18 mai 2013

Les miroirs feraient bien de réfléchir

2885

             Curieuse affiche pour cette adaptation de Raymond Chandler,La dame du lac,qui semble jouer sur l'interactivité en...1946.L'originalité de ce film réalisé et interprété par Robert Montgomery est la caméra subjective,procédé devenu assez courant mais qui à l'époque avait créé une petite sensation.Passé ce truc qui ne nous fait voir Philip Marlowe uniquement dans un miroir ou un reflet,La dame du lac est assez loin de l'ambiance vénéneuse et complexe du Grand sommeil.De plus les deux films sont tout à fait contemporains.L'un est maintenant au panthéon du noir,avec Bogie et The Look,via Howard Hawks.L'autre n'est guère évoqué que par les exégètes des écrivains hard-boiled dont Chandler est un des phares.Bogart qui n'a pas été si souvent un privé au cinéma a tellement investi la mémoire ciné de sa silhouette,de son accent et de son tabac qu'on a l'impression que Marlowe c'est lui,et que le Sam Spade de Hammett c'est lui aussi.Sacré Bogie,ça va Patron!

la_dame_du_lac4

         On passe cependant un bon moment avec cette Dame du lac bien que l'on ne voie jamais ni la dame ni le lac.Une secrétaire, assez fatale,fallait s'y attendre tentera bien d'égarer Marlowe.Un flic s'avérera peu regardant.Quelques comparses y laisseront leur peau.Le tout venant du polar,à une époque,où,tout durs à cuire qu'ils étaient,les auteurs de pulps ne se croyaient pas tenus d'aligner trois pages sur la façon de découper un thorax.La dame du lac est à sa place en ligue 2 catégorie film noir, estimable. Evidemment, comme je viens de revoir Assurance sur la mort de Billy Wilder la comparaison est cruelle.Lequel Wilder avait pour coscénariste... Raymond Chandler d'après la longue nouvelle de James Cain,et ceci sans le moindre private investigator..On y revient bientôt.

Posté par EEGUAB à 07:31 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,


16 mai 2013

Des mots,une histoire: Trois déchus de l'Olympe

Notre amie Olivia présente cette semaine la liste suivante:capturer-image-son-évasion-alarme-danger-rouge-coquelicot-homme-mesdames-messieurs-faiblesse-âme-gris-ombre-doute-métaphysique-collège-professeur.

plumedesmotsunehistoire5

Aucun des trois acolytes n'était capable d'aller plus loin.Plusieurs éternités déjà s'étaient enfuies depuis qu'ils étaient relégués pour deux d'entre eux dans le Tartare,capturés sur colère de Zeus et de ses sbires suite à d'obscures tractations entre hommes et dieux.Mais depuis qu'ils avaient établi une communication sans fil avec Prométhée,enchaîné loin à l'Est sur son Caucase, aux prises avec cet immonde vautour hépatophage,l'un comme l'autre caressaient sérieusement leur rêves d'évasion.Ils avaient somme toute fait preuve de faiblesse,trop longtemps.La révolte leur brûlait les tempes et ils voyaient rouge,un rouge vif qui comme la muleta de Cordoue,redoublerait leur fureur et leur détermination.

sisy

Lassé d'être sujet de métaphysique pour bacheliers acnéiques,Sisyphe cesserait bientôt de rouler sa pierreuse pelote et Camus pourrait bien ravaler son mythe.L'image du Titan remontant sans cesse cette métaphore du monde,lourde s'il en est, qui n'avait qu'une idée, arrivée au sommet,se faire la belle et filer se remettre à l'ombre dans la vallée,cette image ne survivrait plus.L' alarme entre Sisyphe et son voisin carcéral Tantale avait bien fonctionné et les professeurs de philo du futur pourraient aller se rhabiller. Depuis le temps qu'ils glosaient sur ce pauvre Tantale se desséchant devant une eau fraîche et crevant de faim alors que les plus beaux fruits lui frôlaient les doigts,ils allaient pouvoir raconter la cavale des mal-aimés, genre série noire dans les bas-fonds de l'Olympe.A redonner le goût de l'antique dans nos sacrés collèges.

le_supplice_de_tantale_photo

Loin là-bas en son sympathique Caucase Prométhée soignait son ictère à sa manière,la rapace-thérapie.Ce sont des soins de longue durée,mesdames et messieurs,qu'on se le dise,mais non dénués d'intérêt,pour peu que l'on soit très attaché aux chaînes de montagnes.Songeons-y donc,même si c'est plus souvent le doute qui nous ronge.

prom

Doute qui d'ailleurs fait plus que me ronger quant à la manière de me sortir de cette histoire sans queue ni tête et dont seul un déicide pourrait me délivrer.Du danger d'inventer n'importe quoi pour figurer dans la liste du jeudi soir de notre guide au prénom de paix.Comme un marin dont le coeur chavire etvire au gris entre Charybde et Scylla,fredonnant "Comme un p'tit coquelicot,mon âme, un tout p'tit coquelicot" me voila contraint de laisser ma belle oeuvre inachevée.C'est si beau parfois l'inachevé, Schubert, Flaubert, Kubrick.Mais là j'aurais probablement dû privilégier l'incommencé.Pour tout autre son de cloche,se référer aux autres auteurs semainiers.

Posté par EEGUAB à 20:12 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

14 mai 2013

Des hommes et des guitares/Pour un joueur de guitare

  83299373_p

         http://youtu.be/zMKTUDrDIOI

            Le Gerardus Mansetus Solitarum est une espèce rarement observée,terrée depuis des années en studio ou essaimant à travers la planète en toute discrétion. Echappant à toute nomenclature,je dirais même à toute Nomenklatura, peu bavard à en friser l'autisme médiatique,ce qui nous change des verbiageux.Travaillant,je crois,dans un état proche de l'autarcie.J'ai extrait de cet album déjà trentenaire, cette chanson dédiée à mes chères six cordes.

           Auteur de plusieurs récits et méditations de voyages tant sur les dieux incas que sur Angkor ou Bruxelles,Manset a parfois vilipendé ses propres chansons, du moins les rares succès publics (Marine Bar).Je me suis posé la question,qu'en penser? Lucidité? Coquetterie assez insupportable?Sais pas.

manset

         "Pour elle il aurait pu jouer toute la nuit,maintenant il en a plus la moindre envie"

Posté par EEGUAB à 17:38 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags :

12 mai 2013

Une consoeur sur la montagne

suterdiable

                C'est la première fois que je lis le Suisse alémanique Martin Suter.Cet auteur a souvent bonne presse et j'ai pris un titre à la B.M.,un peu au hasard. Hasard marrant car c'est la première fois que le héros d'un roman,en l'occurrence une héroïne,est une collègue.J'ai donc suivi avec intérêt la saison de Sonia, kinésithérapeute,dans un hôtel alpin de remise en forme,en Engadine, Suisse, l'Hôtel Ganander.Ma jolie consoeur,en pleine dépression suite aux violences de son mari maintenant en taule,va vite prendre conscience qu'un village de cure helvétique peut receler bien des surprises.Les curistes sont assez rares en ce début de saison et l'accueil du personnel pas plus que celui des villageois ne sont des plus chaleureux.

              Peut-être hypersensibilisée par ses récents traumatismes moraux,Sonia se découvre de drôle de sensations.On dirait qu'elle sent les couleurs,qu'elle voit les sons.Un peu tourneboulée aussi par cette inscription sur une voiture "Le diable de Milan", elle apprend que ce n'est qu'une comptine,un peu étrange et qui semble avoir des échos sur les jours plutôt mornes de la station thermale.Une horloge qui sonne douze coups à cinq heures du matin,une fleur dans le hall qui se dessèche en quelques heures,des bizarreries dans l'univers ouaté et high-tech de l'espace-forme de l'Hôtel Ganander.

             Martin Suter s'y entend pour installer son climat d'inquiétude et de mystère. De plus aucune surenchère d'hémoglobine,ce qui est devenu assez rare.Mais là où l'écrivain suisse le plus vendu actuellement excelle,c'est dans la peinture de la vallée,et dans l'observation de la nature et du climat,parfois idylliques mais qui s'encolèrent très vite,comme si sous l'apparente nonchalance helvétique il n'y avait pas que les coffres des banques à contenir de l'explosif.

Posté par EEGUAB à 07:22 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , ,

08 mai 2013

Academy Award Nominee

award-liebster

               Je réponds rarement aux tags.J'ai fait exception pour celui-ci car je l'ai trouvé amusant.Il a transité par Asphodèle à qui je n'ai rien à refuser. L'exercice n'est pas si simple si l'on ne veut pas trop s'étendre. J'ai donc essayé.Voilà ce que ça donne mais j'ai vraiment l'impression de ne pas être doué pour cet exercice.Je me suis aperçu que l'on ne peut pas répondre aux questions sans prendre le temps de s'expliquer.Et ce n'est pas ici le lieu où s'épancher.

   Onze faits sur moi

     1/ Je déteste les fautes d'orthographe et les traque sur mon propre blog car il peut m'arriver d'en faire.J'aime tant la langue française.

    2/ De culture musicale je suis plutôt d'influence très anglo-saxonne,ce qui n'est pas incompatible avec la ligne précédente.

    3/ J'essaie d'éviter comme la peste tout blog manifestement politisé.Mon non engagement est de longue date,et mûrement réfléchi.

    4/ J'ai une passion pour les chats même si je n'en possède pas.Il n'est rien de plus beau qu'un petit félin,quoi qu'il fasse.

    5/ Au bout de 42 ans de métier,et à quelques mois de la fin,j'aime toujours autant soigner.

    6/ On ne peut pas dire que la retraite me fasse peur.Mais on peut dire qu'elle me terrorise.

    7/ Certains mots,souvent très beaux,me sont devenus insupportables: citoyen, humanisme, tolérance. Leur suremploi, leur mésemploi n'ont fait qu'entraîner simplisme, angélisme et démagogie.Mais là je suis à la limite.

    8/ A mon dernier pointage j'ai vu 3143 films,certains jusqu'à douze fois.Mais je préfère la littérature au cinéma.

    9/ Emma et Noé sont deux prénoms qui me sont chers.Bien évidemment mes petits-enfants s'appellent ainsi.

    10/Je n'ai pas d'appareil photo.Et de mes voyages je n'ai ramené aucune photo.Mes photos sont dans ma tête.

    11/L'un de mes regrets est de n'avoir jamais eu de jardin et d'être ignorant en botanique alors que les fleurs me fascinent.

timthumb

    Et voici les questions d'Asphodèle

  1. Quel a été le plus beau jour de ta vie? ****
  2. Le pire? ****
  3. Quelle est l’idée en ce moment qui t’angoisse le plus ? Pas une originalité:les violences.
  4. Le livre que tu offres systématiquement à tes amis ? C'est assez rare.J'aurais tendance à offrir un livre à mon goût,ce qui évidemment n'est pas toujours partagé.
  5. Celui que tu offres à ta belle-mère ou aux gens moyen-moyen ? Aux gens moyen-moyen je n'offre rien.A ma belle-mère j'ai longtemps offert le coiffeur,enfin une séance chez le coiffeur.
  6. Ton expression ou gros mot préféré ? Ca c'est drôle et c'est plutôt un compliment quand je dis à quelqu'un(e) "Mon grand (ma grande) tu auras compté dans ma putain d'vie".Le d' est très important.
  7. Aimes-tu les vacances ? Finalement,pas tellement.Pour de multiples raisons.
  8. La première chose à laquelle tu penses en te réveillant ? Que le gâteau de ma vie est bien entamé,et que ça ne m'amuse pas.
  9. Te vois-tu bloguer dans dix ans?  Pourquoi pas,dans la mesure où bloguer c'est écrire.
  10. Un film où tu es sorti avant la fin? Aucun des 3143 évoqués plus haut.Mais il doit y avoir trois, ou quatre films dans ce cas.Je me souviens d'un film anglais d'après plus ou moins La terre de Zola.Ca s'appelait justement Cette sale terre.Trop sordide. J'ai un problème avec la surenchère du sordide.
  11. Et enfin,si tu en as une,quelle est ta devise? "Faire,tout de même,malgré tout,de son mieux".Que je corrige vite en ajoutant "A peu près".

 

            Quant aux onze questions que je poserais éventuellement elles ne concerneraient surtout pas une curiosité quelconque,mais plutôt une approche des goûts culturels des blogueurs,blogueurs que je ne citerai d'ailleurs pas nommément.Répond qui le souhaite.

   1/ Quel est l'oiseau qui te fait rêver?

   2/ Le point cardinal qui parle le plus à ton imagination?

   3/ Une ou deux lignes d'un poème qui te viennent à l'esprit?

   4/ Un geste physique ou sportif que tu trouves vraiment très beau?

   5/ Cite quelqu'un que tu considères un bienfaiteur (trice) de l'humanité?

   6/ Que t'inspire le mot "travail"?

   7/ Quel est ton sentiment sur le fait que les blogs que nous fréquentons,en gros tendance lecture,musique,expos,ciné,sont à 85% environ féminins?

   8/ Quel est l'endroit de France que tu préfères?

   9/ Si tu devais remonter à pied  le cours d'un fleuve du monde lequel choisirais-tu?

   10/ Si tu devais être enfermé dans un livre quelle île emporterais-tu? Voilà une question qui change un peu,non?

   11/ Que penses-tu de mon questionnaire?Ne pas hésiter à dire les choses.

 

          Je ne désigne personne.Ou tout le monde.Et confirme que ce n'est pas là mon exercice favori.

Posté par EEGUAB à 07:21 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags :


05 mai 2013

Ma peur du loup

HESSE

              Il ne viendrait à l'idée de personne de nier l'importance de Hermann Hesse.Prix Nobel 1946,l'écrivain allemand n'est pas un auteur souriant.J'ai attendu très longtemps avant d'affronter Le Loup des steppes.J'ai des difficultés à en parler.Cette littérature existentielle m'est assez  étrangère.Les chefs-d'oeuvre intimident parfois.c'est le cas avec Harry Haller,ce quinquagénaire désabusé en pension dans une ville d'Allemagne.Lui-même pris en étau entre sa tendance presque suicidaire et misanthrope,celle du Loup des steppes,un beau titre, séduisant,et son désir d'insertion dans la société.Toutes les anthologies du XXème Siècle soulignent l'importance de ce livre.Probablement indiscutable mais à moi,Le Loup des steppes est demeuré en partie hermétique.

a-tous-prix

          Ainsi ma peur du loup était donc justifiée.A voir le thème on pourrait penser,un peu,à une sorte de Docteur Jekyll et M.Hyde version post-freudienne.Un peu immodeste la version.Malgré quelques moments forts.De plus il faut rappeler que Hesse a écrit ce livre en 1927,devenu citoyen suisse,par anti-nationalisme essentiellement.Un soir ,traînant son âme en peine, Harry se retrouve en possession d'un ‘Traité du Loup des Steppes, où son portrait psychologique est dépeint avec une telle précision que lui seul aurait pu l'écrire. Intrigué, il tentera d'en découvrir la provenance, et apprendra ainsi l'existence d'un Théâtre Magique, un mystérieux endroit où seuls les fous sont admis. Harry rencontre alors Hermine, une jeune fille,plus ou moins prostituée,mais qui aurait un peu lu , qui peut apparaître comme son double ou son contraire,ce qui ne simplifie pas la situation, et qui promet d'apprendre au loup et à l'homme qui vivent en Harry à cohabiter en paix. Elle ne pose qu'une seule condition : une fois son apprentissage terminé, il devra la tuer.

        Honni par le Troisième Reich qui le trouvait particulièrement décadent Le Loup des steppes accéda à partir des années cinquante au très envié et très discutable statut de livre culte.Notamment par beatniks et hippies interposés.Y aurait-il un peu de Meursaut, L'étranger camusien chez Harry Haller? Vers mes quinze ans j'étais fasciné par Le Loup des steppes,par le titre,pas par le livre que je viens de lire le mois dernier.Mais un beau titre,c'est déjà pas si mal.Plus tard un film,jamais diffusé,lui donna les traits du grand Max von Sydow,alter ego de Bergman pendant une époque,ce qui ne tendait pas vraiment à la franche rigolade.Le film est mauvais,peut-on lire partout.De toute façon peu l'ont vu.Mais pour moi,qui n'avais alors plus tout à fait quinze ans,ça me séduisait toujours,de loin en loin.

       Les années passant,Le Loup des steppes me mordillait toujours un peu et très récemment je décidai d'en finir avec ce canus lupus septentrionus.Je le lus.Oui,je le lus.Et ne le regrette pas,les passages sur Goethe ou Mozart notamment volant assez haut.De même que d'assez pitoyables leçons de danse et des crachats sur le jazz qu'évidemment je ne cautionne pas.Donc je le lus et viens de vous dire ce que j'en ai retenu.Me reste la perplexité que peut-être vous partagerez si vous le lisez.Mais vous pouvez faire semblant de l'avoir lu.C'est très bien aussi et personne ne vous contredira.

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2013/05/le-loup-des-steppes-hermann-hesse.html Inganmic l'a chroniqué deux jours avant moi.

 

Posté par EEGUAB à 07:21 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : ,

02 mai 2013

Géographie: Rockville, Maryland

 RockvilleTownSquare(Retail)

220px-R_E_M__-_(Don't_Go_Back_to)_Rockville

   Don't go back to Rockville http://www.deezer.com/track/3154035

             Rockville,du moins le Rockville de R.E.M., un titre déjà ancien, se situe dans le Maryland,petit état du Nord-Est peu visité jusqu'ici par notre vieux bus trans-Am. Une seule cité est très connue de cet état, Baltimore, que nous évoquâmes jadis.Aucune importance puisque de toute façon la bande à Michael Stipe,alors avec des cheveux,si,si,nous conseille de ne plus y remettre les pieds.Pieds,que pour notre part,nous avons toujours soigneusement tenus éloignés de Rockville.

           Si vous trouvez que cette rubrique s'essouffle vous avez mille fois raison.L'histoire du rock,et autres bêtises genre blues, folk, jazz et country, elle, heureusement,ne souffre pas d'insuffisance respiratoire chronique restrictive (pardon pour la défo. pro.). Les quatre Georgiens de R.E.M. maintenant séparés nous ont laissé pas mal de pépites et quelques leçons.Je préfère les pépites.

 

 

30 avril 2013

La lyre d'Islande

6424_1607616

                      C'est avec grand plaisir que j'ai partagé avec Athalie A les lire cette lecture commune.Celui-là,il ne manque pas de souffle.Et il en faut,très au Nord dans cette Islande de glace et de feu où le moindre faux pas vous flanque  à l'Océan et où l'oubli d'une veste un peu chaude vous mène au Walhalla,comme on le vit dans Entre ciel et terre,premier tome d'une trilogie dont La tristesse des anges est le deuxième volet.Il est préférable à mon sens de lire les livres dans la foulée car les personnages d'Entre ciel et terre,lu il y a deux ans,s'étaient pour moi un peu dissipés.Ce n'est toutefois pas indispensable.

                  Le Postier et le Gamin sont les deux héros de cette histoire qui nous jette sur les chemins gelés et les crevasses volcaniques de cet étrange caillou nordique d'Extrême-Europe.Le premier a besoin du second pour mener à bien sa tournée vers les fjords du Nord,moins hospitaliers encore que le village où se concentrent les autres personnages.Dans ce pays de blancheur où cavalier et monture ne font plus qu'un, unis par la peine et le gel,et où la terre si brutale ne rachète pas la mer meurtrière,nous sommes dans une lande de conflagration.Il est si difficile d'y vivre et le gamin n'a plus que le souvenir de son ami Barour disparu.

               La poésie inonde ce livre,son prédécesseur,et probablement le troisième opus.C'est que,sous de telles latitudes,aux arbres rares et aux eaux souvent solides,la vie s'accroche au moindre lichen et s'abreuve à la plus fine fonte de neige,de cette neige qu'on appelle aussi La tristesse des anges.Rudesse aussi en ce parallèle du Septentrion,la mort est en embuscade et parfois colle à la peau des survivants comme ce cercueil fou qu'on est incapable de mettre en terre.

            Ce voyage en Islande n'est pas toujours aisé au lecteur non plus d'ailleurs.Comme transi de froid j'ai parfois dû réfléchir,ce qui ne peut pas faire de mal,car la prose de Jon Kalman Stefansson ne s'offre pas si vite,un peu secrète,un peu mythique.Et puis,un détail,les prénoms de la-bas,ou de là-haut,on a ne les identifie pas immédiatement comme masculin ou féminin.Cela m'a perturbé un tout petit peu.Broutilles que tout cela,La tristesse des anges est un livre somptueux et le cap au Nord que vous allez mettre,je l'espère,vous récompensera des ses multiples beautés.Froides,les beautés.Et le macareux salé que vous partagerez avec Jens et le Gamin,je suis sûr que vous l'apprécierez.

          Dans l'article  Poésie meurtrière sur le premier tome j'avais évoqué Melville et Stevenson.Je crois que Jon Kalman Stefansson est tout à fait digne des deux géants.Il y a chez l'Islandais la quête de l'un et le sel de l'autre.

Posté par EEGUAB à 06:30 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : ,

27 avril 2013

Ennui vénitien

alibi

           Grosse déception que cet Alibi de Joseph Kanon dont j'avais, tant apprécié L'ami allemand,The good German au cinéma, Soderbergh, Clooney.Venise a rarement semblé aussi peu inspirée dans ces premiers mois après la fin de la guerre.Un jeune Américain,démobilisé,retrouve sa mère qui va se marier à un médecin italien.Qui est vraiment cet homme? S'intéresse-t-il surtout à la fortune de cette femme?Et le Grand Canal a-t-il beaucoup de cadavres à vomir ainsi?

          Autant le Berlin de 1945 était judicieusement étudié par Joseph Kanon avec ses trafics divers,ses vestes retournées in extremis,et ses signes très précoces de la future Guerre Froide,autant l'auteur se noie dans les eaux troubles de la Sérénissime.Rien ne m'a intéressé dans cette histoire qui mêle résistants au fascisme et chemises brunes,qu'on confond allégrément.Bien sûr les immédiates après-guerre peuvent être diablement séduisantes pour l'univers du polar.Mais ce qui fonctionne dans le Berlin de L'ami allemand ou la Vienne du Troisième homme,ça ne marche pas sur la lagune.Chiuso! Scusami mais, Dieu merci, j'ai connu La mort à Venise autrement excitante,et des Lunaisons vénitiennes d'un tout autre calibre.Pourtant j'aimais bien la photographie de couverture.

Posté par EEGUAB à 07:50 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , ,

24 avril 2013

Un Suisse qui compte

885386

                 Claudialucia eu la bonne idée de me faire parvenir le très original roman de Patrick Deville.Je connaissais Alexandre Yersin comme découvreur du bacille de la peste et je l'imaginais rivé à sa paillasse dans un institut,fut-il l'Institut Pasteur. Mais Deville est un voyageur de l'écrit qui comme Yersin pense que ce n'est pas vivre que ne pas bouger. Rimbaud est cité presque plus que Pasteur dans ce roman que l'auteur du très bon Equatoria a mis en scène afin de nous faire vivre l'aventure Yersin, du canton de Vaud à son installation en Asie du Sud-Est. Cet homme là tenait d'Arthur l'Ardennais pour ses chaussures aériennes,mais aussi de Livingstone pour la ténacité. Et le jury Femina,lui,a été très clairvoyant car ce livre est formidable et terriblement stimulant.Saluons Laure à l'occasion avec son joli challenge.

a-tous-prix

            C'est que ça le démange,Yersin,peu de choses de l'activité humaine lui sont indifférentes.Après le bacille de la peste en 1894,qu'il identifia déjà à Hong-Kong,le savant ne revint en France qu'avec parcimonie.Nha Trang au Vietnam actuel fut le havre de ce travailleur acharné que passionnaient aussi bien le vélo que l'automobile ou l'aviation.Souvent le premier à expérimenter tel ou tel objet,ce pasteurien convaincu fut entrepreneur,multipliant les observations scientifiques tant sur la botanique que sur les marées ou sur l'élevage.Il fut aussi l'un des maîtres du caoutchouc,développant la culture de l'hévéa.Et s'intéressa à l'arbre à quinquina, source de médication par la quinine.

            On oublie souvent que la recherche de cette époque était fréquemment mortelle pour les hommes,avant que de l'être pour les bacilles.Plusieurs collaborateurs de Yersin payèrent de leur vie les asepsies approximatives.On croise des politiques comme Paul Doumer,des collègues dans le sillage de l'immense Pasteur,Calmette,Roux,un certain Dr.Destouches aussi,auteur d'une thèse célèbre sur Semmelweiss.Peu de femmes dans la vie d'Alexandre,peu de place pour l'art et la littérature.Mais Patrick Deville signe un livre très novateur,efficace,sur un personnage somme toute secret,le contraire de ce que l'on appelle aujourd'hui people,dans toute sa richesse d'homme de science et de volonté,inébranlable.

         Grâce à Claudia,et tout comme Deville ou Yersin,Peste et choléra voyage lui aussi.Le voilà en partance pour la Bretagne où l'attend Gwen,en attendant d'autres destinations.

       

 

Posté par EEGUAB à 07:52 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , ,