26 avril 2021

Milano, il viaggio

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                                La Milan d'Alessandro Robecchi n'est pas la ville de la mode, même pas celle du foot. Et le si blanc Duomo, splendeur gothique, mon dernier voyage à ce jour, n'y est jamais cité. Ceci n'est pas une chanson d'amour, certes non, car les cadavres s'y ramassent à la pelle, les baffes et les pruneaux aussi. Mais la ballade milanaise, sorte de Bas-fonds Tour, parkings, banlieues, campements, squats, ne manque pas de charme. Le fonctionnement de cette enquête repose sur trois duos, pas tous des parangons de vertu, qui recherchent les mêmes méchants, très. 

                                Deux tueurs, qui font bien leur métier, pudiquement nommés le blond et l'associé, qu'on croirait sortis d'un film de Lautner. Deux gitans, j'allais dire qui font bien leur métier mais c'est un peu délicat. Et Carlo, producteur télé d'émissions de haute noblesse, ça s'appelle Crazy Love, vous voyez le genre, et son assistante Nadia. Ces trois tandems enquêtent en Lombardie sur plusieurs meurtres un peu compliqués. Bon, je vous la fais courte. Comme dans beaucoup de polars je n'ai pas tout compris des interactions entre les victimes et les assassins, parfois interchangeables. Des amis de Goebbels, un groupe rock nommé Zyklon B., etc...On s'en fiche comme de notre première escalope milanaise. Mais quelle chouette ambiance, presque parodique et surtout, surtout, souvent très drôle.

                                Dans un style assez cinématographique et rythmé, les dialogues pourraient être signé Michele Audiardo, et donnent tout leur sel à ce périple dans les arcanes, les entrailles plutôt de la capitale économique de l'Italie. Amateurs de Rome ou Naples, ce n'est pas pour vous et question couleur locale c'est nero su tutti i piani. A propos de Ceci n'est pas une chanson d'amour le Corriere della Sera cite Giorgio Scerbanenco, polariste italien que je révère, auteur entre autres de Les Milanais tuent le samedi ou A tous les rateliers. Pas faux même si Alessandro Robecchi  lorgne presque sur le pastiche. Bon, je vous laisse à quelques aphorismes. Presque poétiques parfois. Surtout si l'on trouve que Lüger et parabellum riment bien avec Glock 17 et Smith & Wesson. Rendez-vous à la trattoria, entre la friche industrielle et le squat 38. 

                                On dit qu'ici, entre Milano Centrale, le viale Brianza et la via Soperga, une fois, en 1924 après l'assassinat de Matteotti, un homme a trouvé une place pour se garer. 

                                Carlo écoute et mange lentement. Il ne se rapelle pas précisément quel jour Dieu créa les gambas, avant l'homme mais après les étoiles, il croit, il pense, oui, bref, il devait péter la forme.

                                Ils sortent de l'autoroute et tournent à gauche, vers l'aéroport Malpensa. Le grand aéroport de Milan qui se trouve à Varèse, celui qui aurait dû devenir le hub italien, puis une usine à salaires pour cadres, puis le dernier bastion de sécessionnistes maîtres chez eux, qui est à présent le terrain de pétanque le plus long du monde.

                                J'allais oublier Bob Dylan, victime collatérale, enfin le poster de Bob Dylan, dont Carlo est un admirateur et qui a pris une fameuse bastos à sa place dans son appartement. Bob passera tout le bouquin avec un joli trou entre les deux yeux. Ses chansons ponctuent ainsi Ceci n'est pas une chanson d'amour. Parfaitement incongrues dans le contexte, c'est évidemment délicieux. 

 

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23 avril 2021

Que tout change pour que rien ne change

Borgo   

                       Scènes de la vie quotidienne de Mimmo et Cristofaro, Palerme, Sicile, une Palerme contemporaine, pas celle de Don Corleone. Borgo Vecchio, le vieux bourg, quartier pauvre, c'est peu dire. Les deux enfants y traînent beaucoup, l'un battu par son père, l'autre se consumant pour Celeste, fille de Carmela. Celeste est souvent sur son balcon tandis que sa mère reçoit des hommes, c'est son métier qu'elle exerce consciencieusement sous le regard de la Vierge au manteau. Mais il y a un héros, Toto, un peu Robin des Bois d'une métropole sicilienne archaïque. Borgo Vecchio pourrait friser voire respirer le misérabilisme. C'est sans compter la verve et le punch de l'écriture de Giosuè Calaciura.

                     Car Borgo Vecchio est un roman délicieux, bref, c'est souvent une qualité, mais qui explore l'humanité palermitaine avec la tendresse d'un film néoréaliste (à cette référence ceux qui me lisent depuis longtemps savent que je fonds), l'humour en plus, un peu désespéré, l'humour. Souvent brutal, le propos de l'auteur ne s'embarrasse pas d'un exotisme rédempteur, ni de facilités descriptives. Mais qu'est-ce qu'on les aime ces figures d'un Mezzogiorno toujours englué dans une misère endémique et une délinquance précoce inextinguible. Carmela, la sainte putain, la petite Celeste, rêveuse et décidée. Mimmo, relativement privilégié et Cristofaro, dans cette chronique d'un martyre annoncé, et Nana, cheval de son état, à la fois déifié pour ses performances en course et maltraité comme une bête de somme. 

                       De belles et longues phrases, d'une grande poésie, traversent, fulgurantes, ce Borgo Vecchio, sorte de chorégraphie de rêves et de violence, parfois drôles, avec par exemple le curé, receleur au tabernacle, souvent émouvantes, je pense à l'ode au pain et aux scènes de marché. A ce beau ballet ne manque même pas la trajectoire fantastique d'une balle dans la cité sur les traces de Toto. Du grand baroque, de l'opéra, grandiose et pouilleux. Un déluge d'images, envoûtant, ce déluge étant à prendre au sens propre durant tout le troisième chapitre, impressionnante symphonie pour navires en folie et flux punitif sur le peuple des ruelles. 

                       Aux premières lumières du jour, on découvrit que la mer avait brisé toures les digues et avait pénétré dans la ville par la porte du Quartier. Il régnait un calme de déluge universel. Ceux qui dormaient encore furent réveillés par les sirènes des bateaux qui ne trouvaient plus le port et s'enfonçaient versl'intérieur car ils voyaient encore de la mer à l'horizon alors que les instruments indiquaient la fin de la navigation.

                       La Sicile a ses grands, très grands romanciers. Le Lampedusa du Guépard, le Sciascia des pamphlets politiques,le Pirandello des Nouvelles Sicilennes, et aussi Brancati (Le bel Antonio), Vittorini, Camilleri et son commissaire Montalbano. De toute évidence Giosuè Calaciura, né en 1960 à Palerme, ne dépare pas. 

 

 

 

 

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30 novembre 2019

Rester, restare, bleiben

je reste 

                                 Marco Balzano est un auteur italien de quarante ans et nous propose un beau roman classique sur un épisode très méconnu en France, l'annexion après la Grande Guerre d'une partie de l'Autriche par l'Italie. Le Haut-Adige est une région de montagne. C'est en fait le Tyrol du Sud. Trina est le personnage principal, une femme solide et en avance sur son temps, mère,,enseignante et résistante. Pas banal, cette région a subi les deux dictateurs. Le combat de Trina se cristallisera aussi sur la construction d'un immense barrage dans une Italie d'après-guerre qui rappelle mon cher Néoréalisme qui cependant oublia quelque peu l'extrême nord italien et alpin, plus à l'aise dans le Mezzogiorno ou les grands centres urbains.

                                 Sur ces pentes souvent enneigées impossible de ne pas citer les deux géants montagnards, Dino Buzzati et Mario Rigoni Stern. Mais là je ne vous surprends pas. Bien sûr Je reste ici est un roman tout récent qui prend en compte les préoccupations écologiques, comme Paolo Cognetti déjà évoqué ici. Mais la trame reste romanesque et la lecture en est très agréable. Un moment écartelés entre deux pays, deux langues, deux dictatures,  les villageois tenteront de faire le juste choix. Mais les "reconstructeurs" du miracle économique italien ne sont pas épargnés et paysans et ouvriers ne sont pas forcément des parangons de vertu.

                                La photo de couverture est réelle. C'est tout ce qui surnage de la noyade du village de Curon en 1950 pour faire place au barrage dans la région du Trentin-Haut-Adige.

 

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10 juillet 2019

Avec vue sur l'Arno

Masse critique

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                                Très judicieuse livraison de Babelio dans le cadre de l'opération Masse critique qui me fait toujours confiance et que je remercie. J'avais choisi dans le cadre de la non-fiction parmi de nombreux ouvrages ce délicat livre sur la perle de Toscane, cette cité que j'aime tant. En v.o. est une jolie collection où l'on trouve aussi Rome, Berlin, Bruxelles, New York. Le livre se décline comme une suite d'articles, une quarantaine, autant d'entrées sur des mots italiens, noms communs ou propres,  de afa (chaleur) à viola (le violet du club de foot Fiorentina). Chaque présentation d'Annick Farina est complétée par un extrait littéraire en version bilingue italienne et française dans la plupart des cas.

                               Car y figurent aussi Sade, Dumas, Taine, Stendhal, Montaigne et d'autres étrangers, Dickens, Keats, Andersen, Brecht, Forster (d'où le titre de ma chronique) témoignant de la fascination de l'Europe entière pour la cité toscane. De ces fous d'Elle bien sûr je fais partie. N'allez pas penser qu Florence en v.o. est un ouvrage un peu snob pour happy few. C'un bien joli livre que peuvent emporter les voyageurs et aussi les gens qui ne marcheront jamais dans les allées des Médicis. Quelques exemples.

                               Le Falo delle Vanita, le Bücher des Vanités, où l'on raconte que Botticelli lui-même jeta dans le feu ses propres dessins de nus scandaleux selon Savonarole. Vraie ou pas l'histoire est fascinante. Le terme Inglesi a lontemps été synonyme d'étrangers tant était prépondérante la place des Britanniques dans la Florence du XIXe siècle. "Sono arrivati degli inglesi. Ma non ho capito se sono o tedeschi" (Des Anglais sont arrivés mais je n'ai pas compris s'ils sont russes ou allemands).

                               Le si célèbre Ponte Vecchio est illustré de quelques très belles lignes du Nobel russe 1987 Joseph Brodsky "A midi les chats vont voir sous les bancs, pour s'assurer que les ombres sont noires. Sur le Ponte Vecchio-on l'a restauré-où sur un fond  de collines  s'embuste Cellini on fait un commerce effronté de bimbeloteries de toutes sortes, les vagues dans un murmure roulent une branche après l'autre et les boucles dorées d'une belle femme qui se penche pour chercher quelque chose de rare, qui fouille au milieu des boîtes sous les regards insatiables de jeunes vendeurs, semblent une trace d'ange au royaume des corbeaux". (Décembre à Florence).

                              Annick Farina raconte joliment que, privée des grands aqueducs romains, la belle Florentine offre peu de grandes fontaines mais surtout des petites, au départ plus pratiques que décoratives (Fontane é fontanelle). Joli texte de Taine sur les Tritons, les Néréides, et "l'harmonie des troncs, des cuisses et des nuques". Fantasmes... Quand je vous disais la séduction de ce petit livre ensorcelant...Felice viaggio tutti. Per me sara Milano in settembre. Grazie Babelio.

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01 avril 2018

Le marque-alpage

Paolo-Cognetti-a-reçu-le-prestigieux-Prix-Strega-léquivalent-de-notre-Goncourt-pour-son-premier-roman-«-Les-huit-montagnes-»

                       Il me semble que Val (8 montagnes – Paolo Cognetti) ne peut pas être d'un avis différent. Tant ce livre, Médicis étranger, du quadragénaire italien Paolo Cognetti est une merveille de finesse, d'émotion et de nature. J'avais déjà beaucoup aimé Le garçon sauvage. Retour dans les Alpes avec Pietro, d'abord enfant sur les traces de son père, fou de montagne (Dino et Mario, Buzzati et Rigoni Stern, sont passés par là, deux de mes plus belles références, mais là je radote), puis à l'âge adulte retrouvant son ami Bruno qui, lui, est resté sur le versant. C'est peu dire que les altitudes, les arbres, la faune, illuminent ce récit qui va au delà de l'initiatique. Cosmique et tellurique l'osmose de ces deux faux jumeaux avec la terre est d'une grande prégnance. Et, si l'histoire est racontée  du point de vue du citadin Pietro, le rebond dans l'univers du montagnard né Bruno est d'une grande force poétique.

                     D'innombrables phrases sont à citer des Huit montagnes, bestaire ou herbier, et les multiples taches d'une vie d'éleveur de montagne.  Là, dans la province presque autonome du Val d'Aoste assez francophone, forêts et glaciers, torrents et bouquetins n'ont bientôt pas plus de secrets pour Pietro le Milanais que pour Bruno le rural. La vie les séparera et Pietro verra bien d'autres montagnes, deux fois plus hautes. Pourtant l'amitié se rit des obstacles et franchit les cols, fussent-ils himalayens. Les deux hommes, à distance de temps et d'espace , ne se quitteront jamais vraiment.

                    Récit à mille lieues de tout bien que la très affairée Milan soit à portée de fusil, Les huit montagnes est une invitation au voyage, de haute volée bien que les altitudes visitées soient relativement modestes. Mais peu de choses vous seront aussi dépaysantes que les travaux de maçonnerie des deux amis et l'élaboration des fromages. Et puis dans ce livre on parle peu de la nature, on la vit. De Bruno à Pietro: "C'est bien un mot de la ville, ça, la nature. Vous en avez une idée si abstraite que même son nom l'est. Nous, ici, on parle de bois, de pré, de torrent, de roche. Autant de choses qu'on peut montrer du doigt. Qu'on peut utiliser. Les choses qu'on ne peut pas utiliser, nous, on ne s'embête pas à leur trouver un nom, parce qu'elles ne servent à rien." La précision peut être imagée, elle n'en reste pas moins efficace. D'autres ont aimé tout autant que nous (tiens, j'ai déjà inclu Val alors que j'ignore sa réaction aux si belles Huit montagnes).

Dominique d' A sauts et gambades   

Krol

Le Bison Le Silence des Cimes 

Big Sur  Les huit montagnes - Paolo Cognetti

 

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28 septembre 2017

Cher libraire

LibraireAmsterdam

                                Plus qu'un bon roman historique Le libraire d'Amsterdam est un livre qui agite des idées au moins autant que des faits. J'ai choisi ce livre en bibliothèque (avant fermeture pour travaux, c'est toujours embêtant), sans en connaître rien que la couverture mais le thème m'a attiré. L'Italo-iranienne Amineh Pakravan a publié ce livre en 2006 et je ne sais par quel hasard il s'est retrouvé dans les rayons publics seulement maintenant. Nous entrons avec ce livre dans le bouillonnant univers des imprimeurs, libraires, cartographes dans l'Europe du XVIème siècle, période où l'on peut parler de naissance de l'humanisme. Un beau roman qui nous conduit des ateliers de Troyes, Paris, Amsterdam, Anvers jusqu'au Nouveau Monde, en ces dizaines d'années de Guerre de Religions. Guillaume Pradel retrace la vie de son père et de son grand-père, leurs haine réciproque et leur foi parfois fanatique.

                              Règnent encore la peste noire et l'obscurantisme mais pourtant les hommes changent, certains du moins. A travers les progrès de l'astronomie notamment, et l'amélioration des communications, c'est un monde  en devenir qui se construit. Quelques hommes éclairés, Guillaume est de ceux-là, imprimeurs, cartographes (quel beau titre que cartographes), mais aussi poètes et médecins, s'appliquent à changer le monde. Très peu connu, Le libraire d'Amsterdam est un ouvrage hautement recommandable, un livre qui fait appel à l'intelligence sans les grosses, parfois très grosses ficelles sentimentales qui alourdissent les romans historiques.

 

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07 juin 2017

Le vieux de la montagne

le chien

                                      Il est des petits livres, 140 pages, qui sont des merveilles. Claudio Morandini est un auteur italien né en 1960, né en Val d'Aoste, donc en Italie montagnarde et Le chien, la neige, un pied ne quitte pas non plus les hauteurs alpines. Evidemment j'ai pensé à Dino et Mario, deux de mes auteurs de chevet. Et je trouve que c'est assez cohérent, Morandini peut apparaître partiellement comme un héritier de ces conteurs hors pair, Buzzati et Rigoni Stern. Avouez que la barre est haut placée, normal pour ces écrivains alpinistes.

                                      Adelmo Farandola vit seul, âgé, reclus, mémoire défaillante, dans un chalet perdu avec son fusil et quelques fruits dans l'étable. Dans cette totale solitude sa misanthropie était prévisible. Ce vieux ronchon, plutôt muré, d'ailleurs il descend à peine au bourg pour quelques modestes provisions. Les très rares visiteurs sont mal reçus. C'est qu'il a la grisaille agressive, l'Adelmo. Si je me souviens bien Mario Rigoni Stern c'est tout à fait le contraire, ses montagnards (souvent inspirés de lui-même) cultivent encore le goût des autres et un certain parfum d'humanité.

                                      Mais voilà que l'arrivée d'un chien, plutôt moche, vieux lui aussi, change un peu la donne. Un peu seulement car Adelmo n'est pas dans le genre bras ouverts et le quadrupède aura plus de coups de pied que de d'os à ronger. Qu'importe car il est bavard ce chien (Buzzati aussi a mis en scène des chiens, parfois dotés de la parole). Ils passent comme ci comme ça le plus gros de l'hiver. La crasse tient lieu de manteau à Adelmo et le chien finit par obtenir quelque pitance.

                                      Troisième intervenant, à la fonte des neiges, un pied. Un pied humain qui dépasse du sol. Ce pied appartient bien à quelque corps. Et quel corps? Mémoire défaillante Adelmo aurait-il tué un garde ou un randonneur? Curieuses interrogations du vieillard presque sénile et du chien disert. Vous croyez au moins à une histoire d'amitié entre l'homme et l'animal? Avez-vous raison? C'est un joli conte assez cruel, en absurdie, qui s'accomode fort bien de la concision. Et qui frôle bien souvent la poésie et le surréalisme. Un très beau moment. Je vais me renseigner sur ce Morandini.

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06 octobre 2016

La poésie du jeudi, Giovanni Pascoli

Poésie du jeudi

La félicité

Quand, à l’aube, elle affleure de l’ombre,   

descend les brillants escaliers,

disparaît, et derrière la trace   

d’une aile, ce souffle léger,

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je la suis par les monts, par les plaines,   

dans la mer, au ciel ;

dans le cœur je la vois déjà, je tends les mains,   

j’ai déjà la gloire, l’amour.

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Ah ! ce n’est qu’au couchant qu’elle rit,   

sur la ligne d’ombre lointaine,

et me semble en silence montrer   

le lointain toujours plus au loin.

 

Le chemin parcouru, la douleur   

me désigne son doigt tacite ;

tout-à-coup – on entend bruire à peine –   

elle est au silence infini.

Giovanni Pascoli, Myricae, 1891 (1re éd.)

Trad. Jean-Charles Vegliante  

 

                                    A l'occasion, bien jolie, de la reprise des jeudis asphodéliens consacrés à la poésie, je vous présente Giovanni Pascoli, né dans la campagne d'Emilie-Romagne en 1855 et mort à Bologne en 1912. Quand vous lirez La félicita je devrais être quelque part du côté de cette université si réputée depuis longtemps. Pascoli la fréquenta tant étudiant que professeur. D'autres élèves: Erasme, Dürer, Copernic, Goldoni, Antonioni, Pasolini. Il fut un temps où le savoir du monde était bolonais. Toute la barbarie aussi, en 1980, quand 85 personnes explosèrent à la gare centrale. J'ai failli revenir sur Giorgio Bassani le Ferrarais mais j'en ai déjà parlé plusieurs fois. Pascoli, jusqu'à cette semaine j'ignorais son nom. Ce n'est pas la première fois que La Poésie du jeudi nous permet de l'inédit.

 

 

                     

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07 janvier 2016

La poésie du jeudi, Giorgio Bassani

 Poésie du jeudi

                                  Pour l'Italie, pour Ferrare que je n'ai jamais vue mais dont j'arpente les rues quand la vie m'ennuie, pour Giorgio l'écrivain, pour le Nord néoréaliste, pour Asphodèle dite Le Lien, voici quelques lignes du grand romancier, qui fut aussi scénariste et poète.

Vers Ferrare

C’est à cette heure que vont à travers les chaudes herbes infinies

vers Ferrare les derniers trains, avec de lents sifflets ils saluent le soir,

plongent indolents dans le sommeil qui peu à peu

éteint les bourgs rouges et leurs tours.

Bassani

Par les fenêtres ouvertes, le remugle des prés inondés s’infiltre

et voile la patine des banquettes misérables.

Des pauvres amants en chandail il dénoue les doigts fatigués,

et les baisers désertent leurs lèvres desséchées.

Giorgio Bassani (1916-2000) Histoire des pauvres amants (1945)

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                             Ferrare, forcément mieux que Rome ou Florence ou Naples. Et pour cause, je ne connais toujours pas la ville. Mais la province y porte un beau nom de femme, l'Emilie. Et vous voudriez que ça m'indiffère?

 

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13 décembre 2015

Valentyne et mois nous sommes branchies...

BRANCHIES

              ... sur le premier roman de Niccolo Ammaniti, publié en Italie en 1997. Et j'en ai beaucoup de peine. Maudit sois-je de l'avoir entraînée dans ces égoûts de la littérature. Encore qu'à ce jour j'ignore tout de sa réaction, la suivante Aujourd’hui « irréel » -13 décembre – Branchies Niccolo Ammaniti Libre à chacun d'avoir trouvé dans ce fatras de roman d'aventures, nous menant d'Italie en Inde, dans cette vague résurgence du thème de L'île du Dr.Moreau, dans ce bouquin branché branchies, coke et parties fines, une  bonne dose d'humour et une salubre vulgarité. Le héros, pas passionnant, gère une boutique d'aquariums et un cancer terminal, avec une fiancée et une mère romaine abusive. Il décide de partir en Inde suite à un courrier le mandant pour ses compétences de pro de l'aquariophilie. Ce qui l'attend là-bas se veut drôle et percutant, avec  des personnages comme sortant d'une BD sous acide,. Niccolo Ammaniti est fils d'un célèbre psychiatre et chef du mouvement littéraire dit Cannibale. Dit comme ça on s'attend au pire...Et c'est pire.

              Suis-je injuste? Ou suis-je has been, enfin has read? Pour ne point avoir saisi l'importance de ce premier roman, dont il se murmure qu'il ne serait en fait qu'une reconstruction de la thèse de fin d'études en sciences biologiques de Niccolo Ammaniti. Cela n'empêche pas les livres d'Ammaniti de se vendre comme des panettone sur la Piazza Navona.  Donc si un fond de trafic d'organes, appartenant à de pauvres Indiens, les organes, si un ahurissant concert dans les égoûts, si des créatures sortant de la trilogie Men in black qui se prendraient pour des personnages de roman vous tentent, prenez le prochain vol Rome-New Delhi et connectez-vous sur Branchies. Je serai tout ouïe si vous avez goûté le dépaysement.

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