07 septembre 2006

Une chanson:All my loving

Pas de commentaire.Essayez seulement d'imaginer un monde sans eux.Certains pensent que d'autres auraient eu cette influence à leur place.Je n'en suis pas sûr.Ce dont je suis sûr c'est que ce sont eux les vigies qui ont les premiers aperçu la côte dans ce long voyage.Je sais:il y a eu des précurseurs.Mais je sais aussi que l'Histoire c'est eux qui l'ont initiée.Je sais ce n'est pas votre groupe préféré.Moi non plus figurez-vous.Oui mais voilà:sans eux je ne serais rien.Je sais:cette chanson est très anodine.Oui mais voilà une poussière donne naissance aux étoiles et la vie change,un peu moins banale...

http://www.youtube.com/watch?v=TQnsx_qnAuE  Ecoutez

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02 septembre 2006

Parler de Chaplin

    

                       PMr. VERDOUXarler de Chaplin lors de quatre interventions à l'Université du Temps Libre a été pour moi l'occasion de revoir et de comprendre l'oeuvre du cinéaste qui reste à ce jour le nom le plus connu du Septième Art. Chaplin est si grand que je n'avais abordé que quatre thèmes précis dont je vous livre quelques bribes.            

J'ai présenté Chaplin  en commençant par les "longs courts métrages" de la période First National car je pense qu'il trouve à partir de la création de ses propres studios une ampleur qui manquait peut-être un peu,malgré la drôlerie et la perversité des meilleurs films précédents.         

    Et quel plaisir d'entendre les rires lors des extraits présentés car ces huit films First National sont tous de haut niveau,avec des points culminants dans Jour de paye(kafkaïen mais si drôle).  Une vie de chien (où l'on croise en quelques plans les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse selon Charlot: le froid,la faim,le sommeil et le chômage plus un cinquième,le policeman), Charlot soldat (ou de la difficulté d'adaptation chronique du vagabond à marcher au pas,et l'homme déguisé en arbre et qui se cache en forêt).             

Les Temps modernes - Édition Digipack 2 DVD [Inclus un livret de 8 pages]

Les deuxième et troisième parties présentaient Les lumières de la ville et  Les temps modernes, avec les profondes différences qui existent entre les deux films et que l'on ne soupçonne pas toujours. A l'étude on voit bien que Charlot quitte la scène, en fait,après Les lumières de la ville car le Charlot des Temps modernes a déjà un accent grave et prophétique qui annonce la fin du vagabond "à l'ancienne" pour devenir un personnage plus en phase avec le Siècle et ses inquiétudes. C'est l'anticipation des films parlants de Chaplin,pas inférieurs aux muets, et qui au contraire les complètent pour faire de l'oeuvre de Charles Chaplin la plus cohérente qui soit.         

    Mais la vraie découverte pour les auditeurs a été le troublant Monsieur Verdoux ( Le Dr.Orlof ne me contredira pas), cette variation sur Landru rachetéeà Orson Welles. Plus que troublant,d'une redoutable perversion Verdoux l'assassin de femmes expiera 30 ans d'honnêteté à la banque et quelques années de crimes de misogynie( ce que je peux comprendre) par une mort sur l'échafaud messianique,christique et terriblement pessimiste. Même s'il semble que dans cet ultime avatar d'un Charlot qu'on n'aurait pas reconnu(selon Bazin), Verdoux s'offre en  rachat des turpitudes du monde,coupable de bien pire.

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01 septembre 2006

Quand Hollywood se penche sur Hollywood


Hollywood aime parfois  à dévorer ses enfants et n'est jamais aussi féroce que lorsque la cité du cinéma règle ses propres comptes.On voit ainsi que le cinéma américain,même au coeur des studios des années 50,est capable de beaucoup de clairvoyance quant à sa propre mythologie.Notre ami cinéphage a déjà dit tout le bien qu'il pensait du Grand couteau de Robert Aldrich et que je partage tout à fait.Dans cette même décennie au moins trois autres films signés des plus grands explorent les coulisses de l'usine à rêves.Il s'agit de la Comtesse aux pieds nus de Mankiewicz qui mériterait un livre entier,si admirable,et aussi des Ensorcelés de Minnelli,fascination exercée par un nabab sur ses collaborateurs.


J'ai revu hier Boulevard du Crépuscule,le chef d'oeuvre de Billy Wilder(les quatre films sont d'ailleurs tous des chefs d'oeuvre).Tout est parfait d'inquiétude et de folie,dans ce film depuis l'hallucinante Gloria Swanson qui,  devant les caméras des actualités déclare être prête pour le gros plan,jusqu'au sacrifice de Stroheim pour épargner son ex-femme.William Holden,grand acteur injustement ignoré depuis,compose un jeune scénariste,à la limite du gigolo mais qui relève la tête avant de mourir dans la piscine de ses ambitions.


Cecil B.De Mille joue son propre rôle avec tendresse pour l'odieuse et pathétique actrice vieillissante incarnée par Swanson et Buster Keaton est fantômatique,une statue de cire.Film sur la cruauté comme les trois autres,la cruauté du milieu cinématographique,mais à tout prendre guère plus cruel que n'importe quel microcosme humain.

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Cette émotion

     Cette émotion qui s'en prend à moi et qui n'existe que dans une quinzaine de films,ce sentiment éprouvant et douloureux bien que resplendissant de reconnaissance, cette fragrance du piano et du Rick's Cafe,Ingrid implorant du regard "Play it again,Sam",le brave Sam hésitant par peur du patron à qui la nostalgie a donné tant de coups, ces quelques notes "Quand passe le temps" égrenées dans ce Maroc hollywoodien de rêve quand le rêve est plus fort que l'authentique si souvent frelaté,cet air de souvenir à la hauteur des plus grands romans,l'une des très rares fois où le cinéma est frère de la littérature par son pouvoir d"évocation,et la douleur qu'il plante dans nos reins, l'envie de ces destins bouleversés par les exils, l'impression d'avoir écrit les mots qi'ils se disent et filmé ce plan,l'extraordinaire sensation de devenir l'auteur d'une telle merveille, la rareté enfin de cette cicatrice,l'alcool et le départ déjà imminents,le prix de la vie pour avoir connu cela...Je les revendique et  souhaite qu'As time goes by vous blesse joliment.

http://www.youtube.com/watch?v=gGXEwI1S11A

Play it again Sam

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28 août 2006

In the U.S.Cavalry


Il est très salutaire de retrouver de temps à autre la maîtrise de John Ford,notamment dans la trilogie dite "de la Cavalerie" dont je viens de revoir le deuxième volet,La Charge héroïque(She wore a yellow ribbon) dont le titre original est bien plus fort comme souvent.Sorti en 49,entre Le Massacre de Fort Apache et Rio Grande,comme dirait notre ami Patrick Brion,le film est délicieux par le regard tendre et naïf qu'il jette sur la société militaire des Cavaliers,cette grande famille d'honneur et de tradition.Tourné pour la RKO ce film est un modèle du genre hommage parsemé de jolies scènes.On peut citer les bagarres mémorables et très fordiennes de Victor McLaglen,l'émotion de John Wayne chaussant ses lunettes pour son cadeau d'adieu à l 'armée,et ce merveilleux soleil couchant qui le voit ratttrapé par la Cavalerie pour une promotion ultime.Si ce n'est pas cela l'emploi des seniors...


Dans ce film et dans les deux autres,tous d'après des récits de James Warner Bellah,on retrouve les interprètes fétiches de John Ford,le grand Wayne,magistral en officier vieillissant,McLaglen éternel abonné de sa propre trilogie,alcoolique,irlandais,bagarreur,Ben Johnson,vieux complice de tant de westerns.Enfin on retrouve le studio magique de Ford:Monument Valley.Ce DVD  de la collection RKO est préfacé de façon simple,enjouée et non pontifiante par Serge Bromberg,ce fou du patrimoine ciné.

http://www.youtube.com/watch?v=za3AKJG1Lo4 Rio Grande!

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27 août 2006

Père et fils


Bien sûr il est tentant de rapprocher les destins de Tim et Jeff. Seulement voilà, la légende doit parfois s'effacer devant l'Histoire. Jeff n'a jamais connu son père Tim, parti avant sa naissance et mort  comme tout le monde d'un abus d'abus quand Jeff n'avait que 8 ans. Il reste deux points communs: leur génie musical et leur destin fulgurant et tragique, respectivement disparus à 28 et 31 ans.

Tim Buckley / Goodbye And Hello [Best of]

Tim Buckley(1947-1975) est l'auteur de plusieurs disques passionnants.On a réédité Tim Buckley et Goodbye and Hello en un seul coffret. C'est une très belle sélection qui comporte Song for Janie, Morning glory,Knight errant, chansons de la première ère Tim Buckley,d'une pureté angélique au timbre cristallin peu fait pour le hit-parade.

Cette voix à la beauté unique(enfin jusqu'à ce qu'apparaisse Jeff Buckley), Tim saura l'utiliser en prenant plusieurs tournants,d'abord dans le dépouillement de Happy-Sad puis dans les albums  presque expérimentaux que Buckley place lui-même sous l'influence de John Coltrane, Lorca et Starsailor. Complètement en panne de succès il va réemerger avec Greetings from L.A., album quasiment funky. Il meurt en 75 et d'après la bible de Michka Assayas(Dictionnaire du rock), "d'un cocktail d'héroïne et de morphine qu'il aurait pris pour de la cocaïne".Vraiment distrait Tim Buckley! Qui dira le gâchis?

Grace

    Bien distrait également Jeff qui en 97 décide de nager dans le Mississipi tout habillé et botté. Vous connaissez la suite. A l'East Village de New York en 90 il chante tout, Edith Piaf, un lied de Mahler, du hard rock. Surdoué comme son père il semble que son seul véritable disque soit Grace(à part diverses compilations parfois douteuses) où s'enchaïnent les perles comme Grace, Last goodbye, et des reprises de Cohen ou le Corpus Christi Carol de Benjamin Britten. Evidemment élévé au rang d'icône puisque mort tragiquement (moi je dis jamesdeanement), Jeff Buckley est devenu célèbre et maudit rejoignant une longue cohorte.

    De tout cela rien n'est important. Seule compte la magie de ces deux voix indomptables. Je vous encourage à vous aventurer dans la famille Buckley.Enfin la famille c'est beaucoup dire...

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23 août 2006

L'hilarant Finlandais


Attention cet homme est dangereux.Ne lisez aucun de ses livres car il va vous emmener dans ce pays aux noms imprononçables.C'est simple,c'est l'alter ego littéraire d'Aki Kaurismaki.Même trogne aux bajoues,même sens de l'humour et de la dérision,même goût pour les cassés et les hurluberlus.Ancien bûcheron et ouvrier agricole il a publié une vingtaine de livres dont la moitié a été traduite en français.


A retenir particulièrement le Lièvre de Vatanen,la Cavale du géomètre,la Forêt des renards pendus,le Meunier hurlant,des fables délicieuses mettant en scène pêle-mêle un ancien officier,une nonagénaire,des naturistes,des gangsters nordiques sur fond de restes de guerre froide et de non-sense à la mode scandinave.


L'avant-dernier paru,Petits suicides entre amis,raconte la rencontre d'un entrepreneur en faillite et d'un colonel veuf dépressif qui,incapables d'en finir seuls,décident de fonder une association d'aide au suicide.Ils affrètent un autocar de candidats et entreprennent une folle tournée à travers la Finlande pour trouver l'endroit idéal  pour en finir.Voyage loufoque et poètique en pays d'Absurdie garanti.Allez,prenez ce bus en folie.J'oubliais:il s'appelle Arto Paasilinna.

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22 août 2006

Pickett:un bon crû

The Exciting Wilson PickettDes trois parrains de la soul music James Brown reste seul.Il y a si longtemps qu'un avion trop pressé nous a privé d'Otis Redding,qui,tel Van Gogh,n' aura jamais connu son plus grand succès:The dock of the bay.Mort à 26 ans Otis nous aura laissés entre autres Try a little tenderness,I've been loving you too long,sur le mythique label Stax.

On connaît bien James Brown tant à la rubrique faits divers qu'en chronique musicale,même si depuis 25 ans ses disques recyclent imperturbablement  le même riff usé jusqu'à la corde.

Je crois que Wilson Pickett était un peu oublié,bien que partiellement remis en selle par le film d'Alan Parker,The Commitments,d'après Roddy Doyle dont j'ai parlé il y a peu.Les prolos de Dublin reprenaient alors les morceaux de Wison Pickett,des tubes de dynamite rhythm & blues à faire frétiller des chaussures même les plus rebelles à toute chorégraphie du samedi soir.Wilson Pickett,c'était un juke-box à lui tout seul,section cuivres agressive et souvent la guitare de Steve Cropper du légendaire groupe Booker T. and the MG's en renfort.Quelques titres qui fleurent bon ces années soul:Mustang Sally,Land of 1000 dances,Funky Broadway,In the midnight hour,Barefootin'.Wilson Pickett lui aussi avait eu maille à partir avec la justice,la musique n'adoucissant pas forcément les moeurs.Il avait pourtant débuté comme la plupart des chanteurs afro-américains dans l'église de son quartier.

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21 août 2006

Un Américain pas bien tranquille

Edward Abbey m'était inconnu. Robert Redford me l'a en quelque sorte présenté puisqu'il a préfacé l'édition du Gang de la clef à molette dont je vous présente l'édition américaine illustrée par Crumb car je crois que ça correspond assez bien à l'univers de la bande dessinée. On aura compris que si Redford est impliqué c'est que ce bouquin a une forte connotation écologique. Une adaptation ciné a été envisagée dans les années 80 sans succès.

   Seulement voilà je ne me suis pas vraiment passionné pour l'aventure de ces Pieds Nickelés en lutte dans l'Ouest américain contre le saccage de la nature et l'urbanisation galopante. Non que j'y sois insensible mais je n'aime guère ces personnages, ce quatuor composé d'un toubib vieillissant, d'un mormon qui répond au joli sobriquet de Seldom Seen(Rarement vu) bien que polygame, d'un vétéran du Vietnam figure incontournable dans ce bouquin assez démago, et d'une jolie jeune femme juive peu farouche. Donc une Amérique en miniature sillonne le Grand Ouest de sabotages en explosions contre l'autre Amérique bien-pensante.

   Le Gang de la Clef à Molette  Le problème est que rapidement le quatuor m'est apparu tout aussi peu reluisant que la socièté américaine toute entière me rappelant un peu le néo-conformisme très vite installé dans la contre-culture hippie par exemple, que j'aimais beaucoup par ailleurs. Déçu par les aventures languissantes et longuettes du Gang de la clef à molette je recommanderai à ceux qui tiennent à embarquer dans cette histoire deux choses:se munir d'une carte détaillée de l'Ouest américain car Edward Abbey abuse des noms propres, et d'un lexique du petit dynamiteur patenté à moins d'être ingénieur chimiste.

    Bien sûr j'ai un peu chargé la galère car ce livre peut plaire. Néanmoins je considère qu'il ne mérite pas l'aura qu'il a, paraît-il aux Etats-Unis;. Mort en 89 Abbey a demandé à être enterré dans le désert. Nul ne sait où. De toute façon je n'avais pas l'intention de me rendre sur sa tombe.

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20 août 2006

Une chanson:Suzanne

    La première et la plus célèbre chanson de Leonard Cohen. Pas vraiment une surprise mais comment résister au charme maintenant presque quadragénaire de cette sirène, de cette créature naîve et troublante qui ma envoûté il y a longtemps et ne m'a jamais quitté. Suzanne que je suis encore capable de chanter en intégralité et en version bilingue alternant l'anglais et le français, moi qui ne sais pas chanter.Suzanne qui au bord de la rivière m'emmène toujours parmi les ordures et les fleurs retrouver les héros dans les algues et les enfants du matin qui se penchent vers l'amour.

   Suzanne qui n'a peut-être pas toute sa raison mais qui sait encore faire vaciller la mienne.Suzanne que j'ai murmuré aux oreilles aimées,aimantes puis moins aimées et moins aimantes.Suzanne ce prénom auquel au moins je serai resté fidèle.Suzanne que même Jésus le marin qui veillait du haut de sa tour solitaire a aimée, vêtue de hardes et de chiffons.

  On dit que Leonard n'aime plus beaucoup Suzanne. Je crois le comprendre:Suzanne lui a tout donné et repris comme ces créatures un peu vampires qui détruisent au moins un peu leur père.Moi, je l'aime toujours...

    I want to travel with her, I want to travel blind, I know she will trust me 'cause she touched my perfect body with her mind.

  Bien sûr il y a au moins 30 chansons de Cohen qui méritent la postérité:j'en citerai trois peu connues, Let's sing another song,boys, I'm your man ou A bunch of lonesome heroes. Toute son oeuvre est passionnante mais Suzanne et sa rivière coulent dans mes veines.

http://www.deezer.com/listen-550368  Ecoutez!

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