04 octobre 2006

Le noir lui va si bien

High SierraOui le noir lui va vraiment bien au cinoche et je crois que je me serais encore plus ennuyé sans ces durs à cuire du roman américain, Hammett, Chandler, Cain et tant d'autres. Aujourd'hui gros plan sur William Riley Burnett.Pas le plus connu mais du tempérament,le gaillard.Comme beaucoup d'autres W.R.Burnett a fini par traîner ses guêtres à Hollywood qui a  adapté nombre de ses romans.Lui-même fut scénariste et on discerne parfois mal dans son oeuvre les vrais romans des scénarios parfois simples ébauches. Faulkner, Chandler, Fante, Fitzgerald ont connu la même mésaventure.

    En 1930 Mervyn LeRoy signe Le petit Cesar où Edward G.Robinson campe un saisissant gangster que l'on suit de son ascension à sa chute.C'est l'un des premiers films noirs du parlant et il marquera une  date et ouvrira la voie pour un certain Scarface de Howard Hawks dont l'un des scénaristes est  justement William Riley Burnett.

   Roy Earle lui est un truand en fin de course et souhaite se ranger des voitures.Ceci est extrêmement difficile au cinéma.Bogart incarne à la perfection cet homme traqué dont la fuite dans les montagnes ne peut qu'être fatale. C'est la dernière fois que Bogart n'est pas en tête d'affiche(derrière Ida Lupino). Raoul Walsh s'y connaît en films d'action et Huston est ici scénariste.On le voit,rien que du beau monde pour High Sierra dont le titre français est peu usité pour cause d'homonymie(La grande évasion).

    En 1950 le même John Huston réalise Quand la ville dort(The asphalt jungle) quintessence du sous-genre du film noir "casse qui ,tourne mal" où excelleront aussi Dassin et Kubrick.Construit très rigoureusement Quand la ville dort met en scène pour the ultimate knock over Sterling Hayden,Louis Calhern,Sam Jaffe et d'autres,des gueules de l'emploi comme c'est nécessaire dans le polar à l'américaine.Je vous laisse imaginer la chute sans oublier de citer une certaine Marylin dans tois furtives apparitions. Déjà une femme enfant à vous attirer des ennuis.

King ColeCes trois réussites du grand écran ne doivent pas faire oublier l'écrivain qui avait son talent bien à lui.King Cole notamment est une oeuvre majeure qui raconte la campagne électorale d'un candidat républicain ou démocrate et nous éclaire sur la démocratie-démagogie  qui est loin d'être un monopole des années trente et des Etats-Unis.Relations ambigües avec la presse,l'industrie,le commerce.Rien de nouveau sur le soleil mais raconté par Burnett c'est du solide.Avec ce qu'il faut de cigares,de pépées,de pots-de-vin...La vie quoi!

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La leçon d'histoire de Rossellini


J'ai revu pour la  première fois  depuis trente ans l'extraordinaire film de Roberto Rossellini,la Prise de pouvoir par Louis XIV(1966).On se prend à rêver en pensant que ce film est en fait une commande de la télé française de l'époque,l'O.R.T.F.On croit même défaillir en apprenant que ce film avait été diffusé à 20h30.Sans commentaire.


C'est en fait une magistrale leçon d'histoire et de cinéma.A mille lieues des  reconstitutions historiques empesées le maître du Néo-Réalisme propose une approche certes austère mais très vraie de la prise de conscience du jeune roi à la mort de Mazarin.Pas d'action véritable,encore moins de scènes d'action bondissantes,mais une réflexion très pointue sur l'intelligence et l'esprit de décision de Louis XIV au moment où l'insouciance libertine va faire place à l'engagement vers un pouvoir personnel et une administration moderne de la France.


Nul besoin d'être exégète du Grand Siècle pour apprécier la vitalité du film de Rossellini.Il faut simplement se souvenir que Rossellini était passionné d'histoire et qu'il croyait à la noblesse de la télévision.D'ailleurs la plupart de ses derniers films ont été produits par elle(le Messie,Socrate...)Peu de metteurs en scène se sont remis en question à un tel point.A noter que MK2 donne dans ce DVD une analyse de Jean Douchet et un entretien avec Jean-Dominique de la Rochefoucauld,conseilller historique du film,tous deux très intéressants.

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Le piano de Truffaut

Il me semble que Tirez sur le pianiste est dans la carrière de Truffaut le seul film que l'on puisse rattacher à la Nouvelle Vague (peut-être aussi Les 400 coups). Tirez sur le pianisteEn effet et bien que Truffaut n'ait fait que de bons films son oeuvre est d'une facture assez classique éloignée de la Nouvelle Vague.

Ainsi Tirez sur le pianiste m'est apparu comme une curiosité qui ne m'a pas complètement convaincu.  Cependant le film est très intéressant,comme sautillant et un peu déconstruit, faisant voisiner Boby Lapointe chantant Avanie et framboise de toute son inquiétude exacerbée et la musique du grand Georges Delerue.Les interprètes sont très bons:Aznavour, fragile mais déterminé, Albert Remy, grand comédien peu cité à mon avis, et la toute jeune Marie Dubois.      

    Je ne connais pas le roman de Goodis et ne sais donc pas s'il avait ce côté burlesque(silhouettes des poursuivants) tout en flirtant avec la mort. Avec Tirez sur le pianiste Truffaut termine ses gammes sur le film noir et donnera toute sa plénitude avec La mariée était en noir.

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Majeur,Dundee


La version DVD De Major Dundee de Sam Peckinpah(1965) est une réussite que n'aurait pas désavouée l'auteur.Je n'avais jamais pu visionner qu'une version tronquée.Major Dundee est une charge qui n'a rien d'héroïque,de fantastique(célèbres titres de Ford et de Walsh).Le film serait à la limite plus proche de la Charge victorieuse,de John Huston,vision amère de la Guerre de Sécession(51).


Après la Guerre Civile le Major Dundee(Charlton Heston) se lance à ,la poursuite d'Apaches assassins à la tête d'un conglomérat de soldats nordistes,de rénégats indiens,d'adversaires sudistes et même de noirs.Le capitaine sudiste(Richard Harris),son ennemi juré,fait allégeance jusqu' à la fin de la vengeance...


De très belles scènes,nocturnes notamment,des passages de rivière,une excellente utilisation des décors naturels mexicains confèrent au film une qualité rare.Une galerie de personnages,indispensable à toute action de groupe,nous présente entre autres un éclaireur manchot(James Coburn),de jeunes officiers pleins d'illusions,un pasteur qui fait le coup de poing.


Mais nous sommes bien dans l'Ouest désenchanté et Major Dundee annonce par sa violence et ses couleurs le brûlot que Sam Peckinpah sortira en 69,la Horde sauvage,sorte d'Apocalypse now du western qui enterrera définitivement le romantisme relatif et le lyrisme un brin naïf de tant de films sur l'Ouest,souvent très bons par ailleurs et qui auront fait du genre western "le cinéma par excellence".J'ai toujours pensé que s'il ne devait rester qu'une image de cinéma ce serait celle d'un cavalier faisant boire son cheval avant quoi?l'action(Action/moteur,les mots du metteur en scène).

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03 octobre 2006

La découverte de la découverte

D'ores et déjà grand merci à Cuné et Chimère, marraines pour moi de ce vertigineux roman;ce livre est une merveille d'intelligence qui brasse l'univers entier dans une sorte de puzzle alliant la quête spirituelle aux sources de la chrétienté à une histoire d'amitié qui permet d'évoquer la Shoah, l'euthanasie, l'engagement politique et les erreurs de jeunesse, la paternité, la science et mille autres sujets. Ces 1100 pages sont un défi qui peut donner le tournis mais dont on sort un peu plus intelligent.

La Découverte du cielEcrit par le Hollandais Harry Mulisch avec une richesse verbale qui n'a d'égal à mon avis que chez Umberto Eco, La découverte du ciel s'impose comme l'un des romans de la fin de siècle. Entrez dans l'univers baroque et universel de ce maître et ne croyez pas que de cet exercice de style érudit et total l'émotion soit absente. Car ce sont bien des hommes, des vrais qui sont les héros de ce roman foisonnant. Des hommes du XX° Siècle avec leurs doutes et leurs désenchantements, leurs interrogations métaphysiques et leurs aventures charnelles et sentimentales.

Objet  littéraire total, ne vous laissez pas rebuter par la longueur de cette oeuvre exceptionnelle. On est libre de ne pas partager toutes les options de ce livre. On est libre de peiner quelquefois(peu) tant l'auteur est un magicien de  la langue et de l'intelligence. On ne peut nier qu'il s'agit là d'un phare du roman paneuropéen contemporain.

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02 octobre 2006

La rude nature de l'homme

Les Moissons du ciel Le très peu prolixe Terence Malick n'encombre pas les écrans.Mais quelle sensibilité se cache chez cet homme dont  le moindre plan éclate d'une telle beauté formelle sans pour cela tomber dans la froideur académique?On emploie beaucoup le mot panthéisme qui me semble assez juste même si Giono n'est pas un écrivain qui me touche beaucoup.Pourtant les personnages des Moissons du ciel ont une fougue et une aura dignes de l'ermite de Manosque.Mais ce dernier n' a pas le monopole du lyrisme rural.Ce film pourrait être italien,de la grande époque des Fratelli Taviani,ces cinéastes glorifiés il y a 30 ans et peu en vogue aujourd'hui. Il y a dans cette vision de l'Ouest américain campagnard quelque chose de Kaotique au sens pirandellien du mot qui nous ramène à la brutalité d'un maëlstrom sicilien âpre et tragique avec son incendiaire beauté à couper le souffle.Peu au fait du cinéma africain il me semble aussi que peut-être Souleymane Cissé filme ainsi la jeunesse dans Yeelen ou Le vent.

    Les fulgurances de Terrence Malick,que ce soient les plans sur les animaux notamment les oiseaux qui semblent sortir des gravures d'Audubon ultra-américaines,le feu ou le fléau des criquets ne sont pas là pour ponctuer un discours mais comme d'indissolubles liens dans cette rude,très rude histoire des hommes. De tout jeunes acteurs Richard Gere, Sam Shepard et Brooke Adams ne seront plus jamais aussi bien employés. Malick réussit le prodige d'une oeuvre très américaine qui tend vers une peinture universelle de la violence du monde qui  a pourtant de bien belles couleurs.Autre bonne idée:l'arrivée des clowns du cirque comme des pionniers de l'aviation.

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01 octobre 2006

Quelque chose en nous de Dorian Gray

Le portrait de Dorian GrayEt de maléfique aussi,quelque part au fond de nous.Adaptation magistrale du dandy Albert Lewin d'après le livre du dandy Oscar Wilde,avec le  dandy George Sanders dans le rôle du mentor du dandy Hurd Hadfield qui joue le dandy Dorian Gray.Ahurissant de constater que le film comme le héros ne vieillit pas.Il agit toujours sur le spectateur que je suis et chaque vision semble ajouter quelques outrages au temps(sur moi).Car le film,lui,est inaltérable.

Une photographie magnifique aère cette oeuvre hors du temps.Les tavernes du port de Londres où Dorian n'arrive même pas à trouver la mort,les sarcasmes et le cynisme de George Sanders,les brumes où l'on craint de rencontrer Jack l'Eventreur ou le Dr.Hyde,toute cette ambiance victorienne est parfaitement évoquée par Albert Lewin.

Faust lui aussi voulait garder sa jeunesse.Dorian,lui,ira jusqu'au meurtre car son Méphisto,à lui,c'est sa seule conscience,élastique et qui fera de lui un jouisseur,esthète pervers et décadent,oiseau de malheur pour ses amis et ses amours.Pourtant Dorian est une victime,la première,de son hideux pacte qui le dépasse.Trop tard pour faire le bien...

On a tous quelque chose en nous de Dorian Gray,cette volonté de vivre pleinement,cette envie d'échapper aux conventions,cette infinie soif et surtout cette crainte terrible que sur l'écran ne s'affiche le mot "fin" .Dorian Gray a essayé.Son alter ego,père littéraire,Oscar Wilde a essayé.Vivre autrement ne lui a pas réussi...

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Un Japonais à la City

Kazuo Ishiguro,Japonais écrivant en anglais et vivant à Londres est l'auteur des Vestiges du jour,dont James Ivory tira un film magnifique sur l'aristocratie anglaise  et certains des siens tentés par la dictature dans les années trente,mais surtout sur le corsetage de cette société,qui touchait maîtres et valets.

Quand nous étions orphelinsMais aujourd'hui je vous présente Quand nous étions orphelins(Calmann-Lévy et 10/18).Kazuo Ishiguro,homme de deux cultures,écartelé pour le meilleur de la littérature entre Extrême-Orient et Royaume-Uni,nous emmène en voyage dans le Shanghaï cosmopolite des années trente.On se croirait un peu dans un film de Sternberg,aussi fascinant et intrigant que l'enquête menée par Christopher Banks,élevé à Shanghaï dans ce qu'on appelait la Concession Internationale jusqu'à la disparition de ses parents.Rapatrié en Angleterre il n'aura cesse de les retrouver;mais à l'orée du grand conflit mondial,cette portion de Chine est le repère d'espions,de seigneurs de la guerre,de partisans de Mao et de Tchang Kaï Tchek tout aussi sanguinaires.C'est aussi la guerre sino-japonaise.

Kazuo Ishiguro sait à merveille allier le souffle de l'aventure à une profonde réflexion sur la mémoire,sur l'enfance et les déchirements qui nous rendent cette enfance comme une terre étrangère.Je trouve extraordinaires ces écrivains capables de s'immerger dans un pays nouveau tout en restant totalement fidèles à leurs racines.Il y a d'autres exemples,Kundera,Nabokov,etc..Ce sont en général des très très grands.

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Monsieur Gaboriau

              Voici l'écrivain que les spécialistes du policier considèrent comme ayant influencé Conan Doyle et Sherlock Holmes; Emile Gaboriau et son détective du XIX° Siècle sont les précurseurs du roman noir. Si vous avez envie d'intrigues criminelles bien ficelées qui explorent la socièté bourgeoise de cette époque entre Les Mystères de Paris et Arsène Lupin ou à peu près plongez-vous dans ces romans très dépaysants tous publiés en feuilletons à l'époque. C'est un régal que de lire ce qu'on appelait des romans judiciaires, les premiers en France à mettre en scène un privé, Monsieur Lecoq, ancêtre de Sam Spade ou Philip Marlowe. Lecture bien agréable en vacances. Gaboriau a beaucoup d'imagination et de la rigueur aussi pour mettre en lumière les minces indices sur l'assassinat du du Comte et de la Comtesse deTremorel,dans le paisible village d'Orcival, en bords de Seine avant l'urbanisation.

  L'affaire LerougeLe crime d'Orcival est le plus connu mais on peut s'amuser avec L'affaire Lerouge ou Le dossier n°113,également écrits avec un souci du détail qui frise le naturalisme. Admirées par Cocteau ou Simenon les enquêtes de Mr.Lecoq conjuguent la poésie du premier et l'analyse sociale du second. Personnellement je vois une certaine filiation à Gaboriau chez le Nestor Burma de Léo Malet. Pourquoi pas? On pourrait citer Poirot et tous les autres.

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Vu sous cet angle

Michael Powell est un très grand cinéaste que je connais peu.J'ai bien l'intention de changer ça. De Powell je n'avais vu que Les chaussons rouges, somptueux mélo,probablement le meilleur film sur la danse (48).J'ignorais totalement que Michael Powell avait en quelque sorte signé en 38 un film précurseur du Néoréalisme italien. Il est vrai que certains plans de A l'angle du monde font penser à La terre tremble ce magnifique film de Visconti première manière. Les iliens de cette lointaine Ecosse ressemblent trait pour trait aux pêcheurs siciliens en révolte.

     Premier film indépendant de Michael Powell ce beau film se veut l'héritier d'un Robert Flaherty par exemple avec cette tendance documentaire et ces visages d'autochtones ayant vécu dans les coonditions du film. Le vertige nous saisit devant ce noir et blanc et cette verticalité si bien rendue par la caméra.Juste une petite touche fictionnelle qui ressemble un peu au Pagnol tragique de Regain par exemple. Ce n'est pas un hasard si l'on en vient à Giono, auteur de Regain car A l'angle du monde est un poème visuel élégiaque digne de l'ermite de Manosque qui aurait émigré sur une île de l'archipel des Shetland.

    Pour moi:une découverte d'un cinéaste éclectique dont les images évoquent avec leur caractère propre aussi bien Rossellini que les maître japonais.

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