08 décembre 2016

La poésie du jeudi, Czeslaw Milosz

Poésie du jeudi

Don

Jour si heureux.  

Le brouillard était tombé tôt, je travaillais au jardin.  

Des colibris s’arrêtaient au-dessus de la fleur du chèvrefeuille.  

Il n’y avait rien sur terre que j’aurais voulu posséder.  

Je ne connaissais personne qui aurait valu d’être envié.  

Le mal qui était advenu, je l’oubliais.  

Je n’avais pas honte d’être celui que je suis.  

Je ne sentais dans mon corps nulle douleur.

Czeslaw Milosz (1911-2004)

czeslaw-milosz-300x207

                       Le Prix Nobel 80, né en Lituanie alors russe et mort américano-polonais, a toujours refusé les autoritarismes, ce qui fait partie en quelque sorte du cahier des charges de la poésie. J'aime l'apparente simplicité de ce Don. Ni envie, ni rancoeur, ni regret, ni douleur. Asphodèle, merci.

 

 

 

Posté par EEGUAB à 07:49 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,


03 décembre 2016

Géographie: Seattle, Washington

                             Curieusement la grande cité Pacifique Nord, dans le Washington, pourtant pourvoyeuse de talents ( le mouvement grunge des nineties, Nirvana, Pearl Jam, Soundgarden) n'avait jamais été à l'honneur. Y virent le jour Quincy Jones, Jimi Hendrix, Bill Gates, Kurt Cobain. Sans avoir l'aura de Vancouver au Canada Seattle jouit d'une réputation plutôt flatteuse.

seattle_kerry_park

                              Shawn Mullins n'est pas connu en France. Qu'importe. J'ai découvert ses chansons depuis peu. Je conseille aux amateurs de Richard Brautigan d'écouter Twin Rocks, Oregon (c'est juste après la chanson d'aujourd'hui). Mais aujourd'hui c'est à un automne à l'Ouest que je vous confie (September in Seattle).

Posté par EEGUAB à 08:13 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,

01 décembre 2016

La poésie du jeudi, Eugène Dabit

Poésie du jeudi

                                 Eugène Dabit est bien oublié. Sauf pour L'Hôtel du Nord et encore, indirectement, car Hôtel du Nord pour l'essentiel, perdant son article au passage, c'est plus Carné, Jeanson, Jouvet, Arletty et une atmosphère. Il a pourtant écrit bien d'autres choses et en particulier ce texte. Je suis d'une région où fleurissent les cimetières, les nécropoles. Y flottent des drapeaux différents, allemand, anglais, français, australien (la mémoire de ce pays des antipodes est particulièrement impressionnante et soignée pour l'entretien de ces lieux de souffrance), canadien, américain, néo-zélandais, chinois (travailleurs civils). Il y a aussi, enterrés là des Sud-Africains, et des Africains pas du Sud. Le monde entier est inhumé près de chez moi.

J'ai été soldat

J'ai été soldat à dix-huit-ans

Quelle misère

De faire la guerre

Quand on est un enfant.

De vivre dans un trou

Contre terre

Poursuivi comme un fou

Par la guerre.

J'usais mon coeur

Aux carrefours crucifiés

Oh mourir dans la plaine

Au soir d'une sale journée.

J'ai connu des cris,

La haine

Des souffrances longues comme une semaine.

La faim, le froid, l'ennui.

Trois années ivres de démence

Plus lourdes à porter qu'un crime

Ma jeunesse est morte en France

Un jour de désespérance.

Tous mes amis ont péri

L'un après l'autre

En quelque lieu maudit

Est notre amour enseveli.

Défunt Lequel le parisien,

Masse et Guillaumin d'Amiens,

Pignatel dit le marseillais

Tous endormis à jamais.

On les a jetés dans un trou

N'importe où

D'en parler mon coeur saigne

Ah que la mort est cruelle

Mon Dieu était-ce la peine

De tant souffrir.

Las je reviens humble et nu

Comme un inconnu,

Sans joie sans honneur

Avec ma douleur

Les yeux brûlés

D'avoir trop pleuré

Pour mes frères malheureux

A ceux qui sont aux cieux

Contre la guerre

A ma mère

Adieu.

dabit10

Ecrit pendant la Guerre, Eugène Dabit (1898-1936)

                                   

                                 

Posté par EEGUAB à 07:33 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

29 novembre 2016

Novembre au cinéma

for    Assez pesante variation de la Suissesse Paule Muret sur l'incommunicabilité existentielle entre une groupie amoureuse et une star du rock somme toute banalissime entre mépris et overdose. Par contre musicalement une découverte pour moi, Carl Barat, ex Libertines. Peut-être plus à écouter qu'à voir. Enfin c'est mon avis. A noter Ardant dans son propre rôle, trois minutes, grotesques à mon sens, sensibles pour d'autres. C'est le propre des débats. 

AFFICHEPRINCESS  Grand succès national en Finlande, ce qui surprend quand on a vu le film, l'histoire d'Anna Lappalainen, nous plonge dans les années cinquante et l'univers de l'hôpital psychiatrique avec son arsenal thérapeutique d'époque. Schizophrène et se voulant princesse de la famille royale d'Angleterre, Anna, Princess, jouera ainsi un rôle important et finalement bénéfique pour nombre de résidents de l'établissement. Le débat a permis de pointer quelques anachronismes gênants mais a le mérite de revenir sur la brutalité assumée des traitements, en aucun cas spécifique à l'Europe du Nord. Princess est l'oeuvre d'un documentariste, Arto Halonen et c'est sa première fiction, pas tout à fait fiction d'ailleurs.

cOURGETTE   Le film est très soigné, animation artisanale d'orfèvre pour une histoire édifiante d'orphelins image par image. Après viennent les appellations officielles, plaidoyer pour la différence, humanisme, citoyenneté. Nanti de son quota minorités pour les sept pensionnaires, Ma vie de Courgette est un bien joli film et le monde ne changera pas.

myst   Il y a floraison sur grand écran de documents depuis quelques années. Et c'est à mon avis très bien comme ça car un film de montage ou un essai cinématographique sont souvent plus intéressants que les fictions de toutes sortes parfois sempiternelles. En ce qui concerne la peinture après les assez radicaux Breughel, le moulin et la croix et Shirley:visions of reality (sur Edward Hopper), respectivement de Lech Majewski et Gustav Deutsch, nous arrive Le mystère Jérôme Bosch tout entier consacré au Jardin des délices, Prado de Madrid. Evidemment le tryptique se prête à toutes les interprétations. Le metteur en scène José-Luis Lopez Linares ne s'en prive pas, donnnant la parole à quelques célébrités, Onfray, Rushdie, William Christie, et à quelques spécialistes qui éclairent pour nous ce chef d'oeuvre inclassable. L'important étant surtout ce que vous, vous pensez du tableau et de l'émotion qu'il vous procure, ou non. Une immersion plutôt réussie.

lfdb_affichedef_jpeg_dbdesk  Remarquable film dossier que La fille de Brest sur le scandale du Mediator. Ce film se suit comme les meilleurs thrillers politiques à l'américaine. Jamais alourdi par un quelconque temps mort ou une dérive sentimentale attendue, d'une rare efficacité, les faits essentiellement les faits, jamais parasités, ce film est de plus porté par la formidable actrice danoise Sidse Babett Knudsen, toute en précision et en colère. Exemplaire, évitant la si fréquente pesanteur des films à thèse.

                                  Dans mes billets sur le cinéma actuel je ne parle pratiquement que de films assez peu distribués. La plupart des autres films sont abondamment chroniqués sur la toile.

 

 

Posté par EEGUAB à 08:27 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

19 novembre 2016

In the name of rock/Victoria

 

                                       Extrait du génial concept album des Kinks Arthur or the decline and fall of the British Empire voici Victoria. Ray Davies et son frère Dave n'ont pas toujours été les meilleurs amis du monde. Mais comme ils ont su croquer la Swingin' England, Carnaby Street, les chemises à jabot, les après-midi ensoleillés (Sunny afternoon), les rues sans issue (Dead end street), la gare de Waterloo Sunset, les Dandy, Dedicated follower of fashion et autres Well respected man. Mais aussi les petites villes industrielles (Big black smoke) ou la pollution (Village green). Mais je n'en finirais pas d'évoquer l'Angleterre vue par les Kinks, maintenant étudiée en classe.

                                      Ecoutant Victoria à l'époque je ne savais pas qu'il était question du bon vieux temps de la Reine Victoria et de son interminable règne. En ce temps-là je faisais pourtant "anglomanie deuxième vie". J'ai dit mille fois que tout un tas  de chevelus grattant, frappant ou soufflant ont révélé l'adolescent acnéique et dépressif des bords de l'Oise. Un peu la vie par procuration car les Victoria du Valois n'en pinçaient guère pour mon romantisme incompris de série B. Les maladroites!

Posté par EEGUAB à 08:35 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,


17 novembre 2016

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab, vraiment pas tout seul

Poésie du jeudi

Ecriture

Quitter la table

L'avalanche nous l'a brisé

Il était notre homme

Plus noir, plus noir, disait-il hier encore

Pas une façon de dire au revoir

A elles toutes,les Dames de Minuit,

De l'Hiver, de la Solitude 

Nous demeurons nombreux

Mais chacun, seul, un oiseau sur le fil

A qui le tour, par l'eau, par le feu?

Nous l'avons tant chanté

La chanson de l'étranger

La chanson du maître

Boogie Street, les soeurs de la Miséricorde

Il fut l'homme de l'an dernier

Il y a si longtemps de ça, Nancy

Chelsea Hotel tremble sous les ombres

Eternal Ladies, Janis, Nico, Patti

J'y étais un peu

J'y reviens, d'abord, reprendre Manhattan

Tout le monde le sait

L'amour nous appelle par notre nom

Commençons de rire et de pleurer

L'adieu à Marianne

Et à l'inoubliable dont un soleil miel

Ruisselait sur Notre Dame du Port

Parmi les ordures et les fleurs

Nous avons vu le futur

Il est meurtre.

                   Vous aurez compris que bien peu de choses dans ce texte sont vraiment de moi.

 

Posté par EEGUAB à 07:37 - - Commentaires [13] - Permalien [#]
Tags : , , ,

16 novembre 2016

Huis clos + Chaos = K.O.

AFFICHECLASH

                             1h30 dans le panier à salade dans les rue du Caire en été 2013, c'est là que Mohamed Diab nous enferme dans ce huis clos envahi par le chaos. Alors là, pesons nos mots. C'est ce que j'ai tenté de faire hier en présentant Clash. Après la révolution de 2011 qui déposa Moubarak l'Egypte se débarrasse de Morsi, président élu et membre des Frères Musulmans, en une (contre) révolution, ça c'est selon le camp qu'on choisit. Manifestations monstres des partisans de Morsi, répression, cycle habituel et pas seulement égyptien. Sauf que la plupart des Egyptiens voudraient simplement tenter de vivre.

                            On sort de Clash, épuisé, exsangue,comme les 25 occupants du fourgon, dont assez vite on ne sait plus de qui ils sont sympthisants ou partisans. L'Absurdie, ce pays de partout, occupe manifestement l'Egypte contemporaine. Si le huis clos si bien maîtrisé par Mohamed Diab semble nous inclure et nous éprouver dans ces quelques mètres carrés de tôle corsetée le chaos urbain, lui, nous tombe sur la tête, assourdissant vacarme zébré de très pénibles lasers verts. On ne voit pourtant rien de l'immense métropole ingérable qu'est devenue Le Caire. A travers les barreaux, simplement, vociférations et invectives. Là un militaire s'écroule. Là-haut un sniper dévisse de sa terrasse. La guerre, civile, appelle-t-on ça. Cette vision comme quadrillée accentue la sensation d'enfermement et l'incompréhension. Voire la stupéfaction. Comment en est-on arrivé là?

                          Les gens ont plutôt aimé le film, très épuisant malgré tout. Malgré une relative accalmie à la faveur de la toute aussi relative fraîcheur de la nuit, où les gens se parlent, voire s'entr'aident. J'ai d'ailleurs peiné à le croire.Mohamed Diab, peu prophète en son pays, a divisé la critique là-bas, en défavorables et en mécontents. Chacun trouvant son camp maltraité. Une chose reste évidente: les printemps arabes restent suspendus à un avenir pour le moins aléatoire. C'est peu dire.

Posté par EEGUAB à 07:48 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

11 novembre 2016

Chantons une autre chanson

                         Chantons une autre chanson, mes amis. Celle-ci est devenue trop vieille et amère...

 

                    Suzanne

                    So long Marianne

                    Seems so long ago, Nancy

 

 

Posté par EEGUAB à 07:42 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : ,

10 novembre 2016

Après lecture des lectures

bm_CVT_Les-Lectures-des-otages_8633

                                 Pour la troisième fois j'explore le bel univers de Yoko Ogawa (Les abeilles, La formule préférée du professeur) avec Les lectures des otages, recueil de neuf textes, mais à l'intérieur d'un récit unique. Je m'explique. Lors d'une prise d'otages étrangers, on n'en saura pas plus, une ONG parvient à introduire un enregistreur. Opération réussie, les huit otages vont tour à tour prendre la parole et parler de toute autre chose que de leur situation. Il y aura un neuvième témoignage, celui du soldat de la brigade anti-terroriste. On apprend très vite que les otages n'ont pas survécu mais là n'est pas le propos de cette fine auteure qu'est Yoko Ogawa. Tout cela n'est qu'un prétexte pour que chacun des prisonniers évoque un souvenir, ce qui permet d'évoquer avec finesse (mais ça on le sait très vite en lisant n'importe quel texte même court d'Ogawa, même la toute première fois) différentes situations selon les protagonistes. Quelques exemples.

                             Une  femme voit sa vie bouleversée à la vue d'un jeune homme dans le train transportant un objet très long dans sa housse, qui s'avère être un javelot. Le suivant elle découvre un stade vétuste et s'éblouit de la grâce du geste de l'athlète. C'est tout, et, croyez-moi, c'est beaucoup sous les doigts de Yoko Ogawa, experte en émois. (Le jeune homme lanceur de javelot).

                            Un futur écrivain, dans La salle de propos informels B, raconte comment jadis il est entré par hasard dans une salle d'un bâtiment public. Cet endroit bien anodin se révèle un espace de curiosité, de liberté, où s'expriment des groupes farfelus sans trop de soucis de logique ou de raison. Il y en a qui veulent sauver une langue qu'ils sont seuls à parler. Et aussi les amateurs de toiles d'araignée, le syndicat des recherches sur le jeûne, l'amicale des dessinateurs d'animaux imaginaires, et mon favori, l'assemblée de ceux qui écrivent Shakespeare sur des grains de riz. Fantaisie, surréalisme et humilité, sous la belle plume de Yoko.

                           Le loir hibernant nous est conté par un ophtalmo, peluche dépareillée et assez laide parmi les autres, tout aussi laides, proposées dans la rue sur un simple drap par un vieil homme noueux et décharné. La particularité de ce modeste éventaire est d'exposer des effigies d'animaux plutôt pas très sympathiques, chauve-souris, blattes, scolopendres, oryctéropes...Variation sur la différence et l'empathie, imagination stimulée. Ca vous dirait, une peluche de paramécie dont vous pourriez caresser les cils vibratiles?

                           Tous les textes des Lectures des otages sont à cette image, très originaux et inattendus. Je crois que Madame Yoko Ogawa va rejoindre ma cohorte d'écrivains favoris. Il y en a un pour qui c'est chose faite depuis longtemps, c'est notre ami Le Bison.  La Lecture des Otages [Yoko Ogawa]

Posté par EEGUAB à 06:48 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,

08 novembre 2016

Un beau soir d'Aurore

AFFICHE

                                 Je n'en menais pas large, disons-le. Au Ciné-Quai c'est la première fois que nous programmions un film ancien, en dehors des burlesques accompagnés au piano (en décembre prochain par exemple Le mécano de la General, Buster Keaton). On m'avait bien dit de ci de là, un film muet, les yeux exorbités, les grands gestes, tu sais, je sais pas  si je viendrai... Mais ils sont venus, assez nombreux. Ma ville n'est qu'une sous préfecture de 60 000 habitants. Ce qui n'est pas une honte en soi, mais je le précise car certains blogs à mon sens ignorent superbement les inégalités de choix d'un pays. Quoi qu'il en soit, je le répète, l'offre ciné ici s'est considérablement améliorée.

                                Certains avaient déjà vu L'Aurore, d'autres en avaient entendu parler, d'autres encore ne le connaissaient pas du tout. Mais tous ont apprécié, ce qui est rarement le cas, et c'est bien normal. Je ne reviendrai pas sur les multiples beautés du film de Murnau. Mais quelle satisfaction de recevoir les remerciements de spectateurs pour ce spectacle cinématographique hors d'âge, hors mode et hors normes. L'Aurore, comme Metropolis, Nosferatu ou Potemkine, fait dorénavant partie de ces oeuvres qui tournent pour leur propre compte, souvent nanties de musiques originales live, sûres d'être maintenant et pour l'éternité au firmament du Septième Art, de l'Art tout court. Comme La Joconde, comme les vitraux de Chartres, comme le Requiem de Mozart, comme Macbeth... L'Aurore en Picardie, hier, fut vraiment l'occasion d'une belle soirée. Les encouragements de Newstrum et de 1001 bobines  y sont sûrement pour quelque chose.

Posté par EEGUAB à 18:33 - - Commentaires [9] - Permalien [#]
Tags : , , , ,