16 mai 2010

Maux d'auteur

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                                                En pleine Ozmania et j'aime les textes brefs voici Vie et mort en quatre rimes.Un grand écrivain s'ennuie lors d'une soirée au centre culturel en son honneur.Alors il anticipe un peu les questions du public,passablement banales en général en ces moments. Et son esprit recrée,vagabonde,invente à ces admirateurs un nom,une histoire, un passé,des parents,des amours.Lui-même pourrait bien être piégé en homme amoureux.C'est que quelquefois ces cérémonies peuvent un peu déraper, pas méchamment .On reste en pays de comédie mais il peut s'avérer troublant de mélanger les sphères privée et publique.Alors il vadrouille dans la petite ville,qui ressemble à celle de Scènes de vie villageoise  (je trouve les deux livres très proches).Des silhouettes,un chien menaçant puis un peu collant,et ses pensées vont aux lecteurs là-bas au centre,qu'il imagine, qu'il reconstruit déjà en écrivain de profession,peut-être pas très capable d'une vie propre.Alors reste l'aventure,une lectrice,une complicité,ça m'étonnerait mais qui sait?

                                                 Le titre Vie et mort en quatre rimes serait celui d'un recueil poétique d'un auteur flou et tout aussi incertain que cette nuit de perplexité. D'une perplexité cependant finement observée par l'une des belles plumes israéliennes.

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26 avril 2010

Calme Israel

           Amos Oz nous plonge dans la vie ordinaire d'une bourgade israélienne et c'est superbe de simplicité, d'humanité, d'attente, d'inquiétude.Le grand écrivain israélien est particulièrement convaincant dans ce format court qui lie cependant les personnages des nouvelles.Creuser,Attendre, Chanter,voilà quelques titres brefs et somme toute explicites.Les habitants vivent comme tout le monde,rien de typique de la part d'Amos Oz.Au contraire un sentiment d'universalité court au long de ces nouvelles où l'on rencontre maire,médecin,agent immobilier ,bibliothécaire, étudiant arabe,jeunes et vieux.Toute cette société est ordinaire,fragile et se pose des questions sur la fidélité,l'avenir,la santé.Ma préférée serait peut-être celle où la plupart des protagonistes se retrouvent pour chanter,sûrement pour avoir moins peur.

         On ne dira jamais assez la richesse du monde littéraire israélien.Dans cette promenade à Tel-Ilan,ce village qu'on pourrait croire immobile,l'urbanisation gagne comme dans tout le pays.Est-ce une gangrène touristique,une spéculation?Est-ce aussi l'évolution inéluctable?Oz ne verse pas dans la nostalgie.Il se contente de nous accompagner aux chaudes soirées de Tel-Ilan,avec un zeste  de mélancolie,beaucoup de  doutes,et l'envie d'en lire plus.Je n'en regrette que davantage la huitième et dernière  nouvelle,qui m'a mis mal à l'aise.Il est possible que je l'aie pas comprise,elle s'appelle Ailleurs,dans un autre temps.

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05 septembre 2009

Naissance d'Israel sur le mode léger

  Une panthère dans la cave,sous ce titre curieux se cache un délicieux roman qu'on pourrait dire d'initiation sur la vie d'un enfant de 12 ans à l'aube de la création d'Israel.L'amitié pour un sous-officier anglais.Où commence la trahison?Où finit l'amitié?Et notamment quelques très belles pages qui décrivent la bibliothèque de son père.L'état d'Israel va voir le jour en cette année 47 et le jeune héros ,membre d'une armée de libération riche de trois gamins de son âge,se pose des questions sur la meilleure façon de bouter l'Anglais hors de Terre Sainte.Ce livre du grand auteur israélien Amos Oz en dit somme toute assez long sur cette curieuse ambiance où passe encore l'ombre de la Shoah si récente mais où espoir,ténacité et humour indispensable bâtissent déjà un avenir dont les enfants ont déjà compris qu'il sera tout sauf facile.Le titre fait référence à un film avec Tyrone Power dont je n'ai pas réussi à trouver trace.Le jeune Profi (surnom du personnage,diminutif de Professeur) s'identifiant volontiers aux Bogart,Gable,Cooper;etc...

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21 juillet 2009

Enterre promise



      Avraham B. Yehoshua n'en finit pas d'ausculter avec talent la société israélienne.Le DRH (on ne connaîtra jamais son nom) d'une boulangerie industrielle se voit chargé de mission pour identifier le corps d'une ouvrière,victime d'un attentat suicide à Jérusalem.Il a lui-même embauché cette femme mais ne s'en souvient pas.Il va peu à peu prendre conscience de l'absurdité particulière de cette situation qui le mène à s'occuper du rapatriement de cette étrangère. Et, imperceptiblement, l'image de cette femme morte va s'immiscer en lui,lui dont la vie privée naufrage et dont l'avenir semble incertain.
        On n'est pas très loin de Kafka dans ce conte contemporain où le DRH finit par vaincre ses à priori et une certaine sécheresse pour en quelque sorte rendre hommage et justice à cette femme dont il ignorait jusqu'à l'existence.Nulle trace physique du conflit dans Le responsable des ressources humaines et pourtant on y décèle très bien un impalpable sentiment,celui de voir cette région danser sur un volcan qui risque d'emporter les destins individuels ou collectifs.La très grande finesse d'analyse de Yehoshua est particulièrement tangible dans les rapports familiaux ou professionnels du DRH.Confirmation de la richesse littéraire israélienne.

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26 août 2008

Le veuf d'Haïfa

yeho

  Voici un livre que je considère comme essentiel,remarquable de sagacité dans Israël il y a vingt ans...C'est la première fois que j'aborde la littérature israélienne mais je sais qu'elle est très riche,et riche d'un vécu qu'on imagine porteur d'expérience en cette terre pas tout à fait comme les autres.Avraham B.Yehoshua, septuagénaire, m'a emballé avec L'année des cinq saisons,plus sobrement intitulé Molkho en hébreu(c'est le prénom du personnage). Quinquagénaire, fonctionnaire à l'Intérieur Molkho vient de perdre son épouse.C'est l'automne à Haïfa et sa vie va (peut-être) changer après des années de soins dévoués.Ce n'est pas qu'il tienne tant que cela à batifoler tout de suite,Molkho,mais tout de même il entrevoit une certaine liberté. Mais on ne se détache pas si facilement d'un passé aussi présent et il va faire l'expérience d'une difficile réinsertion à l'existence.Ses rapports ombrageux avec son fils cadet,la présence de sa belle-mère à la maison de retraite voisine,ses aventures féminines oscillant entre burlesque et infantilisme vont s'avérer bien décevants et l'englueront dans une sort de "ni bien ni mal,ni lié ni libre" qui prend une couleur particulière à l'aune de ce pays petit par la taille mais si prégnant.Il semble que l'on se connaisse tous entre Haïfa et Jérusalem,ce qui n'est pas sans compliquer les choses.

   Sur un thème très sérieux A.B.Yehoshua trace avec humour et distance le portrait d'un homme ordinaire confronté à la solitude et aux méandres d'un retour dans le monde.Molkho nous touche à chaque instant,au coeur même de ses petites médiocrités,parfois mesquin,parfois rapace et surtout tellement humain.On s'identifie vite à cet homme,manifestement dominé sa vie durant par sa femme,et dont on pense qu'il n'a pas vraiment fini de lui rendre des comptes.A l'évidence cet auteur aura ma visite à nouveau très prochainement.

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12 octobre 2006

L'autre grand écrivain turc

   

      Regarde donc l'Euphrate charrier le sang du grand écrivain turc Yachar Kemal est une allégorie de la guerre et plus encore de la paix impossible surout quand il s'agit d'ennemis héréditaires qui ne savent plus pourquoi mais se détestent au delà des générations.L'Ile Fourmi, au centre de ce roman, pourrait bien ressembler à Chypre par exemple.Après la Grande Guerre,celle qui a tout changé Grèce et Turquie ont fait un curieux échange d'îles et de populations.Deux hommes se retrouvent dans une île déserte et vont créer une situation presque amicale jusque dans l'absurde de ce no man's island.

   Il m'arrive d'acheter un livre surtout pour son titre et c'était un peu le cas pour Regarde donc l'Euphrate charrier le sang qui me paraissait prometteur.Je ne l'ai pas regretté car il règne sur ce roman un souffle baroque très vivifiant.

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