10 avril 2019

This Melody

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Masse critique

                                J'ai pu découvrir grace à Masse Critique Babelio et en épreuves non corrigées (le charme des coquilles) le troisième roman de Donal Ryan dont j'ai déjà évoqué ici Le coeur qui tourne et Une année dans la vie de Johnsey Cunliffe. Toujours prêt pour la littérature irlandaise j'ai accompagné la grossesse de Melody Shee car le roman est chapitré de la douzième à la quarantième semaine et se termine logiquement par Post-partum. Pat, son mari, l'a quittée en apprenant qu'elle attendait un enfant d'un autre. D'un tout jeune homme issu de la communauté des gens du voyage, terme pudique, dix-sept ans, Melody en a le double. Il est illettré, elle lui apprenait à lire..

                               Malgré son doux prénom rien n'est harmonieux dans la vie de la narratrice. Elle se raconte, à mesure que son bébé se manifeste, promesse d'un avenir incertain. Elle a de très beaux mots pour son père, un homme bon et aimant, discret et malade. Sa mère, psychologiquement très fragile, est morte depuis longtemps. Tout ce que nous allons  savoir pointe aussi sans les démagogies habituelles les "tinkers", gens dits du voyage, traditionnellement assez nombreux en Irlande. C'est l'une d'entre elles, Mary, toute jeune aussi, qui transfigurera la vie de Melody.

                              La presse anglo-saxonne estime ce roman encore meilleur que les deux précédents. Evoquant John McGahern ou William Trevor, dont je viens d'aimer aussi les Très mauvaises nouvelles. Mais j'ai souvent écrit sur William Trevor. The Guardian cite deux héroïnes qui ont fait un peu carrière, Emma et Anna, et dont on connait la fin. Excusez du peu. Il est vrai que Melody, en proie à ses démons intérieurs comme ses deux illustres précédentes, chemine sur une marge étroite entre remords quant à une ancienne amitié, lumière sur une autre amitié, toute récente et interrogations quant à la suite.

                               Irish Book Tour faisant, c'est permanent chez moi, j'ai lu aussi Une rue étrange de Desmond Hogan. Curieux livre parcouru de nombreuses fulgurances littéraires, des phrases  somptueuses, pour un récit qui hélas m'a semblé hermétique, laissant le sentiment de m'être trompé. Il eût fallu au minimum être un historien de l'Irlande pour en saisir la substantifique moëlle. Je n'en suis qu'un amoureux.

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03 avril 2019

Cinquante-et-unes syllabes

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Les ruines de nous

Gisent au sol éventré

Refroidies déjà.

*

Haïkus

Passent ainsi d'autres

Sans le moindre des regards

Sur ces catafalques.

*

 Georgie Fame

Juste quelques mois

Et d' ignobles automnaux

Nous ignoreront.

 

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26 mars 2019

Scott (réédition ancestral billet)

                                      Réédition d'un ancestral billet, plus de 3000 jours, Géographie:Reno,Nevada augmentée d'un tube gigantesque des Walker Brothers, une soupe certes, mais alors millésimée. Et mon adieu au grand et si méconnu Scott Walker qui débuta alors que j'ébauchai mes premiers slows, et navigua plus tard, presque incognito entre Brel et Bowie. Ca tombe bien, je me sens ces jours-ci le coeur plutôt slow.

 

 

                                     Ce magnifique sac pour vous présenter Reno,Nevada,ville pas particulièrement séduisante,petite soeur de Vegas,c'est dire la référence.Surtout connue parce qu'on y divorce plus vite que son ombre,cette ville de 200 000 habitants a pour seul avantage de nous faire continuer notre voyage avec une  découverte.Me promenant toujours en musique aux U.S.A je viens de tomber sur une jolie chanson tirée du film avec Adjani,Toxic affair,1993,peu vu,en tout cas pas par moi. Goran Bregovic a composé cette chanson et Scott Walker dont j'ai parlé il y a peu lui donne une couleur sombre très personnelle. Si ça vous dit,pas particulièrement gai mais plutôt rare,je crois.

 

 

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22 mars 2019

Essai non transformé

 Masse critique

Chaplin

                         Pour Masse Critique de Babelio, que je remercie, fidèle pourvoyeur ès nouvelles parutions, j'ai donc lu un essai, chose que je ne fais presque jamais. Cet essai est intitulé Charlot, le rêve et il est beaucoup moins rigolo que Charlot. Je sais quand même qu'un essai est censé être sérieux. Et ce livre l'est, sérieux. Dieu, comme il est sérieux. Et moi le très sérieux m'indispose. Adolphe Nysenholc a sous-titré son livre Contrepoint entre le créateur et sa créature. Quelques mots. Peu, je ne suis pas compétent.

                         Nul doute que Chaplin et Charlot n'ont pas toujours fait bon ménage même si le cinéaste a fini par avoir la peau du vagabond avant que la postérité, à son tour, ne redonne au "tramp" de son état la place qu'il mérite au panthéon du Septième Art, la toute première. Cela dit, je n'ai pas grand-chose à rajouter. Chaplin, le rêve est une thèse sur L'imagier, sur La rivalité Hitler-Chaplin (cette partie est malgré tout intéressante et surprenante), sur Romanitude et judéité. Ce sont des titres de chapitres. Un beau travail d'universitaire qui m'a souvent ennuyé.

                        J'ai été plus sensible aux passages Vagabond errant ou Un corps ailé, Chaplin m'ayant souvent ramené aux archanges, si sentimentaux. Pardonnez ma brièveté. Mais si vous aimez Chaplin rien n'est mieux que de revoir ses films, et les revoir encore. Et si vous le connaissez somme toute assez peu découvrez-le. Car ce n'est pas avec ce livre que le plus grand génie du cinématographe trouvera ses fans nouvelle génération. Tout Chaplin se regarde avec le coeur. Ce livre se lit avec la tête. Avais-je la tête ailleurs?

 

 

 

 

 

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18 mars 2019

In the name of rock/ Peggy

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                           Que de Peggy dans ma vie!  La Peggy Sue de Buddy Holly, la Peggy-O de Simon et Garfunkel, dont je viens  de découvrir une fabuleuse version par The National, la plus ancienne encore Peggy Gordon reprise par tous les gratteux des pubs d'Irlande et les oubliées. Sans omettre les Meg, Meggie, Madge, Maggie, bref les Marguerite (comme Faust) et les Margot qui en pleurent encore. Dans l'immense discographie du Loner j'ai exhumé cette Ballad of Peggy Grover. C'est un enregistrement très ancien. L'une des toutes premières chansons de Neil Young, avant même le légendaire Buffalo Springfield, avec un groupe canadien nommé The Squires. C'est simple, même moi je n'écoutais pas  encore cette musique à l'époque, c'est vous dire si ça date.

 

                          Les archives Neil Young, une institution, ont réédité les morceaux de  ces temps immémoriaux. Neil n'a pas encore vraiment la voix de légende qu'on lui connait. Il a vingt ans. Valeur surtout historique, pour les Loner's Lovers invétérés. Je n'en suis pas tout à fait. J'oublais une autre Peggy O, dispensable mais tant pis pour vous. Après tout, je vous ai abandonnés trois mois durant...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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15 mars 2019

Choeur à corps

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                               Nous avons une fois de plus lu ensemble, mon amie Val (La jument verte de Val) et moi. Le choeur des femmes de Martin Winckler, médecin et auteur de La maladie de Sachs, fut cette fois notre choix. Gros bouquin de 670 pages chez Folio, sur lequel j'ai pas mal traîné les pieds, Le choeur des femmes m'a d'abord assez déplu. Les états d'âme de Jean Atwood jeune femme interne en gynécologie, ses problèmes avec le patron qui la reçoit en stage, une certaine morgue du personnage m'ont dans un premier temps trouvé peu enclin à poursuivre l'aventure. Ce livre est une véritable immersion dans les services spécialisés, autant dire un voyage à l'intérieur du corps féminin, qui tient souvent du précis d'obstétrique et de maternité. Pourquoi pas.

                               44 ans dans le milieu paramédical et je ne digère toujours pas le vocabulaire utilisé presque tout au long du roman. Winckler connait son sujet manifestement. Je ne l'autorise pas pour autant à m'asséner ses descriptions  anatomiques au scalpel avec lexicographie de corps de garde. La compétition des spermatozoïdes, sur des pages, avec un peloton du Tour de France s'élançant à l'assaut de la route vaginale pour atteindre le col du Tourmalutérus ne m'a pas amusé longtemps. Vous me trouvez ronchon, c'est vrai. Je n'aime pas l'esbrouffe même si je reconnais que l'humanité n'est pas absente de ce roman dont Winckler vient de publier une sorte de suite dix ans après (L'école des soignantes). Je reconnais volontiers par contre Winckler comme plutôt féministe, qualité. Mais bon sang, ou mauvais sang, comme les hommes y sont maltraités.

                              L'auteur est aussi un spécialiste des séries TV et recrée aisément le côté feuilletonnesque de ce genre immémoriel, le roman médical. Ce n'est d'ailleurs aucunement péjoratif. Mais les interrogations sur le genre dont on nous abreuve de livres en films, oserai-je le dire, commencent à me fatiguer grave. Ce n'est pas bien de dire ça. Bof! Qu'en pensera ma camarade Val, femme de son état, donc d'un genre opposé?

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22 décembre 2018

Comme un trait

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                                     Presque treize ans, et comme un essoufflement. Mais je souhaite à tous une bonne fin d'année et le meilleur pour 2019.

 

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15 décembre 2018

In the name of rock/ Pandora

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                          Suite à une querelle avec Prométhée Zeus voulut se venger des êtres humains en leur offrant le plus bel objet de leur désir, afin de leur inspirer passions et tourments. Il créa la première femme, aussi fascinante que capricieuse. Pandora, c'était son nom, fut façonnée à partir de l'argile et non comme une quelconque Eve de la côte d'Adam. Zeus dut demander à Héphaïstos de l'aider, et ils mirent au jour la créature la plus parfaite au monde. D'autres dieux lui donnérent qualités et défauts dont la curiosité.

 

                       Passions et tourments, il a tenu parole le Jupiter. Car vous connaissez la suite, cette Pandora devint la patronne des gaffeuses en ouvrant la boîte interdite d'où s'échappèrent tous les maux de la terre. Sauf un filet d'espérance resté au fond. Dont je me demande si, depuis, il ne s'est pas lui aussi volatilisé.

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                      Procol Harum , fabuleux comme toujours, surréaliste comme parfois, ignoré comme d'habitude, donnait dans l'album Procol's Ninth (1975) une jolie version de Pandora's box.

 

 

 

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09 décembre 2018

Et vous, à sa place?

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                                 Une âme pouvait être détruite de trois manières: par ce que les autres vous faisaient; par ce que les autres vous contraignaient à vous faire à vous-même; et par ce que vous choisissiez volontairement de vous faire à vous-même. Chaque méthode était suffisante, mais, si les trois étaient présentes, le résultat était imparable.

                                 J'ai voulu introduire par une citation cette chronique commune avec ma colistière La jument verte de Val. Car l'essentiel est là, dans ce résumé du statut de l'artiste en pays de dictature. Julian Barnes, auteur dont je ne ne connaissais que l'adaptation ciné de son roman Une fille, qui danse, devenu sur les écrans l'excellent A l'heure des souvenirs, a écrit une sorte de biographie partielle et et libre du compositeur Dimitri Chostakovitch. De quel espace de liberté jouit-il précisément sous le joug stalinien? Et de quel droit jugerions-nous aujourd'hui l'hier de la glaciation soviétique? Ou tout autre régime autoritaire évidemment.

                               Julian Barnes l'exprime très bien, un artiste n'existe réellement que par ses oeuvres. Encore faut-il les montrer ou les faire entendre. Chostakovitch est passé sous le fer soviétique du stade d'étoile adulée, de musicien du siècle, comblé d'honneurs, au rang de suppôt rétrograde, rénégat et accusé de formalisme bourgeois, Oncle Jo n'ayant pas apprécié une représentation de Lady Macbeth du district de Mzensk. Chostakovitch échappa au pire mais dut de longues années subir la terreur ordinaire, la crainte d'hommes de la nuit silencieux et rapides, qu'il attend sur son palier. Eut-il de "remarquables facultés d'adaptation"?

                               Stratégie d'un enfermement moral, persécutions du quotidien et du dérisoire, puis liberté très surveillée y compris lors de  ses voyages en Amérique. Dans ce grand pays d'absurdie on ne peut même se fier si peu que ce soit à son interrogateur, la versatilité de la tyrannie étant telle que le questionneur d'un soir peut le lendemain avoir à rendre des  comptes. Le fracas du temps est un grand livre, un livre effrayant sur l'homme et les perversions du pouvoir. Aucune épouvante dans ce livre. Pire, la banalité des jours d'un régime immonde. Là nous sommes dans la version est. Il existe d'autres modèles en d'autres points cardinaux.

                               Mais être un lâche, c’était s’embarquer dans une carrière qui durait toute une vie. Vous ne pouviez jamais vous détendre. Vous deviez anticiper la prochaine fois qu’il vous faudrait vous trouver des excuses, tergiverser, courber l’échine, vous refamiliariser avec le goût des bottes et l’état de votre propre âme déchue et abjecte. Etre un lâche demandait de l’obstination, de la persistance, un refus de changer – qui en faisaient, dans un sens, une sorte de courage.

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06 décembre 2018

Le tour de l'île

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                                Le jadis célèbre auteur du Quatuor d'Alexandrie Lawrence Durrell, diplomate, poète, enseignant, voyageur, anglo-français a publié en 1977 ce carnet de voyage, Le Carrousel sicilien, bien joli périple en autocar en cette île enchanteresse. Bien que l'ancienne Trinacria n'ait pas que de merveilleux côtés j'ai aimé suivre le sillage dans un voyage pourtant convenu comme la plupart des voyages organisés. Mais en compagnie d'un méditerranéiste comme Durrell, haute culture et haut humour, c'est un délice. On effeuille avec lui un journal de voyage, bénéficiant de ses connaissances à Catane comme à Syracuse, à Agrigente comme à Taormine.

                               Donc la balade sicilienne est souvent drôle, accessible la plupart du temps, même si des connaissances en histoire du Sud dont les bienvenues. Là-dessus j'ai parfois été un peu court mais peu importe, l'esprit de Lawrence Durrell, sa nostagie et ses souvenirs constituant le plus doux des viatiques à travers temples et théâtres, aussi bien que vergers, amandiers et oliviers. L'auteur s'y entend en archéologie comme en botanique et l'on s'émerveille des effluves comme des fresques. Lawrence Durrell a longtemps vécu à Corfou, Rhodes, Chypre avant de finir ses jours dans la région de Nîmes.

                              Si vous connaissez la Sicile, bien, ou un peu, comme moi, embarquez dans le petit autocar rouge avec le petit monde parfois lourd des tour operators où les compagnons de route ne sont pas forcément raccord. Dame, on est toujours l'autre de quelqu'un. Et si vous ne l'avez jamais vue prenez ce même autocar rouge avec Mario le chauffeur et Roberto le guide, pittoresques amphitryons de cette insulaire auberge. Je vous y promets belles pierres et vins capiteux entrecoupés de quelques poèmes de l'auteur. Et une envie rouge Etna et Sud extrême.

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