21 août 2006

Un Américain pas bien tranquille

Edward Abbey m'était inconnu. Robert Redford me l'a en quelque sorte présenté puisqu'il a préfacé l'édition du Gang de la clef à molette dont je vous présente l'édition américaine illustrée par Crumb car je crois que ça correspond assez bien à l'univers de la bande dessinée. On aura compris que si Redford est impliqué c'est que ce bouquin a une forte connotation écologique. Une adaptation ciné a été envisagée dans les années 80 sans succès.

   Seulement voilà je ne me suis pas vraiment passionné pour l'aventure de ces Pieds Nickelés en lutte dans l'Ouest américain contre le saccage de la nature et l'urbanisation galopante. Non que j'y sois insensible mais je n'aime guère ces personnages, ce quatuor composé d'un toubib vieillissant, d'un mormon qui répond au joli sobriquet de Seldom Seen(Rarement vu) bien que polygame, d'un vétéran du Vietnam figure incontournable dans ce bouquin assez démago, et d'une jolie jeune femme juive peu farouche. Donc une Amérique en miniature sillonne le Grand Ouest de sabotages en explosions contre l'autre Amérique bien-pensante.

   Le Gang de la Clef à Molette  Le problème est que rapidement le quatuor m'est apparu tout aussi peu reluisant que la socièté américaine toute entière me rappelant un peu le néo-conformisme très vite installé dans la contre-culture hippie par exemple, que j'aimais beaucoup par ailleurs. Déçu par les aventures languissantes et longuettes du Gang de la clef à molette je recommanderai à ceux qui tiennent à embarquer dans cette histoire deux choses:se munir d'une carte détaillée de l'Ouest américain car Edward Abbey abuse des noms propres, et d'un lexique du petit dynamiteur patenté à moins d'être ingénieur chimiste.

    Bien sûr j'ai un peu chargé la galère car ce livre peut plaire. Néanmoins je considère qu'il ne mérite pas l'aura qu'il a, paraît-il aux Etats-Unis;. Mort en 89 Abbey a demandé à être enterré dans le désert. Nul ne sait où. De toute façon je n'avais pas l'intention de me rendre sur sa tombe.

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20 août 2006

Une chanson:Suzanne

    La première et la plus célèbre chanson de Leonard Cohen. Pas vraiment une surprise mais comment résister au charme maintenant presque quadragénaire de cette sirène, de cette créature naîve et troublante qui ma envoûté il y a longtemps et ne m'a jamais quitté. Suzanne que je suis encore capable de chanter en intégralité et en version bilingue alternant l'anglais et le français, moi qui ne sais pas chanter.Suzanne qui au bord de la rivière m'emmène toujours parmi les ordures et les fleurs retrouver les héros dans les algues et les enfants du matin qui se penchent vers l'amour.

   Suzanne qui n'a peut-être pas toute sa raison mais qui sait encore faire vaciller la mienne.Suzanne que j'ai murmuré aux oreilles aimées,aimantes puis moins aimées et moins aimantes.Suzanne ce prénom auquel au moins je serai resté fidèle.Suzanne que même Jésus le marin qui veillait du haut de sa tour solitaire a aimée, vêtue de hardes et de chiffons.

  On dit que Leonard n'aime plus beaucoup Suzanne. Je crois le comprendre:Suzanne lui a tout donné et repris comme ces créatures un peu vampires qui détruisent au moins un peu leur père.Moi, je l'aime toujours...

    I want to travel with her, I want to travel blind, I know she will trust me 'cause she touched my perfect body with her mind.

  Bien sûr il y a au moins 30 chansons de Cohen qui méritent la postérité:j'en citerai trois peu connues, Let's sing another song,boys, I'm your man ou A bunch of lonesome heroes. Toute son oeuvre est passionnante mais Suzanne et sa rivière coulent dans mes veines.

http://www.deezer.com/listen-550368  Ecoutez!

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19 août 2006

C'était un temps déraisonnable

C'était un temps déraisonnable ou les groupes rock venaient de l'Ouest et où à grand renfort de motos,de musique et de substances assassines pour nombre d'entre eux leurs noms de scène à eux seuls savaient nous faire planer.Florilège du Pouvoir des Fleurs et de Frisco Bay avec la traduction quand c'est possible car cela vaut son pesant de chemises bariolées.

The Music Never Stopped : Roots Of The Grateful DeadLe Mort reconnaissant

Quicksilver Messenger ServiceLe Service Postal Vif-argent

In-A-Gadda-Da-VidaLe Papillon de fer

California Dreamin': Live in ConcertLes mamans et les papas

Incense & PeppermintsLa Fraise réveille-matin

It's a Beautiful DayC'est une belle journée

I Feel Like I'm Fixin' to DieJoe le campagnard et le poisson

The Very Best of the 13th Floor Elevators: Going UpLes ascenseurs du 13° étage

Forever ChangesL'Amour(Thank you Thom)

America's ChoiceLe Thon chaud

Golden ClassicsLa Comagnie de chewing-gum de 1910

PowerglideLes Nouveaux Cavaliers de la Sauge Pourpre

SteppenwolfLe Loup des Steppes(Danke schön Herman Hesse)

Ecoutez!   http://www.youtube.com/watch?v=KZnrXnujQyU

Green TambourineLes Citrons pressés

Cheap ThrillsGrand Frère et la Société de gestion(particulièrement poétique n'est-ce pas?)

The Doors

Les Portes ainsi se referment sur cette petite galerie sans prétention que celle de remémorer aux anciens ces pochettes ahurissantes et d'amuser les plus jeunes.

Il va de soi que ces groupes n'étaient pas tous des grands mais cette mouvance nous valut quand même Jim Morrison, Janis Joplin, Jerry Garcia, John Kay, Mama Cass,etc...

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Kong et les Marines

     Venant de voir King Kong 2005 et Jarhead je m'apprêtais à en faire une analyse de la plus haute finesse,vous pensez bien quand je me suis souvenu que mon vieil ami le Cinéphage les avait chroniqués à la sortie.J'ai relu son billet sur Jarhead et vous y envoie car il a dit tout ce que j'en pensais. Donc j'ai pris le parti de ne pas refaire le travail si bien fait par un autre si ce n'est pour apporter une touche nouvelle ou une contradiction.

    Quant à mon autre vieil ami King Kong j'ai trouvé à sa version Peter Jackson 2005 des qualités plastiques(la danse de Naomi Watts sur la falaise qui trouble tant Kong,les glissades souriantes sur la patinoire avant le massacre,une petite partie dans l'île quand dinosaure, Kong et Naomi sont suspendus). Mais que de surenchère visuelle,auditive et de durée dans ce film boursouflé comme un très long jeu vidéo dont j'ai depuis longtemps passé l'âge.Ce King Kong là a aussi un côté sérieux sur le plan zoologique. On voit que des primatologues sont passés par là. Manifestement Jackson est plus à l'aise dans l'univers de Tolkien.

   Enfin le point commun entre les deux films est surprenant. Un personnage de KK lit Au coeur des ténèbres de Joseph Conrad qui a lui-même inspiré Apocalypse now que Sam Mendes projette dans le cinéma aux armées de Jarhead. De là à penser que Brando très alourdi aurait pu jouer King Kong...

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18 août 2006

A Victor

       

     Les géants n'ont pas toujours la vie facile:petit hommage à ce destin que fut la vie d'Hugo, avec la folie d'Adèle et la mort de Léopoldine. Il me fut inspiré par une balade en bord de Seine dans ce pays de Caux que remonte parfois le mascaret.

   

Portrait de Léopoldine Hugo (1824-1843)

Comment la douce Seine a-t-elle pu t’amputer?

Toi,Victor,ce titan de tout un siècle

Qui aura su vaincre les pires exils

Toi qui,tonnant des rochers normands

Contre les misères et les mépris

L’indestructible,pareil à ces brisants

Mon ami,capitaine au long cours

Maudissons ces flots traîtres

L’enfant,ton enfant,ton sang

Entraînée dans la nuit

Monstruosité du mal des hommes

Quand la peine est innommable

Et que la poésie arrache le coeur.

Léopoldine,la douce Léo

Repose là-bas au bord du fleuve

Et j’aime à lui rendre hommage

Victor,tu nous es alors si proche

Et Léo est un peu ma fille

Au sourire flétri,brisé en cette aurore

Gavroche coule ses larmes

Il nous reste,Victor

Le fleuve de ton verbe

Contemplations

Quintessence du beau malheur.

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17 août 2006

Polars nordiques mitigés

La Femme en vert Déjà dans la Cité des Jarres Arnaldur Indridason nous entraînait dans une Islande loin des clichés touristiques. Curieux comme ces hommes du nord(Mankell,Edwardson)savent nous dépayser avec des intrigues à la fois âpres et tendues, sans pittoresque facile. On a l'impression aussi de liens familiaux très forts entre certains personnages, des liens serrés à se rompre.

     Le polar du nord se porte bien. Qu'on se le dise et qu'on cesse en littérature française de se regarder le nombril. Dans la Femme en vert Indridason joue sur différentes époque sans que ces procédés de retour ne arrière n'alourdissent jamais l'acuité du récit. Partez vite pour cette Islande sans volcans, ni geysers, ni grand oiseaux d'Atlantique.

L'étoile du diable

  Le flic Harry Hole, créé par Jo Nesbo,est alcoolique et  vit à Oslo.Il est aussi un peu parano et il nous faut 500 pages pour venir à bout du serial killer à la mode norvégienne.Ce n'est pas un mauvais livre mais Nesbo est bien loin de la qualité littéraire de ces autre hommes du nord experts en l'âme criminelle que sont les  Suédois Mankell et Edwardson ou l'Islandais Indridason. L'étoile du diable n'a rien d'une star à mon avis.

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16 août 2006

L'esprit d'Agatha

    Il y a deux manières d'adapter au cinéma les énigmes à l'anglaise d'Agatha Christie comme il y a deux héros au panthéon des enquêteurs de la perfide Albion:Hercule Poirot,belge de son état,a bénéficié de très gros moyens et distribution all-stars que ce soit sous les traits d'Albert Finney pour Le crime de l'Orient-Express ou de Peter Ustinov pour Mort sur le Nil ou Meurtre au soleil.Hotels de luxe, croisière entre gens du même monde, transports de tout confort, moustaches d'Hercule bien lustrées. Pas désagréable mais plus proche de Hollywood et de ses soirées costumées que de la campagne anglaise:voilà ce que m'inspirent ces chromos plaisants mais pesants.

  Non.Cinématographiquement l'univers d'Agatha Christie est bien plus présent dans les polars sans grand budget de George Pollock(61,62) ou Margaret Rutherford vieille dame indigne endosse la dégaine de Miss Marple. Cette série de quatre films:Murder ahoy,Murder at the gallop,Murder she said,Murder most foul qui ont été affublés parfois de titres français fantaisistes comme Le train de 16h50 ou Passage à tabac se déguste comme un vieux scotch au fond d'un manoir.Rien de rutilant comme au paragraphe ci-dessus mais un noir et blanc feuilletonnesque qui fait plaisir et des personnages de châtelains,d'héritiers,de gouvernantes,de médecins tous assassins en puissance mais à qui il sera beaucoup pardonné étant donné leur tare suprême et délicieuse:ils sont tous définitivement... britanniques.

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10 août 2006

Italia

Parme : Le Palazzo del Governatore 

La pluie quiète mouille Parme

L’oiseau sur le dôme gothique

Tord le corps et soudain plonge

Sur la place là-bas

L’enfant chemise ouverte a séché ses larmes

Il joue de l’ocarina

Déjà la faim le ronge

Le blé,poussière de piazza

Voltige sous les becs laborieux

Les ailes bruissent de fureur à vivre

L’enfant plisse les yeux

La liberté et la douleur l’enivrent

En cet exil presque toscan.

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En la forêt de Toi

                                  Avec le concours de Gérard de Nerval.

Dans la forêt de Toi

La vie transperce les hautes futaies

On y fait d’étranges rencontres

Des paladins traversent les allées

En chemin vers ces tournois

Pour défendre leur belle.

Leurs chevaux semblent ailés

Rien ne leur est impossible.

En la forêt de Toi quelque chose est magique

J’y ai vu de très doux bardes écossais

Ils chantent des ballades de mon ami Donovan

Dans lesquelles les princesses

S’appellent Guinevere ou Llana

Que j’aime ces harmonies un peu nordiques

Nimbées de mystère,oppressantes parfois

Quand les cordes se pincent comme nos coeurs.

Dans la forêt de Toi

Les chansons sonnent parfois triste

Mais le plus souvent nous y dansons

Toi et moi hardiment

Alors je me sens preux,je me sens fier

Et comme Lancelot je deviebdrai guerrier

Pour que tu demeures reine à jamais

De mes jours en la forêt de longue attente.

Et si je m’en éloigne

Viennent les pleurs

Mais tu sais si bien les épancher

Ils ne sont que fugacité.

Tu m’es si précieuse et je veux bien mourir

Au profond de la forêt de Toi.

Dans la forêt de Toi,parfois

Bruissent des oiseaux-lyres aux rameaux

Des espèces inconnues que tu apprivoises

De ton coeur grand ouvert

Leur vol m’émerveille et je n’en crois pas mes yeux

Pourtant c’est la forêt des couleurs

Et du bonheur coule en diamants

Entre les étangs où murmurent

Des nymphes,des créatures étranges

Qui nagent comme Ondine,souviens-toi.

Comme elle aime l’espace et la nature.

Dieu,que tu leur ressembles

Toi qui chaque jour m’étonnes davantage.

Dans la forêt de Toi il me paraît

Que j’ai toujoursvécu

Tant mon rêve y prend corps

Au bout de ma si longue quête.

Enfin se dessinent parmi tes arabesques

Ces bonheurs inoüis dans ton Amazonie.

Mais quelle est cette voix qui évoque la mort?

Tu es Vie et ma vie ne respire

Qu’en la forêt de Toi.

Seule désaltérance

Que les fruits sucrés que m’offre ta chaleur.

Et mon rare appétit n’a qu’une satiété

Tonneau des Danaïdes,gouffre qui se veut tien

L’âme ouverte au sang bleu

Que je veux infiltrer

Dans ton intime jardin vital

Pour que de nos cris résonne,immense

La forêt de Toi

Réceptacle superbe des pluies bienfaisantes

Celles qui embellissent l’enfant qui grandit

A la folie,passionnément

Qui de toi et moi émane

En une source vivifiante

Trace superbe de nous

Amour sylvestre et panthéiste.

En la forêt de Toi

J’existe enfin et les mots qui dormaient

En le tréfonds de moi

Planent en toute liberté

Discrets astéroïdes à toi destinés

En la forêt de Toi

Chêne ou modeste jonc

Je veux vivre là,simplement

En la forêt de Toi

En Toi.

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