18 juin 2016

Respirer Mauriac

Masse critique

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                         Retour à Malagar avec le bon choix Babelio de cette session. Retour à la case Mauriac, Mauriac que je n'ai pas beaucoup lu d'ailleurs. Il faudrait prendre le temps, il faudrait. En attendant Claude Froidmont, professeur de lettres girondin, nous propose un curieux objet, nommé roman, plutôt une variation, une errance, un peu une dévotion aussi au domaine du grand écrivain (lui écrit grantécrivain), ce fameux domaine de Malagar où le Nobel écrivit une partie de son oeuvre. Quand on entre Chez Mauriac à Malagar on entre dans une église en quelque sorte ou l'hôte Froidmont, sous la forme plus ou moins fictive d'un jeune homme, Liégeois, fils d'un socialiste, athée plutôt prolo, se retrouve dans la grande maison girondine où il est amené à faire visiter le musée consacré à l'auteur de Thérèse Desqueyroux.

                        Froidmont complique un peu inutilement à mon avis la situation en introduisant la figure tutélaire de l'un de ses maîtres, Henri Guillemin, HG, qui connut si bien tant d'écrivains. Mais Chez Mauriac à Malagar, pour moi qui connais mal le maître de maison, vaut aussi et peut-être surtout par l'atmosphère de cette bâtisse, hautaine mais fascinante. A travers le couple de gardiens, qui l'accueille si bien, lui, ce rouge d'outre Quiévrain, si loin du grand bourgeois à la trajectoire parfois étonnante, à travers les murs, les meubles et plus encore les livres, bouleversé par l'ombre du géant des lettres,  le jeune universitaire frisera le syndrome de Stendhal.

Malagar

                       J'ai assez aimé ce livre qui parie sur l'intelligence du lecteur, voire une certaine connaissance de l'univers mauriacien, que j'ai déjà dit ne pas avoir. Je l'ai aimé parce que j'aime les livres, clairement. Mais l'ouroboros guette un peu ce bouquin écrit par un professeur qui crée un universitaire qui se prend à écrire à la fois sur le grantécrivain mais aussi à son propre titre. On y croise aussi le fils du grantécrivain, il écrit... Ainsi Chez Mauriac à Malagar règne encore et toujours l'écriture. Parfois jusqu'au vertige.

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16 juin 2016

Deep South Blues

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                                Récit plus que roman Des mules et des hommes est un livre irrésistible, un livre plaisir, un livre où l'on se sent bien pour peu que l'Amérique nous intéresse et que nous soyons lecteurs d'Erskine Caldwell par exemple. Mais connait-on encore Caldwell, sa Route au tabac et son Petit arpent du bon Dieu? Harry Crews raconte son enfance de petit blanc de Georgie.

                               Né en pleine Grande Dépression, dans une misérable baraque de Bacon County, zone aride aux habitants susceptibles, Crews (1935-2012) narre ce lieu magique où les serpents parlent, où les oiseaux peuvent s'emparer de l'âme d'un enfant, où les prédicateurs et les sorcières gardent fantômes et démons à portée de main. Cette Amérique n'est pas celle de Boston ou de Frisco. C'est une Amérique de modestes pour qui le temps qu'il fait et les récoltes tout aussi modestes sont choses essentielles. Le titre français, Des mules et des hommes, paraphrasant un roman de Steinbeck, est à cet égard plutôt bien choisi. 

                              Je n'avais jamais lu Harry Crews. Dans cette quasi autobiographie les évènements, rudes, de son enfance, décès de son père, alcoolisme de son beau-père, ses propres et graves problèmes de santé, paralysie des jambes pendant plusieurs mois et chute dans un chaudron de graisse bouillante, sont relatés sans verser dans le misérabilisme même si la vie, elle, frise la misère. Au rythme des saisons, achat d'une mule, estocade du cochon (un classique du rural dans le monde entier), vol de bétail, prières maugréées plus qu'entonnées, Harry Crews compose une ballade de ses tendres années, c'est un euphémisme, où celui qui tient la vedette est tout simplement l'amour de la vie, malgré la poussière des chemins et l'entêtement des mules et des hommes.

                              Ce n'est pas le Sud de Faulkner, pas tout à fait celui de James Lee Burke, mais on est tout de même plus près des bayous cajuns aux serpents mocassins et poissons-chats géants que de Paul Auster ou Philip Roth. Multiple et géniale (parfois) littérature américaine.

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12 juin 2016

Six cordes, vingt-quatre images/8/Crazy heart

                                                               Catégorie chanteur country vieillissant peu porté sur l'eau claire j'en connais au moins trois, Robert Duvall dans Tender mercies, Clint Eastwood dans HonkyTonk  man et Jeff Bridges dans Crazy heart. Avouez qu'ils ont de la gueule. A noter que tous trois chantent eux-mêmes dans ces road-movies un peu rudes, un peu tannés, et très fatigués. D'ailleurs je vous propose la chanson The weary kind (Du genre usé) du film Crazy heart que Jeff Bridges interprète avec beaucoup de conviction. Oscar cette année là pour le grand Jeff.

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09 juin 2016

La poésie du jeudi, Henri de Régnier

Poésie Aspho

                             Avec tous mes voeux à Asphodèle l'initiatrice et toute ma gratitude à Ecriturbulente, et bien que peu loquace actuellement, j'ai tenu à ce rendez-vous poésie. M. de Régnier semble bien sévère, comme beaucoup de portraits de ces années. Mais j'aime ce poème, tout simplement.

Le jardin mouillé

A petit bruit et peu à peu

Sur le jardin frais et dormant

Feuille à feuille, la pluie éveille

L'arbre poudreux qu'elle verdit

Au mur on dirait que la treille

S'étire d'un geste engourdi.

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L'herbe frémit, le gravier tiède

Crépite et l'on croirait, là-bas

Entendre sur le sable et l'herbe

Comme d'imperceptibles pas. 

Le jardin chuchote et tressaille

Furtif et confidentiel

L'averse semble maille à maille

Tisser la terre avec le ciel.

Henri de Régnier (1864-1936)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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08 juin 2016

D'accord...

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                  ... de ce pas.

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24 mai 2016

Rythme actuel...

Chat en sieste

                             ... de ce blog.

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21 mai 2016

Temps de chien

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                                 Troisième incursion chez Don Carpenter, auteur américain que j'ai découvert l'an dernier avec La promo 49. Deux comédiens ne m'avait pas passionné contrairement au précédent. Sale temps pour les braves (Hard rain falling), publié en 66 est pour moi entre les deux mais assez différent, loin du registre de la satire hollywoodienne, assez loin  aussi du portrait de groupe générationnel de La promo 49 qui se présente d'ailleurs sous forme de nouvelles. Le bouquin est nettement plus gros, plus hard-boiled si j'ose dire. L'itinéraire de Jack Levitt est bien balisé, né avec la crise de 1929, orphelinat, maison de correction, prisons de différents niveaux. En quête de liberté depuis toujours Jack connaîtra à peu près tout, mais rien n'ira vraiment. Amour, mariage, paternité, argent, Jack Levitt n'est pas un chanceux. Pas sûr qu'il ait mis tous les atouts dans son jeu.

                                A propos de jeu de nombreuses pages sont consacrées au billard et à ses différentes déclinaisons. Manifestement  bien documenté, c'est aussi pour un profane somptueusement... casse-pieds car à peu près incompréhensible. L'écrivain Richard Price parle de Hard rain falling comme d'un roman de la période beat. C'est en partie juste quoiqu'ultérieur d'une douzaine d'années à Kerouac par exemple, et moins intellectualisé, et (un peu) moins sous acide. Tout de même on peine à croire certains passages quand Jack dit  préférer Dostoievski à Tchekhov. C'est la seule chose optimiste et utopique vu les antécédents et le jeunesse de Jack Levitt. Enfin moi je n'y ai pas cru. C'est une des limites de cet intéressant roman de Don Carpenter, qui ne fut jamais à la bonne place au bon moment. Corée, enseignement, scénariste à Hollywood pour le pire, d'ailleurs très peu de traces, son meilleur ami fut Richard Brautigan et tous deux choisirent un jour d'en finir. Mieux vaut tard que jamais, cinquante ans après sa disparition on redécouvre Don Carpenter. 10/18 n'y est pas pour rien.

                             

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14 mai 2016

A propos de Céline

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                             Affluence satisfaisante pour Louis-Ferdinand Céline (Deux clowns pour une catastrophe) en ce lundi soir. Ce film a le courage ou l'inconscience de mettre en scène Céline lui-même, du jamais vu au cinéma, même pas en adaptation d'un de ses romans. Evidemment une soirée autour de Céline est toujours un peu risquée. Mais entre gens de bonne compagnie les choses se sont bien passées. Pour être un peu sérieux reconnaissons que dans ce genre de discussion nous étions tous des amateurs. Certains ayant un peu lu Céline ou au moins Le voyage..., personne n'ayant la prétention de connaître vraiment l'écrivain. Comme Joyce, voire Proust, Céline s'il est très connu n'est pas vraiment beaucoup lu. Je pense d'ailleurs que peu d'écrivains sont beaucoup lus, tout  simplement parce que la lecture se porte mal même si ce n'est pas sur nos blogs à forte connotation livres que ça se voit. Mais faut pas rêver, la vie est bien loin de nos écrits parfois.

                            Le film d'Emmanuel Bourdieu se fracasse sur le mythe et ne peut prétendre réussir. Mais c'était impossible. Bien que portant sur trois semaines seulement de la vie de Céline, l'identification de Denis Lavant au misanthrope en fuite au Danemark ne fonctionne pas vraiment. Au passif du film un Céline en surjeu par un Lavant tout en exagération, ce qui fait beaucoup d'artifices. L'écrivain n'éructait ni ne vitupérait autant, si ce n'est dans ses livres. J'ai mieux aimé Géraldine Pailhas en Lucette Almanzor-Destouches, mais plusieurs spectateurs l'ont trouvée nettement trop angélique et diplomate entre Céline et son admirateur juif américain venu "au secours" de l'auteur de Mort à crédit. Son look Simone de Beauvoir n'a pas non plus été particulièrement bien reçu.

                           Au crédit, à mon sens, de Deux clowns pour une catastrophe (l'expression est de Céline lui-même) une belle expression de sa paranoia, d'ailleurs justifiée car il risquait vraiment sa peau, et quelques belles scènes où l'antisémitisme humiliant se taille la part du lion, scènes semble-t-il authentiques. Drôlerie parfois (scène des baignoires, mauvaise foi évidente envers le pays qui, tout de même, s'il l'a embastillé ne l'a pas extradé). Bourdieu a eu aussi la curieuse idée de grandir physiquement Milton Hindus ce qui donne au duo vieux râleur-jeune ambitieux une allure quasi burlesque discutable. Quant au débat il fut intéressant même si nous manquions d'un véritable spécialiste de Céline, denrée assez rare en une ville moyenne. Mais nous avons tous essayé de ne pas trop dire de bêtises. Au moins ce film a-t-il été proposé, dans le cadre d'une action cinéma tout au long de l'année qui commence à porter ses fruits. C'était ma minute d'autosatisfaction. Après tout si on ne peut pas dire un peu de bien de soi-même...

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12 mai 2016

La poésie du jeudi, Georges Rodenbach

Poésie du jeudi

L'aquarium est si bleuâtre, si lunaire

L'aquarium est si bleuâtre, si lunaire ;

Fenêtre d'infini, s'ouvrant sur quel jardin ?

Miroir d'éternité dont le ciel est le tain.

Jusqu'où s'approfondit cette eau visionnaire,

Et jusqu'à quel recul va-t-elle prolongeant

Son azur ventilé par des frissons d'argent ?

C'est comme une atmosphère en fleur de serre chaude ...

De temps en temps, dans le silence, l'eau se brode

Du passage d'un lent poisson entr'aperçu

Qui vient, oblique, part, se fond, devient fluide ;

Fusain vite effacé sur l'écran qui se vide,

Ebauche d'un dessin mort-né sur un tissu.

Car le poisson s'estompe, entre dans une brume,

Pâlit de plus en plus, devient presque posthume,

Traînant comme des avirons émaciés

Ses nageoires qui sont déjà tout incolores.

Départs sans nul sillage, avec peine épiés,

Comme celui des étoiles dans les aurores.

Quel charme amer ont les choses qui vont finir !

Et n'est-ce pas, ce lent poisson, une pensée

Dont notre âme s'était un moment nuancée

Et qui fuit et qui n'est déjà qu'un souvenir ?

Georges Rodenbach (1855-1898)

Georges_Rodenbach,_portrait

                                       L'univers du Belge Georges Rodenbach ne se limite pas au roman relativement célèbre, bien qu'assez peu lu finalement, Bruges la Morte. Lisant quelques-uns de ses textes j'ai aimé cet univers qu'il faut cependant déguster modérément. C'est que cet auteur, au moins dans de nombreux poèmes, fait preuve d'une grande sensibilité mais qui frise souvent le morbide. Homme de canaux et de brouilllards nordiques, de dimanches en sombre, de carillons un peu démoralisants, j'ai trouvé que certaines chansons de Brel partageaient cette mélancolie. Ami de Mallarmé et de Claude Monet, Georges Rodenbach a beaucoup vécu à Paris. Une appendicite l'emporta à 43 ans vers le Père-Lachaise.

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06 mai 2016

In the name of rock/Mona

                               Dans le cadre chanson à texte, très sérieux, je me souviens de Mona et du vieux Bo. Et de sa rectanguitare célèbre. Pas besoin de s'apesantir sur Mona si j'ose dire. Enfin... Simplement taper dans ses mains et improviser une chorégraphie de haute tenue. Datant de 1957, rudimentaire mais efficace. Non, je ne suis pas contemporain de cette version, mais de celle, très bonne des Troggs, ce qui nous rajeunit, pas tellement. Bo n'est plus, cest moche. Et Reg Presley, le seul ocariniste de l'histoire du rock, au pseudonyme venu on ne sait d'où, n'est plus...non plus. Il vient un temps où plus personne n'est plus. Ca vous a plu?

 

 

 

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