17 février 2009

L'Inoxydable

ildivo_sorrentino

   Si Gomorra m'avait plutôt rasé Il Divo m'a,à quelques détails près,enthousiasmé.Eternelle renaissance de mon cher cinéma italien.Vous ne connaissez pas Giulio Andreotti?Moi,vu les années,j'ai toujours un peu vu la longue silhouette de l'un des plus inamovibles hommes politiques italiens.Paolo Sorrentino,metteur en scène de la nouvelle génération,nous propose un puzzle fascinant où le personnage d'Andreotti apparaît fantômatique,filmé marchant vraiment comme Nosferatu et rasant les murs dans une Italie vide d'Italiens,puisque Sorrentino a opté pour le parti pris,curieux mais très intéressant,de ne guère quitter les ministères ou les églises.Mais à l'intérieur des ors de la république se jouent des destins,se trament peut-être(le doute est permis) des morts violentes,se fomentent des trahisons dans cette Italie où la Comedia dell'Arte épouse l'Opéra tragique.

    Faut-il avoir une petite connaissance de l'histoire de l'Italie pour apprécier Il Divo?Honnêtement je trouve que ça peut aider mais au delà de la spécifité transalpine la réflexion sur le pouvoir,sa solitude,réelle,et l'ambiguité du jeu politique,est passionnante.De ce films ne sort pas la vérité sur l'assassinat d'Aldo Moro,sur la loge P2,sur l'implication de Giulio Andreotti.Cette vérité là existe-elle seulement?De ce film,par contre,on peut sortir,ravi et heureux comme un spectateur "né cinématographiquement" sous Rossellini dont Sorrentino serait le petit-fils spirituel,mais un petit-fils qui aurait eu comme parrain Fellini dont l'ombre plane un peu,beaucoup,sur la mise en scène.

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14 février 2009

La perfection,probablement

      La nouvelle Les Morts dans le recueil de James Joyce fait quelques dizaines de pages.John Huston(1906-1987),aux origines irlandaises bien trempées,n'a plus que quelques mois à vivre.En fauteuil roulant et sous oxygène le vieux baroudeur ne peut se déplacer en sa chère Erin.Ses enfants sont près de lui,son fils Tony au scénario et sa fille Anjelica  dans le beau rôle de Greta.Mais il n'y a que de beaux rôles dans Gens de Dublin.Le film dure 1h20 et comme j'aimerais que le cinéma retrouve l'art de la concision.Huston sera présent tout au long du tournage et il se peut que The dead soit pour moi le plus beau film au monde.Pour moi qui aime à me pencher depuis des lustres sur les étranges noces du cinéma et de la littérature le repas de fin d'années des soeurs Morgan,dans le Dublin du début du Siècle,est le plus magnifique festin du Septième Art.

      La neige tombe sur la capitale irlandaise de ce qui n'est pas encore la République.Pas encore de république mais toute l'Irlande est là,de Joyce et de Huston.Les invités arrivent,comme tous les ans.On va chanter,très important en Irlande.On va danser,on va boire,très important en Irlande.On va même un tout petit peu croiser les fleurets mouchetés de la politique et d'un embryon de féminisme.Pour la politique:très important en Irlande.Pour le féminisme:hélas pas très important en Irlande,tout au moins pendant longtemps.

      

   L'une des deux vieilles tantes a encore un beau filet de voix.Mais pour combien de temps?La nièce joue du piano divinement mais semble seule.Freddy est ivre,comme d'habitude,très important en Irlande.On le comprend,le pauvre,avec sa mère...Un vieux monsieur déclame et c'est étrange et très beau,comme suspendu dans le temps.On y cite Keats et les premiers indépendantistes.On s'aime bien tout en se querellant un peu.On y parle de chevaux et d'opéra,passions irlandaises.Gabriel fait son  discours annuel,tendre et convenu,hommage à l'hospitalité des hôtesses.

   Puis il se fait tard il faut s'en aller.Certains,éméchés,en sont aux anecdotes grivoises en reprenant le fiacre.Ce fut une belle soirée,comme l'an dernier.La voix du chanteur Bartell d'Arcy dans une ballade poignante cloue d'émotion Greta et Gabriel.Et s'ouvre le livre des souvenirs,le livre des morts.Rentrés à leur hôtel les époux se regardent.Il y a juste un peu d'incompréhension.L'évocation de la mort du jeune Michael,jadis amoureux de Greta,crucifie la femme encore jeune alors que son mari évoque à voix haute tous les disparus.

    Son âme défaillait doucement au bruit de la neige qui tombait faiblement sur l'univers,et faiblement tombait le couchant de leur fin dernière sur tous les vivants et les morts.

    Gens de Dublin perce le coeur du spectateur,porté par les mots de Joyce,la fidélité de Huston, l'extraordinaire justesse chorale de tous les acteurs(irlandais),la musique imprégnant le film sans l'étouffer?Greta,debout dans l'escalier,entendant la chanson en une contre-plongée infiniment douloureuse est pour moi le summum de l'émotion.En aucun cas sinistre ni morbide The dead est le testament d'un très grand cinéaste qui a tout connu et a su transcender au seuil de  sa propre fin la nouvelle du plus grand écrivain de l'Irlande pour en faire une pièce d'orfèvre inoubliable,emmêlant le fil de la vie et de la mort en une île universelle.

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10 février 2009

Rude Ruhr

          Lait et charbon de Ralf Rothmann,né en 53 dans une Allemagne industrielle,raconte une période de l'adolescence de Simon,fils de mineur de la Ruhr,époque mobylette et Rubber soul l'album des Beatles,classiques premiers émois,peu romantiques.C'est souvent comme ça,non?Lait et charbon est ainsi un portrait de jeunesse prolétarienne dans une Allemagne plutôt grise et laborieuse où bières et cigarettes marquent la fin de l'enfance.Rien de très folklorique ici,une jeunesse française ouvrière devait être très semblable.
       

       Dans cette histoire en famille où chacun mésestime l'autre la mère Liesel danse le twist avec les immigrés italiens plus gais que son mineur de mari.Simon et son frère Traska,adolescent difficile, se disputent journellement.Et l'amour dans tout ça.Le pire,si j'ose dire,c'est qu'il existe,certes bien caché,qu'il soit conjugal ou fraternel ou filial. Manifestement très proche de sa propre expérience,le roman de Ralf Rothmann évoluerait vaguement entre un univers à la Keith Loach,moins prêcheur,et l'éloignement de toute scorie romanesque. L'épilogue questionne plus qu'il ne résout.C'est un beau livre,qui rend... pas très optimiste.

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07 février 2009

Sombres impressions du pôle

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      Certes il est un peu monstrueux,Terreur,de Dan Simmons, avec ses 700 pages comme écrites robustes par un charpentier de marine.Lourd et épais comme un vulgaire best-seller(c'est pas méchant) et en relief le nom de l'auteur et celui de livre.Et surtout il est passionnant malgré quelques petites baisses de régime.Dame!Sur la distance...Triple patronage pour ce grand roman épique,moral et philosophique.
    -L'Histoire,celle de la conquête des pôles,qui a inspiré Simmons qui met en scène les vrais acteurs du drame de 1845 qui vit le Grand Nord se refermer sur l'expédition Franklin,de la Marine royale anglaise.Jules Verne pour Un hivernage dans les glaces s'st souvenu de cela lui aussi.
    -Howard Hawks et son film de 51 La chose d'un autre monde(bon remake par John Carpenter en 82) qui contait la terreur causée parun extra-terrestre congelé,puis décongelé sur une base militaro-scientifique.
     -Un certain H.M. dont le roman M.D.,un pavé lui aussi,d'ailleurs fort peu lu dans sa version totale,et où le Capitaine A. se damnait sur toutes les mers du monde,nanti d'un pilon pour clouer au pilori le grand cachalot blanc.

         De tout cela Dan Simmons tire sa substantifique moelle pour nous offrir un roman d'initiation,un avatar de la collection Terre Humaine,un thriller d'épouvante,un précis de navigation boréale,un long cours de climatologie,une histoire d'amour,un western avec traîtres et sacrifices,une grande aventure doublée d'une soilde réflexion sur le destin de ces hommes,sombre et grandiose.
Si vous entrez dans ce journal de bord immobile vous n'échapperez pas à ce souffle,d'une grande valeur littéraire,mais Simmons a fait ses preuves, je crois,dans ses immenses cycles de science-fiction.Mais de cela d'autres ont déjà fort bien devisé .Immobile dans le grand blanc,infernal et titanesque,face au léviathan,à l'immensité de glace(vocabulaire très riche en découvertes),et à la petitesse de certains hommes dont la vilenie s'épanouit mieux en Arctique,vous frissonnerez intelligemment.Couvrez-vous

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31 janvier 2009

Philosophie et fusils sur la montagne

     Ce livre intéressant,court et original,m'a cependant laissé un peu sur la réserve.Ce bouquin échappe complètement à l'univers balisé du thriller pour lorgner sur une sorte de réflexion en forme de monologue sur la condition de l'assassin comme se définit lui-même William Gasper.Cet homme est ambigu,la façon dont il parle de ses armes fait froid dans le dos.Et il cite Kierkegaard et Schopenhauer et je me demande si ce n'est pas encore plus inquiétant.Et si c'était un ultime avatar du syndrome de John Rambo,en plus intellectuel bien sûr.Ce qui ne rassure pas.Mais ce livre ne ressemble à rien de ce que je connais et vaut le détour.Vous pouvez emboîter le pas de L'homme qui marchait sur la Lune mais méfiez-vous de lui.Cet homme est dangereux.

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22 janvier 2009

Géographie:Laredo,Texas

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     Pour une chronique sur la musique difficile d'ignorer Laredo.Je n'ai pas trouvé de cité nommée Fa dièse  ou Solmisi.Sur le célèbre Rio Grande Laredo,200 000 habitants,est une des villes frontières avec le voisin mexicain.Nuevo Laredo,sur l'autre rive est donc mexicaine. Streets of Laredo est un classique du folk,une chanson très ancienne dont je vous propose la version de Joan Baez.Laredo est une ville qui a beaucoup à raconter,ayant vu sept drapeaux flotter sur son hôtel de ville.Elle fut même capitale de l'éphémère République du Rio Grande,état indépendant pendant 10 mois.Elle semble être souvent classée comme l'une des pires villes d'Amérique du Nord d'après certains journaux.San Agustin pourtant,veille sur Laredo.

http://fr.youtube.com/watch?v=H5zw4rzEoUI  Streets of Laredo

21 janvier 2009

Deux enfants chinois

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Une famille chinoise,un très beau film de Wang Xiaoshuai,déjà auteur du remarquable Beijing bicycle.On s'attend à un mélo avec enfant malade,sujet risqué.Effectivement c'en est un mais tout en sobriété et retenue.Avec quatre personnages littéralement saouls de malheur qui luttent dans cette rude société chinoise moderne.Et les drames que la politique de l'enfant unique a pu induire,sacrifiant si souvent l'individu à la nation.Juste et émouvant.Ces deux enfants chinois sont la petite fille malade et l'éventuel deuxième enfant qui pourrait lui sauver la vie par un don  de moelle osseuse.Mais c'est bien compliqué car les parents sont divorcés et remariés chacun de  son côté.

     Le Pékin qui nous est montré n'est pas bien sûr la ville historique.Mais n'y pas non plus l'impression d'une métropole surpeuplée  où grouillent les fourmis industrieuses.C'est que le milieu est relativement favorisé même si la vie ne leur est guère plus facile.Ainsi se dégage d'Une famille chinoise un charme à l'européenne très plaisant mais il ne faut pas demander à ce beau film,comme je l'ai entendu lors du débat qui suivait la projection, d'être en quelque sorte représentatif du monde chinois,si vaste et si difficile à étiqueter.

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13 janvier 2009

Hitchcock,période anglaise,suite

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    En français Quatre de l'espionnage que Hitchcock réalise en 36 d'après les histoires de Mr.Ashenden de Somerset Maugham.Comédie d'espionnage très réussie.Comme cette série de noir et blanc,Les 39 marches,Une femme disparaît,Sabotage.Nous traversons une partie de l'Europe en guerre mais n'aurons pas d'images du conflit.Ce qui intéresse Hitch c'est le jeu du qui est qui,une constante dans son oeuvre où chacun se dissimule à souhait.Hitchcock a en fait mêlé deux histoires d'Ashenden:Le traître et Le Mexicain chauve.Ce dernier ni chauve ni mexicain est joué par Peter Lorre,l'extraordinaire acteur de M.Et l'élégant Robert Young joue le méchant,séduisant comme il se doit.Une grande partie de l'action se passant en Suisse Hitchcock a imaginé une des scènes clés dans une chocolaterie.A propos de l'utilisation de la géographie Hitchcok a déclaré "A quoi servent les Alpes si ce n'est à noyer des traîtres et à ouvrir des crevasses sous les pieds des gens?"

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12 janvier 2009

Mare nostrum,dolorosa

    Laurent Gaudé ,prix Goncourt pour Le soleil des Scorta,signe avec Eldorado une jolie fable sur l'immigration.Roman très bien écrit,des phrases presque inoubliables.Je le prends un peu comme une parabole,avec beaucoup de justesse et un tout petit peu d'artifice lors du "voyage à l'envers".Le personnage d'accroche est un officier de la marine italienne chargé de recueillir mais aussi de traquer,et vice-versa,les boat people du continent africain.Tout le paradoxe est là pour cette étrange métier,sauver et condamner en quelque sorte.On découvre aussi une mère qui veut venger son enfant mort lors d'une  traversée de l'enfer pour un eldorado si improbable.

    Deux frères quittent leur Soudan,l'espoir au coeur,mais l'avenir est rude à ces damnés de l'existence.Très belles pages sur les esprits qui n'ont de cesse d'accompagner,bons ou mauvais,les voyageurs.   Curieusement le récit reste dispersé et nous surprend,ce qui est une bonne chose,car les protagonistes ne se rencontrent guère,chacun muré dans sa quête plutôt solitaire finalement malgré la multitude. Honnêtementje craignais le sempiternel pensum bien-pensant et outrageusement moralisateur.Il n'en est rien et le lecteur ressort libre,libre de vagabonder et ce n'est pas un mince compliment.Une petite réserve que j'ai déjà évoquée au début sur le "voyage à l'envers".La partagerez-vous si vous lisez Eldorado?

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11 janvier 2009

Géographie:Memphis,Tennessee

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       Enorme choix de chansons pour l'une des capitales de la musique, Memphis, Tennessee,patrie des mythiques Sun Studios.La ville fut nommée ainsi par référence à la Memphis de Haute Egypte,bâtie sur un site fluvial assez comparable.Sur le Mississipi Memphis,Beale Street,Elvis et le blues nous attendent.Pas toujours d'un goût exquis mais les ombres de Robert Johnson et Muddy Waters hantent ce carrefour Nord-Sud tellement chanté.Y moururent Martin Luther King,un autre King prénommé Elvis Aaron mais comme vous le savez son fantôme erre toujours le soir sur le De Soto Bridge.Jeff Buckley s'y noya dans l'Ol' Man River.Y naquirent Aretha Franklin,Morgan Freeman et Dee Dee Bridgewater(avec un nom pareil).

   Autre légende qui passa par là,Chuck Berry et Memphis Tennessee

http://www.youtube.com/watch?v=7-J_AF7JRgo

Sing along with Chuck Berry and John Lennon

Memphis Tennessee

Long distance information, give me Memphis Tennessee
Help me find the party trying to get in touch with me
She could not leave her number, but I know who placed the call
'Cause my uncle took the message and he wrote it on the wall

Help me, information, get in touch with my Marie
She's the only one who'd phone me here from Memphis Tennessee
Her home is on the south side, high up on a ridge
Just a half a mile from the Mississippi Bridge

Help me, information, more than that I cannot add
Only that I miss her and all the fun we had
But we were pulled apart because her mom did not agree
And tore apart our happy home in Memphis Tennessee

Last time I saw Marie she's waving me good-bye
With hurry home drops on her cheek that trickled from her eye
Marie is only six years old, information please
Try to put me through to her in Memphis Tennessee

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