09 juin 2013

Interruption...

pause

                   ...pas très longue,ça j'en suis à peu près incapable,mais cependant nécessaire,je crois.Il me semble qu'il faut se garder un peu d'une certaine blogorrhée.Alors disons quelques jours...

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http://youtu.be/bpkHtXdufd4

 

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08 juin 2013

Récits de corail

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                Superbes,ces nouvelles sont superbes et comme j'aime Joseph Roth dont j'avais découvert il y a très longtemps La Marche de Radetzky et La Crypte des Capucins,avant de lire cinq ou six autres romans un peu plus récemment.Neuf textes courant de 1915 à 1936 constituent ce splendide recueil qui se termine par Le marchand de corail.Au moins six de ces nouvelles m'ont régalé.Par exemple l'une des plus courtes,Sa Majesté apostolique imériale et royale,petite chronique sur l'une des dernières sorties du vieil empereur d'Autriche-Hongrie,symbole d'une autre époque,où nous frappe cette attraction-répulsion de Roth pour ces "temps d'avant".Rien de nostalgique chez Joseph Roth,plutôt d'ailleurs contre l'autoritarisme,mais Le buste de l'empereur est l'occasion d'une analyse remarquable sur la décomposition d'une société qui fait place à une autre,pas forcément enchanteresse.Grand lucide, Roth évoque les notions de patrie et de nationalité chez un comte jadis autrichien devenu polonais,à en perdre son latin et son identité.C'est profond,et ça en dit beaucoup sur la Grande Guerre et le grand tournant.

                    Le chef de gare Fallmerayer,modeste fonctionnaire,bouleverse sa vie pour une comtesse russe victime d'un déraillement. Souvent chez Joseph Roth un déclic, accident ,maladie, deuil, transforme le destin de personnages besogneux et falots. Le marchand de corail, le discret commerçant juif ukrainien Nilssen Piczenik, court à sa perte, victime de sa passion pour l'or rouge des fonds.Les petits héros des nouvelles de Roth,disséminés dans les landes en déréliction de l'ex-monarchie viennoise,ou errant au Prater maintenant banalisé,sont à leur manière,presque tous,des victimes de 14-18.Pour eux rien ne sera plus comme avant,même les noms ont changé.J'aime profondément la sensibilité de Joseph Roth,qui a toute sa place près de Zweig ou Schnitzler,autres grands d'Autriche.

                   Joseph Roth (1896-1939) mourut d'alcool et de misère à Paris après avoir fui le régime qui brûla ses livres.Juif autrichien né en Galicie,dans cette sorte de macédoine que constituait l'empire de François-Joseph,il fut journaliste et s'interrogea beaucoup sur la fin des puissances centrales,qui imprègne son oeuvre dont nombre d'articles pour les journaux viennois, témoignages. Il repose dans un cimetière de banlieue parisienne après une sorte de lent suicide que son ami de toujours Stefan Zweig ne put empêcher avant de choisir à peu près la même désespérance..

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03 juin 2013

Fitz au Ritz

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               Avec l'éternel retour du sémillant Jay Gatsby j'ai eu l'occasion de lire quelques nouvelles de Fitzgerald.Il y en a presque trop dans ce recueil de 27 textes dont le plus célèbre donne son nom à l'ouvrage.Elles ne m'ont pas toutes séduit outre-mesure. J'avais pourtant envie de m'enflammer sur les jeunesses perdues de Scott,de Zelda et de moi par la même occasion.J'ai presque peiné à m'intéresser à certaines de ces chroniques d'une jeunesse étudiante puis adulte,à tous ces personnages qui d'ailleurs se croisent dans un univers un peu frelaté d'aisance et de conformisme.Mais rien n'est si simple avec Scottie et quelques textes sortent du lot malgré tout.

             A travers cette inégalité qualitative j'ai cependant découvert cinq ou six pépites où l'émotion affleure en quelques dizaines de pages.Le plus souvent tout semble terriblement autobiographique dans ces lignes,Fitzgerald a surtout écrit sur Scott et Zelda. Dans ce moments j'ai retrouvé la grandeur et la douleur de The great Gatsby et Tendre est la nuit,les deux incontournables qu'on aurait tort de contourner.

             Retour à Babylone s'avère bouleversant et explore le très "people" Paris des écrivains américains de l'entre-deux guerres. Charlie Wales a vécu quelques années folles entre Ritz et Montparnasse avec sa femme Helen et sa petite fille.Krach et crises aidant la vie est devenue plus difficile.Revivra-t-il avec sa petite Honoria,pour l'heure sous la tutelle de la soeur de son épouse décédée?Cette nouvelle touchera tous les pères,sans grandiloquence et pathos.On s'en doute, l'alcool coule allégrément au long du recueil, dans Un voyage à l'étranger par exemple où un jeune couple très glamour,ça rappelle quelqu'un,est confronté lors de  ses escales européennes à un autre couple,en fait eux-mêmes,un peu plus vieux.Effrayant.

Fitzgerald

             La lie du bonheur est une énième variation sur le malentendu amoureux qui conduit l'homme et la femme à sacrifier leur félicité au souvenir .Souvent le monde dépeint par Fitz nous semble privilégié.L'est-il vraiment,je n'en suis pas certain.Sans nul doute par contre,et même si cet ensemble se révèle disparate et frise parfois le ridicule,ce monde s'avère d'une immense fragilité où l'on a vite fait,très vite fait,de perdre la santé,voire la raison,voire la vie.Parmi les dernières nouvelles,très brèves,j'ai aimé surtout La mère d'un écrivain,quatre pages où une vieille dame meurt en confondant son fils,auteur,avec un duo de poétesses bon marché. Splendide humiliation.Et aussi Trois heures entre deux avions,brèves retrouvailles  de Nancy et Donald,plus de vingt ans après une amourette d'enfants,en fait une méprise.Et qui se termine par cette désespérance "Donald avait pas mal perdu au cours de ces quelques heures entre deux avions,mais étant donné que la seconde moitié de la vie est un long processus d'abandon de certaines choses,cet aspect-là de son expérience n'avait pas probablement pas d'importance."

        Désespérant,je vous l'avais dit,surtout que la deuxième moitié de la vie,pour Fitzgerald,commença à 21 ans.Paradoxalement le dernier texte,La fêlure,qui traite de l'impuissance créatrice qui saisit Fitzgerald assez rapidement m'a laissé de glace,malgré cette belle métaphore,"J'avais le sentiment d'être debout au crépuscule sur un champ de tir abandonné,un fusil vide à la main".C'est pourtant une phrase qui s'applique à toute panne.

          

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31 mai 2013

Au plaisir de Dieu,plaisir partagé avec Valentyne

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            Quel plaisir de lecture!Et dire que certains pensent que ce livre est une saga familiale type feuilleton d'été,ce qu'il a d'ailleurs été aussi.Mais avant il me faut dire un mot de Papy Jean d'Ormesson.Nous sommes très liés,je l'appelle Papy,il aime pas ça,ce séducteur patenté très tenté.A la télé on voit beaucoup de cabotins.Certains pensent que Jean d'Ormesson en est un exemple.Et ils ont raison.Seulement voilà,il arrive que les cabotins aient un grand talent et c'est bien son cas.Les yeux qui pétillent,sur un plateau on voit qu'il "attend son tour".Il a même fait récemment ses débuts au cinéma dans le rôle d'un autre cabotin notoire,non sans talent non plus.Jean d'O.,c'est avant tout un homme d'une culture étonnante,assez classique mais il y a longtemps que la culture classique est par sa rareté même devenue avant-gardesque.Ce débat nous entraînerait trop loin et il me faut revenir à ce remarquable roman qu'est Au plaisir de Dieu que Valentyne a partagé avec moi.A l'heure où j'écris je n'ai encore aucune idée de sa réaction.

        Formidable conteur,et d'un humour assez caustique qui a l'élégance de s'exercer en premier lieu aux dépens de sa propre famille,Jean d'Ormesson fait précéder son roman,du moins dans l'édition que j'ai lue,d'un arbre génalogique,très utile,car la lignée est touffue,mais aussi fantasque,arrogante,émouvante,et surtout tout aussi querelleuse que dans d'autres milieux.L'aristocratie m'a toujours passionné,surtout celle qui,tout en ayant l'air de s'isoler dans ses bastides,en l'occurence son château sarthois de Plessis-lez-Vaudreuil,lutte,enrage et participe à la vie d'un pays,la France.La France est aussi l'héroïne d'Au plaisir de Dieu et tous les membres de cette famille en ont une conception parfois très différente.Ancêtres bourbonophiles ou bonapartistes,dreyfusards ou antisémites,pétainistes ou résistants,parfois cela dépendait de la semaine.

            Courant jusqu'aux barricades de mai l'histoire de cette famille somme toute comme les autres est toujours emballante. L'humour d'Ormesson n'exclut nullement l'émotion,parfois picaresque, parfois un peu artificielle et gonflée.Les rapports entre maîtres et serviteurs sont particulièrement fins.On se prend à aimer Plessis-lez-Vaudreuil,nef invraisemblable,trouée et battue des quatre vents. Dame, c'est que,très souvent,les châtelains ne roulent pas sur l'or,et que fortune est volatile.Enfin de son grand talent le malicieux écrivain nous dépeint une telle galerie du genre humain,dans le sillage de la figure centrale,le grand-père Sosthène, charnière du récit.Presque prêtre gaulliste,héros de la Grande Guerre, presque star de Hollywood,partisan de Vichy et de l'O.A.S., etc...On les aime tous,y compris Dieu,qui semble guetter ça de toute son insolence.Ils font tellement partie de notre histoire,contée par un narrateur qui ressemble tant à un académicien précieux d'un vert bien peu académique...

 

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30 mai 2013

Des mots,une histoire: Enfance escamotée

                    Pour cette édition 103 Olivia a hérité de ceci: pirate-bateau-Bigoudène-crêpe-chignon-perle-cristal-facette-prisme-polygone-soirée-crépuscule-déclin-fin-vigile.A propos il faudra m'expliquer comment le mot "polygone" peut inspirer le mot "soirée",du moins dans la logique du rapport des mots entre eux.Ceci n'est pas bien grave.

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                  La petite bonne bigoudène,je l'aimais bien,du haut de mes six ans, et les soirées s'animaient, comme en fête lorsque, c'était elle qui nous gardait,les parents partis à l'opéra ou au restaurant.Son chignon,cet appendice supérieur,me faisait bien rire.Mon frère aussi,et notre petite soeur s'esclaffait,bavant de toutes ses jeunes dents en avalant goulument les crêpes de Marig-Morgane. Parfois, il me semble voir encore son tablier aux armoiries du Guilvinec,assorties d'un pavillon pirate que la petite montrait du doigt en criant d'une voix de cristal crissant. J'ignorais que s'annonçait le crépuscule,alors que d'évidence nous n'en étions même pas au lent déclin de l'aube de nos vies.

                  Nous n'avons jamais bien su si Laure-Claire avait avalé par mégarde une perle du collier que la jeune Bretonne lui avait imprudemment laissé en main.Je n'ai appris que vingt-cinq ans plus tard la fin volontaire d'une employée de maison,revenue en Armor,après un drame survenu lors de son placement parisien.Un bateau l'avait découverte en Baie des Trépassés,sans mystère.Mes parents depuis longtemps s'étaient séparés,mon père ruiné et ma mère en soins constants d'une assez sauvage psychiatrie d'époque,tout cela,au prisme de ma mémoire,revenait me hanter,vigile trop attentionné.Des différentes facettes de l'enfance poignardée,plus que toute autre chose,me poursuit le polygone vert et rose de ce cimetière finistérien,adjectif si précis qu'il cogne à mon coeur,encore.

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28 mai 2013

Géographie: Minneapolis, Minnesota

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http://youtu.be/mxVo5mjK4eg 

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                   Spécialement pour le Bison qui appréciera.Oh si,ça,ça va lui plaire à ce cher ruminant de Le Ranch sans Nom.Ou alors j'arrête de bloguer et j'écoute de la techno.Tom Waits au piano et sa Carte de Noel d'une pute à Minneapolis.Laquelle Minneapolis est une des twin-sisters du Nord-est avec sa voisine St Paul. Minneapolis est joliment décrite par David Treuer dans son roman Comme un frère Là-bas au Minnesota. Les deux villes sont indissociables.St. Paul, capitale administrative de l'état du Minnesota, et Minneapolis la plus grande ville.Mais les deux sont intimement liées pour former l'une des plus importantes conurbations du Nord des Etats-Unis.

                 La plus froide parmi les grandes villes américaines,Minneapolis fut longtemps peuplée de descendants scandinaves ou allemands.Un court moment sous administration française comme beaucoup de territoires de la Louisiane au Canada,Minneapolis fut aussi le berceau de Prince et des frères Coen.

P.S.Pour le Bison ne rien déduire de ses fréquentations suite au titre de Tom Waits.Ou plutôt n'en déduire que ses goûts musicaux,au demeurant excellents.Pour le reste... cela ne nous ...regarde pas.

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24 mai 2013

Kafka sur le rivage

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                  La littérature du coeur,cette expression banale prend tout son sens à l'évocation de ce très beau livre de l'auteur allemand Michael Kumpfmüller.Ignorant et l'auteur et l'ouvrage je suis tombé dessus en librairie et il m'a attiré très vite.La quatrième de couv. ne m'en disait ni trop ni trop peu.J'ai eu envie.Et La splendeur de la vie est un grand livre,qui m'a beaucoup parlé,bien que piètre connaisseur de Kafka.Mes connaissances sur lui se bornaient à La métamorphose,Le procès de Welles,le vieux film de Soderbergh Kafka.Du tout bon,tout ça, mais qui ne me donne aucune légitimité particulière pour évoquer Kafka.Après la lecture de La splendeur de la vie j'ai le sentiment d'avoir mieux saisir la personnalité du Praguois.Et ce grâce à la prose toute en retenue de Michael Kumpmüller, né à Munich en 1961 et dont un seul autre roman a été traduit en France,Fugue en lit mineur (Denoël,2003).

              Kafka,à la santé fragile,séjourne l'été 23,sur la Baltique.Il y fait connaissance de Dora Diamant,quinze ans de moins que lui.Cet amour sera brisé par la mort de l'auteur moins d'un an après.Trois saisons auront suffi pour anéantir totalement l'homme.C'est l'histoire de ce coup de foudre,entre Franz,quarante ans,assez célèbre mais désargenté,et la jeune femme,juive elle aussi,modeste cuisinière dans une colonie de vacances à Müritz,station balnéaire.On vit alors le quotidien de Franz et Dora qui finiront par habiter ensemble à Berlin,peu de temps, et dans la précarité sanitaire et matérielle.Ce sont les fameuses années d'hyperinflation en Allemagne où l'on imprimait des billets de 500 000 000 marks.Tout est si difficile mais Kumpfmüller qui a fait un gros travail de documentation sur journaux,carnets et correspondance de Kafka,nous présente un homme marchant certes vers la mort,mais dans une paix relative grâce à Dora, discrète et tendre.Un Franz Kafka presque heureux.

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           Le livre est bouleversant,mais dans la simplicité et la pudeur.Nulle confession intime,nul secret un peu croustillant dévoilé, mais beaucoup d'amour,en peu de gestes,ils n'en auront pas eu le temps.Un bref retour à Prague,où les retrouvailles avec les parents sont tièdes.Un certain regain d'intérêt pour le Talmud. Des rêves d'évasion,de Palestine aussi.Le sionisme est passé par là.Les plus clairvoyants avaient soupçonné qu'à la République de Weimar succéderaient des années de plomb.Ils étaient encore en dessous de la vérité.La splendeur de la vie cache sous un titre qu'on jugerait mièvre une flamme superbe qui me confirme que dans la vie de chacun ce ne sont pas forcément les années en commun qui comptent le plus,et que l'intensité de quelques dizaines de jours et de nuits dans l'unisson fait parfois plus pour le bonheur de l'homme.

         Je termine ce jour une bien belle lecture que je n'oublierai pas,précieuse et vivace,sur un thème des plus sombres mais diablement humains.Il me semble voir le visage de Dora,son sourire qui aura illuminé la fin d'un écrivain immense,qu'il n'est pas du tout nécessaire d'avoir lu pour apprécier La splendeur de la vie.Puisse ce livre relancer le goût de vivre...Dans la forêt viennoise ne survivent pas que des légendes.Dans un sanatorium de Kierling,un jour de 1924,l'amour a triomphé.

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21 mai 2013

Désaccord mineur

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                      Cette chronique doit tout à la gentillesse d'Asphodèle.Je vous y renvoie d'ailleurs illico.J'ai été séduit par l'ambiance et beaucoup moins par l'histoire.Et là je diffère un peu d'Aspho.On se doute des retombées des guerres balkaniques et on sait l'anarchie qu'elles ont engendrée dans ce qu'il est convenu d'appeler le milieu.Et la collusion avec les politiques emprunte des sentiers battus et rebattus.Là vraiment,je n'ai guère apprécié et ça m'a paru hyperconventionnel,la Place Beauvau,notamment.Bref.

                     Mais Marcus Malte martèle,c'est dur à prononcer,ça,essayez donc!,Marcus Malte martèle beaucoup mieux le clavier du piano que le clavier azertyuiop.Son joli titre,Les harmoniques,fait référence à ces notes parfaites,que je suis incapable de vous résumer,quintessence de la construction musicale. Particulièrement importantes en jazz,je crois.Et là,Marcus Malte est orfèvre.Pas seulement bien sûr parce qu'il présente les choses de façon très ciné avec une bande son très éclectique au long des chapitres (le Norvégien Lars Saabye Christensen a fait ça avec les Beatles).Mais bien plus parce qu'on a l'impression de vivre ces pulsations,dans le souvenir qu'évoque le grand musicien noir qu'on imagine ressemblant à Forest Whitaker, Mister, de Vera,assassinée et brûlée,le souvenir de leurs regards dans le club où il joue du piano en trio.Et plus encore dans l'amitié qui unit Mister et Bob,chauffeur de taxi philosophe,polyglotte et fou de jazz.Et comme leurs discussions dans cette 404 pourrie sont bien rendues.On en claque des doigts en frissonnnant en rythme et en syncopes.

                  Quel dommage que le scénario des Harmoniques ne soit pas constitué de méandres et d'arpèges tout aussi complexes.Je n'ai pas lu les autres livres de Marcus Malte.Mais j'ai lu que Marcus avait beaucoup fréquenté musiciens de rock et salles obscures,ce dont je ne peux que le féliciter.Marcus,à mon avis ,qui n'est que mon avis,vous n'avez nul besoin de la fiction policière dans l'air du temps,très dans l'air du temps, pour écrire,et très bien, sur, et autour, de la musique.Vous ne m'en toucherez que davantage.Je suis déjà à votre écoute,comme Vera devant Mister.

LES HARMONIQUES de Marcus Malte  Chez Asphodèle

http://mumuzbooks.blogspot.fr/2013/02/les-harmoniques-marcus-malte.html    Chez Mumuz

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                        Les harmoniques, Prix Mystère de la critique 2012 ,rejoint fort logiquement le challenge de notre amie Laure,l'un des rares sur lesquels je respecte mes engagements,m'étant souvent imprudemment inscrit,trop inscrit...Et hélas,en dernière minute, l'hommage à un grand du clavier,que Marcus Malte ne reniera pas,Ray Manzarek...J'en ai marre que partent mes icônes.

http://youtu.be/3XzHotB5-To The organ,according to Ray.

 

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18 mai 2013

Les miroirs feraient bien de réfléchir

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             Curieuse affiche pour cette adaptation de Raymond Chandler,La dame du lac,qui semble jouer sur l'interactivité en...1946.L'originalité de ce film réalisé et interprété par Robert Montgomery est la caméra subjective,procédé devenu assez courant mais qui à l'époque avait créé une petite sensation.Passé ce truc qui ne nous fait voir Philip Marlowe uniquement dans un miroir ou un reflet,La dame du lac est assez loin de l'ambiance vénéneuse et complexe du Grand sommeil.De plus les deux films sont tout à fait contemporains.L'un est maintenant au panthéon du noir,avec Bogie et The Look,via Howard Hawks.L'autre n'est guère évoqué que par les exégètes des écrivains hard-boiled dont Chandler est un des phares.Bogart qui n'a pas été si souvent un privé au cinéma a tellement investi la mémoire ciné de sa silhouette,de son accent et de son tabac qu'on a l'impression que Marlowe c'est lui,et que le Sam Spade de Hammett c'est lui aussi.Sacré Bogie,ça va Patron!

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         On passe cependant un bon moment avec cette Dame du lac bien que l'on ne voie jamais ni la dame ni le lac.Une secrétaire, assez fatale,fallait s'y attendre tentera bien d'égarer Marlowe.Un flic s'avérera peu regardant.Quelques comparses y laisseront leur peau.Le tout venant du polar,à une époque,où,tout durs à cuire qu'ils étaient,les auteurs de pulps ne se croyaient pas tenus d'aligner trois pages sur la façon de découper un thorax.La dame du lac est à sa place en ligue 2 catégorie film noir, estimable. Evidemment, comme je viens de revoir Assurance sur la mort de Billy Wilder la comparaison est cruelle.Lequel Wilder avait pour coscénariste... Raymond Chandler d'après la longue nouvelle de James Cain,et ceci sans le moindre private investigator..On y revient bientôt.

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16 mai 2013

Des mots,une histoire: Trois déchus de l'Olympe

Notre amie Olivia présente cette semaine la liste suivante:capturer-image-son-évasion-alarme-danger-rouge-coquelicot-homme-mesdames-messieurs-faiblesse-âme-gris-ombre-doute-métaphysique-collège-professeur.

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Aucun des trois acolytes n'était capable d'aller plus loin.Plusieurs éternités déjà s'étaient enfuies depuis qu'ils étaient relégués pour deux d'entre eux dans le Tartare,capturés sur colère de Zeus et de ses sbires suite à d'obscures tractations entre hommes et dieux.Mais depuis qu'ils avaient établi une communication sans fil avec Prométhée,enchaîné loin à l'Est sur son Caucase, aux prises avec cet immonde vautour hépatophage,l'un comme l'autre caressaient sérieusement leur rêves d'évasion.Ils avaient somme toute fait preuve de faiblesse,trop longtemps.La révolte leur brûlait les tempes et ils voyaient rouge,un rouge vif qui comme la muleta de Cordoue,redoublerait leur fureur et leur détermination.

sisy

Lassé d'être sujet de métaphysique pour bacheliers acnéiques,Sisyphe cesserait bientôt de rouler sa pierreuse pelote et Camus pourrait bien ravaler son mythe.L'image du Titan remontant sans cesse cette métaphore du monde,lourde s'il en est, qui n'avait qu'une idée, arrivée au sommet,se faire la belle et filer se remettre à l'ombre dans la vallée,cette image ne survivrait plus.L' alarme entre Sisyphe et son voisin carcéral Tantale avait bien fonctionné et les professeurs de philo du futur pourraient aller se rhabiller. Depuis le temps qu'ils glosaient sur ce pauvre Tantale se desséchant devant une eau fraîche et crevant de faim alors que les plus beaux fruits lui frôlaient les doigts,ils allaient pouvoir raconter la cavale des mal-aimés, genre série noire dans les bas-fonds de l'Olympe.A redonner le goût de l'antique dans nos sacrés collèges.

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Loin là-bas en son sympathique Caucase Prométhée soignait son ictère à sa manière,la rapace-thérapie.Ce sont des soins de longue durée,mesdames et messieurs,qu'on se le dise,mais non dénués d'intérêt,pour peu que l'on soit très attaché aux chaînes de montagnes.Songeons-y donc,même si c'est plus souvent le doute qui nous ronge.

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Doute qui d'ailleurs fait plus que me ronger quant à la manière de me sortir de cette histoire sans queue ni tête et dont seul un déicide pourrait me délivrer.Du danger d'inventer n'importe quoi pour figurer dans la liste du jeudi soir de notre guide au prénom de paix.Comme un marin dont le coeur chavire etvire au gris entre Charybde et Scylla,fredonnant "Comme un p'tit coquelicot,mon âme, un tout p'tit coquelicot" me voila contraint de laisser ma belle oeuvre inachevée.C'est si beau parfois l'inachevé, Schubert, Flaubert, Kubrick.Mais là j'aurais probablement dû privilégier l'incommencé.Pour tout autre son de cloche,se référer aux autres auteurs semainiers.

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