11 décembre 2014

La poésie du jeudi, Anatole France

Poésie du jeudi 

                                       Extrait du recueil Poèmes dorés,un sonnet de facture très classique. Triste sort de ce gallinacé. Dans ce même ouvrage plutôt bucolique, Les cerfs, Les sapins,Le chêne abandonné.

La perdrix

Hélas ! celle qui, jeune en la belle saison,

Causa dans les blés verts une ardente querelle

Et suivit le vainqueur ensanglanté pour elle,

La compagne au bon cœur qui bâtit la maison

 

Et nourrit les petits aux jours de la moisson,

Vois : les chiens ont forcé sa retraite infidèle.

C'est en vain qu'elle fuit dans l'air à tire-d'aile,

Le plomb fait dans sa chair passer le grand frisson.

LES

Son sang pur de couveuse à la chaleur divine

Sur son corps déchiré mouille sa plume fine.

Elle tournoie et tombe entre les joncs épais.

 

Dans les joncs, à l'abri de l'épagneul qui flaire,

Triste, s'enveloppant de silence et de paix,

Ayant fini d'aimer, elle meurt sans colère.

Anatole France (1844-1924, Poèmes dorés)

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09 décembre 2014

B.D.Blues

Love in vain

                                           Je l'ai déjà dit, je lis peu de B.D. Mais celle-là pas question de la rater, vous pensez bien. J'ai mis longtemps avant de l'obtenir d'une petite librairie indé, j'ai patienté tant pour la libraire que pour moi, étant donné que j'ai presque renoncé à ces commandes d'un clic que je n'ai que trop utilisées. Mais quel bel album, tant le fond que la forme me ravissent. Mezzo et Dupont nous livrent un objet d'art d'une incroyable beauté plastique qui mérite de plaire bien au-delà des amateurs de blues et de l'histoire de Tin Pan Alley dont vous savez l'importance qu'elle a pour moi.

Love-in-vain-45

                                               Robert Johnson (1911-1938) fut l'un des premiers météores de la musique américaine qui me préoccupe depuis toujours. Love in vain est le titre d'une de ses plus célèbres chansons (merci aux Stones et à Clapton).  Plongée en noir et blanc dans le Mississippi des années trente, les cadres très cinématographiques  nous jettent sur les routes souvent brutales de ce Sud aux accents à peine sortis de l'esclavage et de la sécession. Venez avec moi dans ces bastringues, ces juke joints, ces honky tonk témoins de la genèse de ces blues historiques qui en général n'ont rapporté que des horions et quelques cuites à leurs auteurs. Méfiez-vous, vous avez certainement entendu parler de certains carrefours, de ces Crossroads où le diable recrute des musiciens. Tous ces bluesmen, c'est sûr, ont peu à voir avec les anges du ciel même s'ils prennent souvent God à témoin. Robert Johnson à très peu enregistré. A défaut de Lucifer un mari jaloux lui aura probablement administré un bouillon de 11 heures à base de poisson-chat faisandé sorti d'un grigri bag des bayous, vous savez, ces délices cajuns à vous expédier ad patres.

                                               Gommeux, nanti de son costume rayé, Robert Johnson pique aux plus vieux que lui un riff ici, un arpège là, avant d'être lui-même pillé puis oublié jusqu'à ce que des gamins de la vieille Angleterre ne déterrent moralement son cadavre pour le porter aux nues. Jeu, alcool, cocaïne, coups et blessures, voies de fait sur les femmes, ces gars là étaient des voyous, mais capables de vous faire tutoyer les étoiles. Love in vain, l'album, est un incunable à peine sorti des presses. Quoi, vous n'êtes guère porté sur les douze mesures I-IV-V? Cet album est quand même pour vous, comme un doc historique, une passionnante virée dans l'Amérique encore rurale, souvent teigneuse et prompte à tresser une corde dès qu'il y a un bel arbre assez résistant.

 

                                                Une chose encore, quelques chansons ont leurs paroles et leur traduction transcrites à la fin du livre, chacune illustrée par une planche grand format. Dont Love in vain que je vous propose aussi. Somptueux.

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07 décembre 2014

Taylor et les haricots magiques

haricot

                                          Le plaisir est trimestriel avec Valentyne, celui de commenter une lecture commune. Nous avions choisi le premier livre de Brabara Kingsolver, L'arbre aux haricots, paru aux U.S.A. en 1988. L’arbre aux haricots – Barbara Kingsolver Trois états américains constituent notre périple avec Taylor Greer qui ne tient pas à finir ses jours dans ce coin paumé du Kentucky et qui décide de mettre cap à l'ouest si sa vieille guimbarde veut bien y mettre un peu du sien. Taylor n'est d'ailleurs pas son prénom mais quitte à changer de vie...

                                         Sur un parking d'un motel d'Oklahoma, et là on mesure la poésie des lieux, une femme dépose dans la voiture de Taylor une toute petite fille indienne et disparaît.Taylor ne condamne pas cette femme, acculée probablement à l'irrémédiable, car la petite est en piteux état, et il faudra du temps pour que cette enfant qu'elle a prénommée Turtle s'éveille. Et c'est en Arizona qu'elle rencontre Lou Ann, jeune maman elle aussi et dont le mari Angel vient de partir. Deux solitudes vont ainsi s'épauler et c'est le sens premier de ce chemin commun, deux volontés, deux mères, deux femmes pour un roman peu pourvu sur le plan masculin. A croire que Barbara Kingsolver l'a voulu ainsi.

                                         Mais j'exagère, à travers le symbole de L'arbre aux haricots de ce coin du Sud brûlant, l'auteur donne comme une belle leçon plutôt optimiste, un brin forcée quant à moi, mais bien sympathique. Lou Ann et Taylor savent se battre contre les conventions et les préjugés et avec l'aide d'un couple de réfugiés guatémaltèques, Estevan et Esperanza  et de la brave Mattie, garagiste de son état et qui rechape les pneus plus vite que son ombre. Nécessité dans ces bleds où les voitures sont souvent loin de satisfaire au contrôle technique. A ainsi empoigner la vie le sort des deux familles s'améliore et même l'administration semble coopérer quant à l'adoption de Turtle. Et à cette petite on découvre un don pour la botanique et le vocabulaire.En bref j'ai trouvé à cet Arbre aux haricots un vrai charme, une récréation un tout petit peu appliquée, mais à l'ombre duquel on passe un heureux moment de lecture.

P.S. Merci à Asphodèle pour la PAL en selle, nouvelle bannière.  

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05 décembre 2014

Automne meurtrier dans l'archipel

Constellation d'Adrien Bosc

                                   En partenariat avec Price Minister que je remercie, une belle lecture que cette sorte de musique de chambre, discrète et concrète, sur le destin foudroyé de 48 personnes parmi lesquelles et seulement parmi lesquelles Marcel Cerdan et la pianiste célèbre Ginette Neveu. Adrien Bosc, récompensé par différents prix, je ne suis pas ça de trop près, alterne la dramatique trajectoire du tout récent Lockheed Constellation F-BAZN d'Orly aux Açores, en cette fin octobre 1949, et des éléments disparates qui ont amené les 37 passagers à prendre ce vol. C'était un temps où l'on ne volait pas encore si souvent, à moins d'être un pro ou une star, aussi l'auteur met-il presque au même niveau les modestes bergers basques et le sportif adulé, l'homme d'affaires fortuné et la jeune fille dépressive. Il n'est de vrai que la vie, la vie de chacun.

                                   Dans Constellation l'auteur a su très bien saisir cette époque et collecter les hasards de la vie, la vie au petit bonheur la chance, celle d'une petite bobineuse de Mulhouse brusquement héritière industrielle à Detroit. Celle aussi d'un important collaborateur de Walt Disney qui fut en quelque sorte l'inventeur du merchandising. La Roche Tarpéienne est décidément bien proche du Capitole. Adrien Bosc a tenu à se rendre sur le Mont Redondo, qui plus est  à la date anniversaire précise de la catastrophe. Cela donne un récit qu'on pourrait qualifier de choral si l'adjectif n'était parfois galvaudé.

                                   Et puis il y a les faits, techniques, précis dans toute leur sécheresse, climatologique, mathématique. Sans s'apesantir et en quelques 200 pages voilà un auteur qui a su m'investir dans cette histoire tragique, par ailleurs banale et que résument bien ces quelques lignes dès la deuxième ou troisième page: "Sur le carreau, les deux jeunes époux, Edith et Philip Newton, de retour de leur lune de miel, faisaient les frais de la priorité de la célébrité..." Décidément la vie ne vaut rien même si rien ne vaut la vie. Parfois tenant du dérisoire comme de l'essentiel, de l'anecdotique comme du fondamental, Constellation est un très bon roman où rien n'est grandiose mais où tout est vital.

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04 décembre 2014

Je tiens à ce que vous sachiez que je n'ai pas grand-chose à dire

                               Trois lignes sur quelques heures d'ennui. Jim Harrison, objet d'un culte ici en France que j'ai souvent trouvé exagéré, m'a deux fois pesé lors des deux novellas de Nageur de rivière. Ni le sexagénaire sur le retour près de sa soeur et de sa mère, ni ce jeune homme si bon nageur mais qui m'a semblé brasser du vent ne m'ont intéressé. Je laisse ce vieux Jim à ses lauriers.

nageur

                              Ismet Prcic, Bosniaque émigré en Amérique, est loin de m'avoir fait rêver avec California dream. Le Point en écrivait ceci, tenez-vous bien, "Fougueux comme un film de Kusturica, inventif comme le Philip Roth de la grande époque et déchirant comme une complainte de Tom Waits". Grand emballement aussi outre-Atlantique. Quant à moi je l'ai lu cet été et je ne m'en souviens plus.

California-dream-Ismet-Prcic1

                                 J'ai tenté L'expérience Oregon, autre état de l'Ouest, mais décidément ce voyage là non plus ne m'a pas régalé. Keith Scribner envoie un couple tout là-haut au Nord-Ouest, pour un séjour au sein d'un milieu antimondialiste et écologique. Tout cela sur un ton prêchi-prêcha, sans finesse et sans intérêt. Comme toujours ces mots n'expriment que mon opinion.

experience-oregon-keith-scribner

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29 novembre 2014

Six cordes, vingt-quatre images/4/Rio Bravo

 riobravo1

                                                                                    Ricky Nelson à la guitare, Walter Brennan à l'harmonica, Dean Martin à la bouteille et John Wayne à la John Wayne. Le westernissime western de Howard Hawks, les coups de feu y sont plus fréquents que les arpèges, et de meilleure qualité. Un peu au loin les trompettes jouent Deguello en attendant l'attaque du bureau du sheriff. Que serait une vie de cinéphile sans Rio Bravo? Que serait l'histoire sans la rédemption du Dude (Dean Martin)? Que serait l'Ouest sans Mon fusil, mon cheval et moi?

Rio Bravo, Howard Hawks, 1959, John Wayne, Dean Martin,Ricky Nelson, Walter Brennan, Angie Dickinson

 

 

 

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27 novembre 2014

La poésie du jeudi, Gérard de Nerval

 Poésie du jeudi

                                        Je reviens à mon Gérard, mon pays d'Oise et de forêts, d'étangs et de biches. Il avait le vin gai, mon Gérard. Mon Gérard qu'as-tu fait là? Gérard, Gérard! Gérard, souviens-toi, nos frondaisons valoises, Sylvie, et la flèche de Senlis, là-bas, chez nous, avant que nous soyons veufs et inconsolés.

Gaieté

Petit piqueton de Mareuil,

Plus clairet qu’un vin d’Argenteuil,

Que ta saveur est souveraine !

Les Romains ne t’ont pas compris

Lorsqu’habitant l’ancien Paris

Ils te préféraient le Surène.

Ta liqueur rose, ô joli vin !

Semble faite du sang divin

De quelque nymphe bocagère ;

Tu perles au bord désiré

D’un verre à côtes, coloré

Par les teintes de la fougère.

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Tu me guéris pendant l’été

De la soif qu’un vin plus vanté

M’avait laissé depuis la veille ;

Ton goût suret, mais doux aussi,

Happant mon palais épaissi,

Me rafraîchit quand je m’éveille.

Eh quoi ! si gai dès le matin,

Je foule d’un pied incertain

Le sentier où verdit ton pampre !…

-Et je n’ai pas de Richelet

Pour finir ce docte couplet…

Et trouver une rime en ampre.

Gérard de Nerval

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24 novembre 2014

Ta guérison, ma déraison

VALLEJO    

                                          François Vallejo, dont j'ai jadis apprécié Ouest, a réussi avec Fleur et sang un excellent roman à double lecture, dont les héros sont deux médecins, l'un médecin apothicaire dans la France de Louis XIV, l'autre chirurgien cardio à notre époque. Un côté plutôt fleur, un côté plutôt sang. Vu ainsi ça ne nous éclaire pas beaucoup. Les deux  histoires sont indépendantes et cependant tout à fait en résonance. Dans une paroisse de Touraine, le jeune Urbain Delatour, élève de son père à son corps défendant, observe les relations complexes que son père, chirurgien et apothicaire, entretient avec le maître des lieux, seigneur de Montchevreuil. Suite à la disparition de ce dernier c'est sa fille unique qui règne, que maître Delatour est mystérieusement le seul à pouvoir raisonner. Le jeune Urbain, lui, est sous le coup d'une certaine attraction-répulsion envers elle, pourtant dotée d'un physique hors norme.

                                          Trois siècles plus tard, Etienne Delatour, interne à Tours, tombe amoureux d'une jeune fille affligée d'une légère claudication mais terriblement séduisante. Là aussi importance de la différence, y compris physique, traitée très joliment par l'auteur. Quel sera le poids exact d'Irène de Saint-Aubin dans la vie d'Etienne, devenu brillant cardiologue, parfois contesté? A travers ce portrait d'un homme très complexe et indéfinissable ce n'est que bien des années plus tard que la véritable nature de leur relation se précisera mais il faut convenir que très habilement François Vallejo laisse l'ambiguité régner. Beau roman sur la manipulation dans les deux cas, tant on hésitera à prendre parti. C'est un de  ces romans qui laisse le lecteur diriger sa barque, il y a bien des écueils, et l'on ne saisira jamais l'essence intégrale des deux médecins d'Ancien Régime, le père notamment échappant à trop de sanctification, pas plus que l'on ne se prononcera sur la sincérité/duplicité d'Etienne.

                                           Vallejo est un écrivain très fin, qui refuse les facilités, mais qui honore la littérature française, ce qui empêche probablement de plus grands tirages. J'encourage à découvrir, tant Ouest que Fleur et sang, et bien d'autres romans encore. Le titre de cet article est emprunté au livre,phrase plusieurs fois prononcée par Etienne Delatour s'adressant au patient. Très troublant.

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22 novembre 2014

Les plumes...by Asphodèle: Le faussaire et le plagiaire

                          La nuit portant conseil Asphodèle nous propose ce qui suit; 26 mots dont deux peuvent être retranchés, suivant la règle du jeu: vol-chat-transfigurer-chauve-blanc-solitude-silence-matin-se ressourcer-ivresse-ténébreux-épuisement-insomnie-étoilé-fête-rêver-sommeil-voyage-chanson-fesse-recommencement-voluptueux-sarabande-passeur-prologue-papillon. Merci Aspho.

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                                           Vol de nuit s'était crashé de la bibliothèque et les pages en étaient explosées. Où était la boîte noire afin d'essayer de le reconstituer? Ce n'était pas tout, les Contes du Chat Perché ne l'étaient plus du tout, perché, noyé dans la gamelle de mon chien Croc-Blanc. Rayon polars, guère mieux, les deux Ray (La grand sommeil, La solitude est un cercueil de verre) s'étaient fait la belle. Foutredieu,plus de trace du fameux Voyage du Dr. Destouches, l'avais-je seulement consulté sérieusement? Et que dire de la poésie? Ni La bonne chanson, ni Les fêtes galantes du buveur d'absinthe ne donnaient signe de vie. Autodafé de ma pléiade à moi. Nuit de cristal de mes auteurs.

                                           Au moins les classiques m'étaient restés fidèles, me pris-je à rêver. Hélas, déshonoré, Balzac , Une ténébreuse affaire, porté disparu. Et d'autres, moins étoilés certes, un Papillon s'était lui aussi trissé, était-ce donc le bagne sur mes étagères? O, livres, Un turbulent silence m'étreint en ce matin, auquel embôite le pas bien vite la terreur d'un recommencement de type auditif . Mes galettes? Mes galettes?

                                           Enfer et damnation!  Pas plus de Nuit sur le Mont Chauve que de Nuit transfigurée, plus le moindre prélude d'un wagnerien prologue, la Sarabande luciférienne continuait, m'entraînant, voluptueuse à force d'être odieuse, vers des abymes-abysses d'insomnies et d'épuisement. La maudissais-je, cette nuit asphodélienne venant de chez quelqu'un chez qui j'avais tant aimé me ressourcer, en son accueil si souvent pourvoyeur de tendres ivresses, et passeur de bien belles émotions.

 

                                                                               Quelques mots, bien qu'un texte n'en ait normalement nul besoin. Le titre m'est venu très vite, conscient de la manière cavalière et contestable dont j'ai traité le sujet cette semaine. Abus de name-dropping (quelle hérésie d'écrire ça), emprunts innombrables frisant la forfaiture. Je tiens à remercier mes collaborateurs sans qui je ne serais pas ici ce soir. Par ordre d'entrée en scène, Antoine de Saint-Exupéry, Marcel Aymé,Jack London, Raymond Chandler, Ray Bradbury, Louis-Ferdinand Céline, Paul Verlaine, Honoré de Balzac, Henri Charrière, André Brink, Modeste Moussorgsky, Arnold Schönberg, Georg-Friedrich Haendel. Enfin j'ai considéré la fesse comme insignifiance et je vous demande de n'en rien déduire. Et surtout, surtout, je remercie encore une fois Asphodèle qui permet à mes délires de s'exprimer dans le beau cadre de nos si chères Plumes

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20 novembre 2014

La jeune femme à Hopper

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                                     Expérimental, radical, avant-gardiste, susceptible d'un ennui mortel chez les rares spectateurs. C'est un point de vue,ce n'est pas le mien. Une seule fois avant ce film peinture et cinéma avaient véritablement fusionné. C'était le film polonais Breughel, le moulin et la croix. Edward Hopper d'ailleurs, c'était déjà des cadrages, du cinéma, une mise en scène. On sait que Hitchcock par exemple avait subi l'influence du peintre hyperréaliste. Plus près de nous Jim Jarmusch aussi. Motels glaciaux, décoration minime et à donner des envies de noyade, Hopper n'est pas précisément hilarant.

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                                        Reconstituant avec soin 13 tableaux de Hopper l'Autrichien Gustav Deutsch plonge le spectateur dans l’atmosphère des Etats-Unis du début des années 1930 jusqu'aux années 60, guidé par la voix pensive de Shirley et par les informations diffusées sur les radios de l’époque. Puis les tableaux s'enchaînent, évolution de l'oeuvre de Hopper en même temps que chronologie américaine. C'est un peu étrange mais personnellement, très attiré par l'Amérique de cette époque, j'ai senti sourdre une certaine émotion, une braise sous la glace.

                                        Shirley, actrice d'avant-garde, ouvreuse de cinéma, secrétaire, jouée par la danseuse Stephanie Cumming, apparaît bien comme une chorégraphie dans ce film très étonnant. Les lieux sont ordinaires, anodins, dérisoires, un bureau, une chambre, un salon, ou encore une salle de cinéma auxquels la lumière fait prendre une dimension énigmatique. La reconstitution est si méticuleuse qu'elle en devient bluffante d'expressivité, costumes, meubles, murs. Un film d'architecte, presque un film de mathématicien, une géométrie haletante malgré le risque de l"exercice de style" un peu vain. A voir, au moins pour voir "autre chose".

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