03 novembre 2015

Vanité, été, indianité

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                                Les gens de Ciné-philo nous proposaient ce mois-ci un film suisse, La vanité. Ce film, assez court, est une fable sur la fin de vie et évoque l'assistance au suicide, où la Suisse fait figure de pionnier. Nullement mélodramatique, jouant un petit air absurde limite burlesque, La vanité estainsi nommé à cause du tableau dans la chambre du motel où David Miller, en phase terminale, vient en finir avec la vie. Mais ça ne se passera pas comme ça. Espe, une Espagnole de son âge, censée être son aide, et le jeune prostitué slave de la chambre d'à côté, vont peut-être donner à sa vie, ou à ce qui lui en demeure, une autre direction.

                               C'est un joli film dont je n'irai pas jusqu'à dire qu'il nous fait voir la vie en rose. Dont je ne dirai pas non plus qu'il traite vraiment d'une forme d'euthanasie, ce que certains participants ont cru déceler. Mais c'est le propre des débats de... débattre. J'y ai vu une sorte de fantaisie, permettant de faire de ce David Miller, architecte vieillissant arrogant et acariâtre, quelqu'un de... disons quelqu'un de mieux.

Summer

                                Le film de la Lituanienne Alanté Kavaïté est une histoire jouant à plein de la sensorialité, de la sensualité, du mouvement à l'occasion d'un été balte (Summer, titre choisi pour l'exploitation en France). A tort perçu parfois comme une Vie d'Adèle nordique, Summer est essentiellement un joli frémissement sylvo-aquatique tant les arbres et l'eau y sont symboliques d'une liberté, notamment sexuelle, qu'on a parfaitement le droit de trouver appliqué et ennuyeux. Souvent plus intéressante est la proximité d'un passé soviétique pour ces lacs septentrionaux, avec le côté métallique des passerelles et des usines, ainsi qu'avec l'architecture si souriante (?) des immeubles staliniens. Reste de ce Summer un bon bol d'air et de jeunesse, un espoir un peu vain parfois, surtout à travers ce que j'ai ressenti comme un isolement de Sangaïlé, une héroïne de 18 ans, vis à vis de parents forcément peu compréhensifs. Tout cela m'a paru un peu trop attendu. Le public a semblé curieux de ce film exotique en quelque sorte. L'exotisme n'est pas fait que de ti punch sous les cocotiers. Pas besoin d'en nordire davantage.

AFFICHE

                            Une réserve indienne aux Etas-Unis ne passe pas pour l'endroit le plus jovial qui soit et l'espoir n'y coule pas tant que l'alcool. Les chansons que mes frères m'ont apprises est un film d'une jeune sino-américaine, Chloe Zhao. Estampillé Sundance, c'est un film sensible et assez authentique, tourné avec les les Oglalas de Pine Ridge, Dakota Sud. Cette réserve, d'après quelques recherches, est l'une des plus miséreuses et déprimées de tout le pays. Johnny vient de terminer sa High School et souhaite quitter Pine Ridge et son cortège chômage alcool trafic violence prison pour L.A. avec sa petite amie. Son père (père aussi de 24 autres enfants avec neuf femmes, pour un peuple qui vénère ses ancêtres c'est fou le nombre d'enfants qui ne connaissent pratiquement pas leur père) vient de mourir. Johnny aime beaucoup sa petite soeur Jashaun, douze ans. Difficile de partir. Difficile de rester.

                          C'est là toute la trame de ce film modeste et un peu déprimant dans sa réalité. La plupart des protagonistes y jouent sous leur propre nom, et quasiment leur propre rôle. L'espace traditionnel du western a fait place à une résignation cafardeuse malgré les pow-wow frisant le pathétique et les belles phrases légendaires, loyal comme le cheval du brave, libre comme le vent, résonnent maintenant à vide en cette contrée aride, ces badlands prison à ciel ouvert. Johnny a en mains son avenir (pas sûr). Et quel sera celui de Jashaun? Vieil adage que j'aime bien: un peuple qui s'adapte est fichu, un peuple qui ne s'adapte pas est fichu.

 

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31 octobre 2015

In the name of rock/Lisa

 Tea

                               Comme elle est belle la Triste Lisa de Cat Stevens. Sad Lisa est l'une de ses plus belles chansons, un peu moins connue que Lady d'Arbanville et date d'un temps immémorial. Sur cet album somptueux, 1970, Tea for the tillerman, absolument toutes les chansons sont superbes. Mais Father and son me fait pleurer. Sur les chemins empruntés par Cat Stevens plus tard je ne me prononcerai pas. Mais comme elle est triste la Triste Lisa de Cat Stevens.

 

                           Ma chère Celestine a mis sa menace à exécution. Sa Sad Lisa est... belle à s'en damner. http://encentmotscommeenun.blogspot.fr/2015/10/metallique.html#comment-form

 

 

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29 octobre 2015

La poésie du jeudi, Bernard Dimey

Poésie du jeudi

                                Il y a longtemps que je voulais évoquer Bernard Dimey (1931-1981), si bien chanté par Ferré, Greco, les Frères Jacques, Mouloudji. Alors en général on écoute ça sur fond d'accordéon dans un café du vieux Paris, l'eau n'étant pas conviée. On peut aussi le lire, ou disons, l'égrener. J'ai choisi cette dernière option, nanti de mon accordéon à moi, une modeste guitare un peu prolo qui n'est pas ma compagne préférée (j'en ai quatre), mais un instrument acheté dans un discount pour quelques dizaines d'euros. Il m'a semblé qu'elle collait bien à M.Dimey, à sa tendresse un peu rude et à ses gueules de bois.

Quand on n'a rien à dire

Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire,
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n’a pas fait la guerre,
Parler de Boumedienne et de Fidel Castro,
Parler parler parler... pour que l’air se déplace,
Pour montrer qu’on sait vivre et qu’on a des façons,
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace,
Pour fair’ croire aux copains qu’on n’est pas le plus con.
 
Quand on n’a rien à dire on parle de sa femme
Qui ne vaut pas tripette et qui n’a plus vingt ans,
Qui sait pas cuisiner, qui n’aime que le drame,
Qui découche à tout va, qu’a sûrement des amants.
On parle du Bon Dieu, on parle de la France
Ou du Vittel-cassis qui vaut pas çui d’avant,
On pense rien du tout on dit pas tout c’ qu’on pense.
Quand on n’a rien à dire on peut parler longtemps.

Dimey

 
Quand on n’a rien à dire on parle du Mexique
De l’Amérique du Nord où tous les gens sont fous,
Du Pape et du tiercé, des anti-alcooliques,
Du cancer des fumeurs et des machines à sous,
Des soldats des curés, d’la musiqu’ militaire,
De la soupe à l’oignon, de l’îl’ de la Cité.
Quand on n’a rien à dire et du mal à se taire
On arrive au sommet de l’imbécilité.

 

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26 octobre 2015

Un été 52

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                                 1952 Etats-Unis Ouest, l'avocat juif Arthur Wise s'est considérablement enrichi et veut le faire savoir. Parmi les attributs de ces nouveaux riches pas trop scrupuleux  une maison de vacances à Cape Cod, à Bluepoint précisément. Où il va passer tous ses étés à partir de 1952, pour le plus grand bonheur, du moins au début, de son fils adolescent, Hilton que son père s'obstine à appeler Hilly. Ce dernier vit très mal la transformation de ses parents en nouveaux riches racistes et réactionnaires. Et cet été là, justement, Hilly va devenir l’ami du domestique noir que son père maltraite, et tomber amoureux de sa nièce, Savannah. Cela durera quelques semaines à peine, déclenchant ainsi un drame qui le poursuivra toute sa vie. Dès lors Hilly agira comme un coupable, coupable d'être le fils de son père, coupable d'être riche, au point de longtemps refuser le moindre dollar de cette fortune, arc-bouté moralement, dostoievskien jusqu'au bout.

                                  Un été à Bluepoint  démarre comme un roman classique portant sur un conflit familial entre un père dévoré d’ambition et son fils révolté en quête d’autonomie. Très vite le propos devient plus grave. C’est une peinture de l’Amérique des cinquante dernières années qui se dessine, raciste, avide, égoïste et hypocrite où seules comptent les apparences et l’argent. Ce n'est certes pas le premier roman américain sur ce thème. On sait que l'envers du décor, la fin du rêve, la futilité des choses, sont devenus un peu des tartes à la crème de la littérature étatsunienne. Pourtant Stuart Nadler, 35 ans et dont c'est le premier roman, distille bien son sujet au long de 420 pages. L'affairisme du père et la naïveté du fils... Décidément il n'y a que les Américains pour taper ainsi sur l'Amérique. Qu'est-ce qu'on aime ça en France quand c'est ainsi.

                                 J'ai lu, évoquée quelque part,l'ombre de Gatsby. Pourquoi? Parce que ça se passe sur la côte est? Tout de suite les superlatifs, non. Une révélation dans les trente dernières lignes m'a cependant un peu gâché le plaisir. Elle est tellement correcte. Le titre original Wise men est plus ambigu, Wise étant le nom de la famille, mais signifiant aussi Les hommes sages ou plus prosaïquement Les gangsters.

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24 octobre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Platitude Nord

                                       Asphodèle, nous sommes tous très heureux  du retour des Plumes qui cette semaine devront s'arranger des 25 mots suivants: frissonner-vide-humeur-plume-embellir-enfin-sommeil-drogué-impasse-poésie-torture-plénitude-trop-plein (c'est un seul mot, ça, le mien)-youpi-énergie-absence-temps-dénuement-bol-idée-déchirement-bus-besoin-rationner-abandonné.

Les_plumes

                                          Le manque ment. Le manque ment. Et ce n'est pas à un manquement à la règle que de constater nos différences. Je ne citerai donc personne. Ainsi pour certains, pas de pot, c'est le bol qui vient à manquer, ne leur reste qu'à boire la tasse. Tel autre, usager des transports en commun, récrimine après son bus, qui lui a manqué de respect en filant sous ses yeux. Il y a ceux à qui le manque n'a pas manqué, puisque d'un youpi ils expriment leur satisfaction de la fin du manque. On retrouve la bonne humeur, voire pour les plus enthousiastes la plénitude, après tant de semaines de vide, d'absence, certains parlent même de dénuement. Enfin pour la plupart c'est l'embellie, après tout ce temps où l'on s'est senti abandonné. Estivalement rationnés en émotions les gens de plumes ont l'air de retrouver une énergie de bon aloi après ce presque sommeil de cinq mois. Les muses en frissonneront-elles de plaisir? La poésie s'en trouvera-t-elle célébrée à sa juste valeur? J'ai grande crainte que ça ne soit pas ici tant cette semaine c'est d'idées qu'il y avait grand manque et l'exercice s'apparentait davantage à la torture qu'à la béatitude. Qu'avais-je besoin d'y ajouter mon grain de sel, confirmant ainsi le trop-plein de sécheresse de mon imagination? Je n'avais qu'une hâte, sortir de l'impasse. C'est fait, au prix d'un vrai déchirement, car il est pénible de se savoir médiocre.

P.S. Je n'ai pas utilisé le mot drogué puisque le règlement permet d'écarter un ou deux mots. Ce qui est judicieux. C'était Edualc Eeguab, en direct des vingt-quatre heures du manque.

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21 octobre 2015

Géographie, Winnemucca, Nevada

 

                                              Vous savez que j'aime alterner les choses sérieuses et d'autres moins. Sachez-le cette rubrique fait partie des choses... très sérieuses pour moi. Une bien petite ville que je vous propose aujourd'hui. Winnemucca, Nevada, 7500 habitants, tient son nom d'un chef indien de la tribu des Paiutes. On peut bien faire ça pour eux, les chefs indiens. Pour la (toute) petite histoire Butch Cassidy y braqua la banque en 1900. Et un Basque Festival y est organisé régulièrement, cette communauté y ayant été très présente au milieu du XIXème, en tant que bergers pardi.

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                                    Vous savez bien que c'est surtout l'occasion d'un bon moment musical et de faire connaissance avec le Little Wheels Band et leur copine Winnemucca girl.

19 octobre 2015

Mon été avec le grand Will, scène 6

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                                Après une première intervention sur les différents Hamlet j'ai planché cette semaine sur Macbeth, beaucoup moins souvent adapté. Au moins deux fois cependant de façon géniale avec deux grands shakespeariens, Orson Welles, Macbeth, déjà traité sur ce blog, et Akira Kurosawa, Le château de l'araignée (1957). Ce film est un choc visuel dans lequel Kurosawa réussit l'impossible, une synthèse entre le grand délire plein de bruit et de fureur, de sauvagerie et de sang, de la pièce et deux éléments traditionnels de la culture japonaise, l'action du film de samouraï et l'apparente neutralité du Nô, théâtre japonais ancien dont l'austérité semble parfois assez hermétique aux Occidentaux.

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                                  Tourné dans l'endroit le plus brumeux du pays, près du Fuji, Le château de l'araignée abonde  en passages magnifiques. Citons-en quelques-uns. Le retour de Macbeth et Banquo, j'ai gardé les noms anglais, dans la forêt, est somptueux par le sentiment de perdition qui en émane, leur chevauchée, qui les égare à deux reprises, est superbement fimée. Mais Kurosawa est aussi génial dans l'intime que dans la fresque. Ainsi les scènes entre Macbeth et son épouse Lady Macbeth, qui est le véritable ange exterminateur shakespearien, très peu loquaces, à la différence des autres Macbeth de cinéma, sont admirables. L'opposition entre le jeu de l'épouse, qui, si elle ne porte pas de masque, est elle-même un véritable masque. Toshiro Mifune, le légendaire acteur favori de Kurosawa, lui, n'est pas avare de grands gestes et de grimaces, tirant le film vers la tradition estampes guerrières, vociférations et regards haineux. Cette opposition dans le couple félon fut par certains reprochée au metteur en scène. D'autres, dont je suis, y voient une belle habileté.

                                  Il me faut maintenant revoir Le Roi Lear, autrement dit Ran, l'un des derniers films de Kurosawa, pour conclure sur ces mois élisabéthains, après avoir parlé lors de ces interventions d'Othello, de Richard III et de Jules César, et plus brièvement de La mégère apprivoisée et du Marchand de Venise.

P.S. Suite à un "shakespearian cafouillage" cet article doublonne pas mal avec un article pourtant très récent, scène 4. Je laisse les deux, quelques éléments différant cependant. Il y a eu quelque chose de pourri au royaume du blog de la Comtesse.

                          

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17 octobre 2015

Au fil, au bord...

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                    John von Düffel est nageur de fond. Il est aussi romancier et poète. Je le découvre. Etonnant bouquin que De l'eau. Une famille allemande gère une papeterie au confluent de deux rivières, l'Orpe paisible et la Diemel plus tumultueuse. Plusieurs générations nous sont ainsi contées jusqu'aux années 80, en passsant par les deux guerres. Dont la deuxième voit l'entreprise dirigée par une femme et exploitée par des prisonniers français. Mais là n'est pas forcément l'important. De l'eau, à la lecture pas toujours si aisée, est une sorte d'antienne, une sorte d'hymne à l'eau, d'ode à cet élément si vital. Comme lire ce titre? Comme on veut. Vous pouvez la jouer interrogative, de l'eau? Est-ce l'eau de nos origines? Ou explicative, analytique? Est-ce l'eau essentielle de nos cellules? Ou l'eau meurtrière et méphitique qui emportera l'un des maîtres?

                   Je l'ai dit, lire De l'eau ne coule pas de source. La brasse y est parfois ardue, métaphore du cours de la vie. H2O est parfois complice enrichissante, une eau industrieuse, sérieuse et partenaire. Parfois à l'opposé elle est tout de colère et ne s'en laisse pas conter. Mais décrire ce roman c'est tenter de remonter un courant trop puissant. Sachez seulement que, fabriqué comme de la pâte à papier à partir de ces eaux limpides un jour et troubles un autre jour, ce livre possède une puissance attractive comme un tourbillon séduisant et fatal. Bien peu de dialogues, mais de riches phrases impressionnistes et parfois presque scientifiques. Une eau mage, un hommage, un bouquin comme on en lit peu. Cependant il m'est arrivé parfois de sécher sur la rive bien que le débit de l'eau soit globalement positif. C'est que John Von Düffel raconte cette épopée familiale, très loin de la sage saga du terroir, avec une écriture qui semble avoir puisé dans l’eau sa substantifique moëlle.

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15 octobre 2015

La poésie du jeudi, Carl Snoilsky

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                                Pour mes retrouvailles avec les Jeudis de ma chère Asphodèle j'ai voulu prolonger un peu mes quelques jours scandinaves. Hasard aidant je suis tombé sur cette Vieille porcelaine qui m'a séduit. Carl Snoilsky (1846-1903) était un aristocrate, un diplomate, un voyageur, en Méditerranée notamment. Mais surtout un poète, assez peu traduit en France. Que pensez-vous de ce texte, qui ne manque ni de philosophie, ce qui est bien, ni d'humour, ce qui est mieux? 

Carl_Snoilsky

Vieille porcelaine

 

Un roi de Saxe collectionnait la porcelaine,

mais sa manie devint une vraie maladie.

Il échangea avec le roi à Berlin

sa garde - pensez ! contre une cruche chinoise.

 

Cinq mille hommes avec sabres et carabines,

que les prussiens savaient parfaitement manier,

dans l’exercice souples et doux,

un mur, en guerre, contre - une soupière bleue !

 

Cinq mille hommes poudrés avec perruques !

Telle folie surpasse toutes les autres

depuis l’aube des temps -, oui, vous le pensez.

 

Et le siècle passé a fait ce changement :

cinq mille cœurs courageux ont eu le temps de se briser,

la vieille poterie - elle est toujours là.

 

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11 octobre 2015

Rentrée ciné

               Plusieurs films intéressants en notre CinéQuai depuis la fin des vacances. Amnesia le film de Barbet Schroder fut l'occasion de belles discussions sur la mémoire et le pardon. Thème éternel du "Qu'aurions-nous fait dans ces conditions?". Ibiza, 1990, Martha, Allemande presque septua, vit seule depuis 40 ans. Elle a tout fait pour oublier son pays d'origine, sa langue maternelle, et même voiture et vin d'Allemagne. Jo, 20 ans, allemand lui aussi débarque avec sa fougue de DJ et ses idées neuves, pas  seulement musicales.. Un mur célèbre vient de tomber. Le mur entre Martha et Jo se lézarde de même. Un film passionnant, départ parfait pour refaire le monde, même si je regrette un tout petit peu que dans ce genre d'animation ce soient souvent les mêmes spectateurs qui prennent la parole. Au fait Marthe Keller distille toujours un certain charme.

Amnesia

                                   Le Life du documentariste hollandais Anton Corbijn a également été bien reçu. En aucun cas une bio ni même un instant bio dans la courte vie de James Dean, pas davantage une chronique critique de Hollywood bien que Jack Warner et le système en général n'en sortent pas grandis, Life est une sorte d'étude, au sens pictural, de la rencontre entre James Dean, pas une vedette,J.D. vivant n'a pas eu le temps d'être une vedette, et le photographe Dennis Stock, même âge et tout aussi peu d'assurance et d'aptitude au bonheur. C'est assez fascinant et j'ai osé dire que les photos de Jimmy par Dennis, dont deux ou trois sont très célèbres, étaient peut-être ce qui témoignait le mieux de ces quelques mois de 55, les mois de la comète James Dean.

Life

                                   Une autre comète: Amy Winehouse que je connaissais peu. Outre que j'ai découvert une très grande chanteuse le beau document d'Asif Kapadia sobrement intitulé Amy m'a confirmé ce que je savais depuis  Brian et Jimi et Jim et Janis et Kurt et Jeff et... L'expérience des uns ne sert jamais aux autres, surtout pas quand on oeuvre dans le monde du rock. Record de célérité à l'autodestruction pour Amy Winehouse. Mais bon Dieu comme elle chante  chantait bien.

 

                                     Enfin nous avons reçu Christian Carion et Christophe Rossignon, metteur en scène et producteur pour l'avant-première d'En mai fais ce qu'il te plait, joli et sensible film sur l'exode du printemps 1940 dans le Cambrésis, région très voisine du Vermandois. Les deux complices (déjà pour Une hirondelle a fait le printemps, Joyeux Noël) ont ainsi raconté la naissance de ce projet, très personnel et très ancien chez Christian Carion, lui-même originaire de ce coin du Nord. Des centaines de milliers de Français jetés sur les routes de France, un sujet assez peu visité par le cinéma, des autochtones très impliqués dans le film pour un résultat émouvant et un vrai coup de coeur des spectateurs.

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