26 décembre 2010

Ciel,un très bon livre

 

       Rarement enthousiasmé par la littérature française actuelle j'ai découvert une exception splendide,aux ailes immenses comme un ciel de Mermoz,à l'ampleur d'un vol de l'Aéropostale et qui brasse un siècle parmi les nuages,mais des nuages qui auraient sur notre basse terre l'oeil de l'aigle royal.Philippe Forest brode une superbe tapisserie de haut style sur la vie de son père pilote.Ce faisant il nous raconte à sa manière rien moins que l'histoire de l'aviation qui se confond pratiquement avec le siècle.S'il est vraiment ardu de définr l'acte de naissance de ce trasport Forest sa'ccorde sur le bien modeste décollage des frères Wright en 1903, quelques décimètres au-dessus des dunes de Caroline du Nord.Mais bien d'autres nous accompagnent et des plus grands, Lindbergh, Mermoz, Guillaumet, Saint Exupéry,aux presque anonymes qui n'ont laissé qu'une trace fort locale notamment en cette Bourgogne mâconnaise berceau des parents de Philippe Forest.

   Chaque chapitre est une date associée à un vol historique ou vécu par ce père,figure passionnante dont Philippe Forest ne nous cache pas par ailleurs les douteuses tentations de jeunesse un peu maréchaliste. Certes,pas longtemps,et pas vraiment.Et puis avoir dix-neuf ans en 1940 n'était pas si limpide.Ce père,Jean Forest,passera par le Maroc et pilotera finalement lui-même du côté de Macon,sans accent, Alabama. Mais à quoi bon,chroniquant ce livre,privilégier tel ou tel épisode?Ce roman est d'une aisance stupéfiante à se mouvoir dans l'azur ou le gris.Les pages sur l'exode près la débâcle nous font vivre au plus près de ces semaines absurdes et efffrayantes quand Jean convoie sa future fiancée et sa sa famille jusqu'à Nîmes,en un écoulement Nord-Sud d'une France exsangue et ahurie.Sa formation en Amérique touche du doigt dans ce Sud profond la ségrégation triomphante et la maladresse de Jean offrant son siège à une vieille noire,s'attirant l'antipathie de cette dernière car les bonnes intentions pavent l'enfer.

    Le style de Philippe Forest réhabilite le participe présent et donne une fluidité à ce long roman,les phrases souvent assez longues restant parfaitement maîtrisées.On se sent ainsi proche du personnage principal et des autres,avec parfois une délicieuse incursion dans le cinéma,moteur en ces années quarante de la fabrication des souvenirs de jeune homme,avec Bogart,Casablanca (oui ce n'est pas pour me déplaire) ou Fonda,Les raisins de la colère.Particulièrement vivace cette longue cavalcade dans le siècle nous plonge dans l'aventure de la vie de cet homme,mais aussi d'un pays aux prises avec ses contradictions,rallié en bonne part à la voix chevrotante d'un vieillard à Vichy,ignorant voire vilipendant une autre voix inconnue, londonienne. Collectif, individuel, familial, professionnel,le récit de Philippe Forest brasse des décennies et des espaces fabuleux,de ceux qui font le prix d'une grande,très grande littérature française,celle que je ne rencontre pas souvent.Il est vrai que je m'évade plutôt vers de grandes voix d'ailleurs.

     La Résistance et ses à peu près,l'épuration et ses radicalités, l'opportunisme et ses méandres,l'après-guerre ne trouve pas tellement grâce aux yeux de Forest mais le propos est ailleurs.Comme un enchanteur l'auteur nous immerge là haut dans ces merveilleux nuages comme disait le poète,parfois menaçants quand on comprend que les combats aériens n'avaient plus grand chose des codes d'honneur des chevaliers du ciel du début de siècle.Pages étonnantes sur les bombardements de Coventry mais aussi de l'Allemagne.La folie avait entre temps gagné les airs.Forest nous rappelle aussi les origines d'Air France et c'est intéressant d'entrer ainsi dans l'histoire d'un grand groupe dont on finit par oublier les hommes qui l'ont fait.C'est que la vie de Jean Forest est infiniment riche faisant de lui plus ou moins un collaborateur des Services Secrets.Extraordinaire aussi la calme méditation,modeste aussi,sur la cinquantaine et un peu plus (je connais),particulièrement acide pour un pilote.Comme si nous n'étions pas tous des pilotes plus ou moins embrouillardés de notre propre périple sur terre.

    Mais le plus beau dans Le siècle des nuages à l'évidence,malgré les superbes descriptions du ciel et de ses grands oiseaux de métal,malgré les envolées sur ces cathédrales qui ont nom Orly ou Charles-de-Gaulle,malgré cette inéluctable déception du pilote vieillissant qui n'aura pas droit au Concorde mais dont les ailes seront fauchées avant le drame de 2000 et les avions assassins de 2001,le plus beau,disais-je,c'est l'hommage passionné d'un fils pour son père,né avant le Spirit of Saint Louis et mort juste avant une autre mort,celle du siècle,du Siècle des nuages.Quand un roman atteint de tels sommets,qu'il vogue à Mach 2,on se retrouve, enfant, le Dimanche à Orly,rêvant aux nuages,aux merveilleux nuages.Ceux de Baudelaire si je me souviens maintenant.Plongez-vous dans ce grand roman de l'homme et de l'espace,celui qui donna à Lindbergh comme une sagesse ultime quelque peu rédemptrice après ses errances,et à Howard Hughes sa finale folie.

   Jean Forest s'est éteint peu avant l'an 2000.Fatigué il n'aurait pas trop aimé le nouveau siècle,me semble-t-il.Mais ceci est une autre histoire.Quant au propre drame de l'auteur Philippe Forest,relaté en deux pages d'une infinie pudeur je le laisse à votre propre sensibilité.

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24 décembre 2010

Joyeux Noël (titre particulièrement original)

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http://www.youtube.com/watch?v=MzczoqLBWAY  Merry Xmas everybody (Slade)

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http://www.youtube.com/watch?v=WgYFXCUEL4Y  Silent night/Seven o'clock news (Simon and Garfunkel)

  Deux Noëls très différents,celui de Slade,un peu hardos et celui de Paul et Art,qui n'empêche pas la radio de diffuser ses drames.Merci à celles et ceux qui me font l'amitié de passer me voir à l'occasion et Bonnes Fêtes à tous.

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23 décembre 2010

Ma vie sans...My back pages

Another Side Of Bob Dylan

                                 Exceptionnellement cette note est la réédition un peu transformée d'une ancienne chronique.Il m'a semblé qu''elle serait plus à sa place dans cette saga musicale.Ma vie sans Zimmerman aurait manqué de saveur,mais ma vie sans ses amis aussi.Sur l'album Another side of Bob Dylan plein de bijoux maintenant ancestraux  j'ai envie de vous proposer le somptueux et obscur My back pages qui fut surtout un succès par les Byrds.Cette chanson dont la signification m'échappe même après traduction baigne dans l'onirisme et le surréalisme,ce qui personnellement n'est pas pour me déplaire.La beauté naît parfois d'une incrédulité naïve et cette chanson m'a toujours questionné.Voici la magnifique version 30th anniversary concert  de 1993 où les gens qui avaient  changé ma vie des années plus tôt, (Tom, George, Roger ,Neil, Eric et Bob lui-même) se répondent vocalement et "guitarement".Comme si vous y étiez...Sauf que la version vidéo a été supprimée,vous n'aurez donc que l'audio.Je ne suis pas un fana des grand-messes commémoratives mais là,pour My back pages avec ceux là,deux ans de ma vie...   

http://www.deezer.com/listen-1015207

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"I was so much older then,I'm younger than that now"

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18 décembre 2010

Géographie: Folsom,Californie

    

                 Le voyage passe parfois par la case prison et l'une des plus fameuses est celle de Folsom,Californie.La ville de Folsom est à quelques miles de Sacramento, capitale de la Californie.Johnny Cash composa Folsom prison blues dans les années cinquante et en enregistra une version en 68 dans la prison même.En fait les premiers habitants de Folsom furent les chercheurs d'or de la Sierra Nevada.J'ai choisi de vous faire entendre une grande voix du country,peu entendue en France et qui s'est tue depuis quelques années,un complice de Cash,l'excellent Waylon Jennings.

http://www.youtube.com/watch?v=DRf7ymqHGE4  Folsom prison blues (Waylon Jennings)

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16 décembre 2010

Grand autel

   

   Deuxième volet de ce que je considère comme un admirable dyptique (après Bianca) La messe est finie date de 1985.Don Giulio,jeune prêtre plutôt traditionnel,pas traditionnaliste pour autant,quitte sa paroisse du Sud pour une modeste banlieue romaine,bien éloignée du Vatican.Giulio a bien des traits communs avec Michele l'étudiant de Je suis un autarcique et Ecce bombo,le cinéaste de Sogni d'oro et surtout le professeur assassin de Bianca.Dostoievskien comme c'est pas permis Don Giulio,épris de pureté,est le frère du Michele de Bianca,presque un jumeau.Si Michele avait l'obsession d'une pureté,la rigueur idéologique (se rappeler notamment la première scène de Bianca où il met le feu pour désinfecter  la salle de bains) Giulio,lui,c'est institutionnellement qu'il est amené à s'occuper des problèmes d'autrui.Ce devoir de s'immiscer,le jeune prêtre s'y applique, avec toute sa rigidité,ses bases de moralité et d'absolu.Mais le chemin de Don Giulio n'est pas si éloigné de celui de Nazarin de Luis Bunuel,quoique sur un ton tout de même infiniment plus familier.Mais au contact,rude,de sa famille,de  ses fidèles,de ses amis de jeunesse qu'il a retrouvées à Rome,Giulio sera conduit,subrepticement grace à l'épatant scénario de Moretti et Sandro Petraglia,à accepter au moins partiellement les autres dans leur réalité.

   Quelle est-elle,cette réalité?Ses vieux amis de jeunesse ,l'un ayant flirté avec le terrorisme des années de plomb,un autre reclus et désocialisé,un troisième illuminé ne lui sont d'aucun secours.Son prédecesseur en cette pauvre paroisse,défroqué se pâme d'admiration devant son gamin.Sa famille se fêle avant de se fracturer, séparation,suicide,avortement.Tout cela est bien lourd pour le jeune prêtre en quête d'une éthique et d'une perfection qu'il va devoir apprendre à amender.Et l'enseignement de Don Giulio,cette utopie comportementale,sera bousculé par le récit qui s'charnera à détruire ses certitudes.

     On retrouve la chanson,la danse,le ballon,ces madeleines délicieuses qui ponctuent le cinéma de Nanni Moretti.Et l'on comprend que si Moretti n'est ni Michele Apicella,ni Don Giulio,il est un peu tous les autres personnages,chacun suivant son chemin malaisé,mécompris des autres et bien peu en paix avec lui-même.Non exempt d'une certaine brutalité,comme la vie,voir l'ahurissante "noyade" de Giulio,La messe est finie se termine avec le départ de Don Giulio por un pays où le vent rend fou,mais surtout avec ce sourire inoubliable du jeune prêtre dont l'impuissance va de pair avec l'espoir de l'aube malgré tout,et et avec la dernière danse dans l'église sur l'air de Ritornerai.Bouleversant oeuvre d'un cinéaste encore très jeune La messe est finie me touche comme il ya 25 ans.

http://www.youtube.com/watch?v=WUBZb0ynkqY  Andate in pace con Ritornerai

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12 décembre 2010

Ma vie sans....Highway 61 revisited

http://www.youtube.com/watch?v=7wcwZXOPA7o Highway 61 revisited

     Bob Dylan jouait du sifflet sur Highway 61 revisited sur l'abum du même titre en 65.Incompréhensible ou presque à moins de passer bien des heures sur ce texte,et j'avoue n'en avoir guère le temps, l'autoroute 61 a été revisitée par Johnny Winter, The Allman Brothers,Terry Reid,Johnny Cash et Dave Alvin.Ce Dave Alvin,né  en 55,a pas mal rock'n'rollé en différents groupes, The Blasters,X,The Knitters(plus folk).Il a également joué avec The Gun Club et enregistré sous son nom.

   Actuellement cette route historique Sud-Nord va de La Nouvelle Orleans, Louisiane, à Wyoming, Minnesota.A peine moins connue que la Route 66,son tracé jusqu'en 91 allait même jusqu'à Duluth,ville natale de Robert Zimmerman sans qui ma vie n'aurait été....C'était le petit cours de géo musicale mais j'en vois qui somnolent.Attention bientôt interro écrite sur les rivières du rock,nombreuses.

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09 décembre 2010

Le capitaine russe et le prisonnier autrichien

               L'univers de Leo Perutz me convient à merveille et j'ai déjà eu l'occasion de l'écrire.Où roules-tu, petite pomme? fut publié en feuilleton en 1928 dans le Berliner illustrierte Zeitung.Même si j'avoue préférer Le cavalier suédois ou Le tour du cadran le romanesque et l'aventure sont bien au rendez-vous dans cette Europe d'entre deux guerres.Les Habsbourg sont tombés,les Romanov aussi et le vieux continent bouge,frénétique.Georg Vittorin,officier viennois,cherche à se venger de son geôlier russe,Sélioukov,en 1919.Son intention est de retourner là-bas,en Russie,mais la fin de la guerre a libéré bien des tensions et bien des appétits,le plus souvent peu reluisants.Devant la vénalité et l'amnésie de ses anciens codétenus Vittorin devra affronter la solitude et le désenchantement.Il devra aussi parcourir l'Union Soviétique,entre nostalgies tsaristes et certitudes bolcheviques,tout aussi "sympathiques".Se méfier également des factions réactionnaires ou révolutionnaires.A propos les balles du peloton d'exécution n'ont pas d'état d'âme.Elles sont balles et c'est tout.

    Après des péripéties à Constantinople,Milan,Paris Vittorin qui aura entre temps exercé maintes activités parfois peu licites retrouvera la trace de l'infâme Sélioukov pour un "duel sans témoins" vraiment surprenant.Comme toujours chez Leo Perutz on n'est pas très loin de la fable et les nationalités y sont avantageusement interchangeables.On peut bien sûr évoquer à propos de Où roules-tu,petite pomme? le difficile retour du soldat,l'amertume des vengeances,la tristesse infinie des bruits de bottes.On peut évoquer ce qu'on veut tant la prose romanesque de Perutz est imaginative et chevauche toutes les frontières.

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06 décembre 2010

Le moineau

Simon & Garfunkel - Sparrow   

    http://www.youtube.com/watch?v=FI9AohkDW5M  Sparrow

     Ce si cher duo,Paul et Art,a enregistré Sparrow sur son premier album Wednesday morning,3 AM.Du folk hyperclassique aux paroles tristes sur le moineau,ce délaissé que seule la terre accueillera aux grands froids.Tout cela c'était juste avant The sounds of silence et l'envol de Simon et Garfunkel qui n'ont en fait pas tellement enregistré ensemble.Il y a d'ailleurs dans cet album une première version,sèche,de The sounds of silence,qui n'a eu aucun succès.Tout cela est bien loin maintenant,et les deux étudiants newyorkais modèles ont depuis longtemps perdu leurs cheveux.Plus grave,leur amitié aussi.

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03 décembre 2010

Géographie: San Antonio, Texas

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           L'une des pages les pus célèbres de l'Histoire des Etas-Unis se retrouve à San Antonio,Texas,maintenant métropole et deuxième ville de l'état,mais qui en 1850 ,n'était guère plus que le village du Fort Alamo dont vous voyez quatre des principaux protagonistes.Jim Bowie,William Travis,Davy Crockett et leur adversaire le Général Santa Anna ne ressemblent pas aux acteurs du film de John Wayne.Et San Antonio a bien changé.Mais la légende est tenace et c'est pourquoi j'ai ajouté au très swinguant Lyle Lovett et à La fille de San Antonio une vue du fort ou ce qu'il en reste,ainsi que la B.O. de l'épique film de Wayne.Pour Lyle Lovett honnêtement je l'ai déjà entendu plus incisif et ce San Antonio girl n'est pas ce qu'il a fait de mieux.

http://www.youtube.com/watch?v=Xgm2pHeThsE San Antonio girl  (Lyle Lovett)

san_antonio_texas_alamo

http://www.youtube.com/watch?v=BI5d1TFh1Fw  Alamo soundtrack

30 novembre 2010

Je vous salue Mario

            Mario Monicelli(1915-2010)

     Ciao Signore Mario Monicelli.Un fan comme moi du si grand cinéma italien ne peut que vous remercier pour Le pigeon,Les camarades,La grande guerre, les deux Brancaleone,les deux Mes chers amis,Un bourgeois tout petit petit.

Amici_miei

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