05 octobre 2022

Soucis siciliens sourcilleux

 Taormine

                       De Taormine nous ne verrons rien, ni les îlots ni le légendaire théâtre. A peine un hôtel et un garage. L'hôtel est de luxe. Le garage douteux quant à ses tarifs. Melvil et Luisa, couple au bord de la rupture, tente une escapade ultime, comme si ça marchait, ce truc là, pour repartir à zéro. Exit donc la délicieuse Taormine, bon souvenir qui s'éloigne en ce qui me concerne. Taormine ne fait pas 140 pages, en courts chapitres. Trois quarts d'heure suffisent à l'excursion.

                       Melvil est antipathique, et Luisa guère moins. Mais nous on n'est pas comme eux. Je n'avais jamais lu Yves Ravey. J'ai seulement lu qu'on évoquait à son sujet Simenon, les hard-boiled américains, voire Modiano. Une écriture sèche, sobre et behavioriste (ça fait cuistre ça, non?). Bref, c'est le cas de le dire, Taormine ne laisse guère place aux sentiments, mais l'absence totale d'émotion rend très efficace cette espèce de mini thriller autour de la lâcheté. Et ce qui fonctionne c'est qu'on se dit, c'est un peu l'objectif: Qu'aurais-je fait, moi, en ces circonstances? 

                     Mais au fait, qu'a-t-il fait? Et surtout que n'a-t-il pas fait? Délit de fuite, enfin, disons qu'il n'a pas daigné vérifier l'objet non identifié qu'il a percuté violemment avec sa voiture de location à la sortie de l'aéroport de Catane. Tout le roman ne sera que l'itinéraire et le séjour du couple en perdition. C'est peu dire qu'entre petits arrangements avec les mécaniciens et serveurs d'hôtel, visites touristiques avortées vu l'ambiance, et querelles incessantes entre Melvil, homme sans qualités et Luisa qui peine à sortir de sa pusillanimité, ces deux voyageurs ne pensent bientôt plus qu'à échapper  à leur éventuelle responsabilté. 

                    Petits trafics sans importance avec les autochtones que leur carte de crédit intéresse en priorité, tractations de minables à minables, bien veule l'humanité au pays du Guépard. On passe pas mal de temps en et autour de la voiture, une caisse de passage moche et étriquée où ils resteront quand même une nuit entière. Bienvenue chez les mesquins presque assassins. Laideur et bassesse que les beautés d'Agrigente ou Syracuse n'occultent pas.  Mais un très bon roman, sec et à l'essentiel.

                    Une chose est claire? Luisa, ai-je repris. On aurait eu tort de revenir sur nos pas. Si je t'avais écoutée, on aurait fait demi-tour. C'est bien ça que tu voulais, non? faire demi-tour? à toute force, retourner au snack-bar? Tu te souviens que j'ai laissé le dépliant de l'hôtel sur la table...Et alors, Melvil, qu'est-ce que ça change qu'on l'ait oublié, ton dépliant? Qu'est-ce que j'en ai à faire de ce truc...? J'ai repris: Et toi, Luisa? Tu te vois entrer dans le bar à ce moment-là? Tu ne comprends vraiment pas! Imagine, on vient de percuter un obstacle, et toi tu débarques là au milieu...? non...? franchement? Tu te serais jetée dans la gueule du loup.

                    Le nom de famille qu' a choisi Yves Ravey pour son couple, et ça n'étonnera personne...Hammett. Et l'avis favorable de Dasola Taormine - Yves Ravey

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25 septembre 2022

Le mâle absolu

Le voyant d'Étampes par Abel Quentin

                 Peu enclin à m'intéresser à Jean Roscoff, universitaire alcoolique juste retraité, ancien soixante-huitard, j'ai cependant daigné lire Le voyant d'Etampes que l'on m'avait prêté. Bien m'en a pris. Non que le personnage soit particulièrement sympathique mais il m'a quand même touché par ses maladresses et son inaptitude à respirer l'air actuel. Décidé à écrire un essai sur un poète américain méconnu ayant vécu en France et mort au volant dans l'Essonne. Cet essai, Le voyant d'Etampes, va lui valoir bien des complications publiques et privées. 

                 Gravitent autour de lui une ex-femme prompte à donner des leçons, une fille forcément lesbienne, un ami pas très enthousiaste, et surtout des souvenirs de tous les combats, un bien grand mot, qu'ont soi-disant livré les gens de cette génération. Shoegazing et nombrilisme à tous les étages. La carrière littéraire de Roscoff est en cale sèche. Un premier essai sur les Rosenberg, mort-né, vu qu'il défendait une possible innocence des époux à l'instant même où fut prouvée leur culpabilté. Mais Le voyant d'Etampes va autrement déstabiliser notre ami et lui rendre la soixantaine orageuse.

                  C'est que dans cet essai Roscoff, suprême insulte, titanesque malveillance, se permet de parler de Robert Willow (un peu un mix de James Baldwin et de Richard Wright, qui furent les coqueluches du petit monde germanopratin, si avenant) sans trop insister sur le fait qu'il était noir. Peut-on écrire ou dire ça? Et puis de toute façon, à quel titre ose-t-il parler au nom d'un homme de couleur, lui mâle blanc hétéro, pouah?

                 C'est volontairement que j'inachève cette chronique. Sûr de deux choses malgré tout. Un, Jean Roscoff, plutôt pas très intéressant, a fini par me devenir sympathique tant le déluge cancelo-bienpenso-démago-néoconformiste est ahurissant. Et deux, lisez Le voyant d'Etampes. On y rigole souvent, d'innombrables drôleries sur cette société. Puis on est terrifié. 

                 

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04 septembre 2022

Arrêt d'octopus

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                      Lecture commune australienne et maritime avec Val. (La jument verte de Val) Val dont je subodore les talents sous-marins et le goût pour les encornets. Tasmanienne plus exactement, la lecture. Cette île au sud-est du continent est une aventure en soi. Et c'est bien à une aventure que nous convie Erin Hortle en ce territoire des antipodes. On est prié de n'être ni trop raisonnable ni trop rationnel pour fréquenter le Neck, cet isthme étroit comme...un isthme, là où les poulpes semblent mener une vie débridée au point de se faire écraser comme de vulgaires hérissons. 

                     Soit donc une héroïne du bout du monde qu'un cancer a conduite à l'ablation des seins suivie d'une reconstruction. Soit un poulpe femelle qui traverse la rue mal à propos. A priori on conçoit mal cet attelage. Pourtant Erin Hortle, jeune auteure de là-bas, et sur la mappemonde c'est plus bas que là, nous concocte une abracadabrantesque mais délicieuse variation sur la féminité peut-être mais pas seulement. On y explore un peu la vie des animaux, phoques et puffins, ces oiseaux marins dont se régalent, ou se régalaient les autochtones (je ne sais pas trop, n'étant pas allé en Tasmanie depuis des siècles), y ont un rôle important.

                     La fable est écologique bien sûr mais sans être trop culpabilisante. L'héroïne est un personnage complexe et assez envoûtant, en tout cas d'une grande originalité. N'en disons guère plus afin de ne pas écorner l'évolution ni déflorer le parcours de Lucy. Lucy qu'une pêche au poulpe transformera. Sachez seulement que les mammectomies l'emméneront chez une tatoueuse de talent. Mais le poulpe, ainsi gravé, ne deviendrait-il pas envahissant.

                     Les céphalopodes sont d'une intelligence supérieure, semble-t-il. Vous verrez vous-mêmes. J'oubliais. Outre les phoques et les puffins quelques hommes passent dans la vie de Lucy. Dans l'ensemble moins intéressants. Mais Lucy, elle, vous ne risquez pas de l'oublier. L'illustration musicale de cette chronique est assurée par un groupe que l'on ne risque pas d'oublier non plus. Pas évident, les chansons sur ce thème sont assez rares. 

🐙                     

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27 août 2022

Sylve

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               Hors-catégorie. Pourtant Richard Powers est immense. Ca, personne ne le contexte. Je l'ai lu à quatre reprises avant ce livre. Ce n'est pas un auteur toujours très facile. Mon favori reste Le temps où nous chantions, si émouvant. J'ai donc tenté d'escalader L'arbre-monde. Ca s'est avéré très riche, très stimulant et ça m'a pris pas mal de temps. Mais ce roman, d'une indéniable grandeur, complexe, lyrique, qui brasse et enchevêtre deux thèmes tellement actuels, le climat et les nouvelles technologies, m'a laissé pantois et sous le choc. N'hésitez pas à entrer dans la forêt Powers. On peut se munir d'un dictionnaire, mieux, d'une encyclopédie botanique car la richesse du vocabulaire se mérite.

                Pat Westerford, une botaniste dont les théories ne plaisent pas à tout le monde, surtout pas à ses pairs, croit avoir découvert le mystère de la communication entre les arbres. Neuf personnes, que Richard Powers nous a longuement présentés dans le chapitre Racines, vont chacun à sa manière s'impliquer dans un combat qui va bien au delà d'une écologie réductrice banale. La narration est multiple, vertigineuse. Je crois que la métaphore musicale est la seule qui permette d'appréhender en partie ce roman. Là où la littérature est souvent musique de chambre les mots de l'écrivain se font symphonie plutôt que concerto. 

                Pas de soliste effectivement dans L'arbre-monde. Le terme roman choral est trop galvaudé. D'une toute autre ampleur, d'un tout autre envol fait preuve ce livre. Et s'il y a concerto c'est non seulement pour les neuf personnages impliqués dans cette reconquête sylvestre mais aussi pour les milliers d'essences menacées sur tous les continents. Et là il me faut insister sur la fabuleuse richesse, inégalée, de la prose de Powers. Les infinies connections entre les arbres, les miracles qui s'accomplissent de la canopée aux racines, la puissance de la régénération des végétaux, et surtout ce quotidien ignoré, méprisé ou massacré,  de la main et de l'esprit de l'homme, nous prend au collet comme un uppercut. Changeons, au moins un peu, s'il en est encore temps.

               L'arbre-monde fera date, si ce n'est dans la littérature, au moins dans la mémoire de quelques humains réveillés. L'espoir, la vérité, le temps même, sont délaissés par les hommes. Si vous plongez dans ce beau roman, peut-être comme moi, vous faudra-t-il brasser rudement pour avancer, vous ravitailler en chemin, quelques précisions arboricoles peuvent être nécessaires. L'arbre-monde n'est pas un tranquille saule larmoyant, ni un chêne indomptable. L'arbre-monde est l'histoire de nos relations avec cet univers tant souterrain qu'aérien. C'est peu dire que l'on ne se relève pas indemne d'un tel voyage. Je n'ai extrait aucune ligne. Elles sont si nombreuses...et somptueuses. 

              Je m'aperçois que je ne suis pas revenu sur la technologie galopante et les tristement célèbres réseaux sociaux, forcément très présents. C'en est effrayant.

 

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03 août 2022

Stonemouth

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              Je n'avais jamais lu Iain Banks. Et je vous encourage à passer un week-end à Stonemouth, Ecosse, non loin d'Aberdeen, troisième ville du pays. Stewart Gilmour, 25 ans, revient au pays après cinq ans d'absence pour l'enterrement d'un vieux cacique de la vie locale, aïeul d'une famille de notables mafiosi, appelons ça comme ça. Stewart avait quitté la ville suite à une affaire que nous dirons un peu délicate. Quelques jours pour des retrouvailles avec ses amis, rivaux, ennemis de leurs tendres années. Enfin tendre, rien n'est tendre en ce bout nord-est d'Ecosse, en ces années 2010-2012. Retour à Stonemouth a été publié en France en 2014.

              Rien n'est vraiment tendre ni calme dans cette petite ville livrée à la guerre entre deux clans concurrents. Haines héréditaires malgré les rapprochements parmi les plus jeunes. Mais à Stonemouth il semble que les mentalités soient assez proches  d'une quelconque Sicile au siècle dernier. Et Stuart qui devait se marier avec une des filles du clan Murston a dû s'enfuir piteusement il y a cinq ans. La faute était pourtant vénielle à mes yeux mais la fratrie Murston, des bas de plafond au QI digne des supporters du Celtic, embiérés comme lors du derby avec les Glasgow Rangers, ne l'entend pas de cette oreille.

             Horace, Curiace, Montaigu, Capulet version scotch et Mer du Nord. Règlements de comptes, kilts et tartans. Mais Stonemouth c'est aussi un retour des vieux de 25 ans en ces années où l'on a vingt ans, toutes ses dents encore que l'Ecosse castagne volontiers, que l'on sait que l'on sera maître du monde, ou qu'on fait semblant de le croire. Souvent drôle, amitiés et jalousies, rires gras, machisme usuel, rock, ce qu'il en reste, loin, très loin du compte, mais revenons à nos moutons shetlands. Une génération un peu perdue...Pléonasme calédonien. Iain Banks décrit si bien les plages, le port, le pont parfois tragique que j'ai l'impression de connaître. Le Firth of Forth, à l'est d'Edimbourg, souvenir...Aurez-vous la même impression? 

            Une fois n'est pas coutume, j'ai un message personnel. A l'ami le Bison. Bon c'est pas tout ça mais qu'est-ce qu'on boit au cours de ce long week-end de Retour à Stonemouth?

 

          

 

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30 juillet 2022

Point de grace

Grace

                 Quatrième voyage avec Paul Lynch, auteur irlandais qu'on commence à bien connaître en France. Il existe à Dublin un groupe de statues décharnées, la Famine des Patates, triste et célèbre tragédie insulaire des années 1850. Le mildiou, et aussi l'Angleterre un peu, ont jeté sur les routes et sur l'océan un tiers des Irlandais. Des centaines de milliers de morts, plus encore de migrants pour l'Amérique et l'Australie. Les Highlands écossais payèrent aussi très lourd lors de ce cataclysme.

Famine

                     Grace, octobre 1845, quitte le Donegal, envoyée par sa mère pour trouver du travail et une chance de survivre. Son jeune frère l'accompagne, à sa manière. Le roman porte son nom, et elle porte le roman, camouflée en vêtements d'homme, en une quête apocalyptique sur les chemins et les forêts d'Irlande. Une Irlande bien peu hospitalière, aux mauvaises rencontres quotidiennes, sans foi ni loi, où l'on vole le moindre objet, où l'on égorge pour une miche de pain, où même les rats sont très recherchés. Le roman va tambour battant, sans répit, la haine, la faim et la misère chevauchant sans trêve près de ces hordes de migrants de l'intérieur. C'est le temps où les hommes s'ensauvagent. La prose de Paul Lynch est parfois hallucinante, cauchemardesque.

                   La dernière partie du roman est un peu différente et à dire vrai borde le fantastique avec la réapparition du religieux, pas forcément réconfortant. Ce septième chapitre s'appelle Lumière et, curieusement, est séparé des six précédents par quatre pages totalement noires. Il y a dans Grace de la malédiction, comme une punition divine. C'est très impressionnant. Comme j'aime ce pays, mais je sais aussi sa dureté passée.

                   Elle passe quelques nuits dans une église délabrée. Surplombant le porche, cinq effroyables faces sculptées dans la pierre. Ses rêves sont habités de visages affamés. Une rumeur de vent s'exhale par leurs bouches. Quand elle se réveille, la lune éclaire la pierre comme une bougie. Il lui arrive de rester allongée sans dormir, évoquant tout ce qu'elle a vu, ces routes tellement remplies de malheur qu'on os à peine les regarder. Où va ce pays? se demande-t-elle.

                   Grace est un roman féroce, très peu traversé d'amitiés, ou de solidarités. Un roman où le diable des Irlandais ne se contente pas de les faire joyeusement danser au son des violonneux à la lueur d'un feu de camp. 

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24 juillet 2022

A l'est d'Aden

Le-paquebot

                 Pierre Assouline est un excellent raconteur qui revisite l'histoire d'une façon très précise et vivante. Il est aussi grand biographe (Simenon, Hergé, Dassault, Gallimard). Parfois le personnage principal est un lieu, l'hôtel Lutetia au retour des camps de la mort, Sigmaringen ultime refuge de ceux qui avaient fait le mauvais choix. Ici nous embarquons sur le Georges Philippar, flambant neuf (expression tristement prémonitoire) et quittant Marseille pour le Japon. Il porte en toute modestie le nom du patron, bien vivant, des Messageries Maritimes.

                Février 1932, direction Yokohama pour ce luxueux ocean liner. Nous allons faire connaissance avec le beau monde, ce qu'on appellerait maintenant la business class. Des ponts inférieurs on ne saura pas grand-chose.Jacques-Marie Brauer, libraire spécialisé en bibliophilie sera notre conteur. On ne peut s'intéresser à tous, nous resterons donc plutôt au gotha. Cette période dite maintenant de la montée des périls a si souvent été le cadre de bien des romans. Dans le huis clos plutôt élégant du Georges Philippar toutes les sensibilités s'affrontent à fleurets mouchetés. Les sujets délicats en manquent pas, le Duce par exemple, ou cet agitateur autrichien devenu patron d'un nouveau parti en Allemagne. 

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               On s'occupe. Jeux de cartes et d'échecs. Piano, piscine, essais de théâtre. On parle de Claudel, de Flaubert, de Proust. De Freud, de Thomas Mann. Des Juifs. De grands boxeurs et de courses automobiles.Plusieurs générations, le commandant Pressagny, ancien pacha et sa petite-fille Salomé, Sokolowski musicien russe, le jeune Philippe, gamin astucieux, la belle mystérieuse Anaïs,  des diplomates, hommes d'affaires, militaires, fonctionnaires coloniaux. Et le jeune aveugle Numa, surdoué des 64 cases noir et blanc, l'un des rares qui monte de la plèbe d'en bas. Et puis un personnage réel, qui n'apparait que très peu et seulement au retour car il y aura un voyage retour, enfin à moitié. Albert Londres le célèbre reporter auquel Pierre Assouline a consacré une bio il y a des années (Albert Londres. Vie et mort d'un grand reporter).

                Le Georges Philippar, bien sûr, c'est notre monde en ces années trente. Plus tard ça s'appellera l'Entre Deux Guerres mais on ne le sait pas encore. Quoique...Aux sombres rumeurs sur les fragilités du navire, bien curieuses pour un vaisseau de prestige et qui sort des chantiers, technologies dernier cri, luxe, calme et volupté au programme, font écho d'autres bruits quant à l'Europe. Le monde d'hier s'apprête à devenir le monde d'avant-hier. Le destin foudroyé du paquebot, flammes sur le golfe, n'anticipe-t-il pas sur le sort du monde?

 

            

 

 

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17 juillet 2022

Le grand air de Salzbourg

Amadeus

              J'ignorais que le grand ténor franco-mexicain Rolando Villazon en était déjà à son deuxième roman. Ce livre m'a été offert, ce fut une surprise. Une bonne surprise. Imaginer Mozart à bicyclette, l'idée est drôle et à dire vrai on voit bien la scène. Surtout depuis la pièce et plus encore le film Amadeus. Dépaysons-nous donc tous à Salzbourg avec Vian Maurer, notre héros, qui débarque de son Mexique pour le festival où il doit participer, modeste figurant, à une production, moderne comme il se doit, de Don Giovanni. Salzbourg est une jolie ville au destin un peu curieux, entre temple du génie musical absolu, extraterrestre, et le barnum merchandisingant (je sais, ça n'existe pas). Alors baladons-nous un peu, nous croiserons différents avatars de Wolfie, d'odieuses divas, un metteur en scène visionnaire comme il se doit, et prétentieux comme ils savent l'être, un escargot portant le nom d'un poète belge, un vieux libraire comme il n'en est plus guère, qu'il surnomme Perec et..Julia.

           Julia doit être de l'aventure de ce Don Giovanni digne d'ARTE et des pages de Télérama. Comprenne qui pourra. On ne sait pas trop quel est son rôle. Peu importe, elle est plutôt sympa. Jacques qui l'accompagne est-il son amant ou seulement son colocataire? Peu importe également. L'intérêt de cette jolie fantaisie réside surtout dans les aventures croquignolesques de Vian, petit, plutôt malingre, le contraire d'un solide ténor ou d'un baryton d'acier. Un peu paumé, en rupture avec son père intransigeant là-bas au Mexique, Vian, timide et gaffeur, n'a guère pour confidents que les  satues de la ville, Noteboom qui poursuit son métier d'escargot consciencieusement, ne s'éloignant pas trop, ou Herr Wolfgang, SDF jardinier et poète.

          Les pérégrinations cyclo-musicales de Vian enchantent et déroutent l'écume de ses jours mais le lecteur que je suis y a trouvé son compte de charme et de fraîcheur. Le père rigide ne ramènera pas son fils prodigue. Après tout même la vie dans les rues de la cité vaut mieux que les projets paternels. Si vous allez à Salzbourg coeur et oreille ouverts vous le rencontrerez sûrement si vous louez une petite reine. Il n'y a pas dans Amadeus à bicyclette que la Flûte qui soit enchantée. Ce maladroit de Vian ne manque décidémént pas d'adresse. Rolando Villazon non plus, qui cite Peter Pan en préambule. 

06 juillet 2022

Bouter les Anglais hors de France?

Outre

        Le très francophile auteur anglais Julian Barnes (Le fracas du temps, L'homme en rouge, déjà chroniqués) est aussi un fin nouvelliste. Outre-Manche (Cross Channel), publié il ya plus de vingt ans est une délicieuse somme de dix nouvelles consacrées à la présence, au sens très large des Anglais en France. Et Barnes réalise un exploit, rester typically British dans l'âme sans jamais se gausser de ses compatriotes ni des hôtes français. J'ai vraiment apprécié huit de ces textes. Quelques images de cette  Entente Cordiale.

       Ermitage raconte l'installation de deux dames anglaises d'un certain âge dans le Bordelais. Devenues propriétaires d'un domaine elles s'avèrent plus douées que bien des viticulteurs autochtones. Une chronique pleine de charme entre l'heure du thé et le bal des vendangeurs. A jamais bouleverse, surtout dans ma Picardie riche en cimetières de toutes nationalités, notamment britanniques. Une femme, dans les années cinquante visite les sites de 14-18, son frère Sammy y est mort en 1917. C'est très émouvant. Elle haïssait la guerre d'Hitler, lui reprochant d'avoir affaibli le souvenir de la Gande Guerre, d'avoir assigné à celle-ci un numéro, la réduisant à n'être que la première de deux conflagrations mondiales. 

       Gnossienne nous entraîne à Marrant-sur-Cère (?), où, une fois la localité trouvée, ce qui n'est pas rien, semble se tenir un colloque littéraire très particulier, où flottent les fantômes de Queneau et Perec, tendances pataphysiques et oulipiennes. C'est drôlissime, Monty Python pas si loin. Rien d'étonnant avec ce titre à la Eric Satie. Dans Melon gastronomie française et cricket au programme. Incompatible? A voir.

       Ces aventures d'Anglais sur le continent se révèlent spirituelles, parfois nostalgiques, parfois dramatiques (la nouvelle Dragons sur les  persécutions des Camisards). Au delà de la finesse d'analyse de Julian Barnes, dont on connait le talent, je suis sidéré que les plus francophiles des écrivains viennent souvent d'Outre-Manche. Mais Honni soit qui mal y pense. Il est vrai qu'on leur doit quasiment la Côte d'Azur et le Médoc. 

  

 

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03 juillet 2022

Les barzoïs de La Havane

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                       La lecture commune avec La jument verte de Val c'est toujours un grand plaisir. C'est un très beau roman que L'homme qui aimait les chiens. Il m'a demandé attention, patience et temps. Mais il apporte sur les idéologies du siècle passé un éclairage d'une grande profondeur. Je n'ai pu le lire que pas à pas et j'ignore à cette heure ce qu'en dira ma copilote régulière Val.📚😊 Faire connaissance avec cet homme, celui qui aimait les chiens, cest s'embarquer pour 802 pages et plonger dans le monde des années trente dans toute sa complexité. Mais ils sont plusieurs dans ce roman à aimer les chiens à commencer par ce mystérieux inconnu promenant deux slendides barzoïs sur une plage de La Havane. Je ne suis pas  sûr qu'ils soient si nombreux à aimer les hommes. Ivan, écrivain en panne, recueille les confidences de cet homme malade, affaibli, qui aurait connu Ramon Mercader/ Jacques Mornard/ Frank Jacson/ Ramon Pavlovitch Lopez. Pas de panique, il s'agit du même homme, qui assassina Trotsky, réfugié à Mexico, le 21 août 1940.

                      Trotsky n'est jamais désigné autrement que Lev Davidovitch, probablement Leonardo Padura a voulu appuyer sur la double appartenance de l'homme politique, juif et russe. Mais tout est compliqué dès le départ dans l'horrifique histoire de la Russie du XXème siècle. L'auteur cubain, assez au fait des tyrannies, dissident de l'éternel régime castriste, explore les trois vies, deux réelles et la fiction Ivan Cardenas avec la précision d'un entomologiste. Curieux insectes que ces trois personnages en quête de leur propre vérité. 

                     L'homme qui aimait les chiens passionne, mais en mode transsibérien (pas d'allusion autre que la longueur du voyage). On finit par saisir, certes partiellement, les infinis méandres du stalinisme dans toute sa grandeur, mais aussi les rivalités entre les différentes factions des républicains espagnols auxquels appartient Ramon Mercader. Un livre bouillonnant, à mille lieues des insipides leçons moralisantes qui font florès. Personne n'en sort grandi, grand ou petit, un nom dans l'Histoire ou pas. Pour Staline, Mercader, Trotsky lui-même, on le sait maintenant depuis assez longtemps. La célèbre Pasionaria non plus, loin de là, et le No pasaran souvent repris par bien des défilés a connu des heures sombres. Quant aux "immenses" Diego Rivera et Frida Kahlo, qui un temps hébergèrent Trotsky...bof. 

                    Rien n'est simple à l'évidence. Mais le roman de Padura, si bien construit, nous conduit intelligemment à un peu moins d'ignorance. Cette ignorance parfois abyssale dans notre siècle, le XXIème qui semble n'avoir rien a ppris. J'encourage vivement à prendre le temps de faire connaissance avec Ivan Cardenas, notre guide, sensible et fragile, des plages cubaines aux geôles soviétiques, en passant par les jeux si troubles des différents services secrets et les haines tenaces qui menèrent au fatal piolet de Mexico.