04 octobre 2006

Majeur,Dundee


La version DVD De Major Dundee de Sam Peckinpah(1965) est une réussite que n'aurait pas désavouée l'auteur.Je n'avais jamais pu visionner qu'une version tronquée.Major Dundee est une charge qui n'a rien d'héroïque,de fantastique(célèbres titres de Ford et de Walsh).Le film serait à la limite plus proche de la Charge victorieuse,de John Huston,vision amère de la Guerre de Sécession(51).


Après la Guerre Civile le Major Dundee(Charlton Heston) se lance à ,la poursuite d'Apaches assassins à la tête d'un conglomérat de soldats nordistes,de rénégats indiens,d'adversaires sudistes et même de noirs.Le capitaine sudiste(Richard Harris),son ennemi juré,fait allégeance jusqu' à la fin de la vengeance...


De très belles scènes,nocturnes notamment,des passages de rivière,une excellente utilisation des décors naturels mexicains confèrent au film une qualité rare.Une galerie de personnages,indispensable à toute action de groupe,nous présente entre autres un éclaireur manchot(James Coburn),de jeunes officiers pleins d'illusions,un pasteur qui fait le coup de poing.


Mais nous sommes bien dans l'Ouest désenchanté et Major Dundee annonce par sa violence et ses couleurs le brûlot que Sam Peckinpah sortira en 69,la Horde sauvage,sorte d'Apocalypse now du western qui enterrera définitivement le romantisme relatif et le lyrisme un brin naïf de tant de films sur l'Ouest,souvent très bons par ailleurs et qui auront fait du genre western "le cinéma par excellence".J'ai toujours pensé que s'il ne devait rester qu'une image de cinéma ce serait celle d'un cavalier faisant boire son cheval avant quoi?l'action(Action/moteur,les mots du metteur en scène).

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03 octobre 2006

La découverte de la découverte

D'ores et déjà grand merci à Cuné et Chimère, marraines pour moi de ce vertigineux roman;ce livre est une merveille d'intelligence qui brasse l'univers entier dans une sorte de puzzle alliant la quête spirituelle aux sources de la chrétienté à une histoire d'amitié qui permet d'évoquer la Shoah, l'euthanasie, l'engagement politique et les erreurs de jeunesse, la paternité, la science et mille autres sujets. Ces 1100 pages sont un défi qui peut donner le tournis mais dont on sort un peu plus intelligent.

La Découverte du cielEcrit par le Hollandais Harry Mulisch avec une richesse verbale qui n'a d'égal à mon avis que chez Umberto Eco, La découverte du ciel s'impose comme l'un des romans de la fin de siècle. Entrez dans l'univers baroque et universel de ce maître et ne croyez pas que de cet exercice de style érudit et total l'émotion soit absente. Car ce sont bien des hommes, des vrais qui sont les héros de ce roman foisonnant. Des hommes du XX° Siècle avec leurs doutes et leurs désenchantements, leurs interrogations métaphysiques et leurs aventures charnelles et sentimentales.

Objet  littéraire total, ne vous laissez pas rebuter par la longueur de cette oeuvre exceptionnelle. On est libre de ne pas partager toutes les options de ce livre. On est libre de peiner quelquefois(peu) tant l'auteur est un magicien de  la langue et de l'intelligence. On ne peut nier qu'il s'agit là d'un phare du roman paneuropéen contemporain.

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02 octobre 2006

La rude nature de l'homme

Les Moissons du ciel Le très peu prolixe Terence Malick n'encombre pas les écrans.Mais quelle sensibilité se cache chez cet homme dont  le moindre plan éclate d'une telle beauté formelle sans pour cela tomber dans la froideur académique?On emploie beaucoup le mot panthéisme qui me semble assez juste même si Giono n'est pas un écrivain qui me touche beaucoup.Pourtant les personnages des Moissons du ciel ont une fougue et une aura dignes de l'ermite de Manosque.Mais ce dernier n' a pas le monopole du lyrisme rural.Ce film pourrait être italien,de la grande époque des Fratelli Taviani,ces cinéastes glorifiés il y a 30 ans et peu en vogue aujourd'hui. Il y a dans cette vision de l'Ouest américain campagnard quelque chose de Kaotique au sens pirandellien du mot qui nous ramène à la brutalité d'un maëlstrom sicilien âpre et tragique avec son incendiaire beauté à couper le souffle.Peu au fait du cinéma africain il me semble aussi que peut-être Souleymane Cissé filme ainsi la jeunesse dans Yeelen ou Le vent.

    Les fulgurances de Terrence Malick,que ce soient les plans sur les animaux notamment les oiseaux qui semblent sortir des gravures d'Audubon ultra-américaines,le feu ou le fléau des criquets ne sont pas là pour ponctuer un discours mais comme d'indissolubles liens dans cette rude,très rude histoire des hommes. De tout jeunes acteurs Richard Gere, Sam Shepard et Brooke Adams ne seront plus jamais aussi bien employés. Malick réussit le prodige d'une oeuvre très américaine qui tend vers une peinture universelle de la violence du monde qui  a pourtant de bien belles couleurs.Autre bonne idée:l'arrivée des clowns du cirque comme des pionniers de l'aviation.

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01 octobre 2006

Quelque chose en nous de Dorian Gray

Le portrait de Dorian GrayEt de maléfique aussi,quelque part au fond de nous.Adaptation magistrale du dandy Albert Lewin d'après le livre du dandy Oscar Wilde,avec le  dandy George Sanders dans le rôle du mentor du dandy Hurd Hadfield qui joue le dandy Dorian Gray.Ahurissant de constater que le film comme le héros ne vieillit pas.Il agit toujours sur le spectateur que je suis et chaque vision semble ajouter quelques outrages au temps(sur moi).Car le film,lui,est inaltérable.

Une photographie magnifique aère cette oeuvre hors du temps.Les tavernes du port de Londres où Dorian n'arrive même pas à trouver la mort,les sarcasmes et le cynisme de George Sanders,les brumes où l'on craint de rencontrer Jack l'Eventreur ou le Dr.Hyde,toute cette ambiance victorienne est parfaitement évoquée par Albert Lewin.

Faust lui aussi voulait garder sa jeunesse.Dorian,lui,ira jusqu'au meurtre car son Méphisto,à lui,c'est sa seule conscience,élastique et qui fera de lui un jouisseur,esthète pervers et décadent,oiseau de malheur pour ses amis et ses amours.Pourtant Dorian est une victime,la première,de son hideux pacte qui le dépasse.Trop tard pour faire le bien...

On a tous quelque chose en nous de Dorian Gray,cette volonté de vivre pleinement,cette envie d'échapper aux conventions,cette infinie soif et surtout cette crainte terrible que sur l'écran ne s'affiche le mot "fin" .Dorian Gray a essayé.Son alter ego,père littéraire,Oscar Wilde a essayé.Vivre autrement ne lui a pas réussi...

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Un Japonais à la City

Kazuo Ishiguro,Japonais écrivant en anglais et vivant à Londres est l'auteur des Vestiges du jour,dont James Ivory tira un film magnifique sur l'aristocratie anglaise  et certains des siens tentés par la dictature dans les années trente,mais surtout sur le corsetage de cette société,qui touchait maîtres et valets.

Quand nous étions orphelinsMais aujourd'hui je vous présente Quand nous étions orphelins(Calmann-Lévy et 10/18).Kazuo Ishiguro,homme de deux cultures,écartelé pour le meilleur de la littérature entre Extrême-Orient et Royaume-Uni,nous emmène en voyage dans le Shanghaï cosmopolite des années trente.On se croirait un peu dans un film de Sternberg,aussi fascinant et intrigant que l'enquête menée par Christopher Banks,élevé à Shanghaï dans ce qu'on appelait la Concession Internationale jusqu'à la disparition de ses parents.Rapatrié en Angleterre il n'aura cesse de les retrouver;mais à l'orée du grand conflit mondial,cette portion de Chine est le repère d'espions,de seigneurs de la guerre,de partisans de Mao et de Tchang Kaï Tchek tout aussi sanguinaires.C'est aussi la guerre sino-japonaise.

Kazuo Ishiguro sait à merveille allier le souffle de l'aventure à une profonde réflexion sur la mémoire,sur l'enfance et les déchirements qui nous rendent cette enfance comme une terre étrangère.Je trouve extraordinaires ces écrivains capables de s'immerger dans un pays nouveau tout en restant totalement fidèles à leurs racines.Il y a d'autres exemples,Kundera,Nabokov,etc..Ce sont en général des très très grands.

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Monsieur Gaboriau

              Voici l'écrivain que les spécialistes du policier considèrent comme ayant influencé Conan Doyle et Sherlock Holmes; Emile Gaboriau et son détective du XIX° Siècle sont les précurseurs du roman noir. Si vous avez envie d'intrigues criminelles bien ficelées qui explorent la socièté bourgeoise de cette époque entre Les Mystères de Paris et Arsène Lupin ou à peu près plongez-vous dans ces romans très dépaysants tous publiés en feuilletons à l'époque. C'est un régal que de lire ce qu'on appelait des romans judiciaires, les premiers en France à mettre en scène un privé, Monsieur Lecoq, ancêtre de Sam Spade ou Philip Marlowe. Lecture bien agréable en vacances. Gaboriau a beaucoup d'imagination et de la rigueur aussi pour mettre en lumière les minces indices sur l'assassinat du du Comte et de la Comtesse deTremorel,dans le paisible village d'Orcival, en bords de Seine avant l'urbanisation.

  L'affaire LerougeLe crime d'Orcival est le plus connu mais on peut s'amuser avec L'affaire Lerouge ou Le dossier n°113,également écrits avec un souci du détail qui frise le naturalisme. Admirées par Cocteau ou Simenon les enquêtes de Mr.Lecoq conjuguent la poésie du premier et l'analyse sociale du second. Personnellement je vois une certaine filiation à Gaboriau chez le Nestor Burma de Léo Malet. Pourquoi pas? On pourrait citer Poirot et tous les autres.

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Vu sous cet angle

Michael Powell est un très grand cinéaste que je connais peu.J'ai bien l'intention de changer ça. De Powell je n'avais vu que Les chaussons rouges, somptueux mélo,probablement le meilleur film sur la danse (48).J'ignorais totalement que Michael Powell avait en quelque sorte signé en 38 un film précurseur du Néoréalisme italien. Il est vrai que certains plans de A l'angle du monde font penser à La terre tremble ce magnifique film de Visconti première manière. Les iliens de cette lointaine Ecosse ressemblent trait pour trait aux pêcheurs siciliens en révolte.

     Premier film indépendant de Michael Powell ce beau film se veut l'héritier d'un Robert Flaherty par exemple avec cette tendance documentaire et ces visages d'autochtones ayant vécu dans les coonditions du film. Le vertige nous saisit devant ce noir et blanc et cette verticalité si bien rendue par la caméra.Juste une petite touche fictionnelle qui ressemble un peu au Pagnol tragique de Regain par exemple. Ce n'est pas un hasard si l'on en vient à Giono, auteur de Regain car A l'angle du monde est un poème visuel élégiaque digne de l'ermite de Manosque qui aurait émigré sur une île de l'archipel des Shetland.

    Pour moi:une découverte d'un cinéaste éclectique dont les images évoquent avec leur caractère propre aussi bien Rossellini que les maître japonais.

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Une chanson:A horse with no name

Horse With No Name

     Voici un cheval qui eut son heure de célébrité bien qu'anonyme.Le trio America n'a en général pas très bonne presse dans les anthologies.Catalogués pâles copieurs,Crosby,Stills and Nash du pauvre,etc... ces trois folkeux ne sont certes pas des aigles mais je ne suis moi-même pas toujours un aigle et là je sens que je vous déçois.Bref ces oiseaux d'Amérique qui vivaient en Angleterre ont aligné quelques tubes un peu interchangeables et dans la  lignée Byrds(pardon Thom), CSN puis CSNY, Poco, Burrito, Buffalo Springfield ils sonnent un peu fin de race.

    Mais,car il ya un mais,le grand sentimental qui sommeille en moi a gardé toute son affection à ce cheval,qui depuis est devenu une rossinante,comme à un vieux cheval de bois de mon enfance.S'il vous plaît ne brisez pas mes rêves et écoutez-le avec dévotion et recueillement.

  http://www.youtube.com/watch?v=FkoldPBdROEHI hi hi!

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30 septembre 2006

Le maître du mélo


Des magnats du pétrole,le Texas,l'alcool et la frénésie,c'est un univers impitoyable qui vous rappelle quelque chose.C'est surtout l'un des nombreux chefs-d'oeuvre de Douglas Sirk,justement renommé comme le grand maître du mélo.Sirk mérite bien des adjectifs,:tout est somptueux,les voitures rutilantes,les familles déchirées,les amours imposssibles,etc..Cela pourrait être trop.En fait c'est parfait.Il hisse le drame mondain au niveau de la tragédie.Tant de force de conviction dans ses propos nous entraîne dans un  tourbillon,essence même du cinéma de caractère.A pleurer d'émotion,Ecrit sur du vent,mais aussi Mirage de la vie(France 3 garde encore une case ciné-club),ou encore Le temps d'aimer et le temps de mourir,Le secret magnifique.Bienheureux Parisiens qui peuvent voir l'intégrale Douglas Sirk à la Cinémathèque.

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29 septembre 2006

Crooner

dessin sinatra

Un soir maussade à Baltimore


La baie de Chesapeake en sa torpeur


Et les papillons noirs


Dont souvent je te parle ma belle


Ceux que je connais bien


Ceux d’avant toi


M’ont arraché au salon du Plaza


Où je n’écrivais rien


Mes pas métalliques au long d’une rue tiède


Résonnaient dans ma tête envahie


Des visages d’avant.


La ville était laide


Sa disgrâce était la mienne aussi


Slogans racoleurs,hideurs allumées


Me rongeaient en dedans.


Piano-bar plus loin au coeur de la nuit


Des rires filtraient


Comme ballade d’un café triste


Au delà des stores


Envie de rencontres


Bien maigre rendez-vous


Amore,love,susurrés


L’homme n’était pas Sinatra


Pourtant il est des soirs à Baltimore


Comme à Rome ou à Paris


Où l’eau-de-rose a le goût de nos larmes.


Il y a des instants


Sont-ils privilégiés


Où le doux malheur revient


Qu’on croyait exilé


Quand des prénoms de femmes


Dansent sur des mélodies banales


Cette nuit d’Amérique m’a cogné


Et le coeur au tapis


J’ai pleuré sur elle et sur moi.


La fille de la pénombre


Sortait d’une histoire de Chandler


“Strangers in the night”


Lizzie,Rosanna


Je ne sais plus son nom


Mais je sais son regard


Et l’Italien chante encore


L’amour,ses mots de pacotille


Soir de naufrage,seule la musique des âmes


A tracé sur elle et moi


Une fine brûlure


Longue,longue...


C’est elle aussi mon film américain


La fille de Baltimore


C’est la couleur d’un alcool


Un chanteur de charme anonyme


Des étrangers dans la nuit


Une détresse,le mal des autres


Croquis de mémoire


Flash-back sur ces moments


Si précieux,si lucides.


Chez moi,ici,nulle part


L’heure est quelconque


Plutôt oblique


J’écoute Frankie


“Strangers in the night”

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