16 décembre 2020

Memo from Turner

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                       Tim Willocks est l'auteur d'un fabuleux roman historique, La Religion, chroniqué aussi. Mais il ne manque pas de souffle non plus dans le polar poisseux, version Afrique du Sud, pays considéré comme le plus violent du monde (le Mexique n'est pas mal non plus). C'est du brutal. Une jeune noire écrasée et laissée pour morte par une nuit d'ivresse dans un bled loin des grandes villes. Turner, officier de police mandé du Cap, déterminé. La première partie présente plusieurs personnages, peu regardants sur la morale et sur la vie des autres. Ca prend un peu de temps mais aucun n'est vraiment reluisant.

                        L'existence étant bon marché dans ce pays où la mort rôde non seulement dans les métropoles mais aussi dans chauqe coin du veld ou la moindre parcelle de désert, Turner va enquêter envers et contre tous. Et se retrouver dans une situation terrible et inédite que je vous laisse découvrir. Je n'avais jamais lu ça. Ca cartonne pas mal dans la dernière partie. Comme je ne suis pas membre de la NRA j'ai peiné aux descriptions techniques des nombreuses armes à feu utilisées que Tim Willocks maîtrise parfaitement. Comme il est lui-même médecin et psychiatre il décrit également et en détails le métabolisme des morts violentes, très violentes, et la psychologie des différents personnages. 

                       Mais ce ballet morbide au coeur de la nation arc-en-ciel, rondement mené, m'a tenu en haleine jusqu'au bout, sans me donner forcément envie de visiter le pays. Un polar ancré dans cette Afrique différente, qui surfe aussi beaucoup sur l'hyperconnectivité que j'ai parfois du mal à suivre, mais qui réserve quelques surprises. Et encore une fois, sans dévoiler (c'est mieuxque spoiler, non?), j'ai assisté dans La mort selon Turner à quelque chose d'hallucinant.

   

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28 juin 2019

Summertime

                       J'ai peu parlé de cinéma cette année. J'ai peu parlé tout court sur ce blog. Le recul était nécessaire. Néamoins je n'ai pas abdiqué toute activité. Quelques mots sur quelques films présentés au long de la saison et que j'ai tenté d'animer. Je prends soin de choisir des films venus de tous les horizons. Petit tour du monde très succinct d'un cinéma éloigné des blockbusters et des comédies françaises qui n'ont pas besoin de moi.

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                       La permission de l'Iranien Soheil Beiraghi porte un regard sur cet Iran dont on parle tant, si contradictoire. L'héroïne est une footballeuse de l'équipe nationale, relativement libre mais pas au point de se passer de l'autorisation du mari de quitter le pays pour une grande compétition internationale. Le film malmène pas mal les clichés. Ainsi le mari n'est pas un obscur fonctionnaire buté mais un présentateur célèbre de télé-réalité. Intéressant, bien reçu mais bavard et un peu inabouti.

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                       Leto du Russe Kirill Serebrennikov est à mon sens l'un des deux meilleurs films de notre sélection annuelle. Portrait d'une jeunesse de Leningrad juste avant la Perestroïka. Il semble qu'au royaume alors soviétique c'est plus ici qu'à Moscou que les branches gangrenées ont commencé tomber. Une petite communauté découvre le rock, sautant les cases Presley, Beatles ou Pink Floyd pour Lou Reed ou David Bowie. Punch et poésie, la genèse des groupes rock russes primitifs est passionnante.

                       Don't forget me de Ram Nazari dynamite la société israélienne avec un humour qui n'a pas plu à tous. Niel est un juene musicien souffrant de troubles psychiques, Tom est une jeune femme soignée en centre pour anorexie. Vous voyez le petit bout de chemin qu'ils feront ensemble? Une cavale chaotique parfois indigeste et un tantinet démago.

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                       Ayka du Russe Sergey Dvortsevoy est un film terrible qui a décontenancé par sa noirceur. Ayka, réfugiée kirghize à Moscou, vient d'accoucher et de laisser son enfant à la maternité. Drame de la misère et de l'exclusion, archétype de ce que j'appelle le social sordide, et néanmoins réel, finalement un film fort et une interprète récompensée à Cannes 2018. Diversement apprécié, le public n'ayant pas forcément toujours vocation à partager les drames sociologiques.

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                       Un coup de maître de l'Argentin Gaston Duprat est mon autre chouchou, variation sur le milieu de l'art moderne et le snobisme qui s'y rattache parfois. L'amitié d'un peintre en perte de vitesse et de son galeriste est mise à mal jusqu'à leur idée d'un stratagème pour remonter la côte d'amour des oeuvres de l'artiste. Et si le vrai chef d'oeuvre de leur vie était justement cette escroquerie. Quand la comédie à l'argentine lorgne du côté des géniales comédies à l'italienne des années soixante. De la même équipe nous avions jadis présenté et aimé Citoyen d'honneur.

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                       Kabullywood du Français Louis Meunier est un joli film désargenté sur la restauration du plus grand cinéma dee Kaboul dans un Afghanistan qui n'en finit jamais. Grand reporter, Meunier et son équipe ont eux-mêmes largement contribué à la remise en état de la salle, qui, hélas, encore aujourd'hui demeure certes quasi opérationnelle... mais fermée. Audacieux, résistant, mais ô combien aléatoire étant données les menaces sur le tournage.

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                       Les moissonneurs est un film sud-africain, c'est rare. Etienne Kallos nous montre l'Afrique du Sud du côté des fermiers de l'Etat Libre, entité centrale, agricole et conservatrice de la dite nation arc-en-ciel. Rivalité entre deux ados, le fils de la maison et un garçon de la rue, situation courante là-bas où la communauté blanche devient ultra-minoritaire. D'une grande justesse et profond, Les moissonneurs en dit beaucoup sur ce pays si douloureux et si complexe, et qui, moins que tout autre, ne s'accommode des simplismes vus d'Europe.

                       Nous avons ainsi pu voir tous ces films, dans notre ville moyenne, toujours en V.O. Tout le monde n'a pas cette chance. J'en remercie les fidèles spectateurs et les exploitants. On continue, un peu fatigué, un peu en quête de relais, mais on continue.