04 octobre 2006

Les grands corbeaux

Les grands corbeaux de la montagne noire

Tragiques,étendent leurs ailes d’envergure

Par delà les rives des fleuves enchantés

Où glissent de gentils pêcheurs

Aux enfants minces et mutins.

Les noirs messagers ont pris leur envol

Il ya longtemps de ça

Quittant ces nids profonds et troubles

Au coeur de la forêt d’effroi.

Je les vois planer sur ces villages roses

Aux toits frémissants au doux vent de saison.

Ils hantent les colombiers

Persécutent les calmes oiseaux des clochers.

C’est de là-haut qu’ils nous épient

Les grands corbeaux fondent sur les fruits pleins

D’un dernier messidor.

Ils ont la couleur des diables d’avant

Dont parlaient aux veillées

Chemineaux et passants

Quand sur la route et dans la lande

On rencontrait chemin faisant

L’amitié,le pain,la candeur.

C’était il y a bien des hivers

Au temps où dans le ciel et les cimes

Ne régnaient pas en maîtres

Les grands corbeaux dont l’oeil perce

Les hommes qui bientôt

Leur ressembleront.

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29 septembre 2006

Crooner

dessin sinatra

Un soir maussade à Baltimore


La baie de Chesapeake en sa torpeur


Et les papillons noirs


Dont souvent je te parle ma belle


Ceux que je connais bien


Ceux d’avant toi


M’ont arraché au salon du Plaza


Où je n’écrivais rien


Mes pas métalliques au long d’une rue tiède


Résonnaient dans ma tête envahie


Des visages d’avant.


La ville était laide


Sa disgrâce était la mienne aussi


Slogans racoleurs,hideurs allumées


Me rongeaient en dedans.


Piano-bar plus loin au coeur de la nuit


Des rires filtraient


Comme ballade d’un café triste


Au delà des stores


Envie de rencontres


Bien maigre rendez-vous


Amore,love,susurrés


L’homme n’était pas Sinatra


Pourtant il est des soirs à Baltimore


Comme à Rome ou à Paris


Où l’eau-de-rose a le goût de nos larmes.


Il y a des instants


Sont-ils privilégiés


Où le doux malheur revient


Qu’on croyait exilé


Quand des prénoms de femmes


Dansent sur des mélodies banales


Cette nuit d’Amérique m’a cogné


Et le coeur au tapis


J’ai pleuré sur elle et sur moi.


La fille de la pénombre


Sortait d’une histoire de Chandler


“Strangers in the night”


Lizzie,Rosanna


Je ne sais plus son nom


Mais je sais son regard


Et l’Italien chante encore


L’amour,ses mots de pacotille


Soir de naufrage,seule la musique des âmes


A tracé sur elle et moi


Une fine brûlure


Longue,longue...


C’est elle aussi mon film américain


La fille de Baltimore


C’est la couleur d’un alcool


Un chanteur de charme anonyme


Des étrangers dans la nuit


Une détresse,le mal des autres


Croquis de mémoire


Flash-back sur ces moments


Si précieux,si lucides.


Chez moi,ici,nulle part


L’heure est quelconque


Plutôt oblique


J’écoute Frankie


“Strangers in the night”

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24 septembre 2006

Les brutes avaient raison



Ils avaient raison et moins de meurtrissures


Dévoreraient mon âme et mon ventre


En serait moins aigu


Ils avaient raison,Savonarole et tous les autres


Les hommes noirs de Nüremberg


Comme les incendiaires de Fahrenheit


Et le monde aurait dû laisser brûler


Sa mémoire et ses racines.


Mais peut-être n’est-il pas trop tard?


Amis,là,dès ce soir,détruisons les livres


Tous même les anodins


Tous ceux qui pensent et se livrent nus


Se vautrant dans l’écriture


Sont porteurs du malheur


Et dégénérescence


Il ne faut pas que ces guides nous emmènent


Il est des voyages sans retour


Si les mots nous piègent


Et referment sur nos mains


L’acier et le venin de poésie


Les brutes avaient raison...


La peste soit de ce chevalier à la triste figure


De son pleutre écuyer.


Et les amants de Verone


Ou bien ce bateau ivre


De sombres influences...


Pourtant peut-être,peut-être si j’osais


J’aimerais sauver,là,voyez-vous


Celui-là,très vieux et usé


De toute façon presque illisible


Et puis maintenant je me souviens


C’est un livre,un livre où


Il ne se passe rien


Un désert,vous dis-je,et quelques soldats


Sans ennemis,sans raison d’exister


Quoi de plus dérisoire qu’un petit lieutenant


Qui attend,qui attend


L’exemplaire est laid,l’oeuvre quelconque


Laissez le moi encore un peu


Le héros n’en est pas brillant


Mais c’est un peu mon frère


D’expectative


Et si l’ennemi était là,demain matin...


Mais j’y pense et vous


Lequel vous est attaché


Au point de l’épargner,de l’adopter?


Un livre,rien qu’un et c’est un peu quand même


Pour la barbarie le début de la fin.


Si c’est moi qui avais raison...


     Ce poème n'aurait jamais vu le jour sans Ray Bradbury ni François Truffaut.Merci à eux.

     Peut-être conviendrait-il aussi de citer Rimbaud,Cervantes,Shakespeare et Buzzati.

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18 août 2006

A Victor

       

     Les géants n'ont pas toujours la vie facile:petit hommage à ce destin que fut la vie d'Hugo, avec la folie d'Adèle et la mort de Léopoldine. Il me fut inspiré par une balade en bord de Seine dans ce pays de Caux que remonte parfois le mascaret.

   

Portrait de Léopoldine Hugo (1824-1843)

Comment la douce Seine a-t-elle pu t’amputer?

Toi,Victor,ce titan de tout un siècle

Qui aura su vaincre les pires exils

Toi qui,tonnant des rochers normands

Contre les misères et les mépris

L’indestructible,pareil à ces brisants

Mon ami,capitaine au long cours

Maudissons ces flots traîtres

L’enfant,ton enfant,ton sang

Entraînée dans la nuit

Monstruosité du mal des hommes

Quand la peine est innommable

Et que la poésie arrache le coeur.

Léopoldine,la douce Léo

Repose là-bas au bord du fleuve

Et j’aime à lui rendre hommage

Victor,tu nous es alors si proche

Et Léo est un peu ma fille

Au sourire flétri,brisé en cette aurore

Gavroche coule ses larmes

Il nous reste,Victor

Le fleuve de ton verbe

Contemplations

Quintessence du beau malheur.

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10 août 2006

Italia

Parme : Le Palazzo del Governatore 

La pluie quiète mouille Parme

L’oiseau sur le dôme gothique

Tord le corps et soudain plonge

Sur la place là-bas

L’enfant chemise ouverte a séché ses larmes

Il joue de l’ocarina

Déjà la faim le ronge

Le blé,poussière de piazza

Voltige sous les becs laborieux

Les ailes bruissent de fureur à vivre

L’enfant plisse les yeux

La liberté et la douleur l’enivrent

En cet exil presque toscan.

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En la forêt de Toi

                                  Avec le concours de Gérard de Nerval.

Dans la forêt de Toi

La vie transperce les hautes futaies

On y fait d’étranges rencontres

Des paladins traversent les allées

En chemin vers ces tournois

Pour défendre leur belle.

Leurs chevaux semblent ailés

Rien ne leur est impossible.

En la forêt de Toi quelque chose est magique

J’y ai vu de très doux bardes écossais

Ils chantent des ballades de mon ami Donovan

Dans lesquelles les princesses

S’appellent Guinevere ou Llana

Que j’aime ces harmonies un peu nordiques

Nimbées de mystère,oppressantes parfois

Quand les cordes se pincent comme nos coeurs.

Dans la forêt de Toi

Les chansons sonnent parfois triste

Mais le plus souvent nous y dansons

Toi et moi hardiment

Alors je me sens preux,je me sens fier

Et comme Lancelot je deviebdrai guerrier

Pour que tu demeures reine à jamais

De mes jours en la forêt de longue attente.

Et si je m’en éloigne

Viennent les pleurs

Mais tu sais si bien les épancher

Ils ne sont que fugacité.

Tu m’es si précieuse et je veux bien mourir

Au profond de la forêt de Toi.

Dans la forêt de Toi,parfois

Bruissent des oiseaux-lyres aux rameaux

Des espèces inconnues que tu apprivoises

De ton coeur grand ouvert

Leur vol m’émerveille et je n’en crois pas mes yeux

Pourtant c’est la forêt des couleurs

Et du bonheur coule en diamants

Entre les étangs où murmurent

Des nymphes,des créatures étranges

Qui nagent comme Ondine,souviens-toi.

Comme elle aime l’espace et la nature.

Dieu,que tu leur ressembles

Toi qui chaque jour m’étonnes davantage.

Dans la forêt de Toi il me paraît

Que j’ai toujoursvécu

Tant mon rêve y prend corps

Au bout de ma si longue quête.

Enfin se dessinent parmi tes arabesques

Ces bonheurs inoüis dans ton Amazonie.

Mais quelle est cette voix qui évoque la mort?

Tu es Vie et ma vie ne respire

Qu’en la forêt de Toi.

Seule désaltérance

Que les fruits sucrés que m’offre ta chaleur.

Et mon rare appétit n’a qu’une satiété

Tonneau des Danaïdes,gouffre qui se veut tien

L’âme ouverte au sang bleu

Que je veux infiltrer

Dans ton intime jardin vital

Pour que de nos cris résonne,immense

La forêt de Toi

Réceptacle superbe des pluies bienfaisantes

Celles qui embellissent l’enfant qui grandit

A la folie,passionnément

Qui de toi et moi émane

En une source vivifiante

Trace superbe de nous

Amour sylvestre et panthéiste.

En la forêt de Toi

J’existe enfin et les mots qui dormaient

En le tréfonds de moi

Planent en toute liberté

Discrets astéroïdes à toi destinés

En la forêt de Toi

Chêne ou modeste jonc

Je veux vivre là,simplement

En la forêt de Toi

En Toi.

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04 février 2006

Dixieland(Louisiana Story)

Il y a quelques années j'avais écrit ce texte sur la Nouvelle-Orléans et la Louisiane.Le voici avec un nouveau titre,hommage au grand cinéaste Robert Flaherty.

Le crépuscule sudiste est descendu

Enveloppant le Vieux Carré d’un mélange

De nostalgie et de révolte

Dans l’air tant de choses ont changé

Qu’est devenue la Cité du croissant?

Encombré de lectures

J’ai en vain poursuivi

L’immuable,le séculaire

Les traces

Mais le Meschacebe a dû se perdre

Définitivement.

Alourdi de bien trop d’images

Perclus d’illusoire j’ai traîné

A la recherche des parfums d’Antilles

Je les croyais si proches

Le fleuve ne porte plus

Ni cannelle ni coton

Le fleuve a ses geôliers

Verticaux

Tours et gratte-ciel éloignent

Le souvenir des Natchez

Comme celui des élégants corsaires

La mort de l’Ancien Monde

Fut ici la plus théâtrale

Il a suffoqué,français ou castillan

Voici longtemps sous la raison

Antebellum

Où dorment les crinolines

Des belles dames du Sud

Aux valses pétillantes?

Restent de si jolis noms

Iles Chandeleur,Fleur de Paris

Fontainebleau,Palourde

Comme une touche de Vendée

Evanescente.

Au Cabildo j’ai répondu à l’invite d’un fiacre

Rue Chartres,rue Toulouse

L’orphéon de King Oliver

Les sémillantes créoles

Ont cédé le pavé de Bourbon Street

Aux industries de nos années

Celles du voyeur

Peep shows et revendeurs

Orleans s’st égarée

Jelly Roll Morton boude le Carnaval

Masques et perruques de M ardi-Gras

Ne sont que vestiges

Et Satchmo est bien mort

J’ai voulu quitter la ville

Devenue comme jumelle d’autres lieux

Le tramway poussif de l’avenue Napoléon

Les fauteuils cannelés

Je les ai oubliés comme les colonnades

De Saint Charles

Aux ragtimes électriques.

Sur la route des marais

En quête de province,rêveur impénitent

J’égrenais lettre à lettre

Bâton Rouge,Pontchartrain

Pointe Coupée

Beautés du vocabulaire

Poésie de la topographie

Sonnant comme une chanson du terroir

Au creux du delta

D’Amérique.

Le pays qui marche sur les eaux

Tend ses myriades de bras

Etait-ce le paradis terrestre?

Des allées de chênes laissant filtrer

Les colonnes doriques de la grande demeure

D’un magnat nostalgique

Entretiennent les chimères

Au ciel le bruissement des aigrettes,des spatules

Cyprès et seringas

Gardent les plantations

Dont les fastes anciens décorent

Ces manoirs-hôtels de stuc et d’albâtre

J’y ai goûté le julep,le café-brûlot

Au rythme de ma fantaisie

J’ai dérivé vers les paroisses.

Mais,voisin,le géant texan

S’est chaque jour accolé davantage

A la Louisiane et les derricks

Salissent le lit des rivières

Où maraudait Huckleberry Finn

Alors j’ai abandonné ce Sud

Un peu celui de notre enfance à tous

Pour voir ailleurs ce qui restait

Peut-être

De mon Amérique à moi.

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