16 octobre 2010

Monsieur Clavel

            

                                                       On ne lisait plus guère Bernard Clavel à l'heure de Houellebecq et Nothomb.Clavel c'est pourtant tout autre chose que du roman de terroir hyperformaté.Je ne reviendrai pas sur sa vie qu'il a si bien romancée dans sa tétralogie majeure La grande patience dont les jurés du Goncourt ne crurent pas déchoir en le couronnant pour l'ultime tome Les fruits de l'hiver.Cet autodidacte, apprenti patissier,amoureux de ses terres du Haut Jura,des embruns d'Irlande et du blanc Labrador,conteur intarissable aux sagas autrement bien fichues que les pensums télévisuels (je pense à sa remarquable série sur la Guerre de Trente Ans,Les colonnes du ciel),cet homme,citoyen avant l'actuel et navrant galvaudage de ce beau substantif,ce pacifique convaincu (j'aime mieux que pacifiste mais peut-être Bernard Clavel n'aurait-il pas aimé) était l'un des écrivains de chevet de mon père avec ses premiers ouvrages L'ouvrier de la nuit,L'Espagnol.

                         Ca me ramène à des jours anciens mais je voudrais insister sur toute la qualité de l'écriture de Clavel,évidemment plus très en cour,mais si consciencieuse et terrienne au sens le plus noble du terme.Même le souvent  condescendant Télérama le traite en grand écrivain.Je ne suis pas certain de lire à nouveau Monsieur Clavel,la vie étant courte et les auteurs si nombreux.Mais je tiens à l'appeler ainsi,ne serait-ce que pour le plaisir de lire qu'il a donné à bien des gens et la détermination qui a guidé toute son oeuvre.Emballé par Le silence des armes je lui avais d'ailleurs écrit.Et ses apparitions chez Bernard Pivot étaient toujours savoureuses,notamment une historique émission d'Apostrophes où avec Brassens ils avaient parlé de l'armée,de la guerre et de la paix.Dans les hommages j'ai souvent lu à propos de Monsieur Clavel "de la belle ouvrage".C'est tout à fait ça.

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12 octobre 2010

Ils étaient trois soldats de plomb

                    

             Fastueux et infini monde du rock, voilà que resurgissent à ma mémoire trois refrains sixties et,croyez-moi, pas dus à des vassaux de quatrième zone.Laissez-moi vous présenter trois très vieux amis,presque des copains de service militaire.Ray Davies et les Kinks,les Small Faces et notre barde écossais,Donovan.Manifestement ces gars-là ont comme moi joué avec les petits soldats.Vous  savez ceux à qui manquaient une jambe ou la moitié de son fusil.

http://www.youtube.com/watch?v=bBkb4sKeC2A The Kinks Tin soldier man

       Les si fameuses vignettes pop-rock des Kinks sont très nombreuses,toutes délicieuses de nostalgie british et d'intelligence albionesque.Non il n'y  a pas que Sunny afternoon ou Lola.Voici le fringant Tin soldier man extrait de l'album de 1967 Something else,génialissime opus s'il en est.Le petit soldat de plomb des Kinks est le cousin du Dandy ou du Well-respected man,bien propret,nanti d'une petite lady en plomb qui cire ses chaussures pour la relève de la garde.Un basson joue dans Tin soldier man.Pas fréquent dans le Swinging London,mais pas étonnant de la part de Ray Davies,ouvert très tôt aux violons et aux marching bands,auteur complet de toute la disco des Kinks,étudié dans les collèges pour ses témoignages de ces années dorées.Moins influencés blues que Jagger-Richards,moins surréalistes que les Beatles tardifs,les Kinks restent à redécouvrir et à réévaluer,sans cesse.

http://www.youtube.com/watch?v=H7v5ZqcReLM  The Small Faces Tin soldier

     Apparus un tout petit peu plus tard les Small Faces perdraient leur adjectif à l'arrivée de Rod Stewart remplaçant Steve Marriott quie sera de l'aventure Humble Pie.J'insiste sur la mouvance extrême de ces années si créatrices outre Manche.Les Small Faces ont connu un immense succès avec leurs singles régulièrement dans les charts.Tin Soldier,décembre 67,est une version symbolique du petit soldat,amoureux de qui l'ignore et qui ne réclame en retour qu'on s'occupe un peu de lui,et "just 'll do what you want me to do".Peu après ce sera l'album Ogdens' nut gone flake,album charnière et chant du cygne,qui est aux Small Faces ce que sont Sergeant...,Pet sounds,Odessey and oracle aux Beatles,aux Beach Boys ou aux Zombies.

Donovan - Fairytale

http://www.deezer.com/listen-5820185   Donovan Little tin soldier

    Carrément digne des frères Grimm le Little tin soldier de Donovan est justement issu de l'album Fairy tale.Et l'on est bien dans le conte de fées,chéri par Donovan ,qui fut Le joueur de flûte de l'invisible film du même nom,signé Jacques Demy.Ce petit soldat n'a qu'une jambe et aime la petite ballerine sur l'étagère en face dans le magasin de vieilleries,en Forêt Noire.Drame,la danseuse est vendue et le soldat finit dans le caniveau,exclu,errant jusqu'à l'océan.Et puis un jours ils se retrouvent pour finir unis dans le même feu de cheminée.Jolie ballade du grand Donovan pour clore mes dix-huit ans qui n'en finissent pas de mourir.Steve Marriott le leader des Small Faces est effectivement mort dans un incendie en1991.

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09 octobre 2010

Géographie: Austin, Texas

 

                         Quand on commence à être un peu à court pour cette rubrique il reste un ami à qui faire appel.Johnny Cash a tant chanté l'Amérique,tant enregistré,notamment des histoires de trilogie alcool/bagarre/taule qu'il n'a pas fait que chanter d'ailleurs.On peut toujours compter sur lui.Alors je vous emmène en prison.Pas la mythique San Quentin mais celle d'Austin,capitale du Texas,cet état qui semble toujours regretter la défunte république du même nom.Elle tire son nom de Steve Austin,l'un des fondateurs de l'état.Sam Houston(Alamo),lui,donna son nom à la plus grande ville texane.Il fut Président de la République du Texas.Quel romancier aura l'idée d'imaginer une dissolution des Etas-Unis en 51 républiques?Les Texans verraient cela d'un bon oeil.Thank you Johnny!

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http://www.youtube.com/watch?v=QU1nXeBV8qo  Austin prison

05 octobre 2010

Ce sacré Jeannot

   

                 J'aime beaucoup cet homme.Je l'aime toujours autant après quelques milliers de passages télé dont il est par ailleurs un bon client.A ceux qui croient voir en lui ce cabotin mondain élégant et faussement nonchalant je donne entièrement raison.Jean d'Ormesson l'est indiscutablement.A ceux qui croient que se cachent derrière cette façade superficialité et esbrouffe je dirai qu'ils se trompent.Je tiens Jean d'Ormesson pour un écrivain majeur malgré ses efforts pour tant se montrer,à tel point que c'est pour mieux se cacher.Trêve de badinage C'est  une chose étrange que le monde est un roman(?) bluffant,stimulant,ébouriffant.Vous connaissez la trame:le Vieux,ce pourrait être Dieu, parle un peu des hommes,et d'Ormesson parle de Dieu qu'il a un peu connu,mais moins que Dieu ne connaît les hommes.Et Papy Jean de nous raconter les belles histoires de l'oncle Paul.Le grand livre du Monde s'ouvre ainsi,par touches très brèves,à croire que Jean d'O. est payé à la ligne,pour payer ses séjours à Venise et sa Méditerranée, onéreux.Sacré Jeannot.

        Galilée,Pascal,Newton,Darwin,Einstein que nous connaissons si bien,n'est-ce pas(???) entrent dans la danse.Et d'autres étoiles,sommités des sciences et de la philosophie,avec lesquels je suis un peu en froid,peu porté sur les équations et les interrogations métaphysiques.En face du Vieux il suffit comme Thésée de suivre le fil du labyrinthe pour démêler le simple du complexe,le sûr du probable,le doute de la vérité et Jeannot nous y entraîne,le volubile,le conteur,le farceur.Au bout du compte on n'est évidemment guère plus avancé (je parle pour moi qui suis au niveau de spiritualité de l'huître,et qui pour la science voisine avec Lucy).Mais ce n'est pas grave de rester en rade,le passé étant passé,intouchable,et le futur étant futur,inconnu.

       De cet excellent bréviaire de vie j'ai au moins retenu que d'Ormessson a connu ses plus belles extases se baignant en Grèce,flânant chez la Sérénissime,lisant Aragon.Programme ma foi bien digne d'intérêt,auquel je souscris volontiers.Souriant souvent,une brise inquiète effleure parfois Monsieur Jean.Et si j'avais préféré la profondeur de Voyez comme on danse j'ai adoré cette balade avec un auteur généreux,pressé car le temps lui est compté,allénien version Quai Conti,bavard comme Luchini et gai comme un pinson.Il y a du souffle romanesque même dans une réaction quantique bien que je ne sache toujours pas comment vivent les quarks.

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02 octobre 2010

Dans le port de Rotterdam

                 La colère du monde entier du Néerlandais Maarten 't Hart a été publié aux Pays-Bas en 93.Cet écrivain est très peu connu en France où l'on ne s'intéresse guère à la littérature batave,aux noms d'auteurs parfois un peu âpres à assimiler.Cet excellent roman ne déparerait pas une catégorie polar,avec zone d'ombre du passé sur un pays en guerre,années qui passent et retour sur le plomb général de ces années quarante,version petit port tout proche de Rotterdam. Rotterdam,une ville de départs,parfois ratés, parfois sans retour,tout embrouillardés de mémoires vacillantes ou sélectives,Rotterdam dont on devine le rôle majeur dans cet imbroglio que cherche à démêler Alexander,fils de modestes et pingres chiffonniers,en proie aux tracasseries de ses condisciples à l'école,mais que la découverte d'un vieux piano va transfigurer,ce qui nous vaut de très belles pages sur Bach ou Schubert par exemple.La Hollande calviniste en son austérité de façade en prend pour son grade en cette histoire un peu mystérieuse mais dont l'humour n'est pas absent avec ces portraits de fonctionnaires zélés ou des ces universitaires un peu étroits.

                    Roman musical que La colère du monde entier,parfaitement orchestré et rythmé par la passion d'Alexander.Roman d'apprentissage aussi mais n'est-ce pas l'apanage de toute oeuvre romanesque.On assiste à l'éclosion du talent mais plus encore à la maturation de l'adolescent plutôt timide et influençable.Jeune témoin d'un meurtre c'est entre les leçons de piano et l'Université que le fils des chiffonniers de Rotterdam deviendra compositeur et "collaborateur" peut-être d'un encombrant beau-père,maestro génial dans lequel il n'est pas impossible de retrouver les traits du plus grand chef d'orchestre de l'après-guerre.Louons ainsi les ambiguïtés de ce livre complexe et fouillé.Une fugue de Bach semble accompagner les diversions,les faux semblants,les chausse-trapes de ce très bon bouquin qu'on peut lire comme un policier,ce qui n'est ici nullement péjoratif.

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16 septembre 2010

Pause

   

      Arts

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15 septembre 2010

Tableaux d'une exposition

                  Plutôt une  déception,assez sévère au demeurant que ma deuxième incursion chez Lars Saabye Christensen,après le si passionnant Beatles.Vingt ans séparent les deux livres et certains considéreront sûrement que Le modèle souffre moins de  scories en brassant une histoire somme toute simple et dans le thème et dans le temps.A cinquante ans Peter,peintre célèbre mais un peu en perte de vitesse,se voit diagnostiquer une cécité prochaine.Et ce à l'aube d'une nouvelle exposition dont son galeriste Ben attend beaucoup.Sa femme et sa fille  suscitent chez lui plus d'incompréhension que de complicité.Enfin le hasard le met en présence d'un ami d'enfance,ophtalmologue,aux pratiques pour le moins curieuses.Quelques mois avant l'échéance obscure Peter retrouvera-t-il le souffle créateur in extremis en faisant le portrait de sa fille par exemple?

                 J'ai eu du mal à m'intéresser vraiment aux atermoiements de Peter.Les portraits me semblent insuffisamment fouillés, particulièrement ceux de Ben et de Thomas l'ami retrouvé,plutôt malsain.Qualifié de roman faustien,ce qui est bien pratique dès qu'un personnage regarde son âge en face et se décide à ne pas l'accepter,quitte à prendre les chemins les plus douteux,Le modèle s'englue dans des considérations morales un peu à rebrousse-poil.Hélène l'épouse est dans le théâtre et le cousinage d'Ibsen est souvent évoqué.Hélas pour moi je connais  trop mal l'oeuvre du grand dramaturge norvégien pour y trouver mon compte. Christensen est-il devenu à Oslo une sorte d'institution lui aussi?Il semble qu'il soit très apprécié en Scandinavie, romancier, dramaturge, poète ,scénariste, traducteur,parolier,etc...Vous pouvez vous plonger dans cette sorte d'interrogation sur la création artistique.C'est comme ça qu'on dit,non.Quand on trouve ça moyen,comme moi,on dit qu'on trouve ça moyen.

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13 septembre 2010

Géographie: Milwaukee, Wisconsin

          What's made Milwaukee famous, vieille scie de Jerry Lee Lewis,n'est certes pas l'oeuvre du siècle mais l'important est qu'elle nous permette d'être on the road again et d'échouer cette fois dans le Wisconsin.Voici donc la version de Rod Stewart dont le nom,je le sais,suffit à faire frémir d'horreur beaucoup de baby boomers vieillissants,comme Rod.Moi je n'arrive pas à détester Rod Stewart,une des grandes voix du rock,un peu contaminé par le syndrome de Vegas,qui guette tout rocker depuis sa première guitare au fond du garage mal éclairé.

    Comme bien des villes américaines Milwaukee,la plus grande cité de cet état du Nord non loin de Chicago,650 000 habitants,tire son nom d'un vieux nom indien,algonquin en l'occurence,signifiant Belle terre.La ville fut longtemps un centre de brasseries très important,sur les bords du Michigan.En 1900 y naquit Spencer Tracy.Quant à Rod Stewart,n'oubliez pas,jeunots que vous êtes,qu'avant le jet setter peroxydé il y eut le fabuleux chanteur des Faces qui fréquenta ce qui se faisait de mieux dans le Londres des sIxties moribondes.

http://www.youtube.com/watch?v=rXrvZQdgD6c What's made Milwaukee famous

   

09 septembre 2010

Sacerdoce (récréation)

                                         La plupart sont assez faciles.Ite,missa est.

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06 septembre 2010

Tranchant

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                         A peine plus aéré que la pièce de Clifford Odets Le grand couteau nous étouffe,rude réquisitoire des fifties sur le Hollywoodian way of life.Ce dynamiteur de Big Bob Aldrich signe un film sidérant de vindicte,émouvant portrait d'une star de cinéma qui peine à retenir la poussière du temps et des conventions,en ce huis clos entre producteur inculte et poupées au Q.I. de mollusque.Charlie Castle est resté un candide,rude contre-emploi pour Jack Palance,l'un des mauvais garçons du cinéma de ces années.Ses velléités d'indépendance,touchantes,bouleversantes,nous touchent mais la machine infernale du pouvoir des studios en décidera autrement.La dramaturgie de Clifford Odets est plus qu'assumée par Robert Aldrich.On assiste impuissant à une sorte d'infantilisation du personnage,préfigurant jusqu'à Baby Jane peut-être. Harcèlement,chantage,mensonge,et la hideuse commère d'Hollywood,de chair et d'os en ces années cinquante:il en sera de trop pour Charlie.

          Charlie Castle est en passe de n'être plus qu'une créature impuissante face au Moloch que constitue la politique des studios.Bien avant les multiples dérives d'Internet par exemple la vie privée de Charlie n'est déjà plus ni privée ni même la vie.Le grand couteau n'a rien perdu de son acuité,porté par des acteurs impeccables dont Rod Steiger en huileux producteur teint en blond et Shelley Winters toute jeune.On parle maintenant dans ce jargon abominable de métafilms quand Hollywood se penche sur Hollywood.Cela a donné quelques exemples très forts,c'est qu'Hollywood n'est pas soluble en lui-même et est capable de sérieuses remises en question.Merci à Aldrich et aux autres "métaréalisateurs", Mankiewicz, Wilder, Minnelli...Loin d'être figés dans les fifties leur cinéma est de ceux qui restent,sorte de contre-pouvoir,ce qui n'empêche jamais l'ambiguïté de cohabiter avec le génie.Infinie complexité d'Hollywood.

     Le théâtre de Clifford Odets,fortement,lourdement(?) engagé donna lieu aussi à l'adaptation par Fritz Lang de Le démon s'éveille la nuit.Scénariste du remarquable Grand chantage il réalisa lui-même les rarement diffusés Rien qu'un coeur solitaire et Du sang en première page.

   

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