14 février 2017

Les agrumes, bof...

                                Ce polar israélien tendance corruption des élus m'a semblé d'une grande banalité. Trop de personnages dans cette histoire où rien ne manque, mafia locale avec vieux parrains, policière trop proche d'un élu, escort girls, sbires au coin de la rue. Tout ça ne vaut pas 20 shekels. Encore faut-il connaître le taux de change du shekel. Qu'apprend-on dans Oranges amères? Que Tel-Aviv ne représente guère Israel. Mais le pays  est si minuscule que je peine un peu à croire à une telle distance spirituelle entre la métropole branchée et la ville moyenne de Petah Tikva 200 000 habitants à quelques dizaines de kilomètres. J'adore les grands auteurs israéliens, Yehoshua, Appelfeld, Oz, Grossman, si riches et si douloureux. Là mes vacances littéraires là-bas sont un peu ratées.

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                               Manque sérieusement d'une ambiance, thriller, urbaine, ou rurale d'ailleurs. Les courts chapitres défilent sans que l'on s'attache ni aux vieux mafiosi mode sioniste, ni au couple virtuel fliquette-fils du maire sortant, ni aux autres candidats à la mairie. Aucune allusion aux colons ni aux voisins palestiniens. Bien sûr on n'est pas à Jerusalem, jamais citée. Mais quand même on n'est pas non plus hors du temps. Voilà. Tout est dit en ce qui me concerne. Cet article ne restera pas dans les annales. Au moins évitera-t-il le mensonge de la quatrième de couv. qui trouve ce polar haletant. J'ai peu haleté. Allez! J'espère que je ne garderai pas de shekels de cette potion pensum.

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11 février 2017

Un jeu ciné branché, les réponses

  • ARBRE 1

  • ARBRE 2
  • ARBRE 3
  • aRBRE 4

  • arbre 5

  • Arbre 6

  • arbre 7

  • Arbre 8

  • arbre 9

  • Arbre 10

  • arbre 11

  • Arbre 12 

  • arbre 13

  • arbre 14

  • Arbre 15

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  •                                                                  Ronnie a fini par 13 bonnes réponses, Celestine 8 et Martin 7, je crois. Assez curieusement puisqu'il s'agit d'un jeu la plupart des autres avaient 4, 5 ou 6 réponses mais n'ont jamais cru bon de me préciser les titres des films. Tout cela n'est pas grave. C'était pour rire. Merci à toutes et tous.

  • Out of Africa

  • Le sacrifice

  • Goupi Mains-Rouges 

  • La colline  des potences

  • Les grandes gueules

  • The tree of life  

  • Tarzan l'homme-singe

  • Manon des sources

  • Le chêne

  • L'étrange incident 

  • L'homme qui plantait des arbres

  • Tout ce que le ciel permet 

  • La guerre des boutons

  • L'arbre

  • Charlot soldat

  • Le magicien d'Oz

  • Allez, un petit dernier ci-dessous que je vous autorise à identifier directement en commentaire et qui ne devrait vous poser aucun problème. Après ça récréation terminée. Retour au cinéma, très sérieusement.
  •   arb       16084920-Clap-de-cin-ma-du-film-la-fin-de-l-art-clap-clip-de-texte--Banque-d'images

     

     

     

                                       

 

 

               

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09 février 2017

La poésie du jeudi, Pablo Neruda

Poésie du jeudi

                                Je sais que c'était un jeudi plutôt vert mais Neruda que j'ai beaucoup pratiqué ces derniers jours n'a eu aucun mal à ôter les mots de ma plume, cette dernière plutôt paresseuse. A Matilde sa troisième épouse il consacra une centaine de poèmes. Il les a appelés ses Sonnets de bois.

Extrait de La centaine d'amour

Matin

J'ai faim de tes cheveux, de ta voix, de ta bouche,

sans manger je vais par les rues, et je me tais,

sans le soutien du pain, et dès l'aube hors de moi

je cherche dans le jour la bruit d'eau de tes pas.

Je suis affamé de ton rire de cascade,

et de tes mains couleur de grenier furieux,

oui, j'ai faim de la pâle pierre de tes ongles,

je veux manger ta peau comme une amande intacte,

et le rayon détruit au feu de ta beauté,

je veux manger le nez maître du fier visage,

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Je veux manger l'ombre fugace de tes cils,

J'ai faim, je vais, je viens, flairant le crépuscule

et je te cherche, et je cherche ton coeur

brûlant comme un puma dans le désert de Quitratùe.

Pablo Neruda (1904-1973)

 

 

 

07 février 2017

Chili con carnets

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                       Curiosité plutôt bien reçue par le public et discussion intéressante menée par un ami qui a présenté lundi dernier Poesia sin fin du metteur en scène protéiforme Alejandro Jodorowsky. Sorte de promenade dans l'imaginaire de l'auteur surréaliste et cosmopolite, le film se voit avec plaisir même si le snobisme lui convient bien et limite quelque peu les avis moins favorables. Mais ne pinaillons pas trop devant ce kaléidoscope du vieux saltimbanque effronté et en même temps presque institutionnalisé.

                       Très pêle-mêle décors de carton pâte, tératologie appliquée, scènes orchestrées, trop, à mon gré, pour faire semblant de choquer, ce qui ne choque plus grand monde. Il m'a semblé de bon ton dans le public d'apprécier outre-mesure, la mesure n'étant pas le point fort de Jodo. Reste un spectacle multicolore, multimachin, et finalement une soirée agréable. Evidemment à ce jeu Amarcord de Federico fut cité. Pour moi il n'y pas photo. Laissons Alejandro à ses tarots.

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                          Pablo Neruda est une des cibles de Jodorowsky dans Poesia sin fin. Mais laissons là les égos de ces messieurs. Pablo Larrain, chilien comme tout le monde aujourd'hui, nous embarque avec allégresse dans ce faux biopic sobrement appelé Neruda. Pas mal de monde hier pour le voir et en parler, et un réel enthousiasme chez les spectateurs. Larrain construit son film très intelligemment en centrant les deux personnages de Pablo Neruda et de l'inspecteur Oscar Peluchonneau dans une nasse virtuelle, liant ainsi le poète et son poursuivant dans une quête obsessionnelle, puis une traque quasi westernienne et enneigée. C'est passionnant d'un bout à l'autre, très troublant au début tant sont emmêlés la narration du policier et les mots de Neruda. mais ça confère à Neruda une étrangeté comme jouant sur les mots d'un film où les dialogues sont très importants sans nuire à la conduite de l'image. Et il y en a de belles, des images. Des scènes de bordels, très sud-américaines, j'ai pensé, bien  que peu connaisseur, aux grands baroques de la littérature du continent, Garcia Marquez, Vargas Llosa et consorts, souvent poétiques, parfois torrentiels, quelquefois usants. Les scènes intimes avec sa deuxième femme, peintre argentine, et leurs querelles d'amoureux artistes jouant à qui est le plus artiste. La totale immodestie de Pablo Neruda nous le rend d'ailleurs plus proche, éloignant l'icône de l'intelligentsia européenne (je goûte peu les icônes), et le "missionnaire" politique car Pablo Larrain nous épargne tout prêche, qui eût parasité le film. Et je ne vous dis rien du beau pays araucan.

                        C'est un film très riche. C'est un spectacle très riche, tenais-je à dire, ce qui est plus fort encore. Le public a vraiment apprécié et ce fut vraiment une belle soirée de ciné. Je crois qu'ils penseront longtemps à ces deux là, le maigrichon Gael Garcia Bernal, en policier obsédé de sa poursuite mais aussi d'une reconnaissance (quelqu'un m'a cité très à propos Javert-Jean Valjean), et le bedonnant, peu sexy mais très sexué Luis Gnecco en Don Pablo Neruda, poète, sénateur, capricieux, vantard et accessoirement d'immense talent.

03 février 2017

Un jeu ciné branché

  1. ARBRE 1

  2. ARBRE 2
  3. ARBRE 3
  4. aRBRE 4

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  6. Arbre 6

  7. arbre 7

  8. Arbre 8

  9. arbre 9

  10. Arbre 10

  11. arbre 11

  12. Arbre 12 

  13. arbre 13

  14. arbre 14

  15. Arbre 15

                                                   Voilà quelques arbres cinématographiques pour fêter la fin de l'hiver (ça c'est pour ceux qui me trouvent parfois un peu pessimiste). Ceux qui voudraient s'amuser à les identifier peuvent le faire en courriel après un petit commentaire public discret. Merci de ne citer les films que off. Certains sont donnés, je pense aux images 1,  7, 13 et 15 en particulier. D'autres, beaucoup moins. La 14 est la plus récente, la 15 la plus ancienne. Les arbres au cinéma ne sont parfois pas trop sympathiques, associés au lynchage, ou à la chute. Mais en général les arbres ne font de mal à personne. Il en est de charmants comme là-bas, Over the rainbow.

  16. trois-raisons-de-re-lire-le-magicien-d-oz,M305742

 

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30 janvier 2017

Tout sur tout

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                           Télérama, cette "bible" que je critique très souvent, qui m'énerve prodigieusement, mais auquel je suis abonné depuis 40 ans, avait demandé  aux salles de choisir un film ancien parmi une vingtaine et d'en dire deux mots au public. Nous avons choisi ici Tout sur ma mère, en bonne part parce que je le connais finalement assez mal. J'ai vu à peine la moitié des films d'Almodovar, partageant peu l'engouement général. Mais quel grand film que Tout sur ma mère (1999). Quel univers à lui, et quel grand montreur d'âmes. Peu de gens présents, il fallait s'y attendre, la cinéphilie n'étant pas une maladie de la saison d'hiver. Mais Tout sur ma mère éclate, de couleurs, rouge dominant, de sentiments, d'humour aussi, transcendant le mélo et les genres, tous les genres. C'est qu'Almodovar a peu de bornes. Ca lui convient assez bien et, de plus, Tout sur ma mère passe pour sobre dans la très agitée filmo almodovarienne(sic). Et à revoir le film on comprend la séduction de ce cinéaste sur les femmes, déjà très présente, ne serait-ce que que dans les titres antérieurs, Pépi, Luci,Bom..., Femmes au bord..., Talons aiguilles.

                            Almodovar est un excessif. Dans Tout sur ma mère, tout passe comme lettre à la poste. Pourtant tout y passe, la mort accidentelle d'un enfant, le père travesti et en phase terminale (en ces années le sida jetait ses derniers feux comme premier rôle), la vieille amie transsexuelle forcément serviable, le couple d'actrices lesbiennes qui joue Tennessee Williams, la religieuse égarée, fragile mais bonne fille. Même Madrid accepte, et ça doit l'écorcher, de cèder la place à Barcelone l'étrangère car la catalane est plus éloignée de la capitale que Stockholm ou Oulan-Bator. Mais la symphonie baroque de Don Pedro fonctionne formidablement bien. Les chicas d'Amodovar, ses filles, n'y sont pas pour rien, tant on s'attache à elles et tant on a envie de les aimer, Cecilia Roth, Marisa Paredes, Penelope Cruz, Antonia San Juan très étonnante en stand up.

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                            Il y a déjà beaucoup dans Tout sur ma mère mais c'est pas tout. La musique déchire aussi, et la passion du spectacle de la vie chez Maître Pedro. Passent ainsi les ombres de Truman Capote et de John Cassavetes, de Joseph Mankiewicz et de Bette Davis, Eve, des mélos somptueux de Douglas Sirk. Le gôut de la vie inonde ce chef d'oeuvre que l'on peut voir et revoir. Ca s'appelle Tout sur le cinéma et je ne vois guère qu'un autre maestro, prénommé Federico, pour avoir tant montré. Mais lui s'incarnait plutôt au masculin. Pedro, lui, est Toutes ses femmes. Le grand Bergman a nommé ainsi un de ses films les plus curieux. Bergman, admiré d'Almodovar. La boucle est bouclée. Ca tourne rond comme ce rond-point des rencontres à Barcelone, un peu vertigineux.

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28 janvier 2017

Back to Ray

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                                 Trois nouvelles dans ce recueil. Je reviens de temps en temps visiter les durs à cuire américains, des histoires de privés, à l'humour pince sans rire, aux sous-entendus grivois et au whisky facile. Evidemment et comme d'hab. je n'ai rien compris aux intrigues tortueuses de Un tueur sous la pluie et Bay City Blues. J'ai presque compris Déniche la fille because moins de cadavres. Ces trois textes datent du mileu des annnées trente, avant la création de Philip Marlowe. Raymond Chandler est l'un des très rares que je puisse lire sans le comprendre. Y a aussi Joyce mais, naufragé de la page 45 de Ulysse, je l'ai éradiqué de ma vie. Rappelons que c'est parfois difficile de s'y retrouver, le Raymond ayant souvent repris des éléments de certains textes pour les refondre ailleurs dans les romans ou même d'autre textes courts. Sans importance puisque de toute façon on (enfin moi) n'y comprend goutte.

                                 Mais quelle putain d'ambiance dans ces histoires publiées en général dans les pulp magazines (Black Mask) et longtemps méprisées. J'en adore l'efficacité, terriblement cinoche, qui ne s'encombre pas de psymachin, ni d'élégance. Les types y sont des marlous, des corrompus, des vicelards. Et c'est ainsi qu'on les nomme. Quant aux femmes ce sont des, des, des... courtisanes, j'appellerai ça comme ça. Bref ca grenouille à tous les étages, californiens ou chicagoans. Tiens je vais le laisser jacter, le Ray, de toute sa verdeur et de toute sa poésie. " La blonde ôta ses dents de ma main et me cracha à la figure mon propre sang". " Je sortis ma flasque de bourbon et la posai en équilibre au bout de mon genou". "Il somnolait. Sa cravate plastron avait dû être nouée vers 1880 et la pierre verte qui en ornait l'épingle n'avait pas tout à fait le diamètre d'un fond de corbeille à papier".

                                Scénariste à Hollywood comme d'autres minables, Faulkner, Dos Passos, Fitzgerald, Chandler n'est guère crédité aux génériques. C'est aussi bien comme ça. Ses bouquins, c'est déjà du cinéma.

P.S. Marrant. Dans cette édition Carré Noir de 64 le verso est illustré d'une magnifique photo pub de cigarettes blondes  de luxe, comme en fument les femmes fatales de ces romans noirs. Je ne l'ai pas mise pour ne pas tomber sous le coup de la loi. O tempora o mores!

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26 janvier 2017

La poésie du jeudi, Alphonse Allais

Poésie du jeudi

                                N'ayant pas été particulièrement rigolo dans mes derniers textes j'ai cette semaine donné dans le sourire avec ce poème de l'homme qui voulait construire les villes à la campagne. et qui a écrit parmi des centaines d'aphorismes: "Partir, c'est mourir un peu, mais mourir, c'est partir beaucoup". Les Rimes riches à l'oeil (mais pas à l'oreille) sont un bijou de finesse qui évidemment ne riment à rien. Mais peut-être ces lignes ont-elles déjà été présentées dans notre chère Poésie du jeudi. Comme le temps passe. J'avais proposé il y a déjà trois ans la Complainte amoureuse, tout en imparfaits du subjonctif.

Rimes riches à l'oeil

L'homme insulté‚ qui se retient

Est, à coup sûr, doux et patient.

Par contre, l'homme à l'humeur aigre

Gifle celui qui le dénigre.

Moi, je n'agis qu'à bon escient :

Mais, gare aux fâcheux qui me scient !

Qu'ils soient de Château-l'Abbaye

Ou nés à Saint-Germain-en-Laye,

Je les rejoins d'où qu'ils émanent,

Car mon courroux est permanent.

Ces gens qui se croient des Shakespeares

Ou rois des îles Baléares !

Qui, tels des condors, se soulèvent !

Mieux vaut le moindre engoulevent.

Par le diable, sans être un aigle,

Je vois clair et ne suis pas bigle.

Fi des idiots qui balbutient !

Gloire au savant qui m'entretient

Alphonse Allais

                         Alphonse, également musicien, est l'auteur de cette partition hommage. Je la joue aussi à la guitare mais, lento rigolando comme précisé, ça manque un peu d'Allais, non, d'allant. Et once more thank you Asphodèle.

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21 janvier 2017

L'Ecrivraquier/10/ La lecture de trop*

L'Ecrivraquier 

                                Giovanni est assis sur le lit dans cette chambre d'auberge, là dans la vallée qui s'ouvre vers les villes. Les oliviers renaissent de leur hiver semi-montagnard. Son prénom lui pèse, au lieutenant, à l'ancien lieutenant. Que reste-t-il de Giovanni rejoignant à cheval la citadelle? Plusieurs barettes tapissent maintenant les épaulettes de son ultime uniforme. C'est le dernier et Giovanni sait qu'il devra le remiser dans l'armoire de la maison de famille qui l'attend près de Parme, froide et vierge de cris d'enfants et comme dévitalisée. Il la rejoindra, officier désormais comme en disponibilité. C'est d'ailleurs le terme officiel sur les documents d'identité, pour solde de tout compte. Le voyage cahotant de la diligence l'a fatigué et le miroir tacheté dans cette pièce sans âme lui rejette un visage aux traits prononcés, et des filets entiers de cheveux jonchent son écharpe marron. Il repense aux chevaux qu'il a tant aimés, les siens et les autres, les sauvages en lisière du désert, dont la blancheur dans l'aube dolomitique irradiait les hivers tout de rigueurs, climatique et disciplinaire. Linaria, pour qui battait alors son sang, a quitté depuis longtemps la province. Vit-elle seulement quelque part? Ou a-t-elle rejoint d'autres cortèges, qui ne sont ni d'escadrons triomphants, ni d'oriflammes claquant? Giovanni n'a pas envie de  descendre dîner. Son oeil droit ne cesse guère de sautiller et le voile de ces derniers mois n'a fait que s'épaissir. Il lui arrive rarement désormais de songer à ses supérieurs, morts pour la plupart, et allongés du sud au nord de ce long pays douloureux. Vieillards souffreteux et acerbes, il doit bien en rester quelques-uns. Comme tout cela s'est éloigné aujourd'hui. Giovanni n'a plus ni ordre à exécuter ni décision à prendre. Giovanni craint le moindre bruit dans cette bâtisse sinistre où il paraît bien seul. Assez vite il comprend qu'il n'est pas si seul. Il ne lui reste qu'à attendre. Et Giovanni songe, mieux, Giovanni souhaite ne pas attendre longtemps.

* Chemin faisant je mesure ma gratitude à D.B. Et un peu de rancune aussi pour l'influence de Giovanni sur le fil de mes jours.

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17 janvier 2017

Ma BD de l'année, roots and blues

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                               Le Bison m'a coûté 17 euros avec sa chronique. Je ne lui en veux pas car ce road-movie dans le Sud américain années trente m'a presque comblé. Deux auteurs espagnols, Angux et Tamarit, brodent une belle variation sur la fameuse légende du bluesman Robert Johnson (1911-1938, 29 titres gravés en tout et pour tout) qui aurait vendu son âme au diable. Ce mythe, célébrissime chez les blues addicts, est si beau qu'on l'imprime (je vous refais pas le coup de John Ford, Liberty Valance, célébrissime chez les western addicts) dans sa mémoire comme un grand moment de l'histoire de la musique et de l'Amérique. Mais les deux auteurs démultiplient habilement ce fameux pacte avec le diable. Attention à n'en pas trop dire.

                              Avery et sa guitare, quelque part dans le Mississippi, après une curieuse rencontre que vous imaginez, se trouvent sur les routes avec Johnny, gamin qui lui a emprunté sa guitare. Sur ces mêmes routes couleur poussière et whisky (citation Le Bison) on essaie de sauter dans un train de marchandises, on croise des cavaliers avec un drap sur la tête et qui n'ont pas l'air de nous vouloir du bien, on voit aux branches des Strange Fruits comme le chantera Billie, on apprend l'alcool et la promiscuité. Mais surtout on apprend le Blues, majuscules s'il vous plait. Des surprises attendent le lecteur dans cette aventure on the road again que je vous laisse découvrir.

                             Et comme tout bon blues se doit de se fendre d'une note un peu plus criarde, voire fausse, surtout d'ailleurs quand c'est moi qui joue (là on parle de canards), je me fendrai aussi d'une légère frustration. Pas assez à mon gré de scènes musicales proprement dites. A propos de canards, dans Avery's Blues, les corbeaux sont très nombreux et très bien et très noirs, surtout sur Crossroad. Allez Le Bison, courage, voir plus bas si vraiment tu y tiens pour un massacre en règle, celui de Love in vain.

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