16 juillet 2013

Heurts du thé

     

    th_

                       Les couvertures sont parfois trompeuses.Ne dirait-on pas que Les seigneurs du thé est un magnifique roman d'une collection fleur bleue? A propos et en aparté lire "fleur bleue" c'est encore lire.La grande romancière néerlandaise Hella Haasse,plusieurs fois favorite du Nobel et souvent évoquée comme une Yourcenar batave,m'avait convaincu de la classer dans mes écrivains de référence avec un seul livre lu,mais quel livre, En la forêt de Longue Attente.Ce livre phare date de 1949 mais ne fut traduit en français qu'en 91.C'est bien plus tard dans sa longue vie que Madame Haasse a publié, en 1992, Les seigneurs du thé,beau roman dans le cadre colonial des Indes Néerlandaises,actuelle Indonésie,quatrième plus grand pays au monde.Hella Haasse a toute légitimité pour cette histoire.Née en 1916 à Batavia (Djakarta) elle vécut là-bas une bonne partie de sa jeunesse et Le lac noir,sa première nouvelle abordait déjà un thème important dans son oeuvre,les rapports entre autochtones et colons.Important mais pas unique sujet de la littérature chez Hella Haasse.Cette grande dame des lettres,terme classique dans les notes sur H.H.,fut aussi très francophile et vécut en France une dizaine d'années à la fin du siècle dernier.

                      Les années 1870, absents en Afrique les Pays-Bas disposent par contre en Asie de la pléthore d'îles qui devait devenir l'Insulinde puis l'Indonésie.Rudolf Kerkoeven rejoint ses parents déjà établis dans l'île de Java après ses études en métropole. D'immenses domaines,des collines entières sont consacrées au thé puis au quinquina. C'est cinquante ans de cette histoire que nous raconte Hella Haasse dans un récit fort documenté qui n'élude pas les difficultés d'adaptation,particulièrement celles des femmes pas toujours très bien considérées par leurs hommes d'affaires de maris .Les grossesses répétées par exemple et l'ennui de la vie en brousse conduiront la femme de Rudolf à la dépression la plus grave. Les relations avec les enfants baignent dans le rigorisme batave mais aussi dans le volontarisme et une certaine abnégation.Les riches descriptions de la nature de Java ne sont pas non plus le moindre attrait des Seigneurs du thé,mêlées de considérations économiques qui nous font un peu mieux comprendre l'aventure coloniale hollandaise,certes exotique mais aussi laborieuse.

                    L'Histoire ne repasse pas les plats.Il y a eu conquête et colonisation aux Indes Néerlandaises comme ailleurs.Madame Hella Haasse en parle mieux que personne,femme issue d'un milieu cultivé mais qui peut figurer à sa manière dans une anthologie parmi celles qui auront contribué à changer les choses et les idées.On semble la redécouvrir enfin,les Nobel l'avaient ratée.Nul besoin de colifichet honorifique,l'écrivaine H.H. est (h)immense et j'aurai le plaisir d'y revenir prochainement en compagnie de Valentyne La jument verte de Val  pour La source cachée.Notre lecture commune sera commentée fin août.Si cela vous tente...

Posté par EEGUAB à 06:37 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , ,


14 juillet 2013

Citation m'était contée

 La mélancolie

C'est revoir Garbo dans La Reine Christine

C'est revoir Charlot à l'âge de Chaplin

C'est Victor Hugo et Léopoldine                        

La mélancolie

4907087158_643b21005c

 Léo Ferré,La mélancolie

Posté par EEGUAB à 18:42 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , , ,

13 juillet 2013

Les plumes...by Asphodèle: Le lai de Dolce Marie de Vermandois

                Asphodèle  a récolté cette semaine pour notre plaisir laborieux et notre labeur plaisant les mots suivants: aube-fontaine-débit-grand-fraîcheur-cascade-baignade-chute-flux-dérive-trésor-noyade-trouble-goutte-glisser-gorge-grain. Assez peu inspiré au demeurant j'ai cependant eu un petit déclic, terminant en ce moment un roman de Patrick Besson qui évoque les croisades.Oyez si le voulez!

logo-plumes2-lylouanne-tumblr-com

 

                         Que grande frayeur mon vaillant chevalier me fit

                     A l'aube verte du retour d'Orient

                     Quand la gente rivière affola son débit

                     Que son corps glissa au long du pas d'avant

                     Trouble est un mot bien peu disant

                     Pour dire ma ma gorge étreinte

                     Et chagrin,peine au flux malfaisant

                     M'occirent presque,dérive et longue plainte

                     Et de ma vie firent fontaine obscure

                     Cascades de larmes en ce lit torrentiel

                     La baignade, malemort, Dieu qui n'a guère cure

                     De la fraîcheur à toujours perdue,ô tendre jouvencelle

                     Que j'étais,de chute et de tréfonds

                     Que jamais nulle extase n'effleura mon trésor

                     Oncques ne connaîtrai le grain au ventre fécond

                     Ni l'enfant  aux gouttes lactées d'or

                     Que noyade un jour d'été mon doux sein dessécha.

 

croisade

Posté par EEGUAB à 07:00 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,

09 juillet 2013

Et le wombat cessa...

La vengeance du wombat

                       Kenneth Cook,Ce vieux briscard des antipodes est décidément infréquentable.Je le sais depuis Cinq matins de trop et A coups redoublés. Mais qu'est-ce qu'on se marre avec lui. D'accord,pour le foie,c'est pas trop recommandé et la modération n'est pas le fort des gars du crû,le déodorant non plus,ni la galanterie.Une quinzaine de nouvelles australes qui nous dépaysent et nous laissent le cheveu raide.Moi,j'aime bien,de temps en temps.Mais comme on en sort épuisé on a tendance à glander et à laisser la parole à quelqu'un de tout à fait autorisé qui pense comme soi-même et qui l'a fort bien écrit.J'ai nommé Le Bison. Allez à toi cher Buffalo! http://leranchsansnom.free.fr/?p=5287

Posté par EEGUAB à 17:20 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : ,

07 juillet 2013

Quatre vieux Italiens

le_mariage_de_minuit_1941,1

                                Non pas quatre vieux messieurs transalpins attablés à la Trattoria del Tevere.Ceux qui me suivent un peu savent ma passion pour l'Italie et entre autres,son cinéma.J'ai toujours grand plaisir à découvrir des films inconnus ou pour le moins délaissés.L'antédiluvien Cinéma de minuit de France 3 pourvoit souvent à mes besoins.Et puis parfois quelques trésors ressortent en DVD.Retour sur quelques raretés d'un intérêt variable,partant du postulat que la plupart du temps un film italien moyen est plus intéressant qu'un bon film français.Assertion parfaitement de mauvaise foi.

                               Le mariage de minuit,traduction littérale de Piccolo mondo antico,est un mélodrame de 1941 de l'écrivain Mario Soldati,qui réalisa quelques films.Situé dans une période qui inspira notamment Visconti,le Risorgimento qui devait secouer la tutelle autrichienne,Le mariage de minuit met en scènes querelles de familles et de fortunes et drame de l'enfance,son principal intérêt étant Alida Valli,qui semble préparer là le rôle de sa vie,celui de la Comtesse dans Senso.A voir essentiellement pour la partie historique,les films de Mario Soldati étant de toute façon à peu près invisibles.

  cent visag 

                              L'homme aux cent visages (1959)  est le premier film de Dino Risi  avec Vittorio Gassman.Ce n'est certes pas un chef d'oeuvre comme La marche sur Rome ou Le fanfaron,deux,trois ans plus tard.Bâti un peu comme un film à sketches mais utilisant jusqu'à plus soif l'acteur cabotinant déjà,pas encore génialement,mais tellement à l'italienne  qu'on lui pardonne ses excès,le film est une comédie  où Gassman se déguise,escroquant à qui mieux mieux dans une Italie  qui s'est à peu près remise du passé,et qui sait si bien se moquer d'elle-même.                           

 

affiche-Lucia-et-les-gouapes-I-Guappi-1973-1

                           La Mafia,ici la Camorra,est un personnage récurrent du cinéma italien.En voici une version originelle,dans la Napoli du XIXème Siècle.Pasquale Squitieri dont je ne connais aucun autre film fait de Cardinale une  putain au coeur noble dans ce film de 1973 qui retrace un épisode mettant en scène les guapi,voyous napolitains,chatouilleux sur l'honneur.Pas mal démago sur les bords Lucia et les gouapes, avec ce portrait de mauvais garçons ,pétris malgré tout de valeurs morales,à leur sauce passablement rance,nous présente deux superbes moustachus des années soixante-dix,FabioTesti et Franco Nero,dont les carrières furent par la suite plutôt décevantes.Amis,presque frères,l'un parrain local,l'autre avocat sorti du ruisseau de Spaccanapoli,tout cela n'est pas bouleversant d'originalié.

l-assassin

                      Datant de 1960 voici de très loin le meilleur film de ce quarteron de vieilles pellicules sans intérêt sauf pour fossiles attardés.Elio Petri est un peu connu pour ses films politiques Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon et La classe ouvrière va au paradis, Palme d'Or Cannes 72.Il faut dire que  l'acteur Gian Maria Volonte était alors très en vogue L'assassin date de dix ans plus tôt.Elio Petri, comme tout le monde ayant touché au cinéma en Italie à cette époque,a un peu participé à la fin du Néoréalisme,avec Giuseppe de Santis puis s'est tourné vers un cinéma plus proche d'un Francesco Rosi.Son premier film, L'assassin,est un remarquable simili polar où l'erreur judiciaire est abordée de biais à travers les déboires d'un antiquaire romain soupçonné du meurtre de son ancienne maîtresse.Un commissaire teigneux incarne une bureaucratie tatillonne,un peu héritière du régime précédant la relève de l'Italie.Cette relève  économique ne se fait pas sans dérapages dans une société pas mal serrée encore et qui trouve assez vite le coupable idéal.Marcello Mastroianni,nonchalant et désenchanté pour l'un de ses premiers grand rôles,y est génial,innocent sur qui le poids de la responsabilité s'abat rudement ,ce qui n'exclut pas l'humour.Et puis sommes-nous jamais vraiment innocents,après tout?Ce gars-là,à qui tout réussissait jusqu'ici,mérite bien une leçon.

Il viaggio

                     Composé assez Nouvelle Vague,L'assassin avec ses flashbacks  et son ambiance romaine jazzy est vraiment un film à découvrir.Dans ce DVD très bien fait Jean A.Gili,le très grand connaisseur du cinéma italien,éclaire notre lanterne et c'est bien agréable d'apprendre encore et toujours sur ce pays que j'aime tant. 

Posté par EEGUAB à 10:06 - - Commentaires [5] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


05 juillet 2013

Géographie: St Paul, Minnesota

507px-Knute_Nelson_statue_capitol

                  La statue de Knute Nelson,émigrant norvégien qui finit sénateur et gouverneur du Minnesota,orne le capitole de St Paul,capitale d'état.Ca me semble un parfait symbole de l'histoire américaine car ce sont essentiellement les Scandinaves qui peuplèrent cet état du Nord,froid comme chez eux.C'est à pied que nous arrivons de Minneapolis,la cité jumelle,notre précédente étape.St Paul vit naître Scott Fitzgerald en 1896.

 Southern in my soul (2003)                

                Big George Jackson nous présente sa Northside woman,sa St Paul woman,sur des rythmes très Chicago blues.Envcore actuellement il travaille dans une raffinerie de Minneapolis depuis 26 ans. Sa journée terminée, il joue un blues profondément enraciné dans le delta du Mississippi avec des relents nordistes. Sa voix rappelle celle de John Lee Hooker à ses débuts et son jeu à l'harmonica, celui du légendaire Sonny Boy Williamson.J'ai honteusement piqué ces informations sur le Festival de Montreal. Maudit!

http://www.deezer.com/track/10850452    St Paul woman  Big George Jackson

 

Posté par EEGUAB à 07:26 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

02 juillet 2013

Méfiez-vous des contrats que vous passerez à Bourg-Tapage

Francois-Garde_-Pour-trois-couronnes_int_carrousel_news

                     Deuxième livre de François Garde et deuxième réussite avec ce roman d'aventures et d'enquêtes et de  voyages. Cet homme là est un sacré raconteur. Karen Blixen puis au cinéma Orson Welles ont utilisé avant lui cette légende de tout temps, appelée d'ailleurs Une histoire immortelle,du marin qui,pour trois couronnes, accepte de suppléer à la stérilité d'un mari vieillissant.Dans un port mal identifié mais qui prête à la légende,tourné plutôt vers l'Asie,ce matelot disparaîtra. Des années après Philippe Zafar,lui même franco-libanais est nommé curateur aux affaires privées d'un riche homme d'affaires franco-américain qui vient de mourir. Dans ses archives,une mystérieuse lettre manuscrite évoque en trois pages cet épisode de la vie d'un matelot.

               Il mène ainsi l'enquête sur les secrets de Thomas Colbert et de fil en aiguille essaie de percer la vérité sur le passé de cet homme.La piste ira se perdre dans une île lointaine, probablement dans l'Océan Indien,cela reste indéfini.Entre temps les insulaires se sont révoltés,en grande partie sous la houlette de Benjamin Tobias, qui pourrait bien être l'enfant de la curieuse  transaction de 1949,sur le port de Bourg-Tapage.Zafar va patiemment renouer les fils de ce contrat,rencontrer les rares témoins indirects,interroger les lieux et les archives insulaires.Ce travail est assez ingrat,rien de spectaculaire. Mais le plus passionnant est probablement la réflexion,très fine,sur la décolonisation,qui évite de donner les sempiternelles leçons,discrète,comme je les aime et qui laisse le lecteur à ses interrogations.

            De père libanais mais lui-même n'ayant jamais vu le pays du cèdre Philippe Zafar trouvera sur cette quête d'un fils l'occasion de se réapproprier sa propre filiation  à travers le destin de son propre père mort accidentellement,ou pas,alors que lui-même n'avait qu'une dizaine d'années.Il envisagera alors son propre voyage au Proche-Orient,dans un modeste village des Monts du Liban.Mais avant il lui faudra décider ou non de dévoiler la vérité apprise,avec de multiples risques. François Garde sait disséminer les petits cailloux sur une piste très littéraire et qui nous amène immanquablement à nous prendre au jeu.Parions quelques sols que vous aimerez Pour trois couronnes.

Posté par EEGUAB à 12:45 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

30 juin 2013

Athalie,Paulina et moi

9782070366095_1_75

                           Lecture commune avec Athalie A les lire  , Paulina 1880,oeuvre dont le titre est relativement connu mais dont je ne suis pas sûr que les lecteurs aient été si nombreux,est un roman qui n'a guère d'équivalent,très ambitieux dans sa concision. Mais cette oeuvre,qui devrait être brûlante,ne m'a pas remué les entrailles,alors qu'il semble que beaucoup d'écrivains en aient été bouleversés.Le livre date de 1925 et l'histoire se situe dans l'Italie du Nord de la fin du XIXème Siècle.Paulina Pandolfini ,enfant,puis jeune bourgeoise milanaise, fille d'un marchand prospère, se complait dans la dévotion et le culte des images saintes et de la statuaire des nombreuses églises du pays.Cette tendance très forte cohabite en elle avec une irruption du désir,de plus en plus impérative,en la personne du Comte Michele Cantarini, une connaissance de son père.Paulina est encore très jeune lorsqu'ils deviennent amants,ce qui n'empêche pas la dualité de régner sur son esprit, Dieu et la culpabilité s'accomodant parfaitement des nuits chaudes mais silencieuses dans la demeure familiale.

                       Après la mort du père,resté dans l'ignorance Paulina,qui l'aimait profondément,est à peu près libre,la femme du Comte Cantarini ayant perdu l'esprit.Pourtant elle se réfugie une première fois dans un couvent,confite dans ses remords d'avoir trahi son père.Chez les Soeurs de la Visitation de Mantoue le doute persiste et elle finira par retrouver le Comte à Florence mais ne connaîtra la paix qu'au prix du meurtre et d'une longue condamnation-expiation-rédemption.Paulina 1880,je l'ai dit a suscité beaucoup d'enthousiame au moins chez les poètes et les artistes.

                Problème:je ne suis ni l'un ni l'autre car ce livre,censé être un diamant sur le plan littéraire et censé metttre le feu aux âmes et aux coeurs m'a laissé presque de marbre.J'oserai même dire que cet ouvrage m'a pesé et que,et je prie Athalie de m'en excuser,l'ayant lu il y a deux mois environ je n'ai pas pris la précaution d'écrire immédiatement mes impressions,déjà mitigées.Donc nul envoûtement chez moi pour L'ange bleu et noir (c'est le titre d'un chapitre), nulle pression malgré la beauté de certains passages,nul trouble vénéneux.On cite souvent le livre de Pierre Jean Jouve parmi les très hautes incandescences de la littérature du siècle dernier.Mais les braises de Paulina 1880 m'ont-elles seulement effleuré?

Il viaggio

                   Bon,il restera toujours quelque belle prose  sur notre chère Italie,et de quoi rejoindre le cher voyage http://chezmarketmarcel.blogspot.fr/p/il-viaggio.html .Et puis on a,Dieu merci,le droit d'avoir une autre approche.C'est le cas d'Inganmic

http://bookin-ingannmic.blogspot.fr/2011/12/paulina-1880-pierre-jean-jouve.html

Posté par EEGUAB à 10:20 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,

27 juin 2013

Des mots,une histoire: De passage

                     L'escarcelle 107 d'Olivia cette semaine: secret-mystère-dessert-gomme-mâcher-chewing-gum-s'étirer-libération-tondre-brebis-galeuse-puce-sale.Je n'ai pas réussi à échapper à la "brebis galeuse".Je pense qu'il faut, lors du choix, se méfier des associations trop évidentes.Ce n'est bien sûr que mon avis.Vous constaterez aussi que ce texte est "épucé",incapable que j'étais d'introduire ce sympathique parasite ni sur le marché,ni à l'oreille.

plumedesmotsunehistoire5

                              Comme j'aimais la voir tondre ses quelques arpents de pelouse.La plupart du temps elle étaît vêtue d'un short kaki et d'un polo jaune qui scintillait lors que je l'observais à la dérobée dans le secret des thuyas protecteurs.Mal aimée du village,le qu'en dira-t-on allait bon train quant à cette femme récemment débarquée d'on ne sait où dans cette calme bourgade picarde qui n'appréciait guère les nouveaux visages.Sans être tout à fait traitée de brebis galeuse on ne goûtait pas trop le halo de mystère qu'elle semblait suggérer.Après les vétilles,chewing-gums dans sa boîte aux lettres,assez vite apparurent les sales insinuations devant la poste ou la boulangerie, puis un calicot ,à l'orthographe incertaine "A la Libération,vous savé ceux qu'on leurs faisait?" que le maire fit enlever,pas assez prestement.Je me souviens surtout du geste qu'elle faisait après avoir fini ses travaux verts,elle s'étirait longuement jambes et cuisses et j'avais la chance d'apercevoir ses reins qui m'affolaient quelque peu.J'appelais ça mon dessert de printemps.Elle n'est guère restée plus de deux saisons dans notre village.Je n'ai jamais su son prénom.Depuis,quand je pense aux femmes de ma vie,pourquoi est-ce son image qui me revient si vite? Rêveur,je mâche un crayon hors d'âge,j'écris sur elle,ni gomme ni rature,spontanément,elle me sourit.

Posté par EEGUAB à 20:48 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags :

25 juin 2013

Reste le titre,peut-être

imagesCAQM4JCE

             Il se passe entre Ernest Hemingway et moi comme un divorce,rare.Mais je n'ai pas réussi à relire récemment les nouvelles de Paradis perdu,et cette adaptation hollywoodienne de Le soleil se lève aussi,que je n'avais pas vue depuis 40 ans ne m'a guère fait frémir.Bon,je n'ai jamais lu ce bouquin sur lequel les avis sont tranchés.Jadis considéré comme un bon roman de Hem il est maintenant systématiquement dénigré comme Hem lui-même d'ailleurs.Voici le temps du purgatoire pour le légendaire auteur-chasseur-buveur. Qui sait dans quelques dizaines d'années ce qui se dira de l'auteur de tant de nouvelles et de romans hélas (mal)traités par le cinéma, Les neiges du Kilimandjaro ou la seconde version de L'adieu aux armes entre autres.

                 Papa Hem,je l'aime encore bien au moins dans mon souvenir.Henry King a fait de très bons westerns, Jesse James, Bravados. Tyrone Power,quel magnifique Zorro en 1940! Ava Gardner,son personnage de La Comtesse aux pieds nus a donné son nom à ce blog. Errol Flynn,bondissant Robin des Bois, sémillant Capitaine Blood, quelle prestance! Mel Ferrer est l'un des deux héros du plus beau duel à l'épée du cinéma,celui de Scaramouche. Et le Paris américain de la Coupole et de Montparnasse,celui-même de Paris est une fête où Ernest et Scott comparent leurs anatomies respectives,and the winner is...Tout cela m'avait séduit jadis,très jadis.Mais que reste-t-il de cette sage chromo sur la Génération Perdue, entre deux guerres,entre deux rives,entre deux alcools?

le-couple-fitz

         Le sable s'est écoulé entre mes doigts depuis ma vision adolescente.Les livres d'Hemingway ne seront décidément pas ceux qui auront le mieux traversé le fleuve temps.Récapitulons.Dans ce film tous sont beaucoup moins bien qu'ils n'ont été. Bien sur ce sont des choses qui arrivent. Mais quelque chose comme une vague tristesse m'a traversé à revoir Le soleil se lève aussi.Une jolie phrase,une belle ville,des acteurs du passé,un film,somme toute,parfaitement démoralisant.Une envie peut-être, loin de cette Espagne de sable et de sang qui, inexplicablement,a tant plu à des gens que j'ai aimés,celle de boire,un verre,un peu plus,à la mémoire de ces héros de celluloïde,qui me semblent partir comme une vieille copie argentique.Le cinéma se meurt parfois.Avant de rejoindre le challenge de ma chère Asphodèle qui,de retour de la vie de Zelda,nous en a récemment appris de belles sur Hem et Scott.

      

   

Posté par EEGUAB à 15:06 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : , , , ,