28 septembre 2017

Cher libraire

LibraireAmsterdam

                                Plus qu'un bon roman historique Le libraire d'Amsterdam est un livre qui agite des idées au moins autant que des faits. J'ai choisi ce livre en bibliothèque (avant fermeture pour travaux, c'est toujours embêtant), sans en connaître rien que la couverture mais le thème m'a attiré. L'Italo-iranienne Amineh Pakravan a publié ce livre en 2006 et je ne sais par quel hasard il s'est retrouvé dans les rayons publics seulement maintenant. Nous entrons avec ce livre dans le bouillonnant univers des imprimeurs, libraires, cartographes dans l'Europe du XVIème siècle, période où l'on peut parler de naissance de l'humanisme. Un beau roman qui nous conduit des ateliers de Troyes, Paris, Amsterdam, Anvers jusqu'au Nouveau Monde, en ces dizaines d'années de Guerre de Religions. Guillaume Pradel retrace la vie de son père et de son grand-père, leurs haine réciproque et leur foi parfois fanatique.

                              Règnent encore la peste noire et l'obscurantisme mais pourtant les hommes changent, certains du moins. A travers les progrès de l'astronomie notamment, et l'amélioration des communications, c'est un monde  en devenir qui se construit. Quelques hommes éclairés, Guillaume est de ceux-là, imprimeurs, cartographes (quel beau titre que cartographes), mais aussi poètes et médecins, s'appliquent à changer le monde. Très peu connu, Le libraire d'Amsterdam est un ouvrage hautement recommandable, un livre qui fait appel à l'intelligence sans les grosses, parfois très grosses ficelles sentimentales qui alourdissent les romans historiques.

 

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25 septembre 2017

Gary

Guitare et rose

                        

                              Après un tel forfait la moindre des choses était de laisser Gary Louris, magnifique folkeux, ex-Jayhawks, années 90, somptueux quintette indie-folk de Minneapolis, interpréter lui-même Vagabonds extrait de son album du même nom, 2008. Pardon Gary. Mais une guitare et un harmonica... et je me prends à rêver, rêver de faire la route à l'envers.

 

 

 

 

 

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23 septembre 2017

Une ville qui assume (1)

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                              Du vert, et un bâtiment historique que les panneaux indiquent toujours très soigneusement Reichstag/Bundestag. On comprend pourquoi. Emblématique à mon sens de la somme toute nouvelle capitale fédérale. C'est que Berlin ne sera jamais tout à fait une ville comme les autres. Je pense à Allemagne année zéro. Je pense aux Ailes du désir. Je pense à Cabaret. Je pense aux romans d'espionnage. C'est que l'on n'arrive pas à Berlin vierge de tout a priori. Cette ville, plus qu'aucune, a connu un destin qui aurait pu la vouer aux gémonies. Ce fut longtemps le cas. Berlin table rase en ce qui concerne les pierres, mais pas en ce qui concerne les âmes. La ville, à mon avis, réussit son pari d'appréhender tout son passé, des sévères monuments prussiens à la topographie de la terreur, des nombreux mémoriaux des victimes du Reich aux plus belles heures de la DDR, sans oublier le vertige urbanistique qui a saisi la ville et la laisse en travaux pour encore au moins dix ans.  

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                         Une balade sur la Spree, le calme fleuve berlinois et ses jolis méandres, qui sillonne le coeur citadin et permet de voir un bel aspect de tous les bâtiments récents, ministères, ambassades, quartier d'affaires, gares, tout ce qui fait la Symphonie d'une grande ville, titre du génial et pércurseur film de Walter Ruthmann (1927, je crois). Et puis il y a cette porte, ce quadrige sous ciel de pluie imminente qu'un caprice de Napoléon ramena à Paris pendant quelques années, multisymbole de tout et son contraire au fil du temps.

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                                Berlin en fait tant dans le modernisme qu'une visite du Filmuseum m'a presque rendu malade de vertiges tant les jeux de miroir et de passerelles étaient saisissants. L'Expressionnisme y prenait tout son sens. Pourtant Caligari, Mabuse et Nosferatu me sont de vieilles connaissances. Mais là ils y sont allés un peu fort. Les célébrissimes Trabant sont devenus tendance pour un sightseeing.  Des statues de héros d'un autre temps rappellent des déchirures. Berlin, si longtemps coupée en deux, voire en quatre, ne se divise plus. Deux géants de bronze font encore recette près des rives de la Spree. Et il m'a fallu longtemps avant de pouvoir photographier les chantres du marxisme sans amoureux frottant le genou de Karl, sans les dizaines de Taïwanais on tour, et sans les turbulents collégiens paneuropéens auxquels Berlin assène des leçons de démocratie, particulièrement nombreux.

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                                  Sûr que l'histoire y parait parfois lourde, des hommes de fer y cotoient des poètes, ci dessous Schiller sur le Gendarmenmarkt. Et l'argenterie du Kronprinz, dans les salons de Charlottenburg vaut à elle seule le déplacement. Capitale d'empire, ruinée et affamée, défigurée par la division, Berlin s'est relevée. Et cette semaine fut pour moi l'occasion d'un petit peu mieux connaître l'histoire de ce grand pays et de cette ville, indispensable pour comprendre. On en reparle un peu prochainement.

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19 septembre 2017

L'adios au charme

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                               Reprise en douceur et en musique pour notre saison cinéphile avec le joli document de la cinéaste britannique Lucy Walker qui nous entraîne à Cuba pour l'adieu aux enchanteurs du Buena Vista Social Club que Wim Wenders et Ry Cooder ont immortalisés il y a presque vingt ans. A l'aide d'images d'archives des années cinquante et soixante ce voyage dans l'histoire de la grande île antillaise rassemble l'émotion de retrouver nos vieilles connaissances, Compay Segundo, Ibrahim Ferrer, Ruben Gonzalez, l'humour et parfois l'autodérision (même si mieux vaut tard que jamais), mais aussi la dureté de la vie pour tous les Cubains ou presque. Les spectateurs ont tous été très heureux de cet au revoir à la familia de siempre.

                            Plus que par la sanctification un peu démesurée, qui culmine avec la réception à la Maison Blanche, et qui reste sympathique, j'ai été quant à moi remué par des  scènes plus intimes. Les retrouvailles déchirantes d'Ibrahim et d'Omara Portuondo, le petit fils de Guajiro le trompettiste, qui joue lui aussi avec le BVSC 2016 et qui veille sur son grand-père avec dévotion, quelques querelles entre musiciens à propos d'une tonalité de sol. Et quelques perles de nostalgie, Chan Chan, Dos gardenias, Candela. Une vraie belle soirée entre joie de vivre et leçon de tonus de la part de ces seniors qui connurent "las flores de la vida" in extremis. Une façon aussi, un, de rappeler que le documentaire, c'est vraiment du cinéma, et, deux, de proposer aussi, parfois, lors de ciné-débats, de la bonne humeur, denrée relativement rare. Humeur qui d'ailleurs n'empêche pas l'histoire musicale de Cuba de rejoindre l'histoire tout court, des séquelles de l'esclavage aux Antilles aux relations très particulières de La Havane avec le grand voisin.

 

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17 septembre 2017

Retour, impression

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                             Où que te conduisent tes pas tu n'échapperas pas à la nouvelle hideur des choses. Lèpre technologique, elle te gâchera le plus beau des jardins.

 

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08 septembre 2017

Une semaine là-bas

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       Der Himmel über Berlin... Mais ce sont depuis longtemps mes Ailes du désir. Mon petit tour de l'Europe citadine continue. Après Dublin, après Stockholm, après Bologne. A très bientôt.

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07 septembre 2017

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

Poésie du jeudi

                                Belle semaine puisque je retrouve la Poésie, Asphodèle et tous les rimailleurs qui bien souvent m'enchantent. Comme vous le savez , muses m'ont boudé. Alors j'ai essayé, comme un enfant sans nurse. J'ai bien un peu triché, mais suis resté dans le rythme du haïku 5-7-5. Merci Isabelle, d'un merci qui restera toujours en deça de ce que je voudrais dire. J'ai appelé ça...

Dérober

Ca brasse du vide

Ca veut pas vraiment fuser

Trouver quelque chose?

Quelque chose à dire

Tenant vaguement debout

Si possible drôle

Romanesque, presque

A la rigueur, du burlesque

Qui prête à sourire

Bannir l'incurie

Qui m'occulte les neurones,

Inapte au défi,

Comme à la bonace,

Pire encore, à la ramasse

Plume racornie

Lac inanimé

Inconsolé, morne oiseau

Vallon sans dormeur

Albatros pataud

Pathos d'un loup moribond

Feuilles au tournis

Tous l'ont déjà dit

Soyez maudits vils poètes

Que suis-je sans vous?

Pillard ça et là

N'ai-je  fait que dérober

Vous, Prométhéens?

 

 

 

 

 

 

 

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25 août 2017

L'Ecrivraquier/14/Derelict

L'Ecrivraquier

Haïkus

Désir, fuiras-tu?

Muses, où donc musardez-vous?

Qui vous emprisonne?

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18 août 2017

Passant par la Lorraine

Masse critique

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                    Merci à Babelio et à Gallimard. Ce cru découverte et avant-première est une assez belle réussite venant d'un auteur que j'ignorais et dont c'est le deuxième roman. Malheureusement et à mon avis, comme le cinéma, la littérature a oublié depuis longtemps les vertus de la concision,qui me sont si chères. Ainsi, et c'est dommage, le roman de Frédéric Verger s'essouffle par épisodes, étirant inutilement ses 442 pages. C'était pourtant très bien parti. Les rêveuses nous transporte dans la campagne lorraine de 1940, occupée par l'armée allemande.  Ces rêveuses, quant à elles, sont des nonnes que l'histoire locale a retenues et qui confinent à ces légendes qui existent partout. Mois de mai. Les armées de Hitler fondent sur la France. Peter, un jeune Allemand de dix-sept ans engagé dans l’armée française, prend l’identité d’un mort pour échapper aux représailles. Prisonnier, il croit avoir évité le danger quand on lui annonce qu’on va le libérer et le reconduire dans sa famille. Comment sera-t-il accueilli chez ces gens qui ne le connaissent pas?

                   Peter, que l'on croit Alexandre, va ainsi dans ses fuites et ses geôles rencontrer Hélène et Joséphine, soeurs ou cousines ruinées, un commandant allemand obèse et contradictoire, la vieille Russe Sofia qui joue les moribondes et que l'on imagine forcément comtesse, et se mettre en quête de Blanche que sa famille a internée dans un couvent qui ressemble beaucoup à celui d'Ourthières d'où s'envolaient les rêves des nonnes. La déraison, enfin la presque déraison sera toujours en lisière de notre histoire. Diiriez-vous sortilège?

                   Les rêveuses ne manque pas d'air ni d'ambition. J'avoue m'y être quelque peu égaré comme en une forêt vosgienne car les  sentiers y sont souvent sinueux et le fantastique sourd parfois sous la roche. Mais manifestement Frédéric Verger manie la prose avec dextérité, les cinquante dernières pages particulièrement riches, en grande partie aux bords de la rivière, occasion pour l'auteur de très belles métaphores, de bruissements et de musiques qui seraient élégiaques s'ils ne se déroulaient pas dans l'enfer belliqueux des années quarante, où les flammes, les plaies et la puanteur semblent annoncer des découvertes au delà de tout. Les rêveuses n'est pas loin d'être un très grand livre.  

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15 août 2017

Leo, l'as-tu lu?

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                                Jamais Leo ne m'a déçu. Il est dans mes tout premiers compagnons de lecture, en compagnie de ma fidèle colectrice Valentyne (La neige de Saint Pierre – Leo Perutz) , cette fois pour La neige de saint Pierre, neuvième livre de cet auteur juif autrichien en ce qui me concerne. Valentyne  a-t-elle été convaincue? Je considère Perutz (1882-1957, né à Prague, ayant vécu à Vienne, exilé à Tel-Aviv, une vie bien remplie) comme un des conteurs les plus importants de ma chère Mitteleuropa qui m'a déjà donné tant de bonheurs littéraires. Sous ce titre énigmatique (mais Perutz a souvent des titres curieux, Où roules-tu, petite pomme? ou Le Cosaque et le Rossignol ou Le miracle du manguier, découvrez-les, ça vaut le coup), se cache une découverte biologique explosive dont je vous laisse la surprise. Sachez cependant que le livre fut interdit par le pouvoir nazi dès sa parution en 1933.

                              Allemagne années 30. Dans le modeste village de Morwede, au fin fond de la Westphalie, quelques personnages, Amberg, jeune médecin engagé par le baron von Malchin, une séduisante collaboratrice, d'origine grecque, Kallisto dite Bibiche, oui, un aristo russe ruiné par le bolchevisme, un curé de bonne volonté, tout ce petit monde, dans le sillage du baron, joue en fait à l'apprenti sorcier. Et que va-t-il sortir de cette sorte de chimie? Une drogue surpuissante qui permettrait la manipulation de tout un peuple? Vous comprenez maintenant le pilori national-socialiste pour ce roman un peu brûlot et d'ailleurs pour tant d'autres.

                             Du laboratoire du baron une sorte de virus des céréales, champignon, parasite, je ne sais exactement, pourrait bien changer le monde. La neige de saint Pierre (l'un des nombreux noms de cette lèpre) est évidemment une fable annonciatrice et le baron Malchin poursuivant des buts douteux et un délire mégalomaniaque rappelle quelqu'un. Souvent drôle, parfois hallucinant, ce livre s'apparente aussi au roman d'investigation, voire d'anticipation, où Jules Verne aurait croisé Jorge Luis Borges. Je suis un inconditionnel de Leo Perutz, cela ne vous aura pas échappé. Notamment pour sa façon de prendre à bras le corps toute l'histoire tourmentée de cette Europe Centrale dont le baron voudrait restaurer la grandeur quitte à lorgner vers une tyrannie qui ne hante pas  seulement les fictions littéraires. Pour l'imagination faites confiance à Leo.

                             Cette maladie des céréales s'appelait en Espagne le lichen de Madeleine, en Alsace la rosée des pécheurs, à Crémone le blé de la miséricorde, à Saint Gall le moine mendiant, dans les Alpes la neige de Saint Pierre, en Bohème la moisissure de Saint Jean,, chez nous en Westphalie le  feu de  la Sainte Vierge.

                            

                          

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