31 octobre 2009

Couchés les morts!


   

      Les morts à leur place.Journal d'un tournage écrit il ya 44 ans est un témoignage fort intéressant sur le cinéma.Viva Maria ne m'avait pas laissé un grand souvenir.Rezzori dont peu de gens connaissent le talent,sorte d'apatride voyageur alternativement branché et has been,a une plume assez vitriolée our évoquer les deux stars et plus encore Louis Malle.Plus ou moins acteur par hasard sur Viva Maria Gregor von Rezzori nous raconte les coulisses mais pas du tout comme un diariste des people(quel mot!).Non,il met dans son éphéméride toute la finesse d'écriture que lui savent ses rares lecteurs.Peu importe Bardot,peu importe Moreau,ce qui m'a ravi c'est le regard de Rezzori sur le Mexique des années soixante,cet étonnant pays où règne le culte de la mort comme nulle part ailleurs,entre le grand voisin du Nord et le grand baroque de l'Amérique Latine."Les morts à leur place" c'est l'injonction du metteur en scène aux figurants.Pas forcément très à la sienne au cinéma Gregor von Rezzori a su mettre dans ces articles très sixties une ironie très intemporelle,beaucoup d'humour et plus encore bien de la lucidité sur lui-même,Européen errant et légataire de tout un siècle d'histoire austro-roumano-hungaro-germano-etc...

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30 octobre 2009

Chasse aux alpins

             Montagnard ce livre,et épisode guerrier.Comme souvent Mario Rigoni Stern l'un de mes préférés au delà des Alpes.La comparaison s'arrête là.Très différents ces deux auteurs.Le livre de Curzio Malaparte est plus ardu dans la forme,constellé d'italiques,et presque versant dans l'onirique,un onirique de violence dans des décors alpins si grandioses.En fait ce court roman était sorti en épisodes dans Il Tempo en 41 quand Malaparte était correspondant de presse dans l'armée italienne des Alpes.Mais Mussolini fit censurer certains chapitres et les deux derniers disparurent et Malaparte ne voulut jamais les réécrire.Beaucoup trop francophile pour le Duce tout ça.

            Malaparte déclara en 1947 qu'avec Le soleil est aveugle il fut "le seul parmi tant d'écrivains italiens,fascistes et antifascistes (parfois ce furent les mêmes) à avoir osé condamner le coup de poignard dans le dos de la France (expression consacrée), le condamner publiquement,pendant la guerre".Je ne me prononcerai pas sur cette assertion.Par contre j'aime beaucoup le tableau illustrant le livre,Troupes au repos d'un certain Christopher Nevinson.Etonnant destin que celui de Malaparte qui s'engagea pour la France en 1914 à l'âge de seize ans et fut emprisonné par les Allemands à la fin du second conflit.Rappelons que Kurt Suckert le Toscan avait choisi son pseudo par haine/admiration de Bonaparte et que ses romans les plus connus sont La peau et Kaputt.

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25 octobre 2009

J'peux vraiment pas les voir en peinture(9)

   

         Les footballeurs c'est vrai que je ne les aime pas beaucoup.Souffrez cependant que je vous présente mon équipe préférée.C'est celle;composée de 25 tableaux environ,que Nicolas de Stael a peinte dans les années cinquante,avant de faire lui-même un ultime plongeon du haut des rochers d'Antibes.Séduit par un match au Parc des Princes par couleurs et mouvement ce Russe devenu français traite ses sportifs comme ses musiciens,autre inspiration,en utilisant une sorte de géométrie souvent carrée,petite symphonie bleu blanc rouge qui n'exclut pas comme une rage olympique.J'ai découvert Nicolas de Stael à Beaubourg il y a quelques années.

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Ancien Régime,qualité française

      Furetant parmi les livres de mon père je viens de retrouver La Varende.Il s'agit du recueli de nouvelles Les manants du roi..Il me semble très intéressant de lire des auteurs non seulement complètement oubliés mais même réprouvés ou à tout le moins assez vilipendés.Parfois à juste titre mais là n'est pas la question.La prose de La Varende,évidemment très Ancien Régime,est cependant bien belle.

     Qui aujourd'hui lit La Varende?Il n'existe guère d'écrivain plus "homme du passé" que La Varende.J'ai,pourtant voulu m'y frotter un peu en un petit voyage sentimental dans les vieux Le Livre de Poche (nom déposé) de mon père,en grande partie responsable de mon goût de lire.Les manants du Roi est un recueil de nouvelles qui ne quitte pas au long de 150 années de France les hobereaux normands de la famille de Galart.Monarchiste absolument convaincu La Varende nous présente quelques dates clés et les réactions de ces gentilhommes peu fortunés et laborieux à la mort de Louis XVI,à la Restauration,sous le Second Empire.
        Nous sommes bien sûr en pays normand plus chouan parfois que la Vendée elle-même.Ecrit en 38 on ne s"étonne guère à lire la prose pleine de glèbe du Vicomte que les mois prochains le verront plutôt maréchaliste.Ce n'est pas à mon avis l'intérêt de ce recueil.Ce que j'ai aimé dans Les manants du Roi,souvent truffé de termes dialectaux,c'est cette profonde fusion des châtelains successifs avec le pays et leurs paysans.Les derniers chouans notamment conte avec véhémence et lyrisme la rencontre du maître et du manant qui finissent par se perdre presque dans les marnières de ce pays d'Ouche de fondrières et de galeries.Il n'est question dans ce livre que de fidélité et que de lys bien sûr.C'est cependant un livre très bien écrit,ode à l'Ancien Régime sûrement.Difficile de le nier.Difficile aussi de ne pas reconnaître à ces nouvelles une vraie grandeur.Je dois reconnaître que cet exemplaire tout écorné par le temps et le souvenir s'accorde à merveille au thème.Et les toutes premières couvertures du Livre de Poche étaient bien belles.Mon père qui ne connaissait pas les marque-pages faisait soigneusement un petit triangle replié.On les voit encore.Mon père lisait aussi Steinbeck, Hemingway, Tolstoï et Yves Gibeau.

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22 octobre 2009

Les rapaces

    J'ai présenté à quelques étudiants retraités une petite communication sur le film noir.Le faucon maltais croise-t-il encore en altitude cinéphile?A mon avis oui mais il est vrai que pour la filmo d'Humphrey Bogart on peut trouver plus objectif que moi.Mais quel plaisir de se replonger dans les méandres imaginés par Dashiell Hammett et si bien relayés par John Huston.Film véritablement fondateur du genre Le faucon maltais d'Hammett a bel et bien " pris le crime dans le vase vénitien où on l'avait rangé pour le laisser tomber dans la rue"(G.B.Shaw).Dès après le générique Frisco est là,son pont,son port,sa plaque de privés associés.Et Sam Spade,à jamais Bogart, à jamais cette image du dur à cuire,que les vicissitudes n'ont pas tout à fait blasé.D'ailleurs il le dit à la fin à Brigid la meurtrière:"Je ne suis pas aussi pourri que je le laisse dire"

    Tout de tabac,tout de chapeau,tout d'ironie,et une certaine cruauté,Sam Spade n'a guère le temps ni le goût de regretter son associé assassiné.Déjà débarquent les comparses,ce trio infernal du film noir,Peter Lorre vaguement levantin et moins vaguement efféminé,les 280 livres de Sydney Greenstreet,souvent filmé en contre-plongée, falstaffien et drôle dans sa frénésie de quête du faucon,Elisha Cook petite gouape gitonesque.Oui ici comme dans le roman on appelle un chat un chat.Ca ne se fait plus guère et ça tombe presque sous le coup de la loi.D'une très grande fidélité au livre qui était c'est vrai presque découpé Huston insuffle sa propre recherche mythique dans cette chasse à l'oiseau noir(Huston plus tard ce sera bien d'autres quêtes,Le trésor de la Sierra Madre,Moby Dick,Les racines du ciel,Le malin,L'homme qui voulut être roi).

   Les femmes du film noir,comme on s'y attendait,vénéneuse ou victime,est-ce la même?Si les pires gangsters semblent conserver un zeste de franchise,les femmes,elles,ne sont que duplicité et manipulation.Ouvertement machiste Le faucon maltais ne s'embarrasse guère de circonlocutions.Mais plus  que tout il y a dans la plupart des bons films noirs cet humour féroce et salvateur,cette ironie mordante,ce sarcasme comme les dents de Bogart,dont on ne sait si c'est baiser ou morsure.Mais dites-moi qu'est-ce vraiment que Le faucon maltais?Sam Spade,alors que la femme s'enferme dans la cage d'ascenseur qui préfigure une autre cage,nous le dit sans ambage:"That's the stuff dreams are made of.

    On pourrait gloser très longtemps sur l'importance du noir,roman ou film.On peut aussi et surtout le lire ou le voir.Cest tellement mieux que de débattre.

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13 octobre 2009

Vingt ans après

           Henry Porter,né en 53,britannique comme il se doit,est l'un des maîtres actuels du roman d'espionnage.Vingt ans après les coups de masse et les embrassades il nous replonge dans les arcanes de la fin de la RDA,quand Chemnitz portait encore le doux nom de Karl-Marx-Stadt.

            Brandebourg,c'est juste avant la chute du Mur et ça raconte une histoire d'espionnage où comme dans toutes les histoires d'espionnage il y a des microfilms ou des disquettes dont on ne saisit pas très bien la nature.Il y a aussi plusieurs services de contre-espionnage dont on ne saisit pas toujours la clarté.Il y a enfin des agents doubles,triples,etc...J'ai cru y voir un Soudanais proche du KGB,un Vladimir appelé à de hautes responsabilités,un Polonais mort à Trieste mais était-il vraiment polonais quoique bien mort à Trieste.Pour toutes ces raisons je ne lis pas très souvent d'espionnage.
         

         Mais il y a dans Brandebourg et c'est passionnant les derniers soubresauts du régime d'Erich Honecker,les manifs de Leipzig,les manipulations terminales et essoufflées de la douce Stasi,la fuite d'un professeur d'art lui-même ancien collaborateur de cette même Stasi,comme tout le monde.Il y a ainsi un bon roman qui nous resitue cette histoire vieille de vingt ans juste avant que ne résonne le violoncelle de Rostropovitch près d'une ligne de démarcation qui avait connu pire musique.

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06 octobre 2009

Ma vie sans...It's all over now baby blue

          

            Ma vie sans Zimmerman...(air connu).En 1963 un groupe irlandais débute à l'Hotel Maritime de Belfast.Curieuse appellation: Eux,enfin,Them.Quatre d'entre eux n'ont à ma connaissance laissé aucune trace dans le grand livre du rock.Le chanteur s'appelle Van Morrison et deviendra ce que vous savez.Sa voix alors qu'il est encore très jeune est déjà fabuleuse dans une des plus fortes compositions du Dylan précoce.

    http://www.youtube.com/watch?v=ChPJo_UuF6M  Them-It's all over now Baby Blue

     Grand merci à l'ami D&D qui a remis le lien,ces liens étant parfois aléatoires.Stand by me débute effectivement par un riff identique.

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26 septembre 2009

Ma vie sans... Blowin' in the wind

http://www.youtube.com/watch?v=3t4g_1VoGw4

   Ma vie sans Zimmerman eût été...mais ça je l'ai déjà dit.Le trio est le premier qui m'a fait connaître Dylan.Il y a très longtemps et traînent encore quelque part chez moi quelques 45 tours.J'ai déjà parlé d'eux à plusieurs reprises.A l'heure où la blonde Mary Travers vient de partir je me dis que le vent souffle pour tous vers la poussière.

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19 septembre 2009

Un autre film du patron

   Parmi les rares films de Bogart que je n'avais jamais vus figurait Le violent de Nicholas Ray,1950.Si Dixon Steele,scénariste à Hollywood,est effectivement violent le titre original In a lonely place résume mieux le désespoir et l'ambiance de ce film régulièrement oublié quand on parle autoportraits de Hollywood.Pour mémoire citons La Comtesse...,Les ensorcelés,Boulevard...,Le grand couteau,etc...Le patron est excellent dans ce film où il retrouve un an après Les ruelles du malheur Nicholas Ray.Soupçonné de meurtre Dixon Steele cherche à se disculper et ce n'est pas le plus intéressant du propos.Ce que j'ai aimé dans Le violent c'est le mélange très bogartien de cynisme et de tendresse parfois presque infantile du personnage duquel il n'est pas interdit de penser que le caractère de Bogart lui est étrangement voisin.On sait que Bogey était un homme assez susceptible que l'alcool accompagna tout au long d'une vie agitée,c'est le moins que l'on puisse dire.

  Gloria Grahame est une partenaire qui est  à la hauteur du mythe et qui n'a rien à envier à Gardner,Bacall,Hepburn ou Bergman bien que ces quatre symboles soient à peu près insurpassables.Excusez du peu.Et puis je suis toujours hypersensible à la voix du patron,à nulle autre pareille.Enfin les personnages que joue Bogart ont tous en commun un humour,une dérision,un recul,on dirait aujourd'hui une sorte de second degré qui les empêche à tout jamais de dater.Dans sa nuit solitaire et bien qu'innocenté reste un douloureux leitmotiv "I was born when she kissed me,I died when she left me,I lived a few weeks when she was with me."

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13 septembre 2009

Une vie au veld

  Quatrième incursion dans l'oeuvre de Karel Schoeman.Et,cela n'est pas surprenant,un grand livre,construit un peu autrement et qui se conjugue à la première personne.Une femme au fin fond de l'Afrique du Sud au XIXème Siècle,se meurt et se souvient.On ne sait pas même son prénom et elle pense au passé,seule activité possible à cette vieille fille,vieille soeur,vieille servante presque mais jamais vieille épouse.Elle aura été le témoin,effacé,invisible et omniprésent de la pénible existence de ces Afrikaners pionniers qui certes finiront par s'enrichir en ce pays de pierre,mais à,quel prix.Une fille pour ces plus qu'austères protestants bataves sera toujours moins bien qu'un fils .Pourtant après les disparitions de ses deux frères,mystérieuses,sa relative éducation fera d'elle une sorte d'écrivain public à qui on ne demande pas son avis mais sa plume.

  La mort est fort active,en filigrane mais bien là dans les romans de Karel Schoeman.Je l'ai déjà évoquée dans mes précédents billets sur lui.Notamment dans En étrange pays.C'est aussi que dans ce bout du monde austral ni la Géographie ni l'Histoire ne sont tout à fait comme ailleurs.Je suis intimement persuadé et c'en est parfois bouleversant que des pays comme l'Afrique du Sud ou Israel aiguillonnent les talents.Je ne rappellerai pas la vieille parabole de la Suisse et de l'Italie.L'héroïne de Cette vie nous conte ses souvenirs,un peu confus et jamais assénés en une vérité univoque.Elle nous propose à l'heure dernière de ses jours de douleurs toute une série d'hypothèses sur la mort de ses frères,sur les affaires de son père,sur l'éducation de  son neveu,tâche principale de sa modeste existence.Et l'on aime cette figure qu'on dirait de peu si j'ose dire.Je dirais volontiers qu'il peut y avoir un angle flaubertien à ce portrait.Pourtant le cadre n'est pas la verte Normandie mais ce pays de broussailles et de moutons où les pierres tiennent lieu de croix sur les tombes disséminées et souvent enneigées au coeur profond du veld résonnant des cris des chacals et du vent hurlant.

   La narratrice à de nombreuses reprises se questionne mais peut-être est-ce le délire sur sa légitimité à se souvenir.Sûre de rien elle pense mais ne pleure pas sur son sort,elle pense à son passé et à cette grande maison,bien améliorée au fil des ans,à cette chambre qu'elle n'a pas quittée depuis 70 ans.Et toutes ces bribes d'avant,ces miettes d'une famille déchirée et violente,composent une symphonie d'un beau pays,un pays bien-aimé comme l'écrivait le précurseur de la littérature sud-africaine Alan Paton.Dont Karel Schoeman est un digne héritier.J'aimerais convaincre.

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