09 février 2015

Géographie, Laramie,Wyoming

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                                   L'Amérique que je parcours musicalement, cinématographiquement et littérairement depuis si longtemps a ses laideurs profondes qui n'ont rien à voir avec la vieille Europe. Cette statue d'Abraham Lincoln perché sur granit en fait partie, ce qui ne nous empêche pas de boire un verre downtown à la santé du Wyoming dont nous connaissons déjà la capitale Cheyenne. Voici donc Laramie, petite ville de l'Ouest, dont le nom fleure bon mes chers westerns, essentiellement le superbe Man from Laramie, L'homme de la plaine, avec James Stewart. Le Wyoming, rectangle parfait, on reconnait bien là un rationnalisme américain, est le moins peuplé de tous les états de l'Union.

                                Richmond Fontaine est un groupe de folk alternatif qui existe depuis vingt ans. Voici, live à Edimbourg, la pièce à conviction de cette étape, justement appelée Laramie,Wyoming. Ce qui m'arrange bien. Si vous trouvez que cette rubrique fatigue vous avez raison. Si vous trouvez qu'elle est à bout de souffle vous avez encore plus raison. Terminus imminent... C'est vrai aussi que j'ai déjà dit ça plusieurs fois.

 

 

 


07 février 2015

Et nous, sommes-nous nous-mêmes?

Masse critique

                                Je vais essayer d'être moi-même et de donner mon propre sentiment, ce qui est la moindre des choses, dans le cadre de cette opération qui fête la littérature. Et cette fois c'est  favorable à une réserve près, de taille qui tient justement à la taille du livre. On ne me fera pas croire qu'il fallait 785 pages pour l'histoire d'Eileen fille d'Irlandais en quête d'ascenseur social. Cela dit, Nous ne sommes pas nous-mêmes est un très bon roman, et vivre soixante années de la vie d'Eileen est une belle aventure de lecteur.

Nous ne

                                Les romans-fleuves souvent sont des sagas sur une famille, un domaine, avec des évènements dramatiques, guerres, révolutions, et de nombreux personnages . Nous ne sommes pas nous-mêmes serait plutôt un roman-fleuve tranquille et il en est d'autant plus intéressant. Par tranquille j'entends que la vie d'Eileen est presque parfaitement linéaire, ce qui ne veut pas dire sans aspérités ni sans intérêt. Fille d'émigrés irlandais, mère courageuse mais alcoolique, père bon buveur mais courageux, de l'ordinaire me direz-vous s'agissant de cette immigration maintes fois abordée en littérature. Aucun misérabilisme par contre, et pas vraiment de ce fameux rêve américain, un peu un grand mot.

                               C'est qu'en fait Matthew Thomas, un nouveau venu dans l'opulente littérature américaine, parvient avec la vie somme toute relativement banale d'Eileen auprès de son mari Ed, professeur et chercheur, et de son fils Connell, à nous passionner sans l'évènementiel assourdissant de la plupart des romans de cette amplitude. C'est un tour de force car ici l'action ne s'égare pas avec de multiples personnages secondaires. Infirmière puis responsable d'un service, Eileen est une femme dévouée et tendre et son couple va plutôt bien, enfin pas mal, pas trop mal. C'est encore un tableau du XXème Siècle que nous dévoile l'auteur. Mais le temps passant certaines failles s'élargissent, Eileen accepte mal certains changements sociaux et la maison qu'elle veut quitter symbolise bien le quartier dont elle redoute maintenant le métissage. Ed, work-addict à ses recherches, semble s'isoler chaque jour davantage. Jusqu'où? Et quelle enfance, quelle adolescence pour leur fils? La société américaine y est décrite justement sans mépris ni gloriole, elle qui est si facile à vilipender. Pas de personnage répulsif dans Nous ne sommes pas nous-mêmes, pas de passions dévorantes, juste la vie.

                              Un livre qui exige de ses lecteurs, sans être aride le moins du monde, de se fabriquer leur propre idée sur l'existence de cette famille américaine, presque atypique dans sa modestie et son labeur. Oh vous y trouverez du base-ball et quelques housewives, mais ni le sport ni l'aliénation si fréquente dans cette littérature d'un pays dont on aime à se gausser, ne vampirisent l'intrigue, longue de six décennies de vita americana.

                              Le producteur Scott Rudin (les films de Wes Anderson ou des frères Coen) a acquis les droits. A voir. Merci encore à Babelio de m'avoir permis par le biais de Masse Critique de découvrir ce très bon roman un poil trop long, juste un poil. Un beau lien que je vous conseille plutôt après le livre: L'écrivain américain Matthew Thomas / France Inter

 

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05 février 2015

La poésie du jeudi, Victor Segalen

Poésie du jeudi

                             Victor Segalen, né et mort dans le Finistère (1878-1919), a pourtant bien bourlingué. Médecin de la Marine, poète, romancier, Polynésie et surtout Chine ont eu une très grande influence sur son oeuvre. J'aime beaucoup ce poème qui évoque une sirène peut-être, une aquafemme oserai-je, insaisissable...

Mon amante a les vertus de l'eau

Mon amante a les vertus de l'eau:

un sourire clair, des gestes coulants,

une voix pure et chantant goutte à goutte.

 

Et quand parfois, malgré moi -

du feu passe dans mon regard,

elle sait comment on l'attise en frémissant:

eau jetée sur les charbons rouges.

Mon eau vive, la voici répandue, toute, sur la terre!

Elle glisse, elle me fuit; -

et j'ai soif, et je cours après elle.

sEGALEN

De mes mains je fais une coupe.

De mes deux mains je l'étanche avec ivresse,

je l'étreins, je la porte à mes lèvres:

Et j'avale une poignée de boue.

Victor Segalen (Stèles)

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04 février 2015

Il est Charlie

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                                       Il est Charlie, aborigène mal dans sa peau, pas bien dans la banlieue de Darwin, capitale du Territoire du Nord australien, sa communauté se délabre et il ne reconnait même plus son bush. Le scénario est de Charlie lui-même, enfin, son interprète David Gulpilil, qui sait ce dont il parle. Tracasseries policières, alcoolisme et rares discussions avec ses congénères plus très jeunes non plus. Il est "mal-bouffant", Charlie, et son estomac fait grise mine. Il n'y a plus grand chose qui tourne rond en son outback océanien.

                                       Il est Charlie mais conserve une conscience quoiqu'un peu floue. Il en a marre,Charlie, qu'on lui pique sa lance et ses racines. Il est fatigué, Charlie, il a trop fumé, Charlie, c'est l'hosto qui le guette. Il est Charlie, membre d'une communauté qui, si elle évolue disparait, et qui, si elle n'évolue pas , disparait.

                                       Il est Charlie, mais il faut qu'il sache, Charlie, que ce n'est pas uniquement la faute des autres, et que la notion même de tribu, il a parfois contribué à la galvauder. Gnole et ganja, pas le meilleur pour la clairvoyance. Oui,Ce blog essaie de lutter à sa très modeste mesure contre les simplismes (ça s'appelle un aparté). L'acteur David Gulpilil est une icône,un leader en son pays, ancien danseur, ancien pisteur, déjà dans La dernière vague de Peter Weir en 1977 et dans Crocodile Dundee, deux pôles pour le moins différents du cinéma australien.

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                                      Il est Charlie, avec étonnament au moins un très beau souvenir. Avoir dansé là-bas tout au Sud devant l'Union Jack et le chef de l'état australien pour l'inauguration de Sydney. Vous connaissez tous le chef de l'état australien. Curieusement il a aimé faire ça. Comme quoi rien n'est si simple et la fierté multiple. Il est Charlie, un très bon film, du  Hollando-australien Rolf de Heer à peu près ignoré de tous. Il est Charlie, un film que j'ai vu la première fois seul dans la salle, un peu Charlie moi aussi. La seconde fois lors d'un ciné-débat les gens sont venus, pas la foule, mais cela a permis des échanges intéressants. Je les en remercie.

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02 février 2015

Et rond, et rond, petit Patagon

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                               Ca ne fait pas de mal de retourner de temps en temps en Amérique Latine sous la houlette de gens comme Coloane ou Sepulveda car les institutions Garcia Marquez ou Vargas Llosa ne sont pas pour moi. Moi j'aime l'Amérique du Sud des camions,des rafiots et des coucous brinquebalants. Des gargotes avec hamacs effilochés et ventilateurs pourris. Des bières même pas fraîches et de l'agneau des estancias qu'on appelle l'asado. Dans ce récit court de 168 pages on est servi pour ce genre d'aventures. L'auteur chilien, un fameux raconteur, part d'une promesse faite à son grand-père de revoir un jour son village andalou pour un périple agité et parsemé de belles et de mauvaises rencontres.

                             Parmi les mauvaises, on s'en doute, Le neveu d'Amérique croise quelques geôles de bon aloi à une époque où la valeur dictature se portait encore bien. Temps béni d'un mal identifiable mais ne nous égarons pas car l'intérêt du récit est tout autre. Dans tous ces personnages baroques et somptueux, grandiloquents et grotesques, qu'on croirait parfois sortis d'une bande dessinée. Le concours de mensonges en est un bel exemple, dont le vainqueur semble être un voyageur ayant déposé délicatement un pou pour alléger sa monture lors d'un rude passage dans la Cordillère, quitte à le reprendre au retour.J'sais pas si c'est vrai...

                             Patagonie, Grand Sud, icebergs et la tombe de Panchito,un gamin infirme, mort de chagrin parce que son ami dauphin joueur, un printemps, n'est plus revenu, probablement victime d'un "bateau-usine russe, un de ces assassins des mers". Portrait de Carlos, aviateur fou de Saint-Ex et du Baron Rouge, amené à transporter le cadavre d'un aristocrate argentin dans son Pipper, sous la menace de ses hommes de main. Longues discussions avinées avec l'Anglais voyageur Bruce Chatwin en particulier sur le souvenir des célèbres Robert LeRoy Parker et Harry Alonzo Longabaugh, tumultueux individus ayant peut-être fini leurs jours dans ces coins perdus du continent sud-américain. De cela on n'est pas sûr, d'autres sources chagrines ramènent Butch Cassidy et le Kid, car c'étaient eux, mourir en Amérique du Nord. Forcément moins bien.

                          Quel baratineur de Don Luis Sepulveda, s'il croit que je vais gober tout ça et prendre ses histoires pour cruzeiro ou bolivar comptant... Son militantisme et son anarchie ne sont pas ce que je préfère. Mais qu'est-ce que je m'en fous et qu'est-ce que j'ai aimé ce tissu de vrai faux. De la belle littérature qui donne envie de prendre le Patagonia Express (titre original), puis de monter en selle pour le premier bordel andin et de mettre les voiles aux confins. Le Bison qui traîne souvent dans les parages sera sûrement arrivé avant moi. http://leranchsansnom.free.fr/?p=5544 Dominique est partante aussi Le bout du bout du monde - Luis Sepúlveda


31 janvier 2015

Les plumes...by Asphodèle: Aventures d'un las si (lacis)

 Vingt-six mots dans le bissac asphodélien cette semaine pour éprouver notre imagination: temps-lire-ténacité-sidération-tour (nom masculin)-regrets-déchirer-malgré-silence-bancal-résilience-pourquoi-aquarelle-fardeau-parenthèse-vide-rire-envol-vie-conscience-coeur-douleur-scintiller-symphonie-scène-sinueux.

Les plumes

                                Quitter la scène est parfois tentant,mais songeant au long silence qui régnerait au bout d'une semaine et demi, j'en ai toujours soigneusement procastiné l'idée même.

                                Car l'après n'est tout de même guère sûr et si la vie n'a été qu'une parenthèse rarement enchantée, si les pourquoi furent nombreux sans solution, si le paquebot de la ténacité m'a laissé parfois sur le quai, si j'ai su charger des épaules proches d'un fardeau que j'aurais dû au moins diviser le temps d'une escale, si j'ai souvent passé mon tour au bal où l'on danse tous si mal, si de l'envol des oiseaux de mon enfance, deux petites soeurs, je n'ai jamais su combler le vide, à peine amoindrir la douleur, si des regrets scintillent de moins en moins au rideau cramoisi et déchiré de mes carnets de moleskine, aquarelles de mots meurtrissures et de vindictes pitoyables qui me mettraient presque le coeur à rire, d'un rire obscène que vous n'aimerez pas, symphonie macabre, quand la conscience est grimace et la résilience impasse, si d'une démarche bancale ainsi exposée et malgré ses sinueux S.O.S. serpentant susurrant un pardon, si donc ces lignes étaient ici ou là, lues et un peu aimées, sidération serait ainsi mon lot. Si.

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28 janvier 2015

Etranger, puis intéressé

                                            Etranger, je suis resté tout à fait étranger à ces neuf Nouvelles de J.D.Salinger, à toutes les nouvelles de ce recueil. Et ça c'est rare, souvent il y a bien deux ou trois textes à sauver, émus, amusés, troublés que l'on a été à la lecture de ces courts métrages. J'en arrive à douter même de L'attrape-coeurs que j'ai tant aimé mais il y a si longtemps et j'avais, en quelque sorte, l'âge du rôle. J'ai pourtant lu des avis très favorables sur ces histoires écrites vers 1950. Quelques titres qui, sous couvert d'un certain surréalisme revendiqué, m'ont rendu perplexe dès l'abord. Un jour rêvé pour le poisson-banane (le plus célèbre, publié dans le New Yorker en 48), Oncle déglingué au Connecticut, Juste avant la guerre avec les Esquimaux, Pour Esmé, avec amour et abjection. A la perplexité a succédé l'interrogation,, perdu que j'étais dans ce no reader's land où je sombrais. Je vins finalement à bout de l'intégralité de Nouvelles, ce qui ne signifie pas que je vins vraiment à bout de ma lecture. Si quelqu'un  possède quelque part les clefs....

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                                    Le statut de livre culte est également clamé qur la quatrème de couv d'un livre découvert par mon cher ami hasard, datant de quelques années plus tard, d'un certain John Knowles que de toute ma hauteur j'ignorais jusque là magistralement. Sans être vraiment intronisé je fus cependant moins étranger à cette oeuvre sensible et originale. Une paix séparée c'est un été 1942, un internat dans le New Hampshire. Ils ont tous l’énergie, l’insouciance et les pulsions de leurs seize ans, et un héros, Phineas, plein de grâce et de fantaisie, indiscipliné, casse-cou, irrésistible. Alors que la guerre se précise pour l'Amérique Gene subit l'influence de Phineas.

Une paix

                                 Rien à voir avec par exemple Musil et Les désarrois de l'élève Toerless. On n'est pas avec Une paix séparée dans l'humiliation ou une sorte de sado-masochisme assez attendu dans ce type de roman un peu initiatique. C'est finement analysé et le culte du sport et de la confrérie, très américain, ne mène pas obligatoirement au conformisme. Le souvenir que j'aurai de ce roman, intéressant et si méconnu en France, tournera plutôt autour de l'arbre sur la rivière, lieu d'un accident détonateur pour les deux jeunes gens, et de la guerre, lointaine et grondante, dont les élèves de Devon School sentent les prémices,chacun à sa manière, sachant que leur adolescence se meurt dans le tumulte des exercices de préparation militaire. Un film en fut tiré dans les années 70, à ma connaissance jamais sorti en France.

 

                                

                       

 

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25 janvier 2015

Pas prochainement sur cet écran

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                                     Père Noël m'a apporté ce beau livre nanti d'affiches étonnantes que vous ne risquez pas de trouver. Une cinquantaine de films esquissés, parfois bien avancés, ayant explosé en vol, souvent ahurissants. Le casting de ces ratages est hallucinant et les projets avortés ont peut-être bien fait d'avorter. Je ne vais pas faire la liste simplement vous dire que vous avez échappé ou vous avez manqué,c'est selon, à une histoire de Girafes avec salades sur le dos des chevaux, comprenne qui pourra de toute façon avec Dali et les Marx Brothers.

Giraffes

                                   Mais aussi au Retour de St. Helen de Chaplin avec le thème d'un double de Napoléon, vaguement précurseur  du Dictateur. Ou le très heureusement mort même pas né Brazzaville, envisagé par la Warner, sequel de Casablanca. Please,don't play it again. Un Jésus de Dreyer, un Kaleidoscope d'Hitchcock...

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                                   Un peu plus récemment et sur lesquels il y a davantage de documents citons Leningrad 900 jours de Sergio Leone, Le voyage de Mastorna de Fellini,le Napoléon de Kubrick. Le Megalopolis de Coppola. Et puis on retrouve les spécialistes des films impossibles, Orson Welles naguère ou Terry Gilliam aujourd'hui. Les raisons des pelliculae interruptae (cherchez pas, pure invention du génial créateur de ce blog) sont essentiellement les budgets, les abus d'abus divers, Peckinpah par exemple, la santé mentale de certains comme Peter Sellers pour les ultimes aventures de la Panthère rose, la grande faucheuse.

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                                   L'important c'est d'avoir rêvé. Les plus beaux projets sont ceux qui n'aboutissent pas. Ils conservent ainsi l'éventualité du génie. Un peu, toutes proportions gardées, comme le roman que j'essaie d'écrire et qui m'échappe depuis des décennies. Le plus somptueux, et là je suis sérieux, est dans l'iconographie de Les plus grands films que vous ne verrez jamais. Ces affiches magnifiques de designers contemporains sont de vrais bonheurs. Et si les films sont invisibles les affiches, elles, sont bien belles à voir.

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P.S. A propos de ces affiches il va de soi que si quelqu'un venait à être lésé ces photos seraient sur le champ supprimées de cet article.

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22 janvier 2015

La poésie du jeudi, Paul Eluard

Poésie du jeudi

                                Elle et moi, c'est vrai, je l'avoue. Vous vous en doutiez bien un peu? Mais avant de me condamner laissez-moi vous expliquer.J'ai des circonstances atténuantes.

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                                  Elle...c'est la Poésie. Non mais! Qu'est-ce que vous croyiez?                

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19 janvier 2015

Des chiffres et des lettres

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                                  Un exploit pour ce livre de la très fine Yoko Ogawa (voir Les abeilles Bzzz bref mais troublant ), m'avoir intéressé aux mathématiques. Une aide ménagère travaille auprès d'un ancien professeur de mathématiques dont la mémoire se borne aux 80 dernières minutes à la suite d'un accident de la route. En compagnie de son fils Root, ainsi surnommé par le professeur à cause de son crâne plat comme le signe de la racine carrée (square root en anglais), elle découvre peu à peu, par l'entremise du professeur, la beauté des nombres et les relations inattendues qui existent entre les mathématiques et la vie concrète. C'est une femme modeste qui devient plus ouverte notamment au fait que les nombres peuvent unir des individus. Le lien professionnel entre le professeur et son aide ménagère se transforme : elle développe alors avec lui un lien amical fort malgré la santé vacillante de l'ancien enseignant.

                               Tout en douceur et en caractère malgré tout ces trois personnages sont magnifiques et pour tout dire assez inimaginables dans notre monde occidental. Le vieux professeur à la mémoire si volatile est un poète des chiffres et un spécialiste des problèmes mathématiques qu'il résout dans les journaux sans même penser à en toucher les primes. La formule préférée du professeur jongle si joliment avec les nombres premiers et les nombres parfaits, dont 99% me sont absolument étrangers, avec les logarithmes et les racines carrées qu'on a l'impresssion de les voir danser dans les nuages comme dans un film de Miyazaki. Magique comme une ardoise de notre enfance.

                               Mais le professeur a une autre passion qu'il relie aisément à la première, celle du base-ball, sport très prisé dans l'Empire du Soleil Levant. Il en est resté à ses joueurs fétiches d'antan bien sûr, et collectionne les cartes du championnat comme mon petit-fils les Pokemon, en plus soigneux. Et c'est délicieux de lire ses statistiques sur le temps moyen d'un lancer, le taux de réussite de tel joueur. Pourtant le base-ball est un sport particulièrement hermétique aux profanes. Mais la plume de Yoko Ogawa est si légère qu'on s'immisce volontiers dans le tendre trio. Root, gamin déluré et finaud, et qui n'a pas connu son père, progresse aux côtés du professeur et semble très heureux de ce grand-père de substitution. Bien sûr il est un peu lunaire ce vieux monsieur avec ses amis chiffres et nombres. Bien sûr il faut un peu d'attention pour ne pas perdre patience devant ses questions réitérées et oubliées le lendemain. Mais on dirait une famille...

                             Très jolie et très cohérente aussi la description des taches ménagères, repassage et pliage à la perfection, ou cuisine imaginative, qu'exécute la maman de Root. C'est une belle leçon d'humanité, sans pédagogie assommante, tout en charmes minuscules, que La formule préférée du professeur. Je les ai aimés,ces trois là.

                          

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