22 décembre 2017

L'Ecrivraquier/15/Giovanni

 L'Ecrivraquier

                              C'est la fin de l'après-midi, peut-être en ce commencement d'hiver, on dirait que ça nordaille, une logique en gris, où les effigies parfois grotesques imposées au coeur de nos villes me donnent un début de nausée alors que sonnera bientôt l'heure des libations et des sourires de circonstance. Je n'ai jamais aimé beaucoup, mais cette année moins encore. Et pourquoi donc? Serait-ce une crainte de l'obscurité sournoise et précise, qui, comme dans la cité, en tous points conforme, a initié sa dernière toile, m'enserrant les pieds, à me faire trébucher. Et cette fois, dis-moi, Giovanni, dis-moi, me relèverai-je? C'est vers d'autres que se tendent les bras blancs. Giovanni, tu m'entends?

P.S. La chanson du grand Robert est immense, immense.

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20 décembre 2017

Voyage ultime

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                                Dans la bien belle vague des écrivains indiens il en est qui ne sont pas étatsuniens. Richard Wagamese, disparu au printemps dernier, originaire de l'Ontario, est donc un Canadien de la nation Ojibwé. J'ai beaucoup lu les  textes de ces auteurs amérindiens, Welch, Owens, Treuer, Alexie. Medicine Walk, titre original du présent ouvrage est vraisemblablement l'un des meilleurs. Non que la trame en soit tout à fait originale, tournant toujours autour de l'identité de ces déracinés dans leur propre pays. Franklin Starlight, seize ans, est appelé au chevet de on père Eldon qu'il connait à peine. Ce père est très malade, les années d'alcoolisme, de violence et de dépression. Tous  deux vont alors entreprender un dernier voyage, préfunéraire en quelques sorte, un grand classique des la tradition indienne. Les étoiles s'éteignent à l'aube, je n'aime pas trop le titre français grandiloquent, conte ce  dernier périple au coeur de la Colombie Britannique. Plusieurs retours sur le passé d'Eldon, sa mère, la Corée, le si difficile retour au civil. En finira-t-on jamais avec l'héritage de la conquête?

                              Voilà un magnifique roman, très fouilllé, qui interroge aussi bien la prodigieuse nature ouest-américaine que la douloureuse histoire de la nation Ojibwé. Eldon et Franklin vont très lentement, pourtant ils disposent de peu de temps, s'apprivoiser ou plus modestement faire un peu connaissance. "Je viens pour avoir un peu de paix ici, Frank. Ici c'est le seul endroit où j'ai l'impression d'être chez moi, comme s'il était fait pour moi, où j'ai jamais fait de conneries. J'ai pas pu penser à un meilleur endroit pour mourir." C'est magnifique et l'on partage les tourments du père comme du fils, tous deux victimes tardives de l'histoire. J'ai aimé la partie de pêche à la truite, une des rares rencontres père fils avant la dernière. Aimé aussi l'importance des herbes, des plantes médicinales, les gestes du travail à la ferme de Franklin chez le vieil homme qui l'a recueilli.

                             On respire les senteurs du Grand Ouest, harassé de courbatures suite au travail de flottage des troncs. Sellez votre vieille mule et suivez discrètement Franklin cheminant près de la vieille jument sur laquelle est attaché son père Eldon, vacillant, en sursis. Il doit tenir bon jusque là-haut.

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16 décembre 2017

C'est souvent pour demain

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                                C'est d'Algérie que nous vient le très beau film de Karim Moussaoui, En attendant les hirondelles. Nous projetions lundi soir ces trois histoires,qui s’enchaînent. Et qui offrent une radiographie révélatrice de l’Algérie d'aujourd'hui, pas propre, pas nette, pas débarrassée de ce qui l’empoussière, et où l’on attend toujours le retour des hirondelles qui ont fait le printemps arabe. Trois générations, trois récits et le patriarcat, la corruption, le déni. Une Algérie douloureuse de  ses années 90. Et ce fut vraiment une bonne soirée de cinéma car le public habituel a beaucoup apprécié ce film. Mais, chose plus rare, car vous savez bien que ce genre d'animation réunit en général les fidèles, quelques personnes sont venues découvrir ce film, attirés par le sujet. Ce n'est pas si fréquent, un film algérien. Et une jeune femme franco-algérienne a notamment pris assez longuement la parole pour évoquer son sentiment sur En attendant les hirondelles, parlant de son ressenti envers l'Algérie actuelle. Ce fut particulièrement enrichissant.

                            Un homme d'affaires divorcé peine à gérer sa relation avec une Française qui ne s'est pas insérée dans la vie algéroise, et l'instabilté de son fils qui veut interrompre sa médecine. Un jeune femme, plutôt moderne, hésite sur son avenir entre un mariage de convenance semble-t-il et son amour de jeunesse. Un neurologue de renom se voit rattrappé par une grave accusation lors d'un enlèvement terroriste survenu dix ans plus tôt. Tous ces gens sont de bonne foi et dans l'ensemble assez sympathiques. Mais tous se retrouvent à la croisée des chemins, à se questionner sur leur choix. C'est que tout est si compliqué en Algérie, si tatillon notamment, ce pays si jeune, si prospère potentiellement et pourtant toujours terriblement divisé. Le temps semble suspendu sur eux qui hésitent. Quels seront leurs lendemains?

                            Pour son premier long Karim Messaoui se montre habile à la description en mode mineur, au sens de non trop tragique, de ces gens relativement privilégiés, mais qui n'en sont pas moins plutôt mal dans leur existence. Plusieurs voitures sont en panne dans le film, et on comprend bien que c'est toute l'Algérie qui est en panne. En panne de printemps, En attendant (peut-être) les hirondelles.

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10 décembre 2017

Colum à la une

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                                Une novela (paraît qu'on dit comme ça quand c'est trop long pour une nouvelle et trop court pour un roman) et quatre nouvelles pour le dernier livre de l'Irlandais Colum McCann, une vieille connaissance, dont j'ai lu la plupart des livres. Le court roman, Treize façons de voir, raconte les quelques jours avant l'agression mortelle d'un riche et vieux magistrat en plein New York. Présenté de  différents points de vue, à la manière du texte de Wallace Stevens Treize façons de regarder un merle. Peu de temps après Colum McCann a lui-même été victime d'une grave agression. Il dit que chaque mot que nous écrivons  est autobiographique, parfois même par anticipation. Mais à ce texte j'ai préféré deux nouvelles.

                               Sh'khol est l'histoire de Rebecca, qui vit seul avec son fils Tomas, sourd et difficile, sur les bords de l'Atlantique, du côté de Galway. "Une des choses qu'elle aimait tant sur la côte ouest de l'Irlande: le temps était une mise en scène, un cinéma. Un grain pouvait s'abattre n'importe quand et, quelques instants plus tard, le ciel bleu trouait la grisaille." La disparition en mer de l'ado de treize ans avec sa combinaison neuve reçue pour Noël est l'occasion douloureuse de reprendre contact avec Alan le père de Tomas, dont ellle  est divorcée. Mais Tomas n'est que leur fils adoptif recueilli bien loin vers Vladivostok. Quelques  dizaines de pages et l'on partage les affres de Rebecca face à la tragédie. "On ne peut rester un enfant toute sa vie. Une mère, si."

                                 Dans Traité une religieuse se retrouve en face de son violeur d'un passé lointain. J'ai trouvé ce texte admirable par la réserve et la discrétion qu'on y décèle alors que le sujet est ultra-violent. Colum McCann navigue à merveille dans la profondeur des âmes et sait nous confier ses obsessions sur l'évolution de notre monde, à l'écoute pertinente de la dramaturgie contemporaine. Les hommes changent-ils à ce point que le violeur d'antan en soit maintenant à participer à l'élaboration d'un traité à l'Institut de la Paix? Et si Soeur Beverly se trompait? Et quand se trompe-t-on?

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04 décembre 2017

A la Dame des Mille

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                       Elle se reconnaitra, la Dame des Mille, qui m'enchante tous les jours depuis longtemps déjà. Elle se reconnaitra dans ce clin d'oeil, ce clin d'oreille, référence à une autre dame. Il va de soi que la version qui suit rappelle le niveau du ver de terre face à l'étoile, chers à Victor Hugo dans Ruy Blas. Je laisse à votre sagacité le soin de savoir qui est qui. Et j'espère qu'elle me pardonnera mon outrecuidance de salon*

* Citation de la Dame des Mille Mille plumes au vent de Göttingen

 

 

 

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03 décembre 2017

Petit bras

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Masse critique

                                 C'était un choix junior chez Babelio avec un court roman mais signé d'un grand, Ken Follett dont nous avons tous aimé les livres. C'est d'ailleurs le jeune écrivain Follett qui en est l'auteur, publié en 76. Une centaine de pages pour une aventure à la Club des Cinq, sympathique mais un peu vite expédiée. On aurait aimé un peu plus de péripéties et aussi de suspense dans Le mystère du gang masqué. Mick et Randy, deux gamins débrouillards et délurés, ont trouvé un passage secret menant à d'anciens studios de cinéma. On se doute qu'une surprise les y attend. Ken Follett dit avoir écrit ce livre pour ses propres enfants. Je ne sais mais très honnêtement je crains que ce livre juste agréable, pour 10 ou 11 ans environ, ne titille guère l'intérêt des enfants de 2017.

                               Il aurait fallu que les rencontres dans ce lieu qui aurait pu apparaître comme magique soient plus fréquentes et mieux menées. Je suis même étonné du peu d'envergure de ce livre quand on connait la plume de Ken Follett dont la célébrissime et très vendue saga des Piliers de la terre est un modèle de best-seller intelligent et documenté. Ici tout au contraire en trois visites un peu bâclées les deux compères en vélo expédient les affaires courantes et réduisent à néant le gang masqué dont les membres manquent eux aussi singulièrement d'épaisseur. Un certain Noé, onze ans , petit-fils de son état va recevoir ce livre. Nul doute qu'il préférera des aventures plus animées sur un tout autre support. Merci à Babelio qui n'y est pour rien.

                               

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30 novembre 2017

Deux avis valent mieux qu'un

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                               Voilà pourquoi vous en aurez aujourd'hui deux pour le prix d'un. L'Ours d'Or de la Berlinale suffira-t-il à dynamiser les entrées de Corps et âme, film d'une réalisatrice hongroise dont on n'avait rien vu depuis 27 ans environ? Il s'agissait de Mon XXème siècle, pourtant Caméra d'Or. Pour le premier spectateur, ce film vu vendredi a distillé pas mal d'ennui tout au long de presque deux heures (soupir) dans le cadre idyllique d'un abattoir de bovins. Songez, les deux personnages principaux sont le directeur de l'établissement, l'homme, Endre, un quinqua solitaire au bras atrophié, que l'on voit souvent à la cantine de l'entreprise, un endroit particulièrement séduisant pour une histoire d'amour. Gris sur gris, à première vue vide de tout désir et de toute flamme, et la femme, Maria, nouvelle responsable de la qualité (on appelle ça comme ça), présentée comme une psychorigide peu loquace et peu portée sur toute forme de contact. Tout cela est toutes les douze minutes environ entrecoupé d'une scène forestière dans la neige, un cerf et une biche, certes très cinégéniques mais tenant du procédé puisque relatant le rêve commun à nos deux personnes.

                             C'est bien sûr comme souvent au ciné une leçon de tolérance puisque les deux vont s'apprivoiser, longuement, très longuement, avant de se trouver d'autres point communs que l'onirisme zoologique hivernal. D'ici là on aura eu le temps de maudire ces snobinards du festival d'avoir récompensé un film qui a tout d'un besogneux devoir de fin d'études d'une école de cinéma d'un quelconque pays de l'Est avant la chute. La chute évoquée ici n'étant pas celle du spectateur égaré en cette salle et qui s'écroule, plombé de sommeil.

                            Voici l'avis d'un second spectateur, qui a pourtant vu le même film, Corps et âme, d'Ildiko Enyedi. Présenté en animation débat le film a été unanimement apprécié par un public conquis. On a aimé cette rencontre de deux déclassés qui peu à peu vont se rejoindre. Maria, la très raide et toute nouvelle cadre ès qualité, par ailleurs hypermnésique (on pense un peu à Rain man), et intouchable au sens propre, va se découvrir capable d'éprouver... Corps et âme est l'histoire de cet éveil sensuel, sentimental, sensoriel. C'est très finement amené, en particulier par le jeu sur les mains de Maria qui par exemple rejoue avec deux playmobil une de  ses entrevues avec Endre, ou qui laisse ses mains divaguer doucement sur le cuir d'une vache sous les moqueries de ses collègues. Et le rêve commun de ces  deux là, restés sur le bord de la route, prendra corps, prendra âme, prendra Corps et âme. Nul besoin d'en dire plus, ce film a été chez les fidèles du ciné-club considéré comme l'un de plus beaux depuis trois ans et demi que nous pratiquons cette formule.

                            Le premier spectateur c'était moi, presque seul, le vendredi après-midi, à la limite de la sieste, et me demandant au bout de dix minutes ce qu'il m'avait pris de choisir cet interminable objet visuel pourvoyeur de deux heures entre parenthèses que j'eusse mieux fait de mettre à profit pour oxygéner mon teint blanquet de rat de salles obscures.

                            Le second spectateur c'était moi, avec une bonne quarantaine de gens, sorte de garde rapprochée du Septième Art qui sont intervenus après le film, tous heureux de la découverte, et qui, plus clairvoyants que moi, n'avaient pas attendu une seconde vision pour apprécier Corps et âme. Et nourri de leur ressenti j'ai eu l'impression d'avoir vu pour la troisième fois en quatre jours ce bien beau film.

                              

                              

                             

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26 novembre 2017

Tombé bien bas

                     Pour une pile alcaline j'ai fait alliance avec cette canaille.

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23 novembre 2017

Quelques mots sur quelques films

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                                            Faute d'amour est un film terrifiant comme Le retour, comme Leviathan. Que le cinéma de Zviaguintsev est troublant, jusqu'au malaise. Et comme la Russie semble le pays idéal pour la dérive,les dérives. Un couple se déchire dans la banalité d'une banlieue de Moscou ou Saint Petersbourg. De toute façon  on n'est nulle part. Dans un no love's land hideux et terrible où des parents glissent le doigt sur leurs tablettes, sans émotion, leur enfant étant en fugue, rien de plus, rien de grave. J'ai eu froid et j'ai pensé à Leonard Cohen " I've seen the future, it is murder".Andrei Zviaguintsev est d'ores et déjà un immense cinéaste mais ne comptez pas  sur lui pour vous sentir bien.

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                                 Un peu contraire, jouant la carte du mélo et de la différence, mais intelligemment construit sur l'aventure de deux adolescents sourds en fugue à New York en 1927 et 1977, Le musées des merveilles sait nous bouleverser. La Big Apple en noir et blanc, juste avant l'irruption du cinéma parlant, est très joliment filmée et ce conte initiatique transfigure la quête de ces  deux enfants sourds à la poursuite de leurs destins. Pour la magie on pense à Hugo Cabret qu'adapta Scorsese. Rien d'étonnnant, Brian Selznick étant l'auteur des  deux romans. Le film doit beaucoup à ses deux jeunes acteurs. Todd Haynes rend hommage aux grands mélodrames silencieux, et à la ville de tous les possibles. Bien sûr, quelques-uns, pas très nombreux, ont fait la fine bouche. Et Cannes l'a soigneusement ignoré. Moi j'ai trouvé qu'on était proche de la perfection. Space oddity de Bowie, la version d' Also sprach Zarathustra par le pianiste brésilien Deodato que je n'avais pas entendue depuis des siècles, une très belle musique originale de Carter Burwell, de jolis glissements des scènes identiques entre l'époque de Rose et celle de Ben, une poésie de tous les instants, autant de raisons de voir Wonderstruck.

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                                   Une séance ciné-philo a été consacrée au document d'Amos Gitai, un de plus, A l'Ouest du Jourdain. On connait depuis si longtemps le long combat de Gitai pour une solution pacifique du séculaire conflit. Pas mal d'intellectuels israéliens, écrivains, cinéastes, savants, luttent ainsi pour faire triompher la raison. C'est peu dire que c'est pas gagné. Le public a été très intéressé et la discussion s'est bien engagée, mais le sujet est si complexe. Certains ont vu le verre à moitié plein, les scènes de fraternisation des mères des deux côtés, le trouble de certains soldats d'Israel se remettant en question. Mouais... Moi, qui pèche rarement par excès d'optimisme, j'y ai surtout entendu un gamin de douze ans rêver de martyre d'une part, et un journaliste plutôt désespéré prévoyant que pour des raisons de démographie la solution négociée sera tout bonnement définitivement impossible d'ici quelques années. Terrifiant, glaçant et, à mon sens, probable. A l'Ouest du Jourdain est bien sûr un film à voir. Sans illusions.

 

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20 novembre 2017

Je revisite ma cinémathèque/Arsenal

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                                          1928, Alexandre Dovjenko et le souffle des grandes années, faut-il dire soviétiques, russes, ukrainiennes. Etonnament ce film dormait sur mes étagères depuis un fameux bail alors que son presque jumeau, La terre, est au firmament de mes classiques muets. Ce que La terre est aux paysans, Arsenal l'est aux ouvriers. Propaganda? Bien sûr et pas qu'un peu. Grand film? Bien sûr et pas qu'un peu. D'une durée de 1h06, du moins dans la version DVB que je possède, pas trop fiable, et là on se prend à rêver que certains pensums actuels ne durent que ce temps là, Arsenal est un poème lyrique où les petits, les sans grade, les perdants immuables tiennent le premier rôle. C'est certes la grande histoire mais au travers de quelques destins individuels.

                                         On l'a souvent écrit, les grands films soviétiques ont posé la légimité du montage, étape majeure, de la fabrication, terme très approprié, d'un film. Il y a dans Arsenal des scènes d'une cruauté inouie, une quintessence de la misère paysanne, un laboureur usé frappe un cheval étique,  un soldat en proie aux gaz hilarants, des exécutions où l'ombre des condamnés leur emboîte le pas  et s'écroule. Par ailleurs Dovjenko fait preuve d'inventivité avec plusieurs cadrages audacieux et une superbe parabole où un accordéon expire lors du déraillement d'un train. Il y a comme ça pas mal d'idées dans ce film.A ce stade plus question de polémique ni d'idéologie. Il reste du cinéma, celui qui se suffit à lui-même, même s'il demande, c'est vrai, un effort au spectateur.

                                         1918, Timosh, soldat ukrainien déserte et rentre à Kiev. Revenu dans sa ville natale, Timosh , dégoûté, se révèle un meneur et c'est tout un peuple harassé qui se jette dans le bolchevisme, la seule issue possible aux malheurs qui l’accablent. Mais dans une Ukraine indépendante le gouvernement central est aux mains de la bourgeoisie. Timosh exhorte les ouvriers de l’arsenal maritime à se lancer dans une grande grève. Le gouvernement russe décide de noyer cette fronde dans le sang... Arsenal s'adresse à mon sens à l'intelligence du spectateur, supposé apte à décrypter au delà des sentences bien carrées les avancées contradictoires d'un pays qui, aux dernières nouvelles, n'en a pas encore fini. Il y a quelques films qu'à mon sens il est bon de voir deux fois de  suite. Arsenal est de ceux-là.

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