depuis quarante ans.Mais le monde qui avait réuni leurs jeunesses n'existe plus.Comme enfermé dans son palais le vieux général n' a pas su comprendre le siècle.Son vieil ami,voyageur et homme d'affaires,l'a-t-il mieux saisi au moment où ils se retrouvent dans le salon où rougeoient les braises de leurs souvenirs?Sandor Marai est un écrivain de l'attente et des silences dans cette Europe où les esprits ont perdu leurs repères.Oserai-je citer encore Buzzati si je ne craignais de m'entendre dire qu'il me faut tuer Dino en un sain exorcisme.Les braises c'est un voyage dans l'insondable et impossible amitié de deux hommes que tout a séparés et qui ne sont plus guère eux-mêmes que vestiges.Comme les restes du Guépard sur les ruines de la vieille Europe.

 

 

   

         Mémoires de Hongrie est le récit que fait Sandor Marai de la fin de la guerre.Ecrit en 1970 ce récit narre le changement de propriétaire de la maison Hongrie" en 44.Résistant antifasciste avant la guerre puis ennemi de classe lors de l'arrivée des Soviétiques,ce grand intellectuel bourgeois éclairé aura eu du mal,bien du mal,à être simplement hongrois.Comprenant qu'aux noirs assassins succédaient en un fondu enchaîné, très enchaîné,les rouges égorgeurs,Sandor Marai qui savait que l'humanisme deux fois étranglé devrait attendre bien des années,décida de partir en 48:"Pour la première fois de ma vie,j'éprouvais un terrible sentiment d'angoisse.Je venais de comprendre que j'étais libre.Je fus saisi de peur".Et comme l'on partage cette crainte chez cet homme de haute culture et de tradition,détaché de toute idée préconçue.Albin Michel qui édite ces deux livres sort en ce moment même Métamorphoses d'un mariage.Vous imaginez comme cela me tente de découvrir une autre oeuvre de cet auteur lucide,courageux et embrasé.Cette grande voix de la littérature européenne s'est tue volontairement.Le grand âge lui avait-il rendu l'espoir et apaisé sa peur des barbaries?

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20 décembre 2006

Divorce et mariage à Budapest

       

   J'ai trouvé amusant de chroniquer côte à côte deux autres romans de Sandor Marai.le premier,Divorce à Buda,se présente comme la confrontation d'un juge et d'un médecin,l'un devant prononcer le divorce du second.Publié en 1935 ce livre s'inscrit bien sûr dans la floraison littéraire extraordinaire de la Mitteleuropa entre les deux guerres.On ne dira jamais assez combien le monde a changé en queques années,plus encore dans l'ancien Empire d'Autriche-Hongrie.Vous savez aussi la fascination qu'exercent souvent les déclins sur l'âme humaine et sur le lecteur parfois déclinant lui aussi.

  Le juge et le médecin ont été étudiants ensemble, connaissances plutôt qu'amis.Alors que l'on s'attend à une véritable confrontation en temps réel celle-ci n'aura pas lieu et cela peut même paraître frustrant.Mais Sandor Marai sait nous captiver tout autrement.Toute la première partie est une longue introspection sur la société libérale moderne qui se fait jour en Hongrie  et sur la vie privée du juge,son mariage devenu un gouffre d'incompréhension et de faux semblants.

"Quels phares braquer sur cette épaisse obscurité pour y retrouver le moment,le fragment infinitésimal d'instant où quelque chose se rompt entre deux êtres humains"

La deuxième partie est le presque monologue du médecin face au juge qu'il dérange en pleine nuit.Unité de lieu et de temps,classique certes mais Sandor Marai sait nous plonger dans les arcanes de l'âme de ces deux personnages jeunes encore mais ciselés de fêlures et de doutes.D'homme à homme,un très grand livre.

Métamorphoses d'un mariage

Suite imminente avec Métamorphoses d'un mariage que les critiques considèrent comme la pièce maîtresse de l'oeuvre,solide,de Sandor Marai.Histoire d'un trio classique composé de la femme,du mari et de la domestique et maîtresse qui tour à tour confient leur versions des évènements de leur vie.Chaque monologue,très long,est d'une précision diabolique sur cette bourgeoisie que connaissait si bien Sandor Marai et sur les rapports de classe parfois fielleux entre les castes.Peut-on parler de castes?Ce qui est sûr c'est que comme dans Les Braises ou Mémoires de Hongrie(dont j'ai remonté la critique) la vérité est cernée par les subtiles,très subtiles et très littéraires arabesques du grand Marai.

Je trouve les livres de Sandor Marai d'une extraordinaire cruauté,alliant l'analyse de la déchirure hongroise du siècle avec ses oppresseurs de toutes les couleurs à un portrait de famille catégorie Europe Centrale qui n'épargne personne.M'en voudrez-vous beaucoup si ue fois encore je cite Schnitzler,Zweig,Roth,etc...?A l'Est toujours du nouveau et rien n'est plus actuel que cette littérature d'entre deux guerres qaund elle est marquée du sceau du génie.Pour Sandor Marai,je vous assure,c'est le cas.

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