15 août 2018

Mauvaise Pêche

Masse critique

CVT_Peche_9737

                                128 pages, le livre d'Emma Glass est court. Je trouve que c'est sa seule qualité. Pêche, c'est le nom de l'héroïne et je vais avoir beaucoup de mal à écrire une chronique de lecture. J'aime bien jouer le jeu avec Babelio, je le dis toujours. Mais là j'ai joué et puis j'ai perdu. Perdu mon temps déjà, et je n'aime pas ça. Car Pêche a beau ne compter que 128 pages, il a fallu que je m'escrime pour ne pas le laisser tomber. Selon la quatrième de couv. ce roman fascine par son inventivité rythmique. Et ils ont raison chez Flammarion. Phrases courtes. Souvent un ou deux mots. "L'amour. Malheur. Mon malheur. Nulle compréhension. Mon corps cède." Désolé, je n'ai pas mordu à cette Pêche.

                              Censé nous faire partager les affres de la jeune Pêche, victime d'agression sexuelle, le roman m'a ennuyé dès son incipit "Poisse épaisse poisseuse empoissant..." Joli travail de traducteur en passant mais sans intérêt pour moi. Tout le livre est à peu près consacré aux meurtrissures du corps de Pêche. Ceci est mon corps, semble nous dire Pêche, nous asséner serait plus juste. Emma Glass, très jeune Galloise dont c'est le premier roman, est actuellement infirmière à Londres dans un service de pédiatrie. Ceci explique sans doute cela. Certains lecteurs y verront éventuellement une langue vivante, charnelle et musicale (dixit la couv.). Je n'y ai guère vu que prétention et snobisme. La brièveté de ce billet me semble assez explicite.

 

Posté par EEGUAB à 07:06 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags :


12 août 2018

L'hiver de notre plaisir, version orignal

bass

                          En lecture commune avec Val (Winter – Rick Bass), c'est en pleine canicule que j'ai lu Winter, récit de Rick Bass sur son installation fin 1987 dans le Montana. Et rien que voir la couverture du livre semblait rafraichissant. J'aime bien cet écrivain dont j'ai déjà savouré cinq autres oeuvres, dont Le ciel, les étoiles, le monde  sauvage et La décimation. Avec son épouse Elisabeth, et Homer et Ann dont il faut préciser qu'is sont chiens, ces premiers mois au Nord-ouest sont un peu difficiles pour ce Texan. Le climat, à deux miles du Canada, n'est pas précisément le même qu'à Houston. Et ce journal de bord de septembre à mars est une ode à cette saison si marquée. Rick Bass n'est lui-même qu'en hiver. C'est ce que l'homme découvrira dans ce pays extrême, sans électricité ni portable, où une poignée d'hommes vivent l'essentiel.

                          L'essentiel c'est le bruit de la tronçonneuse, amie quotidienne quand il s'agit de faire la fête àces mélèzes géants, déjà morts mais indispensables sous ces latitudes. Rick Bass nous fait vibrer comme ces engins parfois dangereux. Les gens de là-haut n'y pratiquent pas le célèbre massacre avec cet instrument mais emmagasinent soigneusement le bois. L'essentiel c'est la trace d'un ours dodelinant vers l'hibernation, celle des wapitis, ces grands cerfs se raréfiant, le bruit d'enfer des rameaux d'orignal dans la forêt. L'essentiel c'est le doux bruit, bien que graisseux, de la camionnette hors d'âge qui permettra in extremis de ne pas passer la nuit dehors. Winter n'est cependant pas un précis de géographie, botanique ou zoologie. Plutôt un constat de la vie ensemble en milieu naturel, ou presque. Enfin ensemble avec des voisins pas trop proches. Ce qui n'empêche pas une solidarité discrète et presque muette car le silence fait partie du décor. Une vie à hauteur d'hommes, à scruter les environs, avec un sens du corps et de l'effort physique, alors même que Rick Bass, dans sa serre mal chauffante, écrit cette saison blanche au jour le jour.

                         On peut bien sûr rattacher si l'on veut Rick Bass à l'école dite du Montana, la Montana connection, et à la Nature writing. Ce genre de tiroirs a peu d'intérêt. Disons simplement que j'ai lu avec pas mal de plaisir beaucoup d'auteurs qui ont traîné leurs boots dans ces coins-là. Certains sont des Indiens, d'autres non. Vous voulez quelques noms? Welch, McGuane, Harrison, Crumley, O'Brien, Watson, Alexie. Quelque chose me dit que Val a dû apprécier. A l'heure où je termine ce billet, je l'ignore. Mais je lui propose de chausser les raquettes direction U.S.A North-Northwest.

Posté par EEGUAB à 05:00 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

03 août 2018

Ladies and gentlemen

snobs

                               Voilà un excellent roman du très bon écrivain, scénariste, metteur en scène britannique Julian Fellowes dont j'ai déjà chroniqué Passé imparfait. Et ce livre nous dépayse totalement, immersion en terre inconnue dans un pays exotique et aux antipodes du nôtre. Ce pays est l'Angleterre. Fellowes est le scénariste du Gosford Park de Robert Altman et de la série Downtown Abbey. C'est dire s'il s'y entend à décrypter les moeurs de cette curieuse ethnie inconnue dans l'hexagone, l'aristocratie anglaise. Une fois n'est pas coutume, je vais vous révéler l'intégralité du roman. Edith, un peu roturière quand même sans être dans la gêne, épouse Charles, comte de Broughton, famille assez prestigieuse, bien qu'il y ait presque toujours plus prestigieux que soi. Très vite le mariage bat de l'aile. Va-t-on vers un shocking divorce? Simon, acteur de  seconde zone, a séduit Edith. Vous savez tout.

                             Julian Fellowes, en plus de 400 pages, 10-18, ne sort jamais du cénacle de ces nobles ou nobliaux pour qui comptent surtout les apparences, les chevaux et les clubs. Délicieux clubs, à mon avis, que la France n'a jamais cru bon d'adapter à son climat. Il me semble que j'aimerais, moi, un cercle bien feutré bien fermé bien masculin. Ne rêvons pas. L'intrigue, inexistante, sans aucun suspense, repose sur le ratage attendu et rapide de cette union . On embraie aussitôt sur la liaison dont tout bon tabloïd se régale, qui elle-même, s'effiloche tout aussi vite. Alors Edith cherche à revoir Charles. Quelle aventure! Pour cela il lui faut déjouer bien des conventions et les pièges de l'ancienne belle-famille et plus encore la rancune tenace de l'ennemi historique. J'ai nommé la belle-mère.

                             C'est tout. Cela peut paraître sans intérêt, indigeste, une pacotille littéraire. Sauf que Julian Fellowes, et Altman ne s'y était pas trompé, lui-même intronisé pair à vie du Royaume-Uni en tant que Baron Fellowes, connait parfaitement arcanes et rouages  de cette société unique au monde, et qu'on a l'impression qu'on va le rencontrer au détour d'une exposition, d'une soirée caritative à Covent Garden, et qu'il va nous en raconter de belles sur ce petit monde. Tout cela n'est pas sérieux, mais très bien écrit et décrit. Assez vache avec les aristocrates qui tiennent le haut du pavé depuis Mary Tudor, plus encore avec les néo-aristos, copies peu conformes mais si conformistes, la plume de Fellowes est aérienne, souvent très drôle, et nous enchante de bons mots et de beaucoup d'esprit.  You know what? Finalement je les aime plutôt bien. Ils ne sont pas pires que certains bien-pensants, bien penchant, et prompts à donner des leçons. A lire, à déguster avec un drink en écoutant le très talentueux, acerbe et un peu snob Neil Hannon et sa Divine Comedy. Nonobstant le fait qu'il soit Nord-Irlandais, n'est-il pas? Et nonobstant le fait que cette chanson soit belle à pleurer et bouleversante. Et nonobstant le fait que cette chronique soit signée par un monsieur français d'un certain âge.

A lady of a certain age (extrait de Victory for the Comic Muse).

Posté par EEGUAB à 17:57 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : ,

29 juillet 2018

In the name of rock/Lucrecia

 

                             J'ai connu assez peu de Lucrèce dans ma vie, même pas la Borgia. Mais j'ai appris à user de liberté pour les prénoms de cette rubrique. Passons aux choses sérieuses, Blood, Sweat and Tears,le plus fabuleux rock-jazz-fusion band de l'Histoire ne fut star que que quelques semestres, tout début seventies Al Kooper, Randy Brecker furent à l'origine du projet. Et David Clayton-Thomas, une voix formidable. Somptueuse machine de dix musiciens, Blood, Sweat and Tears dynamita le monde rock en impulsant un swing qu'avait entr'ouvert peu de temps avant Chicago Transit Authority. Il faut dire que les gars de BST étaient tous des pointures, influencés aussi bien par Duke Ellington que par Eric Satie ou James Brown. Dans leur second album, probablement le meilleur, se trouve une version de Trois gymnopédies.

blood-sweat-and-tears-cover-1038x576

                             Quant à Lucrecia MacEvil, extraite de BST 3, je l'adore car elle porte bien son prénom de femme fatale et vénéneuse et son nom de diablesse. Tout compte fait, et à bien y réfléchir, je crois que j'ai connu des Lucrèce.

Posté par EEGUAB à 20:18 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

27 juillet 2018

Blues ordinaire

Blues ordinaire, très ordinaire, avec trois mises au point.

1/ Peu souriant, certes, mais le blues et le sourire sont incompatibles. Surtout pour moi qui ne quitte pas trop des yeux  la tablature pourtant basique.

2/ Joué non sur Gertrude, ma guitare actuellement hospitalisée chez le luthier (un bulletin de santé rassurant devrait être publié prochainement) mais sur une gratte ayant échappé de peu à l'euthanasie (l'euthanasie pour les guitares s'appelle la déchèterie). Elle est cependant poisseuse et meurtrie, ce qui convient parfaitement au bluesman blanchi sous le harnais et la poussière des routes du Sud. En ce qui me concerne c'est le sud de la Picardie. Mais on prend tous le sud qu'on peut.

3/ De toute façon le blues, ça se situe surtout au niveau du coeur...et du menton. Néanmoins ci-dessous un Hobo Blues nettement moins ordinaire. Hey John Lee!

Happy Blues Everybody!

Posté par EEGUAB à 06:05 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , ,


23 juillet 2018

Les bleus de Maggie

assez

                                Assez de bleu dans le ciel de l'Irlandaise du Nord Maggie O'Farrell se déroule en fait sur trois décennies où l'on peut suivre Daniel, et sa conjointe, Claudette. Leur route s'est croisée, un jour, sur les chemins d'Irlande alors que tous deux fuyaient une vie qui les rendait malheureux. Daniel est linguiste de formation et sa vie n'a jamais été très simple avec les femmes. Il y a eu Nicola, son premier amour alors qu'il était encore aux études, mais le destin en décidera autrement. Alors que Daniel est de retour aux États-Unis pour le décès de sa mère, celui-ci plonge dans une dépression et fera la connaissance d'une femme avec qui il se mariera et aura deux enfants, Niall et Phoebe. Divorce douloureux, celle-ci l'empêchera de voir ses enfants. Alors Daniel part en Irlande pour aller chercher les cendres de son grand-père. Mais il n'avait pas prévu de rencontrer Claudette sur une route...Deux enfants viendront, Marithe et Calvin.

                             Il y a pas mal de personnages dans This must be the place (titre original, Assez de bleu dans le ciel étant en fait le titre de l'un des chapitres, celui concernant Claudette à New York en 1993). Et chaque chapitre resitue l'année et le personnage dont on parle. Ce n'est pas inutile car honnêtement ça parait un peu complexe au départ. C'est qu'il y a du monde. Londres, New York, Los Angeles, Paris, le Suffolk, le Donegal (ce comté est en quelque sorte le nord de l'Irlande du Sud), la Chine, l'Inde. Du monde...et du pays. Et puis assez vite on se familiarise avec tous ces gens qui tentent de vivre, tout simplement, ce qui n'est pas...simple, justement.

                            La recomposition des familles, les rapports de père à fils, les rudes rappels du passé, tout ce qui nous concerne à peu près tous à notre époque sont magistralement décryptés par Maggie O'Farrell. Le couple Daniel et Claudette, star de cinéma ayant choisi une disparition qui fait un peu penser à Garbo, est passionnant mais ne phagocyte pas l'histoire. Ari, fils de Claudette et de son metteur en scène, mais aussi Lucas, son frère, et Niall, entre autres, ne sont pas délaissés. Le roman dit choral souffre parfois à mon sens de certaines faciltés ou débordements sentimentaux. Ce n'est pas absolument le cas pour Assez de bleu dans le ciel qui s'enrichit d'une belle complexité tout au long du livre. On ne dira jamais assez la richesse littéraire irlandaise. Enfin, moi, si. Cependant Assez de bleu dans le ciel s'affranchit d'une certaine "irlanditude" à laquelle il arrive quelquefois d'être un peu envahissante. C'est un irlandophile qui vous le dit.

Posté par EEGUAB à 10:54 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,

20 juillet 2018

L'Ecrivraquier/20/Par ricochets

 L'Ecrivraquier

                                    Dans le plutôt bon roman irlandais que je viens de terminer, et nous en reparlerons très vite, il y a une scène où un père initie son fils à la traditionnelle épreuve des ricochets sur le lac ou la rivière. Le même jour une de mes blogueuses préférées  nous présentait une charmante petite nouvelle dans le grand charivari de notre monde, au prénom de devineresse. Alors voilà. A priori aucun rapport. Sauf que si.

                                    La  scène du livre irlandais dont je vous entretiens a réveillé en moi (elle dormait que d'un oeil, à peine) l'image de ma rivière à moi. On a tous quelque chose en nous d'une rivière. Ma Tennessee, à moi, mon Rhône, ma Volga, s'appelle l'Oise. Et croyez-moi elle en vaut bien d'autres. Et elle, au moins, ne dégénère pas comme ces monstres, Amazone, Nil, Mississippi. Rassurez-vous, un peu tératophile, j'aime aussi les monstres. Moi-même à l'occasion...Enfin on me l'a dit. J'ai habité mes vingt premières années à quinze mètres des rives de cet affluent de la Seine. Et les péniches sillonnaient son cours, d'abord tirées par les ultimes remorqueurs, car je ne suis pas d'âge tout à fait à évoquer les chevaux sur les chemins de halage. Remplacées maintenant par quelques modestes plaisanciers au lent cours.

                                   A la maison nous n'étions pas pêcheurs, nous étions regardeurs. Très jeune j'arpentais les bords de ma rivière, pourtant bien peu sécurisée si ce n'est par une bouée dans un coffrage, et pas si fréquente, la bouée. Souvenirs de pneumatiques dans le courant, d'où nous sortions la tête en nous esclaffant. Parfois y avait même deux ou trois filles mais je ne leur parlais pas. Elles me faisaient peur déjà. Mais on sait bien que la peur fascine.

ricochets-directoid_-com

                                   Avant ces épisodes de ma vie aquatique mon père, qui comme tout le monde ignorait la natation, était pourtant champion. Sur ces bords de l'Oise, tout en saules se lamentant sur l'onde, et en ressacs mariniers clapotant, il était expert, d'abord dans le ramassage des projectiles. A l'époque, les rives, moins muraillées, laissaient quelque accès à des bouts de plages, et à des pierres plates, parfois segments d'ardoises, l'idéal du lanceur. Qui dira le geste auguste du papa jeteur de cailloux dans le fleuve? Qui dira l'ébahissement du gamin devant cette merveille de la physique des liquides? La vérité de la vie n'a pas fait de moi une star du rebond isarien. Là je vois dans vos yeux de rhôdanien, de séquanais ou de rhénan que vous ignorez l'adjectif isarien. Tout comme moi jusqu'à peu. Il ramassait une galette, soufflait dessus. Il soufflait aussi, sur Les trois mousquetaires, je me souviens, la première fois qu'il m'avait tendu l'exemplaire ancien, mais soigné, et qui devait tant compter.

                                 Ca se passait en début de soirée, quand le flux batelier avait cessé, que les nefs étaient amarrées juste devant chez nous et qu'aucun remous motorisé ne perturbait l'art de jeter des pierres et de faire des ronds dans l'eau. Mon père était l'artiste, six ou sept sauts du caillou magique. Moi j'étais l'arpette, l'innocent, le cancre. Au moins sur ce plan (d'eau) là, je le suis resté. Si son ambition était de faire de moi un lanceur hors pair, il a échoué, Alfred. Mon père s'appelait Alfred. Si son ambition état de faire de moi un lecteur il a plutôt réussi.

                                   

Posté par EEGUAB à 08:37 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,

15 juillet 2018

Un été 27

Masse critique

51A1O1XKRDL__SX195_

                                L'opération Masse critique de Babelio (je les remercie de leur confiance, ancienne maintenant) portait cette fois non sur un  roman mais sur le récit historique du très fin et très drôle Bill Bryson sur ces quelques mois américains de l'été 1927, L'été où tout arriva. Lindbergh, le légendaire joueur de base-ball Babe Ruth, Henry Ford, Walt Disney, les bien oubliés présidents Harding, Coolidge et Hoover, sont les protagonistes de cette saison particulière. Ou plus exactement c'est l'Amérique entière de 1927 qui revit, entre succès économiques, triomphes aériens, fin de la prohibition, inondations séculaires du Sud, ombres mafieuses, exécution de Sacco et Vanzetti, et aube du krach historique. Hollywood va commencer à parler. Des fortunes se sont faites et défaites en quelques mois. L'été 1927 est un Summer of speed tant tout s'est accéléré.

                               Bill Bryson est un formidable raconteur et de  sa plume alerte nous apprend des tas de choses sur l'époque où  les progrès techniques voisinaient avec les idées souvent peu sympathiques. Lindbergh en est bien sûr le symbole le plus connu. Mais l'histoire de ce monde est un fabuleux roman et les héros en sont parfois bien loin des preux chevaliers ou des médecins humanistes. Pour mémoire, très intéressant, les premières ébauches de ce qui deviendra la télévision. En fait une vraie guerre de brevets, de tricheries et de banqueroutes pour une invention dont on perce à peine l'avenir. La politique n'est pas en reste avec trois présidents, semble-t-il, bien peu visionnaires. Passons sur les acquaintances avec l'Organisation. Sachez seulement que dans les années vingt, à l'enterrement d'Antony d'Andrea, mafieux notoire, figuraient dans l'impressionnant cortège vingt-et-un juges, neuf avocats et le procureur général de l'Illinois.

                               Bill Bryson, dont  j'avais lu il y a quelques années le très bon Shakespeare. Antibiographie, sait parfaitement nous tenir en haleine avec  son Amérique, sur des sujets dont on ne sait la plupart du temps que l'écume. L'odyssée de Lindbergh, par exemple, fut plus impressionnante par l'hallucinante tournée dans le pays de l'aviateur, sur un tempo infernal, pressuré, bousculé, vénéré. Bien plus fatiguant que de traverser l'Atlantique sur Le Spirit of St.Louis. Quoi qu'il en soit j'ai aimé ce gros bouquin (thank you Babelio) qui se lit comme un très bon roman. Et j'ai aimé aussi le fait que l'Histoire est souvent faite par des gens au demeurant loin, pour certains très, très loin, d'être sympathiques. Charles Lindbergh, Henry Ford eurent les goûts politiques que l'on sait. Babe Ruth, sur le plan privé, ferait passer Harvey Weinstein pour un ascète abstinent. Al Capone fit la belle carrière bien connue, très courte cependant. Sans oublier les boxeurs sonnés et les managers véreux, et les belles années du Klan. Ainsi va l'Amérique. God bless America. Fuck America.

le-chanteur-de-jazz-1927-a01

rush

sacco-and-v1421

                         Et plus que tout l'humour de l'auteur accompagne cet été 1927. Les lignes consacrées au chemin de fer sont délectables. Chantre du privé le pays a possédé jusqu'à 1200 compagnies, souvent au nom ronflant. Certaines arrivaient quasiment nulle part. Croyez-moi, c'est vraiment très drôle et ça donne envie de lire par exemple Une histoire de tout, ou presque..., Une histoire du monde sans sortir de chez moi, Des cornflakes dans le porridge (Un Américain chez les Anglais). Ou sa vision des antipodes Nos voisins du dessous. Chroniques australiennes. Rien que les titres...

 Ici. L'avis éclairé et plein d'Esprit de St.Louis de mon cher ami Le Bison.

Posté par EEGUAB à 07:15 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

12 juillet 2018

Réédition d'un message antédiluvien

     Sans raison. Une envie. Ce fut parmi mes premiers billets. Le 20 juin 2006. Au vu de mon enthousiasme actuel et de la baisse de rythme ce pourrait être l'un des derniers. 

      - Le grand comédien Richard Harris Le prix d'un homme, Le désert rouge, Traître sur commande, Major Dundee, Un homme nommé cheval, a enregistré quelques chansons sans grand intérêt sauf une, la géniale composition de Jim Webb, MacArthur Park.

     Cette chanson-fleuve de 8 minutes est construite comme une véritable mini-symphonie orchestrée de main de maître par Jim Webb. Les accords de piano du début encadrent parfaitement le récitatif de Richard Harris. Mais que tout cela est difficile à décrire! Après deux couplets dont je ne trouve pas limpide la signification si ce n'est que des vieillards jouent aux dames au souvenir d'une robe en coton jaune, arrive le refrain, envoûtant.

     MacArthur Park is melting in the dark all the sweet green icing flowing down.Someone left the cake out in the rain.I don'think that I can take it 'cause it took so long to bake it.And I'll never have that recipe again.

     Ces paroles même après lecture me semblent presque aussi curieuses. Visiblement moi non plus je n'ai pas la recette (recipe) pour bien saisir la portée de MacArthur Park. Je ne sais même pas si ce MacArthur Park se situe à Londres,Chicago ou Frisco. Je n'ai qu'une  envie c'est que vous l'écoutiez. C'est une rareté, superbe et romanesque dont je viens de m'apercevoir qu'il est impossible d'en dire plus. Sûrement il est préférable qu'une aura un peu mystérieuse continue de nimber de mystère cette chanson hors du commun. -

sans-titre

     Douze ans après l'écriture de ce billet et cinquante ans après la sortie du disque je suis toujours aussi fou de MacArthur Park. Mais maintenant je sais que MacArthur Park est à Los Angeles, que Richard Harris n'est plus depuis longtemps, que le gâteau tombé sous la pluie est un souvenir d'une rupture de  Jimmy Webb avec son amie de l'époque. Je comprends ça. Le dérisoire accompagne parfois la tristesse. Reste alors un banc, dans MacArthur Park. Mais tout autre jardin public fera l'affaire.

 

                                  

Posté par EEGUAB à 20:33 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : ,

28 juin 2018

In the name of rock/Emily

hqdefaultB29JB9FZ

                                      Bien qu'il soit tard, bien tard, je la cherche encore. Sur un banc du parc, mais pas un jour où criaillent les enfants. Elle n'aime pas les enfants. Au marché du jeudi matin, mais pas trop tard. Le monde lui déplait. Où? Et quand? Et comment? Là-bas! Sa silhouette? Inchangée, rude et parfois hautaine. Non. Elle a pris tant de coups. Beaucoup sont venus de moi. Pluie, plaie, pleurs et puis grands risques d'aridités.  Pauvre fou que j'étais qui n'a su garder l'or que touchaient mes doigts.

 

                                       For Emily whenever I may find her n'a jamais cessé de résonner à mes oreilles. C'est peu dire que souligner l'intemporalité de cette chanson. Art Garfunkel la chante encore. L'émotion est intacte. Seul le cheveu manque à son profil d'aigle. Pour le cheveu, moi, je tiens encore le coup.

 

                                  Même les rudes Red Hot Chili Peppers, pourtant à mille lieues de la ballade, l'ont interprétée. Torse et âme à nu. Mais il y a eu bien d'autres versions. Celles de Johnny Rivers ou Glenn Yarbrough. Et, plus étonnant, celle du saxophoniste Paul Desmond sur un album consacré aux chansons de Simon et Garfunkel.

 

                            La chanson est extraite du magique Parsley, sage, rosemary and thyme, troisième album du somptueux duo. Sur le même disque ils citent une autre Emily, la poétesse Emily Dickinson, dans le délicat The dangling conversation. Une merveille sur l'incompréhension qui s'est installée, une conversation banale, un peu plus que le début d'une fin. Il y est question de nature morte, de couplets hors de rythme et de refrains hors de rime. Out...Mais je parle d'un temps...

 

                            A peu près à la même époque une aube pinkfloydienne (Syd Barrett, Nick Mason, Rick Wright, Roger Waters) voyait aussi son Emily. Regardez-la jouer. See Emily play. Et si vous la voyez, vous savez où me trouver.

 

 

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 18:32 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , , ,