02 juin 2006

Une chanson:Honey

La médiocrité est un droit de l'homme. J'ai décidé de faire valoir ce droit en vous infligeant une chanson bien mielleuse et à faire pleurer Margot, psalmodiée  par un chanteur quelconque ni crooner, ni rocker, ni country. C'est une chanson d'amour bien banale qui ne vaut pas une note dans le blog de la Comtesse par ailleurs si brillant(?). Seulement voilà:j'aime vraiment beaucoup cette sucrerie. Cette petite chose sera évidemment acccompagnée d'images tout aussi quelconques. Cela vous apprendra et j'espère que vous boirez le calice jusqu'à la lie.

  http://www.youtube.com/watch?v=b_O_KePRKfY Ecoutez quand même!

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Je l'ai lu,l'Elu

Je l'ai lu,l'élu

  AttL'éluention ce livre est dangereux.Il ne ressemble à aucun autre et ne met en scène pratiquement que deux pères et deux fils,Juifs américains à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.Attention cet ouvrage n'est pas toujours d'une lecture facile,notamment pour un Goy comme moi,peu familier(c'est le moins qu'on puisse dire) avec le Talmud et les nuances entre Sionisme et Hassidisme.Pour le début du livre c'est d'ailleurs sur le base-ball qu'il faudrait être compétent car c'est à l'occasion d'un match que Danny et Reuven vont faire connaissance,tous deux fils de deux sommités du judaïsme,partisans de doctrines différentes.

Ne croyez pas que l'on est là dans l'obscurantisme et dans une caricature.Chaïm Potok,né de parents juifs polonais,revendique pour son roman une espèce de naïveté du savoir qui empêche toute moquerie.Il est tentant de se gausser de ces querelles sur les Commentaires de la loi judaïque et les suceptibilités des deux pères.Mais ces personnages portent en eux un tel amour filial,un tel respect de la connaissance,un tel engagement que l'on ne peut qu'être passionné par cette histoire d'amitié qui résiste à tout entre les deux fils par delà un certain entêtement des deux pères.

La quasi absence de femmes dans cet ouvrage nous révèle évidemment une société patriarcale et un sens de la dynastie qui réclame des rabbins de père en fils.Mais entre temps on aura découvert la Shoah et la création de l'Etat d'Israël rendra les choses à la fois plus claires et plus difficiles.Si comme moi vous vous sentez très éloigné de cet univers sautez le pas.Vous découvrirez un livre exigeant et supérieurement intelligent où l'esprit ne prend malgré tout jamais le pas sur l'âme et le coeur. 

L'élu fut en 81 adapté au cinéma.Peut-être le Cinéphage ou le Dr. Orlof l'ont-ils vu?

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01 juin 2006

Un peu d'Intolérance

        Enfin j'ai vu Intolérance,sommet du cinéma,qui porte allégrément ses 90 ans.David Wark Griffith avait tout compris au montage,cet art dans l'art.Mixant sans vergogne,et c'est tant mieux,quatre époques différentes,le grand cinéaste offre là l'équivalent filmique des chefs d'oeuvre littéraires du XIX° Siècle,comme si Flaubert,Hugo et Balzac s'étainet unis pour écrire un fleuve.Car c'est un fleuve qu'Intolérance:scènes d'anthologie comme l'idée du berceau-transition que la mère bouge doucement, hallucinants décors auxquels les Taviani ont rendu hommage dans Good morning Babilonia,foules en furie,gros plans démentiels.

Ce film demande au spectateur une attention particulière car chacun y trouve ce qu'il veut.Les roues des chars des Perses finissent par se confondre avec ceux du train ou des automobiles.Les fanatismes finissent aussi par se joindre,que ce soit celui des Pharisiens qui condamnent Jésus,celui de la Saint Barthélémy,ou celui des ligues puritaines américaines.

On a beaucoup critiqué Griffith sur Naissance d'une nation(voir note ancienne de ce blog).C'est vrai que ce film,de nos jours,peut indisposer.Mais de grâce,quand l'homme comprendra-t-il qu'une oeuvre est toujours le produit de son époque?Et que le génie  ne se partage pas?Mal reçu à sa sortie,Intolérance est maintenant à sa place,au Panthéon.Eisenstein, lui,l'aura assimilé plus vite que les autres.

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26 mai 2006

Le fleuve Savage

Il a fallu attendre sa mort ou presque Rue du Pacifiquepour que soient traduits en France les livres de ce fabuleux conteur de l'Ouest qu'est Thomas Savage(1915-2003).Mieux vaut tard que jamais et ça valait le coup.A ma connaissance trois livres sont parus.Un petit mot sur les deux que j'ai lus.

Rue du Pacifique est la description d'une petite ville du Montana,état natif de Savage,au début du siècle et juste après la Grande Guerre,qui,on l'ignore souvent,a changé les esprits aussi en Amérique.Des fortunes se construisent(on pense,un tout petit peu à La splendeur des Amberson,qui se passait à l'Est, roman de Booth Tarkington,film du grand Welles). Que voilà un compliment!

Affairisme,humiliation,rivalité des clans. Tout y est pour une sorte de tragédie,avec essor des communications et la très fine évocation d'un continent en train de muter. Thomas Savage ne donne pas dans la saga,souvent agréable mais parfois interminable. Sobrièté et profondeur qui impressionnent et nous font mieux connaître cette époque post-westernienne. La musique de Savage est habile à nous transporter dans la peinture de l'Ouest américain et des âmes qui l'habitent.   Le Pouvoir du chien 

Le pouvoir du chien explore la psychologie de deux frères à la tête d'un ranch.Le mariage de l'un et la misogynie de l'autre iront à la lisière du drame en un roman intense et secret qui a conduit certains critiques français à évoquer un Giono qui aurait émigré.Pourquoi pas?Je pense, moi, que Savage se rattache à l'extraordinaire cortège des écrivains américains qui transcendent la courte histoire de leur pays pour lui donner la littérature la plus aboutie.A noter une troisième parution,La Reine de l'Idaho.Bonne lecture chez Belfond ou 10-18.

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23 mai 2006

Lola

lola_montes_poster

S'il est un film "en couleurs" c'est bien Lola Montès de Max Ophuls.J'ai rarement vu une telle réussite picturale où l'or des lustres et la splendeur des attelages donnent au film  cette allure si aristocratique mais menacée de proche disparition.Il me semble que la suite des amours de Lola  fait écho à La ronde des amants d'après Arthur Schnitzler et aux péripéties des bijoux de Madame de ... d'après Louise  de Vilmorin,autres films prodigieux de Max Ophuls.

 

Ophuls est un enchanteur du mouvement et du spectacle,tout spectacle,danse,cirque,peinture,music-hall,tous arts très présents dans son oeuvre,transfigurés,faussement frivoles.Ophuls c'est la politesse de la mélancolie,que je trouve parfois proche de Visconti quand il nous fait sentir la fragilité des choses y compris des castes.

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19 mai 2006

Pluvieux et lumineux

Le dernier film écrit par Akira Kurosawa a été réalisé par son assistant depuis 25 ans, Takashi Koizumi. Après la pluie c'est une étape dans la vie d'un ronin,samouraï non attaché à un maître.Bloqué par la pluie et les crues le héros trouvera un nouveau souffle dans l'amour simple et ample de sa femme et la droiture de sa condition de combattant du bien. Après avoir failli être engagé comme maître d'armes d'un seigneur local il reprendra la route.

  Après la pluie

  Ce film n'est pas une fresque mais plutôt une estampe, testament de Kurosawa dont le message a été admirablement compris et mis en images par Koizumi. Le vert des forêts, le murmure des eaux, le vol d'un oiseau, le retour du soleil sont tout de lumière à la fois frêle et envoutante. Quelques combats très nobles et ...la noblesse aussi de s'avouer vaincu rythment ce film qui conclut merveilleusement la vie du grand montreur japonais Akira Kurosawa dont on ne louera jamais assez l'éclectisme.

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16 mai 2006

Menu fretin

Les requins de TriesteTrieste, port italien de l'Adriatique est une ville en mutation depuis la fin du Rideau de Fer et de la Yougoslavie voisine. Il y avait motif à un tableau passionnant de cette liberté retrouvée pour le meilleur et le pire. Bien sûr il y a des clandestins, de l'argent sale, des notables dépravés, des histoires de famille. Il y a un flic italien. Rien de méprisable mais j'ai trouvé peu d'intérêt à cette histoire car le héros manque singulièrement d'épaisseur. Les requins de Trieste se lit bien et ...s'oublie. Il peut même s'oublier dans un compartiment. Mais pour ça je conseille d'attendre les éditions de poche.Veit Heinichen,auteur autrichien,n'est pas à mon avis un créateur d'univers de polar,ou pas encore.

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13 mai 2006

Comme idées musicales

Comme idées musicales de comédies musicales ce week-end j'en ai eu deux:une bonne et une moins bonne.


Je n'avais jamais vu Un violon sur le toit de Norman Jewison,adapté d'un succès de Broadway(71) et craignais  des longueurs et des mièvreries de cette histoire du folklore yiddish d'Europe Centrale.Malgré trois heures le film tient ses promesses et Jewison a réussi un bon spectacle assez familial où tous les numéros musicaux sont excellents.Toutes les danses,le mariage,les traditions sont bien rendues au son d'une musique entraînante et le comédien israëlien Topol est confondant de truculence et d'humanité ayant fort à faire avec cinq filles à marier.Le destin des Juifs d'Ukraine vire au grave,sans excès de mise en scène,avec les pogroms et l'exil et de modestes valises sur les chariots.Bravo,pour cette silhouette d'un violon sur le toit,comme une cigale parmi toutes ces fourmis laborieuses.

Blanches Colombes et vilains messieurs

Déception avec Blanches colombes et vilains messieurs(55) de Joseph Mankiewicz qui nous a donné tant de chefs-d'oeuvre dont le plus beau a valu à ce blog la moitié de son nom.La présence de Brando et Sinatra n'empêche pas des numéros de scène anémiques,une actrice bien fade(Vivain Blaine) et les trognes de ces joueurs professsionnels obligés d'écouter les sermons de l'Armée du Salut  manquent vraiment de folie pour la seule bonne idée du film.Jean Simmons est bien jolie dans son uniforme de Soeur Sarah et la bagarre à La Havane nous offre un très bon mambo.Tout cela reste assez faible.

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09 mai 2006

La nuit est sur la ville

La nuit est sur la ville et quelle ville que celle qui nous est présentée dans ctte excellente collection Polars(Film noir),éditions Carlotta.!Sept films,très peu diffusés sur les chaînes hertziennes,signés Preminger,Hathaway,Siodmak,Dassin et Kazan.Et l'occasion de revoir des acteurs un peu oubliés,José Ferrer,Richard Conte,Dana Andrews,Victor Mature...

Les forbans de la nuit,de Jules Dassin nous entraîne dans le Londres des années 50,dans le milieu  de la lutte gréco-romaine et des petits trafics voisins.Pourtant on trouve peu de morts dans ce thriller nerveux,juste une magnifique photographie urbaine,avec ce qu'il faut de barmen complaisants,de musique sortant d'un night-club enfumé, d'entraîneuses fatiguées.Richard Widmark,véritable figure de proue de cette collection(il est aussi dans le Carrefour de la mort et Panique dans la rue),habite littéralement cette ambiance.Il faut le voir marcher dans les rues de Londres,sec,élégant,agité puis crispé et encaisser des répliques"noires" à souhait du genre "You have it all,but you're a dead man" ou "You're born a hustler,you'll die a hustler"(Né margoulin,tu mourras margoulin).

Avec le mystérieux Dr.Korvo (Whirlpool) nous retrouvons Gene Tierney dans un rôle bien plus fort que dans les Forbans de la nuit,aux prises avec José Ferrer,sorte de psychiatre qui a fait de l'hypnose un objet contondant.Ce film me semble un peu plus artificiel  bien sûr si l'on songe à Laura.Peut-être le fatras psychanalytique est-il un peu indigeste.

L'histoire du cinéma a toujours aimé les genres,western,musical,comédie américaine.Patrick Brion présente cette collection avec la compétence qui est la sienne.Je rappelle un autre spécialiste,François Guérif,auteur entre autres de Le film noir américain(Denoël),très bon bouquin qui va de Griffith et Stroheim à Ferrara et Tarantino,avec flics et voyous,femmes fatales et imperméables mythiques.

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06 mai 2006

La force de Dassin

La collection DVD Wild Side,dont je vous ai déjà présenté le très beau et très intelligent coffret Macbeth d'Orson Wellles vient de sortir deux films noirs de la grande époque de Jules Dassin,époque américaine avant le maccarthysme et c'est un modèle là encore de cinéphilie de qualité,digne de la Pléiade.


Les démons de la liberté(Brute Force,1947) ets un film d'une rare efficacité que l'on classe par habitude dans les films "carcéraux" car décrivant la vie et la révolte d'une prison.Le scénario de Richard Brooks,journaliste au départ,est radical et narre la montée en violence chez les prisonniers de Westgate.Noir,le film l'est sans détours.Il est surtout désespéré et le huis-clos n'offre guère de perspective vers le ciel ouvert.Les gars de la cellule 17 préparent un coup mais les dés sont pipés.D'une extrême violence pour ces années quarante finissantes,le film me paraît moins centré sur un héros principal que d'autres films sur le thème.Le traitement en est un peu plus "choral" et recèle des pépites dont Calypso,condamné qui ne s'exprime qu'en chantant et un troublant gardien-chef sadique,Hume Cronyn,immense acteur de théâtre,très impliqué,coscénariste de Hitchcock et que Mankiewicz employa au mieux.Une bande-son très bien utilisée,une pin-up au mur de la cellule sont d'autres éléments de ce film rude et sauvage.Passe aussi,très discret,un peu de rêve quand ces pauvres types évoquent leur femme.Comme dit l'un des prisonniers"Ce qui s'est passé dehors,pour nous,avant,même pas terrible,au moins c'était dehors"

     La cité sans voiles,réalisé un an après avec le même producteur Mark Hellinger,loin du décor quasi-unique de Brute Force,nous plonge dans New York pour une enquête policière au coeur de la mètropole dans un style assez proche du  Néoréalisme italien,ce cinéma de la vérité jamais égalé.La ville,peu filmée ainsi jusque là nous apparaît avec les gens du quotidien au labeur,les enfants dans les rues,femmes de ménage,commerçants.Cela semble banal aujourd'hui mais en 1948 c'était plutôt assez révolutionnaire à Hollywood.Réalisé sans vedettes très connues The naked city.sonne comme un document,au plus près de cette Amérique urbaine d'après-guerre,encore accentué par la narration de Mark Hellinger lui-même.Et quels plans sur les passerelles,les ponts et Big Apple!D'autres filmeront New York:Scorsese,Allen,Ferrara à leur manière.New York superstar!



Cette édition DVD comporte des suppléments géniaux.Chabrol et Brion,des connaisseurs,parlent des deux films.Et Jules Dassin lui-même revient sur ces deux tournages,du haut de ses 94 ans.C'est très émouvant.Cela donne envie de découvrir Les bas-fonds de Frisco.Quant aux Forbans de la nuit ce blog  l'a déjà chroniqué.                

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