31 mars 2010

On prend toujours un train pour quelque part

                Rachamaninov et son Concerto 2 pour piano déjà ça me chavire depuis longtemps.J'avais vu Brève rencontre il y a des décennies.Ce film de David Lean mais dont l'histoire doit tout à Noel Coward est sorti en 46.Mais j'avais oublié que Rachmaninov accompagne sans modération cet impossible amour,ce Sur la route de Madison version british noir et blanc ferroviaire banlieusarde d'immédiate après-guerre.Il est tout à fait admissible de trouver que Brief encounter a mal vieilli,formule qui fait florès dans nombre de chroniques et contre laquelle j'avoue m'insurger un peu.Bien sûr qu'Octobre et Naissance d'une nation ont vieilli.Molière aussi avec ses médicastres et Hugo avec ses Misérables.Et Monet et les angelots de Michel-Ange.Et Blue suede shoes et All you need is love.Et les trahisons shakespeariennes et les héros d'Homère.Non,passe le temps et les oeuvres demeurent avec leur adhésion à leur époque,inévitables et enrichissantes.Et en restant ciné telle comédie de Dubosc ou de de Clavier n'ont elles-pas une péremption plus proche?

   Evidemment la voix off de Celia Johnson,que l'on voit finalement plus que Trevor Howard,est un poncif parfois irritant lors de ce long flash-back en forme d'aveu au mari.Des restes d'expressionnisme parcourent Brève rencontre en cette gare suburbaine propice aux ombres.C'est plutôt beau à mon gré.Le devoir et la morale sont certes d'un autre âge,de 1946 pour être précis.Le film n'en est pas moins réussi,émouvant,sans pathos malgré tout,sauf musical,pour quiconque a le souvenir d'une quelconque gare et de son terminus où ne s'arrêtent pas que les trains.Rien ne dure vraiment,ni désespoir ni passion.Voir?Pourtant quand Alec et Laura partagent l'addition et son pourboire en une parité toute relative ou quand Alec  qui n'a rien d'un play-boy et Laura,pas un sex symbol,courent se retrouver pour voir un mauvais film ou s'embrasser sur un pont de la proche campagne,le cinéma anglais plaide pour le droit au rêve des gens ordinaires.

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29 mars 2010

Ma vie sans...Ballad of Hollis Brown

http://www.deezer.com/listen-1153673  Ballad of Hollis Brown

   Ma  vie sans Zimmerman aurait été...mais peut-être l'ai-je déjà dit.Tant d'artistes ont repris les chansons de Dylan que le choix est presque illimité.La grande Nina Simone n'a pas fait exception,à plusieurs reprises.Je vous propose la déchirante Ballad of Hollis Brown.Hollis Brown habitait un coin perdu loin de la ville,avec sa femme et ses six gosses dans un bidonville.Ca c'est le début.La fin c'est:autour de la baraque on entendit huit coups de vent,et puis huit coups de feu comme des claques d'ouragan.Ce drame de la misère est extrait de l'album The times they are a changin' des premières années de Bob Dylan avant sa révolution électrique.Ce n'est pas  de loin la chanson la plus reprise de Dylan mais il doit bien y avoir d'autres covers dont,je crois,Nazareth et The Stooges,apparemment tous deux peu proches de l'univers proto-dylanien.

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28 mars 2010

Discorde Island ou la possibilité d'une île

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Sur le livre de David Vann,les avis de Dasola et Dominique

http://dasola.canalblog.com/archives/2010/03/27/17326861.html

http://nuagesetvent.over-blog.com/article-david-vann-sukkwan-island-45071942.html

  Cette île du Pacifique Nord est-elle en passe de devenir une destination culte (terme ridicule) en même temps qu'un sujet de querelle littéraire et accessoirement un triomphe de librairie?Elle va rejoindre d'autres terres célèbres en Lettrelande, Au trésor ,Mystérieuse, du Dr.Moreau.Les amies citées plus haut ne semblent guère désireuses d'y débarquer.Sans être inconditionnel de cette insularité mon séjour là-bas m'a semblé somme toute intéressant.Certes ce livre fait un sacré choc à mi-parcours.Il faut d'ailleurs se montrer particulièrement attentif à n'être pas trop disert en le chroniquant.Ce bouquin est un roman de 200 pages dont la brièveté cadre bien avec le côté expéditif de cette histoire.Dans cette littérature de la rudesse on aura compris que les rapports père-fils n'auront rien d'une île enchanteresse.Mais cette brutalité assène un coup de poing plutôt salutaire à ce type de récit qu'on aurait pu croire initiatique.Je n'en dirai pas plus sur l'intrigue dont pas mal de blogueurs ont déjà évoqué le fil.

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   C'est un ouvrage qui divise à l'évidence les lecteurs et braque parfois ceux qui ne l'ont pas encore lu et ne le feront peut-être pas.Un malaise saisit toutefois le lecteur,fût-il plutôt favorable comme moi.C'est que fréquenter Jim et Roy n'est pas de tout repos et l'on peut comprendre facilement les réticences.Glacial,secoué de pleurs et de peurs,zébré de matins qui ne chantent pas,il est âpre de séjourner à Sukkwan Island.A chacun d'y puiser sa substantifique moëlle,quitte à dévorer en frissonnant  des crabes crûs comme le "héros".Pour se détendre on peut essayer de trouver qui sera l'interprète de l'adaptation ciné,quasi inévitable à mon avis.

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26 mars 2010

Rien ne va plus

Affiches du film The Shanghaï gesture

                 Il est des films lieux.Je n'avais jamais vu vraiment Shanghaï gesture (1941) et n'en conservais que l'image de cette gigantesque maison de jeux souvent en plongée avec cette galerie de portraits apatrides et baroques.J'avais raison car Shanghaï gesture n'est pratiquement que ça,mais "ça" à la perfection.Sternberg joue à fond la carte de l'exotisme en cette ville déjà souvent photographiée.Pourtant de Shanghaï on ne verra pas grand chose,quelques coolies dans les rues,guère plus.Malgré tout Shanghaï reste inoubliable à travers le prisme presque unique de ce casino  tenu par l'envoûtante et mystrérieuse Mother Gin-Sling.Dans cette atmosphère trouble,cosmopolite et interlope on retrouve toutes les conventions du roman à deux sous,type colonial extrême-oriental,fascinant dans sa désuétude.

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       Un diplomate anglais,quasi pléonasme en Chine portuaire,sa fille pas vraiment ingénue,un séduisant arabe qui se fait appeler Dr.Omar qui se dit lui-même" médecin en rien,mais ça sonne bien et ne fait de mal à personne",d'autres fantoches en smoking autour de la table de jeu,tous ces personnages valsent aux aléas de la fortune et aux lustres de la trahison. Somptueux de raffinement et grouillant de sordide Shanghaï gesture n'est pas si éloigné de L'Ange Bleu,catégorie perversion/perdition.Se damnerait-on pour l'opium de Gene Tierney?A l'évidence oui surtout si ce magnifique faussaire de Sternberg dirige l'orchestre,avec filles encagées et troublants métèques.

       A la poursuite du vent ...cet avis http://alapoursuiteduvent.blogspot.com/2009/11/shanghai-gesture-josef-von-sternberg.html

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19 mars 2010

Ma vie sans...It takes a lot to laugh,it takes a train to cry

http://www.youtube.com/watch?v=Qz47XGsi2e0 It takes a lot to laugh,it takes a train to cry

   Si comme moi vous pensez  qu'Il faut beaucoup pour rire,et rien qu'un train pour pleurer vous aimerez peut-être cette version 69,je crois,de cette chanson de Dylan extraite de l'album Highway 61 revisited.L'opus proposé est du à Mike Bloomfield,Al Kooper,Steve Stills qui s'étaient réunis pour une Super session comme il y en eut quelques-unes à la toute fin des sixties.Bloomfield c'était entre autres Electric Flag.Kooper c'était entre autres Blues Project et Blood,Sweat and Tears.Stills c'était entre autres Buffalo Sprignfield.Etc...A  noter sur ce  disque une très longue version du Season of the witch de Donovan.Bloomfield et Kooper accompagnaient déjà le Zim sur sa propre version très shuffle en 65 au beau milieu de l'un des meilleurs albums de Dylan.Y figuraient par exemple Like a rolling stone,Highway 61 revisited,Ballad of a thin man,Desolation Row.

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13 mars 2010

Un ami qui vous veut du noir

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                         L'équipe jeune et  très motivée de http://fonduaunoir44.blogspot.com/ emmenée par Emeric et Caroline vous convie à ce rendez-vous quadrimestriel dans l'univers du Polar.Ils me font la gentillesse d'accueillir un senior comme moi pour parler cinoche.Mais allez-y quand même.Dans le dernier par exemple on redécouvre Alphonse Boudard ou Father Brown, détective.Et pas mal d'auteurs méconnus.

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08 mars 2010

Géographie:Brooklyn,New York

               

                               Deux grandes premières sur cette note.Un,il ne s'agit pas d'une ville mais d'un quartier de Big Apple.Mais surtout,deux,je vous présente une chanson française ce qui n'est pas dans mes habitudes.Mais Brooklyn by the sea est un tel chef-d'oeuvre tant par la musique que par les mots.Je ne connais aucun texte court qui décrive la diaspora européenne d'une telle manière.Cette chanson c'est Odessa sur Atlantique.Cest toute la beauté des racines lorsqu'elles se fondent au Nouveau Monde.Mort Shuman qui écrivit tant de perles pop,se prit de passion pour Brel et se ruina le coeur et le corps dans la France des seventies la chante d'une façon bouleversante.Ce qui pourrait n'être qu'une ritournelle gentiment nostalgique retrouve les accents juifs des mélopées d'Europe de l'Est dont la famille de Shuman était originaire, transcendés par les paroles d'Etienne Roda-Gil,un homme qui savait le prix de l'exil pour qu'ainsi la Mer Noire baigne New York.

http://www.youtube.com/watch?v=Me1DIAEQbRw  Brooklyn by the sea

06 mars 2010

Tom chante pour Phil

  http://youtu.be/UfvAWdiRAFc   Tom Paxton chante Phil

         Bien peu de gens se souviennent de Phil Ochs.Guère plus pour écouter Tom Paxton.Dinosaure du blog musical je vous propose la bien belle chanson qu'a écrite et chantée le second à propos du suicide du premier.Phil Ochs mort à 36 ans en 1976 fut l'un des plus emblématiques folk-singers des sixties même si le succès ne lui sourit que chichement.Très engagé,mais particulièrement autodestructeur, malchanceux et addict,Phil Ochs fila très vite un mauvais coton.Restent ses chansons et ses amis.Son album le plus connu,enfin un petit peu,sorti en 69,portait un titre prémonitoire,Rehearsals for a retirement (Répétitions pour une retraite).La pochette,plus noire encore,montrait sa tombe.

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02 mars 2010

Il est plus tard que tu ne penses

                       On peut ne pas goûter le personnage Franz-Olivier Giesbert,bateleur parfois,suffisant souvent,cabotin télévisuel comme il en est tant.Mais Giesbert est aussi un bon écrivain dont j'avais jadis aimé Mort d'un berger et plus encore Le Sieur Dieu.Un très grand amour est le roman,si peu roman d'ailleurs,d'un homme de soixante ans,malade,quitté après avoir quitté,homme à femmes comme l'on disait il y a longtemps.Il y a un peu ici du syndrome d'Hemingway,dont le fusil remplaça sèchement les impuissances,littéraires et intimes.D'ailleurs le héros de ce récit que Giesbert assume totalement est tenté à plusieurs reprises par le suicide.Mais,velléitaire et épicurien à la fois F.O.G." s'arrange" avec les choses,quelques mensonges,quelques omissions,quelques compromissions. Comme j'ai trouvé cela bouleversant de pâte humaine,moi qui suis né la même année.

   Autre héroïne du livre la Provence offre à Giesbert l'occasion de digresser sur les tomates et les chèvres.Ce diable d'homme,gourmand de toutes les vies,à s'en éclater la panse,trouve à l'évidence le ton juste pour brasser ses histoires de femmes,nombreuses,et d'enfants à tout vent,d'examens inquiétants et de whiskys rédempteurs,de copains délaissés et de parfums de melons.Vous serez tentés de chercher les clés.Je vous les donne:c'est l'histoire d'un homme,un homme à l'italienne,à la Mastroianni,à qui les femmes ont tant donné et tant repris,et qui (merci Moustaki) "a su faire souffrir autant qu'il a souffert".Mais lui il en a fait une histoire.Universelle,bouleversante,arrogante parfois et si proche toujours.

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28 février 2010

Metello vu par Mauro

                     Metello est l'un des films les plus connus de Mauro Bolognini,sorti en 1970.Film qui se veut social d'après l'écrivain Vasco Pratolini,Toscan résistant au Fascisme à qui l'on doit aussi trois autres oeuvres adaptées au cinéma:Les jeunes filles de San Frediano et Journal intime,par Valerio Zurlini,et Chronique des pauvres amants,par Carlo Lizzani.Mauro Bolognini engage pour le rôle titre le chanteur Massimo Ranieri qui s'avèrera très convaincant.Nous sommes à Florence au tournant du siècle.Metello Salani découvre la condition très difficile des ouvriers maçons.La Florence vue ici n'est guère Renaissance mais plutôt un foyer d'agitation qui ne pouvait que séduire Pratolini et Bolognini.Rappelons que cet écrivain très influencé par le Néoréalisme était déjà de l'aventure de Païsa avec Rossellini et de Rocco et ses frères avec Visconti.Il est vrai aussi que 99% des cinéastes et écrivains italiens de l'après-guerre étaient de cette mouvance avec toutefois souvent une pointe d'opportunisme dont l'on ne devisera pas davantage ici.

METELLO

                     Bolognini,styliste sérieux,soigne ses images sur les quais de l'Arno et les places florentines,ses costumes et ses décors.Reconstitution sage mais qui ne manque pas d'ampleur et atteint le coeur du public qui partage le sort des prisonniers et s'enflamme avec eux lors des rebellions.Le metteur en scène  a pris la précaution de ne pas trop charger les patrons,nombre de films ou de livres ayant tendance à cette surenchère misérabiliste assez écoeurante.N'ayant pas lu Metello je ne sais si la romance adultère est fidèle au livre ou si elle est plutôt rapportée par convention romanesque.Ceci n'empêche pas le film d'être très intéressant même s'il ne faut pas  s'attendre à ce que Bolognini fasse le cinéma de Francesco Rosi par exemple.Richesse du cinéma italien...mais là je me répète.

 

 

 

 

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