08 février 2022

Une vie

Masse

513dmwj9rRL

                         Babelio Masse Critique épisode je ne sais plus combien tant notre collaboration est ancienne. Et bon millésime cette fois avec le dernier roman de Dermot Bolger Une arche de lumière. Cet auteur irlandais est l'un des meilleurs contemporains, mais j'en dis autant de Colum McCann, Joseph O'Connor ou Donal Ryan. Années cinquante, Eva est l'héroïne irlandaise, épouse de Freddie, mais qui ne partage pas les idées conservatrices de son mari. Eva reprend sa liberté. Et se consacrera à sa vie personnelle, ce n'est cependant pas un roman que je définirais comme féministe, c'est bien mieux que cela. Francis, le fils d'Eva et Freddie, est homosexuel. En ce temps là, pas facile. Leur fille Hazel, très indépendante, aura besoin de deux mariages pour comprendre sa solitude.

                      On suit Eva du comté de Mayo au Maroc, en passant par l'Espagne et le Kenya qui s'éveille à l'indépendance. C'est un très beau personnage romanesque, un peu inadapté que ce soit à l'Irlande rétrograde (oui, ma chère Irlande a longtemps privilégié l'obscuroté), ou au monde en général. Mais surtout Eva a vraiment existé et Dermot Bolger l'a bien connue. J'ai aimé cette dame mûre, vieillissante, très âgée  et son énergie à vivre au mieux avec ses convictions, qui parvient à ne jamais s'arroger le droit de donner des leçons. Une vie jalonnée de drames terribles, trois horreurs successives.  Mais Eva est une vivante, une opiniatre qui tout au long de son existence, a privilégié sa liberté tout en empathies, difddrentes, avec Franciset Hazel.

                     On sent l'importance qu'a eue dans la vie de Bolger Stella, le modèle qui lui a inspiré le personnage d'Eva. C'est très émouvant et pour tout dire on envie cette relation. Relation déjà évoquée dans Toute la famille sur la jetée du Paradis, que publia l'auteur en 2008, la famille Goold Verschoyle, dont Stella (Eva) est le membre le plus attachant. Les 460 pages d'Une arche de lumière, c'est une odyssée, un voyage "vital" avec ses tristesses infinies, ses moments de joie simple, surtout les rapports d'Eva avec les jeunes générations, sans flatterie ni démagogie. Et la grande complexité des fils qui unissent les êtres humains. 

                     Merci à Babelio, qui m'a parfois éloigné de mes conforts littéraires, et c'est très bien ainsi. Et aux Editions Joelle Losfeld.

Posté par EEGUAB à 08:58 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,


05 février 2022

Tout s'est bien passé

1518766

                       DVDtrafic m'a gentiment envoyé Tout s'est bien passé de François Ozon, qui fit partie de la sélection Cannes 2021. Je ne suis pas l'un des plus grands fans du cinéma d'Ozon à qui je reconnais volontiers une vraie sensibilité et une finesse d'analyse. Le livre d'Emmanuèle Bernheim raconte la fin de son père André Bernheim, le grand esthète collectionneur d'art, qui, victime d'un sévère AVC, demanda à ses filles de l'aider à mourir via la Suisse, qui autorise l'ultime accompagnement. Stéphane Brizé avait abordé le sujet en 2012 dans Quelques heures de printemps, Vincent Lindon emmenant sa mère Hélène Vincent vers le même terminus. 

                     André Dussollier, vieilli d'une douzaine d'années, et quelques prothèses faciales, endosse le rôle de l'octogénaire en fin de vie. Un homme qui ne devait guère être facile. Sophie Marceau et Géraldine Pailhas sont ses deux filles. Pas sûr qu'il les ait aimées enfin, à sa façon. Les familles chez Ozon sont rarement en paix. L'épouse, sculptrice, Charlotte Rampling d'une grande dureté, se tient à distance. Mais la distance entre le mari et la femme est une vieille histoire, beaucoup de rancoeur, bien peu d'amour. Au seuil de la mort il semble découvrir qu'elles existent. Tout s'est bien passé parvient à nous émouvoir, du travail soigné, souvent vraisemblable. Mais à mon sens le propos est un peu desservi par l'intellectualisation des personnages, pour tout dire le côté germanopratin du climat. Non que le questionnement sur la façon d'en finir soit illégitime en ce milieu. Mais cela m'a un peu perturbé.

                     Il faut dire aussi qu'Emmanuèle Bernheim, elle-même morte en 2017, était très proche de Françosi Ozon, et sa coscénariste à plusieurs reprises. Le film est ainsi d'une grande fidélité. Sinon Ozon a réussi à ce que son film reste du côté de la vie, ce qu'il souhaitait, je crois, plus que tout. Et l'humour qui affleure parfois sur quelques scènes m'a semblé bien venu. Le tout d'un grand classicisme, ce qui n'est pas péjoratif. Un peu moins réussi que le précédent opus du metteur en scène Grace à Dieu, tout de même plus aigu. 

(Diaphana Edition Vidéo). "En Blu-Ray, DVD et VOD depuis le 1er février, et en EST depuis le 28 janvier"
 
ttps://www.cinetrafic.fr/film/62471/tout-s-est-bien-passe
le site Internet de l'éditeurson Facebook et son Twitter
 

Posté par EEGUAB à 10:22 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags :

03 février 2022

A propos de plateformes 🎸

                     Auraient-elles du bon? David Crosby, Stephen Stills, Graham Nash et Neil Young se seraient adressé la parole dans leur lutte contre l'une d'entre elles. Pas  de confirmation à propos d'un mail envoyé par Paul Simon à Art Garfunkel. Mais qu'est-ce que je les aime toujours...Nul ne guérit de ses vertes années.

 

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 11:30 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , ,

02 février 2022

Monica

lavventura-antonioni-monica-vitti

                            Parmi les femmes de ma vie cinéphile... J'ai jadis écrit sur la tétralogie L'Avventura, La notte, L'éclipse, Le désert rouge. Admirables. Et donné une conférence sur le cinéaste Antonioni et son actrice. C'était une série (Sternberg/Dietrich, Rossellini/Bergman, Bergman/Ullmann, Cassavetes/Rowlands, Allen/Keaton, Almodovar/Maura). Je crois que Monica reste la plus inoubliable.

 

Posté par EEGUAB à 16:44 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , ,

23 janvier 2022

Chronique d'une tempête annoncée

9782226443144-j 

                        Troisième incursion chez le romancier irlandais, ce huis clos marin est assez impressionnant mais pas pour les raisons que l'on pourrait croire.  Un rivage sud-américain, pas Copacabana, loin de là, côté Pacifique, Colombie, Equateur, Pérou...De toute façon la côte, on la quitte très vite avec Bolivar, modeste pêcheur, qui décide de braver la tempête annoncée. Il a embarqué par défaut le jeune Hector, sans expérience. Ne vous attendez pas à un roman de survie avec action et morceaux de bravoure. Si très vite se lève le grain ce sera pour nous immiscer davantage dans l'esprit de l'homme mur et de l'adolescent, embarqués dans la même galère sans espoir.

                       Tout se passe à bord mais tout se passe surtout dans la tête de l'un et l'autre, avec leurs carences affectives et leurs regrets. Paul Lynch n'écrit qu'en phrases courtes. On dirait qu'il martèle ses mots, fracassant crânes et coeurs. C'est pointu, presque technique, et au bout du compte s'est profilée pour moi une ombre d'ennui pour un livre assez court. La condition de l'homme face à l'autre, face à la nature dans toute sa brutalité, face à Dieu, voilà le viatique de ce roman. Ce décor unique de pleine mer est oppressant et la déraison finira par prendre le pouvoir. Rêves, cauchemars, espoir, désespoir sont le lot tant de Bolivar, longtemps dans l'action, que d'Hector, plus malléable et qui verse dans le fatalisme. Incompréhension réciproque totale. 

                       Mais avaient-ils une vie avant la tragédie, ces deux hommes perdus? Un souvenir féminin tout au plus, rien de très rassurant. Le reste du roman, on le passe dans les méandres psychologiques des personnages. Et pour tout dire, quoique très bien exprimés, ces doutes m'ont laissé de glace. Quant aux souffrances ichtyo et ornithologiques, inhérentes aux récits de haute mer, à déconseiller aux âmes sensibles.  

                      Bolivar regarde les dents jaunies d'Hector, ses yeux enfoncés dans les orbites caves. Il est en train de perdre la tête, pense-t-il. Il est en train de vieillir. Sa figure, là, c'est celle d'un vieillard. Ca, c'est sûr.

                      Vieil amoureux d'Erin comme vous le savez, j'étais plus à l'aise avec Un ciel rouge, le matin ou La neige noire. Mais je reconnais à Paul Lynch un élan pour sortir d'un relatif confort d'écriture. L'éditeur Albin Michel évoque les mânes de Camus ou Hemingway. Il y a de ça.

Posté par EEGUAB à 10:24 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,


18 janvier 2022

Insensible au chant des sirènes, chronique en deux temps à lire jusqu'au bout

Masse

61t3LkIndCL 

                    Babelio, qui n'y est pour rien et que je remercie à nouveau, m'a cette fois emporté dans un no interest's land que seule l'honnêteté m'a conduit à lire jusqu'au bout. Vous intéressez-vous à vingt ans de la vie d'un DJ en ces années 2000? D'Ibiza à Berlin en passant par Rio ou Milan? Avec son cortège de drogues présentées comme relevant de la norme la plus normale, égrené par l'auteur Tom Charbit, en termes qui pour la plupart m'étaient inconnus? Si oui Les sirènes d'Es Vedra méritera peut-être votre visite et ce sera votre droit. Ce sera le mien de ne pas aimer ce roman terriblement branché et froid comme la mort, d'une tristesse assez lamentable. Charbit est céramiste en Ardèche, pourquoi pas? La description du monde de la nuit, enfin la nuit de certains, m'a laissé de marbre. Il faut pour entrer dans un livre un minimum d'empathie avec les personnages. Ca arrive y compris avec des criminels dans les polars par exemple. Et là c'est tellement loin d'être le cas. Toute la première partie revient sur sa vie de zombie de la musique, avec un vocabulaire qui ne m'est pas accessible. Question générationnelle sûrement. 

                 Ca ne s'arrange pas vraiment quand Juan Llosa décide de poser ses valises dans un village cévenol. Et le voilà qui vient en aide au monde rural forcément un peu zadiste, un peu écolo. Ca c'est de l'anticonformisme, n'est-ce pas? Lequel consiste essentiellement à picoler et inhaler. Je n'aime pas du tout non plus la façon dont les relations hommes femmes sont décrites. Il y a beaucoup de romans où je n'aime pas tout. Dans Les sirènes d'Es Vedra je n'aime rien. Leur insulaire chant, je le laisse à qui veut. Ce roman sera prochainement abandonné sur un banc de l'un de mes chers jardins publics. De perché, en littérature, je n'aime que le Corbeau ou le Baron. Comprenne qui pourra, ou qui l'aura lu.  

               Mais je suis injuste. Le double préambule du roman est très bien, quatre lignes de la chanson la plus connue de Woody Guthrie, This land is your land. Et la citation de L'odyssée sur les Sirènes.

P.S. Ces lignes ont été rédigées aux trois quarts du roman. Il se trouve que la dernière partie du livre que je ne divulgâcherai pas, je l'ai trouvée très belle, très émouvante. Les circaètes et les aigles de Bonelli dans le ciel ardéchois. Il fallait que ce soit dit. Un DJ serait donc un être humain. Et le banc public pourrait patienter. 

Posté par EEGUAB à 12:00 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : ,

10 janvier 2022

Le lien

Ce lien

                   Très très bon roman que Ce lien entre nous du jeune auteur américain David Joy. Caroline du Nord, une histoire d'hommes. C'est un coin d'Amérique comme il y en a tant. Avec des bosseurs-chasseurs-buveurs. Pas des mauvais types. Des gars du crû. Darl braconne, comme tout le monde. Ca tourne mal, il tue accidentellement Sissy, vaguement attardé mental, qui lui-même trafique le ginseng, et qu'il avait pris pour un sanglier. Ca n'arrive pas qu'en Caroline du Nord. Il n'a pas beaucoup d'amis, Darl. En fait, que Calvin, qui va l'aider à cacher le corps. Car ça a beau être accidentel, Dwayne, 130 kg de dur, maître es armes à feu, frère aîné de Sissy, qui n'est sentimental qu'au sujet de son petit frère, n'en restera pas là. 

                  Viril et brutal? Pas tant que ça. C'est que David Joy parvient à surprendre en étoffant les personnages de Dwayne, le vengeur, et de Calvin, l'ami. Dwayne est certes peu amène, mais il a sa cohérence, liée au pays, les Appalaches, plus précisément les Blue Ridge Mountains, où pas mal de gens vivent assez retirés et ont l'habitude de faire face, aux ours comme aux hommes. Un pays de chasse et de gâchettes, omniprésentes. Avec la participation de Dieu, lointain et que chacun utilise à son profit, non sans crainte, et des idées de culpabilité et de rédemption. Dans un étonnant entretien avec François Busnel, David Joy répond aux questions avec une arme toute proche, et s'en explique très bien. Il semble vivre dans des conditions proches du livre. Il dit ne manger que la viande qu'il abat lui-même. Je conseille vraiment ce document qui éclaire l'auteur et le livre. 

                  L'ordre public est dans ces contrées plutôt assuré par les citoyens eux-mêmes. La loi du talion y règne en maître.  Et les gens ne quittent guère leur environnement d'enfance. Pourtant des liens, oui. Des liens entre eux. Oh, pas une communauté, plutôt un archipel. Ces types là sont des îles reliées entre elles parfois pour le meilleur, souvent pour le pire. Froid dans le dos. La logique est basique, tuer le mal par le mal. Peu importe que le meurtre soit accidentel. Et enterrer la victime, en douce, moins bien qu'un chien, pourrait être  plus grave encore. 

 

                        

Posté par EEGUAB à 08:27 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,

07 janvier 2022

🎸🎶📚🎬

A la clé

💐

What happens Across the universe?  Nothing gonna change my world. Long ago they changed our world (Lennon, McCartney, Harrison, Starr). 

Posté par EEGUAB à 13:43 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

31 décembre 2021

New Year's Eve

  🎸So this is New Year...💐

Posté par EEGUAB à 21:17 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags :

21 décembre 2021

Caraïbes Connection

 51WWF77Y3HL

                        Les forbans de Cuba, c'est un peu trop long, mais c'est du solide. Simmons  est auteur de SF mais nous livre là un récit d'aventures inspiré de la vie d'Ernest Hemingway à Cuba lors de la Seconde Guerre mondiale. Le plus étonnant est que la plupart des faits sont réels. Papa Hem a beau être connu pour sa grande gueule et son intempérance, il a bel et bien joué plus ou moins bien les espions en 1942 à bord de son bateau. Le célèbre écrivain s'est mis en tête de créer un réseau de contre-espionnage, qu'il baptise lui-même l'Usine à forbans, pour faire obstacle aux activités des nazis dans la mer des Caraïbes. Son cas intéressait d'ailleurs beaucoup le FBI et son célèbre patron J.Edgar Hoover. 

                     C'est qu'il ne se contente pas de pêcher le marlin, d'écluser le whisky et de séduire les filles. Il n'en est alors qu'à sa deuxième épouse, souvent en voyage, ce qui arrange tout le monde. Avec quelques copains de pêche et de beuverie il mène le Pilar un train d'enfer et pas seulement pour se faire photographier avec une belle prise. La plus belle serait pour lui d'arraisonner, voire de détruire un des sous-marins allemands qui pulluleraient dans les Antilles. Dan Simmons, dont je n'ai lu que Terreur, le thriller arctique futuriste, sait raconter une histoire. Et on partage volontiers les aventures hautes en couleurs de ce diable d'homme, un peu compliquées comme tout roman d'espionnage. Ce bon vieux toubib serait-il un agent double? Ou est-ce ce séduisant champion basque  de chistera? A moins que la jolie prostituée cubaine?

                     Alors on vogue dans le sillage d'Ernie. Qu'il est énervant parfois avec sa morgue querelleuse, sa paranoia légendaire, le côté Who's who?, Ingrid Bergman, Gary Cooper, Marlene Dietrich. Et quelle drôle d'éducation donne-t-il à ses enfants, du moins quand ils sont avec lui, plus que libéral sur la consommation d'alcool des mineurs. Mais il y a du souffle dans cette histoire abracadabrante. On prend un peu la gueule de bois, mais somme toute la croisière, agitée, laisse de bons souvenirs. Ne pas trop chercher à démêler les différents services secret, d'espionnage, de contre-espionnage, de sécurité, etc...Ni du côté allemand, ni du côté américain.

Posté par EEGUAB à 09:18 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,