27 novembre 2014

La poésie du jeudi, Gérard de Nerval

 Poésie du jeudi

                                        Je reviens à mon Gérard, mon pays d'Oise et de forêts, d'étangs et de biches. Il avait le vin gai, mon Gérard. Mon Gérard qu'as-tu fait là? Gérard, Gérard! Gérard, souviens-toi, nos frondaisons valoises, Sylvie, et la flèche de Senlis, là-bas, chez nous, avant que nous soyons veufs et inconsolés.

Gaieté

Petit piqueton de Mareuil,

Plus clairet qu’un vin d’Argenteuil,

Que ta saveur est souveraine !

Les Romains ne t’ont pas compris

Lorsqu’habitant l’ancien Paris

Ils te préféraient le Surène.

Ta liqueur rose, ô joli vin !

Semble faite du sang divin

De quelque nymphe bocagère ;

Tu perles au bord désiré

D’un verre à côtes, coloré

Par les teintes de la fougère.

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Tu me guéris pendant l’été

De la soif qu’un vin plus vanté

M’avait laissé depuis la veille ;

Ton goût suret, mais doux aussi,

Happant mon palais épaissi,

Me rafraîchit quand je m’éveille.

Eh quoi ! si gai dès le matin,

Je foule d’un pied incertain

Le sentier où verdit ton pampre !…

-Et je n’ai pas de Richelet

Pour finir ce docte couplet…

Et trouver une rime en ampre.

Gérard de Nerval

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09 juin 2014

L'ami dans le placard...

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                                                      Ce roman court de Ron Butlin est une curiosité qui ne m'a pas tout à fait convaincu mais qui ne manque pas d'originalité.  Morris Magellan n'a pas quarante ans. Cadre dirigeant d’une biscuiterie en Ecosse, il  vit avec une femme qui l’aime, dont il a deux enfants , et possède une maison confortable. Tout va plutôt bien pour lui. Mais voilà, Magellan a une faille, qui peut être terrible. C'est un alcoolique chronique et sa dépendance  est immense. Ce n'est pas un fêtard et on comprend très vite que toute rédemption sera impossible. Morris est depuis longtemps au stade où sa vie n'est possible ni avec, ni sans l'alcool. Avec son humour et son désespoir le récit est d'une absolue noirceur et renvoie au John Barleycorn de Jack London et à Sous le volcan de Malcolm Lowry, références absolues sur ce thème, constats hallucinants d'une dégradation, cliniques et méthodiques.

                                                    Parfois drôle mais souvent cauchemardesque Le son de ma voix est très curieusement construit puisque s'adressant à Morris lui-même, par le biais du pronom personnel "tu". Un peu désarçonné au début on s'immisce ainsi dans la vie de Morris, dans ses états d'âme et ses faiblesses, ses pusillanimités sont un peu les nôtres. Et surtout on a l'impression de vivre avec le John Barleycorn de London,à tout moment et en tout lieu. L'alcool est bel et bien un personnage clé. Il n'endosse jamais la défroque du joyeux compagnon qui vous fait voir (un peu) la vie en rose. Pas plus que la robe sentencieuse d'un diable ou d'un magistrat sinistre qui va vous étendre au tapis pour le compte. Non, simplement, il est là, et je ne sais même pas comment Ron Butlin parvient ainsi à le faire vivre. Si ce n'est que le terme boue, boueux, nous est allégrément infligé à forte dose, et que j'ai trouvé ça génial. Le son de ma voix est ainsi le roman de la boue, le grand roman de la boue, celle qui désagrège l'homme, l'homme aux  semelles de bourbe, que John Barleycorn détruit de toute sa hargne, parfois un brin séduisante, il nous faut bien l'admettre. Le son de ma voix, là, sur l'étagère qui brûle un peu, tout près de La faim de Knut Hamsun. Et, pas loin, le placard. J'ai trouvé une bande-annonce d'une adaptation théâtrale autochtone qui semble fascinante.

 

P.S. Ceux qui penseraient que ce Magellan auraient l'esprit détroit ne sont que des cap-horniques chroniques qui confondent eau de feu et Terre de Feu.gros16

 

 

 

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26 janvier 2014

Un livre, un film (énigme 84), la solution

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                                      Manifestement rien d'Introuvable pour Keisha, Dasola, Pierrot Bâton,Nathalie,Asphodèle, Celestine, et probablement Nadine du Québec (bienvenue Nadine, il faudrait me préciser la réponse en courriel privé, merci). J'ai rajouté l'indice du premier paragraphe, un autre roman du Dash, un de mes auteurs de chevet. Le chien du duo Nick et Nora Charles, un sosie de Milou, s'appelle Asta. Le titre original, The thin man, se traduirait plutôt par L'homme transparent.

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01 mars 2011

Ma vie sans...When the ship comes in

   

           Voici encore un classique première période de Dylan par l'édenté Shane McGowan et ses Pogues qui cuvent sûrement quelque part depuis longtemps.When the ship comes in figurait sur l'album The times they are a changin'.La version des Pogues est plutôt style pub braillard mais ne me déplaît pas.Arlo Guthrie,les Hollies,Peter,Paul and Mary l'enregistrèrent également.Remplie de métaphores marines sur les jours meilleurs à venir cette chanson du Zim avec sa chute sur les armées de Pharaon noyées en Mer Rouge peut sembler un peu grandiloquente en 2011 mais elle a presque 50 ans.

http://www.youtube.com/watch?v=BXJlBGRLLWM When the ship comes in   The Pogues

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10 février 2011

L'encombrant compagnon

barleycorn

                       Il y avait pour moi un mystère John Barleycorn,très ancien.Très attiré par l'Amérique,son histoire,sa géographie,sa musique,sa littérature,son cinéma,et souvent interrogé par ses dérives,j'avais souvent rencontré le patronyme John Barleycorn que je traduisais par Jean Orgeblé et dont je croyais qu'il constituait une sorte d'Américain moyen,très moyen,de la Conquête de l'Ouest et de la Ruée vers l'Or surtout.Les mythiques groupes Traffic et Jethro Tull,entre autres,l'ont chanté,Fairport Convention,Procol Harum l'ayant aussi évoqué sans que je percute davantage bien que les ayant beaucoup écoutés.De plus j'ai lu Jack London,sans en être un spécialiste mais L'amour de la vie et Martin Eden notamment m'avaient beaucoup plu.Et la route de Jack London en soi est une aventure,pas seulement littéraire.Mais la lente distillation a opéré et j'ai enfin compris que ce Monsieur John Barleycorn est en fait l'alcool.Ainsi donc sans le savoir nombreux sont les amis de J.B.,ses amis ou ses disciples,ses esclaves ou ses séides,jamais ses maîtres.Nul mieux que Jack London n'est autorisé à en parler,les deux personnages ayant été intimes ,avec quelques brouilles,de cinq  à quarante ans,  la mort  de Jack London.Longtemps plus connu sous le titre Le cabaret de la dernière chance le récit-roman John Barleycorn a été publié en 1912,alors que le pauvre Jack,jadis misérable,pilleur d'huîtres,pilier de saloon,bagarreur, est devenu riche et couvert d'honneurs,restant plus que jamais miltiant socialiste précoce et tout ça sans jamais s'éloigner beaucoup de John Barleycorn,cet ami qui vous veut...Jack et John resrteront d'ailleurs associés jusqu'à la mort,controversée de Jack.John,aux dernières bouteilles,se porte bien.

    Ce livre,je le considère comme une oeuvre maîtresse sur l'homme et sa destinée,sa fragilité et ses ressources.Car London s'est battu toute sa vie,contre la trajectoire qui lui semblait imposée,contre le haut fric,contre vents et marées au sens propre et figuré, contre la maladie,contre et avec John.Dès ses primes expériences de la bière à cinq ans et du vin à sept London  a senti le danger.Mais voilà,le sourire de John Barleycorn n'est pas toujours édenté et fétide.Il sait se faire charmeur et se parer des plumes de la légèreté et de la belle amitié qu'il fracassera d'autant mieux plus tard.Marin,Jack a besoin de John.D'ailleurs,à eux deux ils font parfois un sacré boulot,l'alcool en ces années 1900 trônant partout en cette Californie des chercheurs d'or et des journaliers de ce pays neuf.Pas une éprouvante journée de travail sans que le maigre salaire ne soit délesté au premier cabaret du port d'Oakland d'où partirent les voyages de London.Ce John Barleycorn est tel que sans lui point de salut pour ces forçats du rail ou de la mer.Avec lui encore moins de salut."Ni avec toi ni sans toi" confie Jack London.Correspondant en Corée,voyageur à Londres ou Paris, quelque part sur son bateau le Snark aux Nouvelles-Hébrides ou au Japon,l'écrivain multiple,essayiste et penseur qu'est devenu Jack London traitera toujours d'égal à égal avec J.B.

   Ce livre est fabuleux et je suis heureux de l'avoir rencontré.Les derniers chapitres montrent London arrivé au sommet de ses influences,l'homme sans qui Kerouac,Hemingway ou Jim Harrison ne seraient pas ce qu'ils sont.London, lui,lucide, sceptique,fier malgré tout,doute encore et condamne John Barleycorn.On le sent capable d'initier,avec le féminisme naissant dont il sera un rare partisan précoce,d'intier une croisade contre son autre moi,ce J.B. qui nous rapproche en quelque sorte de cet autre roman fondateur d'un autre grand voyageur qui lui-même céda parfois aux paradis artificiels,L'étrange cas du Docteur Jekyll.Alors bien sûr pendant des décennies Jack London et Robert Louis Stevenson ont fleuri sur les étagères des chambres d'enfants.On a mis bien du temps avant de trouver leur vraie place,en littérature,la plus haute.

traffic_1970_john_barleycorn_must_die_front

   L'illustration musicale est double: Stevie Winwood et Traffic,ou Ian Anderson et Jethro Tull jouent et chantent John Barleycorn must die. http://www.youtube.com/watch?v=WgtVswJJJeQ

album_the_best_of_jethro_tull

  http://www.youtube.com/watch?v=lvmlWYBGamA

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