19 août 2009

J'y suis tout à fait

   J'y étais déjà,favorable à la grande Nuala O'Faolain,après avoir lu On s'est déjà vu quelque part? Et je le suis plus encore après avoir lu J'y suis presque,écrit dans la foulée.Le talent de cette écrivaine irlandaise éclate dans ces Mémoires ironiques,sévères,d'une rare profondeur.J'ai décidé de vous proposer quelques extraits,plus parlants peut-être.Nuala O'Faolain restera une femme irlandaise lucide,qui aura réussi dans ce pays que j'aime tant mais dont j'ai déjà dit qu'il n'avait pas été exemplaire,à faire bouger les choses au delà du journalisme et de la littérature?Voir Vous avez lu Nuala O'Faolain?

  Nuala O'Faolain trouve des mots de tous les jours pour évoquer sa solitude,son penchant pour l'alcool et sa fratrie nombreuse(neuf enfants d'une mère elle-même alcoolique).Elle écrit aussi divinement sur l'Amérique et le 11 septembre.Et surtout à l'âge de soixante ans elle nous parle de l'âge venant avec une lucidité et une détermination qui,si elles vacillent parfois,demeurent inébranlables.Je tiens ce récit pour une oeuvre de toute première importance.Un petit florilège,ce que je fais rarement mais je voudrais tant faire découvrir ou mieux connaître ce livre.

   "La cinquantaine,c'est l'adolescence qui revient de l'autre côté de la vie adulte-le serre-livres correspondant-avec ses troubles de l'identité,ses mauvaises surprises physiques et la force qu'il faut pour s'en accomoder"

   "Il se peut que je commence à m'apaiser au sujet de mon père,mais je pense que je serai à jamais hantée par ma mère.Cependant,je ne suis plus sûre que la meilleure chose soit de lui pardonner,et ça aussi me donne de l'espoir.Il se joue plus ici et maintenant que jamais auparavant et c'est beaucoup,beaucoup plus tard dans la vie.Pourquoi ne pas s"armer de courage pour rompre avec elle cette fois-ci?Pour lui dire de se débrouiller toute seule,enfin?"

   "En grimpant sur mes propres mots et ceux des autres,le trajet n'a cessé de me pousser plus haut.L'écriture m'a ramenée des mondes souterrains.J'ai été mon propre Orphée"

     A noter aussi les mots troublants et magnifiques sur la dualité Irlande-Amérique qui est au coeur de presque toute la prodigieuse littérature irlandaise.J'ai appelé cela Le regard d'Aran sur Ellis Island.Se plonger dans J'y suis presque,après On s'est déjà vu quelque part? c'est toucher au plus près le mal de vivre mais aussi la paix d'écrire de part et d'autre de l'Atlantique.

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16 août 2009

Compagnons

             Abusivement présenté sur la jaquette comme un grand film néoréaliste alors que c'est plutôt un gros budget nanti d'acteurs connus et de techniciens hors-pair Les camarades de Mario Monicelli,unique survivant de l'après-guerre italienne section cinéma,reste un film diablement intéressant,soigné et terriblement italien.Le cinéma italien n'a jamais eu peur d'aller à l'usine,lui.La trame raconte l'une des premières grandes grèves au Piémont à la fin du XIX ème Siècle.Dans cette usine de tissage proche de Turin les conditions de travail sont proches de Zola.I compagni (plus joli que camarades à mon sens) présente d'un côté les ouvriers,de l'autre les patrons.Dire que le film échappe totalement au manichéisme serait mentir bien que je l'aie lu sur certains sites plus proches du brûlot daté que de la critique ciné.Revenons à nos camarades.S'il choisit son camp comme tous les cinéastes italiens Monicelli,pas manchot et si bien accompagné du tandem doré des scénaristes Age-Scarpelli,le fait avec assez de recul et plus encore cet alliage tendresse-humour qui caractérise même les petits maîtres italiens.Monicelli n'étant pas d'ailleurs un cinéaste à mésestimer.

      Co-prod. française oblige nous retrouvons Bernard Blier,François Périer et Annie Girardot dans un rôle qu'elle a souvent endossé dans sa jeunesse. Mastroianni est délicieux en professeur venu conter la bonne parole socialiste aux ouvriers. Intellectuel,enfin relativement,mais aussi un peu Pierrot de Comedia dell'arte jamais très loin dans ce cinéma italien qui n'a jamais fini de m'enchanter.Parfois franchement drôle:je pense à la scène où le Sicilien encore plus miséreux que les autres,n'arrive pas à ouvrir son couteau pour venger la gifle patronale.Patrons et ouvriers restent sur leurs positions.Et le professeur n'est finalement pas tellement plus proche de la base.C'est ce que l'on ressent lorsqu'il cherche ses lunettes près du corps de la victime des carabiniers.Les camarades (63) avec les antérieurs Le pigeon et La grande guerre me semble être du très bon Monicelli.

   Mario,94 ans, était l'an dernier invité de la Cinémathèque française .Je ne l'ai pas vu et c'est un grand regret.Il était cette année à Lausanne et témoignait fort bien de l'incroyable activité de 70 personnes environ,les réalisateurs et scénaristes des années d'après-guerre,qui se voyaient tous les jours dans les cantines de Rome,s'écoutaient et s'envoyaient promener vertement jusqu'à demain.Ce qui donna les associations que l'on sait.Grazie Mario.

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13 août 2009

Ma vie sans...It ain't me babe

                     It ain't me babe est extrait de Another side of Bob Dylan (64).Je l'ai choisi pour sa simplicité. Une chanson qui dit tout bonnement: Ce n'est pas moi, chérie, ce n'est pas moi celui qui'il te faut.Combien de fois ai-je prononcé ou tenté de le faire ces quelques mots besogneux et si difficiles quand s'annonçait la rupture? Cette chanson est de l'époque Dylan ou guitare et harmonica suffisaient à accompagner la douleur du partir.Voici la version de l'ami Cash,véritable alter ego de Dylan,qui enregistra nombre de chansons de Bob et chanta souvent en duo avec lui.Et quelle voix!

    You say you' re lookin' for someone, who will promise never to part, someone to close his eyes for you, someone to close his heart,  someone who will die for you and more. But it ain't me babe, no, no, no it ain't me babe, it ain't me you're lookin' for.

http://www.youtube.com/watch?v=PwD4t9gcLb4

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10 août 2009

Trop d'affut

       Je n'avais pas lu Ernie depuis des décennies.C'est un jeu un peu risqué de se replonger dans un auteur que l'on a beaucoup fréquenté à 20 ans.Dans ces année Hemingway était encore un auteur très lu, Prix Nobel,qui fut riche de plusieurs vies,adapté souvent fort mal au cinéma,quatre fois marié,membre de nombreux clubs et client assidu des plus célèbres bars de la planète.On sait qu'il traverse actuellement un sérieux désert, et que son seul passeport semble être pour l'oubli.Je viens  de lire un presque inédit,pour moi en tout cas,La vérité à la lumière de l'aube,paru en France en 98,nanti d'une présentation et d'une mise en pages de Patrick Hemingway car le manuscrit le nécessitait.

         Le livre raconte la vie d'Hemingway au Kenya en 53-54,soit avant l'indépendance,en compagnie de sa quatrième femme.Ni roman comme Le soleil se lève aussi ou Les neiges du Kilimandjaro,autre jalons africains d'Hem,ni véritablement journal,c'est un récit où le grand chasseur se taille la part du lion si j'ose dire,sans laisser de côté le mari tendrement amoureux de Miss Mary sa jeune femme (jolis dialogues),ni le fonctionnaire gardien de réserve qu'il était officiellement.Les soubresauts kenyans sont évoqués mais le livre s'articule plus sur le quotidien du couple et de son équipe au coeur de ces montagnes d'Afrique en ce milieu de siècle.Bien sûr le temps m'a  paru un peu long parfois à pister le léopard ou à révasser devant le Kili mais l'humour féroce d'Hemingway,à ses propres dépens bien souvent,fait passer quelques lourdeurs cynégétiques.

           Je sais.La décolonisation,le féminisme,l'écologie,le temps  sont passés par là et il sera difficile pour certains,je le conçois,de se passionner pour ces aventures africaines où les autochtones sont chauffeurs,pisteurs ou cuisiniers.Et probablement contents de l'être."I had a farm in Africa" écrivait une célèbre baronne amoureuse de l'Afrique.Et c'est justement  ce qui fait une certaine grandeur de La vérité à la lumière de l'aube:le regard de l'auteur sur cette Afrique,son Afrique, incontestablement est celui d'un amant.On peut certes reprocher bien des choses à Papa Hem,c'est même assez facile.Mais pas ça.

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07 août 2009

Hasta luego Senor Willy

http://www.youtube.com/watch?v=4NlMhB2xzYM

   Adieu au pirate à jabot,sorte de Capitaine Fracasse qui aurait vogué du Lower East Side de New York au Paris de Piaf,en passant par Kansas City et la Louisiane en fête.

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03 août 2009

Mourir à la Fontaine aux Fleurs(Bloemfontein)

      Le Sud-africain Karel Schoeman m'enchante toujours depuis que je l'ai découvert avec Retour au pays bien-aimé et La saison des adieux (voir lire Afrique du Sud).Versluis,Hollandais grave,solitaire et malade vient d'arriver à Bloemfontein, modeste cité d'Afrique du sud au bien joli nom.En fait il cherche une ultime étape pour son départ.Accueilli dans les communautés hollandaises et germaniques,soigné ainsi loin de sa rare famille car Versluis est un homme sans postérité dont on ignorera toujours le prénom comme si Schoeman souhaitait une intimité protégée doublée d'une certaine austérité dans nos rapports avec son personnage,cet homme va devenir en quelque sorte le témoin de cette vie du bout du monde en un pays neuf.Pays neuf mais où les scléroses d'une micro-société éloignée sont déjà bien présentes.Ceci nous vaut des pages que je trouve d'une totale noirceur,tellement bien évoquées par Karel Schoeman que l'émotion nous gagne alors que tout nous éloigne de ces austères presbytériens et de ces fonctionnaires compassés et dévots.

   Versluis à Bloemfontein ne débarque ni au Cap ni à Johannesburg,déjà métropoles en devenir en cette fin de XIXème Siècle.Petite ville administrative Bloemfontein regroupe à quelques encablures du veld,cette âpre lande d'extrême sud,de poussière ou de boue selon la saison,quelques mariages,quelques bals,quelques pique-niques entre gens du même monde.Mais ces gens là ne s'ouvrent pas vraiment,important en Afrique leur rigueur batave.Ainsi Versluis trouvera plus malade que lui,enfin plus avancé sur le chemin bien que plus jeune,Gelmers,un compatriote pourqui il se prend d'inimitié,réciproque.A l'aube de la mort Versluis,commis pas hasard ultime infirmier,saura-t-il tirer profit de la douleur de l'autre,pour entrer en paix dans le royaume d'après?

   Un pasteur allemand dévoué mais sceptique,une logeuse accaparante,une jeune femme infirme mais au coeur libre,et quelques pas dans le veld,à ce moment de la vie où tout est,de toute façon,à nouveau autorisé,accompagneront Versluis, venu là pour soigner ses poumons,et qui aura peut-être trouvé,rien n'est moins sûr,la paix de l'âme,in extremis,au bout du monde.Ce monde si fragile qu'il faille passer ainsi d'une vie à l'autre pour en éprouver les fragrances crépusculaires. Versluis l'étranger au pays est enfin arrivé et marche un peu parmi les chétives herbes pierreuses. Karel Schoeman ne nous laisse pas indemne mais toute littérature digne de ce nom n'est-elle pas dans ce cas?On dort un peu moins bien,probablement, après avoir lu En étrange pays.Mais la nuit  doit être plus palpable.

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01 août 2009

Mon père cet inconnu

             Peu d'informations sur Alessandro Gennari(1949-2002).Si ce n'est qu'il fut surtout poète,critique littéraire et collaborateur de Pasolini.

          Les lois du sang est un excellent livre sur la connaissance père-fils et sur les égarements de l'engagement politique.Giovanni Marga vient de perdre son père.Comme souvent il s'aperçoit qu'il ne le connaissait pas vraiment.La découverte d'un cahier l'amènera à comprendre qui était réellement ce héros de la résistance au fascisme.A lire pour tenter de saisir les ambiguités,le mot est faible,de l'engagement, celui qui mène à l'horreur,horreur soeur de celle qu'on combattait.Quand comprendra-t-on que modération n'est pas faiblesse?

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29 juillet 2009

Le général est mort au soir

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    Cent jours à Palerme,film de Giuseppe Ferrara,arrive  plus de vingt ans après  les constats politiques et sociaux de son maître Francesco Rosi dont j'ai déjà parlé.Et deux ans après  l'exécution du général Dalla Chiesa,préfet en mission à Palerme(poste peu enviable).La présence de Lino Ventura,minéral et solide,fait encore penser à Rosi et à Cadavres exquis.Bie sûr le récit,terriblement linéaire et circonstancié,très proche de la réalité,ne nous incite guère à l'imagination et apparaît comme moins réfléchi que les films d'Elio Petri avec Gian Maria Volonte par exemple.

   Cependant Cent jours à Palerme,film postérieur aux Brigade Rosse,n'est pas sans valeur.Sa sobriété plaide pour un bon film fourni avec un peu de bonne conscience mais surtout beaucoup de modestie.L'état des lieux en 82 n'est guère reluisant en Sicile et ailleurs en Italie et Giuseppe Ferrara ne fait pas de Dalla Chiesa un bravache,seulement un fonctionnaire décidé,un type plutôt tout de froideur et de tension vers son objectif.Si l'on ne ressent pas d'empathie avec lui c'est tant mieux et les émotions sont peu mises en relief,ce qui évite un parasitage du film comme il en est tant.Même ses relations avec sa jeune femme,morte elle aussi,sont exemptes de pathos.Film tout de discrétion Cent jours à Palerme n'a pas démérité du cinéma italien.Dont par ailleurs il faudrait perdre l'habitude de trop référer aux immenses créateurs du passé.Réflexion particulièrement valable pour moi,j'en suis bien sûr.Il y a des ombres encombrantes à Cinécitta,encombrantes et magnifiques.Ma é un' altra storia.

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27 juillet 2009

Des vies moyennes

                  Je ne connaissais Franz Bartelt que de nom,et le savais très attaché à ses Ardennes.Mais les nouvelles du Bar des habitudes,si elles se passent dans une ville ardennaise,on ne peut pas ne pas penser à Charleville,tant honnie par Rimbaud,vont bien au delà de la vallée de la Meuse.Des petites gens,souvent un bistrot,des hommes et des femmes sans importance.Une petite musique parfois cocasse,parfois désespérante.Un peu de bière qui illumine,un peu trop de bière qui abrutit,des personnages au destin proche du vide et qui la plupart du temps finit par y sombrer.Un bel auteur loin de la scène mais qui conte des bouts de vie pas terribles,infiniment proches.Et la nôtre de vie,terrible?Et quel titre,Le bar des habitudes,si dérisoire,si peu engageant.Et pourtant la vie...

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26 juillet 2009

Ma vie sans...All along the watchtower

http://www.youtube.com/watch?v=Xeh0j6IfiOk

       Ma vie aurait été moins bien sans Robert Zimmerman,beaucoup moins bien.Là n'est pas la question.La question était de choisir une cover de Le long de la tour de guet.Jimi Hendrix éliminé,et Neil Young aussi parce qu'on les entend souvent,nullement parce que je n'aime pas leurs reprises.Autres versions live.disponibles sur le net,Springsteen,Clapton et Kravitz.En voici une version récente par le vieux maître Richie Havens,à la voix toujours aussi unique.Au style percuté de sa guitare s'ajoute l'aura du plus ancien "Woodstock man " en activité.

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