19 juin 2012

A propos de Barbara

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        Barbara est un film à voir,austère et laconique,qui creuse le sillon encore frais de la vie en RDA avant la chute du mur.Moins spectaculaire que le très bon La vie des autres,qui frôlait le thriller politique,ce film de Christian Petzold, récompensé à Berlin,je crois, mais peu importe,nous intéresse à une jeune femme médecin mutée dans un hôpital de province sans grands moyens au nord du pays.Très observée,on comprend vite qu'elle espère l'Ouest,par la Mer Baltique.Très sobre,Barbara gagne pourtant notre intérêt à son rythme un peu paresseux,sans dialogues lourdingues ni leçons de morale.Lassitude est le maître mot de cette vie,de cette ville où André le médecin chef de l'hôpital fait de son mieux.Sans romance ou presque le film vogue entre surveillance,inquiétude et espoir.

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       Barbara se prend d'affection pour une jeune patiente fort perturbée,tout ceci sans grande démonstration.Curieux film où le médecin roule dans sa Trabant pétaradante et où Barbara n'a guère d'autre liberté que...son vélo,un semblant d'autonomie,et ainsi de belles séquences en lisière de forêt sous le vent.Misère aussi de l'hôpital,au matériel obsolète comme une sorte de Trabant de la santé.Rares sont les films aussi peu "glamour" ou aussi peu "action"que Barbara,pas de mélo médical à nous arracher des larmes,pas d'hommes en noir à cinq heures du matin pour arrestation au saut du lit,mais une ambiance de plomb qui donne envie de se foutre à l'eau,même en Baltique,avec le folle espérance danoise.Comme elles étaient terribles ces années,pas toujours avec des rafales près de Checkpoint Charlie,pas toujours,pas souvent sous les colères des intellectuels,mais en une grisaille quotidienne à se cogner la tête contre les murs,contre le Mur.

 

           

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23 novembre 2011

Alice,si,Alice,souvenez-vous

                    Je termine  cette fin d'automne la présentation pour l'I.U.T.A de ma bonne ville d'une série de six films sur la route au cinéma.Cela m'a permis de voir ou revoir ou rerevoir etc... quelques oeuvres majeures comme Les raisins de la colère,Les fraises sauvages,Voyage à deux,Easy rider.Si vous le permettez je m'attarderai sur Alice dans les villes,l'un des premiers films de Wim Wenders.C'est un cinéaste que j'apprécie bien que parfois un peu égaré. Sorti en 74 Alice dans les villes,un noir et blanc de "city" qui convient parfaitement au périple urbain de Philippe et Alice,9 ans,dans ce qui fera l'essentiel d'oeuvre de Wenders,l'axe Amérique-Europe et retour.Mais là nous somme près de  dix ans avant l'errance la plus célèbre,celle de Travis dans Paris,Texas.

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       New York,Philippe,la trentaine pas gaie,n'arrive guère à terminer son reportage photo.Images de l'Amérique des seventies,sur fond de références qui ne peuvent que m'attirer,John Ford,Scott Fitzgerald,le rock du juke-box, Psychotic reaction des fabuleux Count Five.Les aléas,c'est à dire une grève aérienne et la déprime de Lisa à l'aéroport,vont faire de lui pour quelques jours le compagnon de voyage d'Alice,gamine frondeuse et butée comme savent l'être ces drôles de petites filles.Ce n'est pas anodin si la première rencontre de Philippe et d'Alice se déroule dans une porte à tambour,comme une sensation de tourner en rond,déjà.Deux juke-boxes dans le film,pour moi c'est déjà deux étoiles, Wenders compagnon de Rockland,forcément On the road again de Canned Heat.La dérive en douceur de Philippe amorcée sur le sol américain,ce sentiment de tourner en rond dans ce pays continent,puis la tranquille versatilité d'Alice,j'aime cet oxymore, enfin la quête européenne de la maison de la grand-mère,tout cela va bouleverser sans colère le quotidien de Philippe pendant quelques jours.

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    Good bye America et l'Empire State Building où rôde la grande ombre de King Kong et d'où l'on apercoit deux hautes tours jumelles appelées à une certaine célébrité.Couple improbable à la limite du burlesque et de l'absurde, ce n'est pas si fréquent qu'une mère confie à un trentenaire maussade une enfant de 9 ans.Et si Alice réveillait ce grand enfant sans repère,sans sentiment fixe,ce blond escogriffe qui semble bien seul.Comme le cinéma de Wenders est beau dans ce grain noir et blanc qui jamais ne lorgne vers un quelconque effet rétro.

   Film-ville comme je n'en ai jamais vu Alice ne convie pas seulement notre cinéphilie.C'est aussi un joli bal urbain qui nous transporte littéralement(dans les deux sens).Des billets de train,des cartes routières,kiosques(on ferait bien de se pencher sur l'histoire des kiosques au ciné,c'est une idée,non?),panneaux publicitaires, signaux routiers et enseignes.De l'importance des halls et des galeries,pas toujours,ou pas encore trop déshumanisés,mais ça commence.De la plus haute cohérence du motel aux U.S.A.Le motel a été conjugué à toutes les sauces dans des milliers de films.

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  Bien sûr si l'on a quelques clés sur le rock et le ciné on est plus partie prenante dans le périple d'Alice et Philippe.Pourtant je l'ai revu trois fois en huit jours et je me demande si Alice dans les villes ne serait pas digne d'un panthéon du cinéma,pas seulement allemand,pas seulement d'après guerre,pas seulement de l'errance. Non:du cinéma tout court.Alice c'est beau à pleurer et ça,c'est à la portée de tous,si peu cinéphiles ou fans de rock soient-ils.Et comme New York est bien filmée,comme Amsterdam est cinégénique.Mais l'Oscar de la ville revient à Wuppertal,ville de la Ruhr industrielle.Wim Wenders y atteint par le rail ou par la rue les sommets de l'émotion.Ca donne envie d'aller à Wuppertal.Inouï.

  

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23 septembre 2011

Beaux quartiers,sale temps

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                      J'ai eu l'idée de m'intéresser à un auteur qui fut célèbre, essentiellement par le cinéma.J'aime bien les films A l'Ouest rien de nouveau et Trois camarades,mais plus encore le somptueux film de Douglas Sirk,Le temps d'aimer et le temps de mourir.Je n'ai par contre jamais vu le film homonyme tiré d' Arc de Triomphe, publié en 1945.Omnibus a sorti une compil. avec les deux derniers titres plus Les exilés et L'étincelle de vie. Le roman Arc de Triomphe met en scène à Paris,1938,Ravic,chirurgien allemand, torturé par la Gestapo qui s’est réfugié à Paris à l’Hôtel International (à l’ombre de l’Arc de Triomphe). Désabusé et ne trouvant le repos que dans l’alcool avec son ami Morosow, il parvient à exercer en clandestin. Grâce à son cynisme il parvient à supporter la vie mais la cicatrice est encore bien vivante...

     Sa rencontre avec Jeanne,chanteuse de beuglant, pourrait être inspirée des relations de Remarque lui-même avec Marlene Dietrich,qui se déroulèrent surtout en France.L'auteur qui quitta l'Allemagne pour la Suisse puis les Etas-Unis peint dans Arc de Triomphe la communauté étrangère souvent juive mais pas toujours exilée dans ce havre que fut Paris pour un moment.Paris,les Champs-Elysées,où la recherche des frénésies et du plaisir se poursuit dans un baroud d'honneur(?) avant les années de honte.Ravic y aime cette femme,y cotoie putes au grand coeur, exilés joueurs d'échecs, médecins incapables mais officiels,eux.Il y retrouve aussi son tortionnaire berlinois.Alors,se venger?

                A la fin d' Arc de Triomphe l'obscurité envahit la ville-lumière."Le camion remonta l'avenue de Wagram,et tourna à l'Etoile.Il n'y avait aucune lumière.L'obscurité noyait la place.La nuit était si profonde qu'on ne voyait même pas l'Arc de Triomphe". Le refuge français dont avaient rêvé de grands Allemands comme Klaus Mann ou Lion Feuchtwanger bascule à son tour dans l'horreur.Le déracinement est un thème classique que Remarque a traité ici de facture tout aussi  classique,très cinéma aussi,avec une géographie très pertinente de ces beaux quartiers qu'a connus l'auteur qui devait devenir riche,célèbre,quasi apatride,membre de ce que l'on n'appelait pas encore la jet-set.Et qui ne devait jamais revoir l'Allemagne. Valeur sûre de Hollywood, amateur d'impressionnisme et de bolides, Remarque a-t-il jamais vraiment trouvé la paix ailleurs que dans les alcools forts?Alcools qui coulent aussi,et beaucoup,tout au long d' Arc de Triomphe.

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15 septembre 2011

La difficile condition d'être un ange

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          Bien sûr Si loin,si proche! n'a pas tout à fait la poésie, l'élan, l'imaginaire de son frère aîné Les ailes du désir dont il faut sans cesse rappeler que le titre allemand Le ciel sur Berlin est tellement plus beau et moins affecté.Tout y semble un peu plus laborieux.La surprise est passée.Le mur de Berlin est tombé. Cassiel est un ange, comme Damiel autrefois, qui a préféré devenir humain par amour pour Marion, la trapéziste. Cassiel décide de devenir humain lui aussi, mais tout se passe mal.Si le mur est tombé  Berlin et le monde n'ont pas pour autant retrouvé leur morale et leur spiritualité.Le film navigue en deux niveaux ,une première partie, en noir et blanc assez proche du premier film, une seconde plus proche del'univers wendersien type thriller,L'ami américain par exemple..

   Tout cela est forcément un peu fourre-tout,ce noir et blanc en couleurs,ces allées et venues tiennent du patchwork et de l'artifice parfois.Mais il n'en reste pas moins que j'aime l'univers de Wenders et son regard sur la ville,cette symphonie berlinoise qui me donne envie de dire "Ich bin ein Berliner" mais quelqu'un d'autre l'a déjà dit.Le cinéphile sera évidemment privilégié vu les hommages au film noir,au serial,au feuilleton.La présence de Peter Falk en son propre rôle en témoigne.Wim Wenders,grand rocklover,a aussi convié un Lou Reed fantômatique à souhait.Enfin je ne résiste pas au beau nom du personnage joué par Willem Dafoe,Emit Selfit,Time itself,Le temps lui-même.Quant aux femmes,Kinski,ou Dommartin on sait depuis bien longtemps qu'elles n'ont jamais été mieux que chez Wenders.


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07 août 2011

Concerto hambourgeois

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   Je ne connaissais rien de Siegfried Lenz.J'avais vu il y 25 ans un film de Jerzy Skolimowski qui m'avait bien plu,Le bateau phare avec Robert Duvall et Klaus Maria Brandauer.Je viens d'apprendre qu'il est adapté d'un roman de Siegfried Lenz.Mes lectures doivent parfois (presque) au hasard,je l'ai déjà dit.En phase germanophile ce titre,Le dernier bateau,m'a attiré et sa brièveté n'y était pas pour rien.Logorrhées et pavés me pèsent de plus en plus.Mais là si c'est le hasard il a bien fait les choses.C'est une des plus belles lectures de ces dernières années.

    Arne,douze ans,se retrouve orphelin.Un ami de son père le recueille au sein de sa famille.Les deux pères ont jadis navigué ensemble.Cet homme dirige un chantier de démolition navale à Hambourg.Diversement apprécié parmi les trois enfants Arne se révèle surdoué et hypersensible.Hans l'aîné se prend d'affection et l'amitié ne sera jamais démentie.Ils partagent une chambre,une chambre pleine de la Mer si j'ose dire.Les décors,les objets de marine,cartes,les couchettes proviennent de bateaux dégréés.C'est une belle réussite esthétique d'imaginer ainsi cette pièce où semblent souffler un vent hanséatique et un esprit ouvert au large.Tout hélas n'est pas aussi ouvert et Arne grandit de quelques années,restant cependant à la marge. Sans vraie méchanceté,par maladresse plutôt que par ostracisme,les jeunes,intimidés en quelque sorte, comme apeurés et notamment Wiebke la soeur de Hans ne sauront pas faire le geste,simple sûrement et qui aurait suffi.

     Comme si les sentiments parfois nous pesaient comme un carcan et qu'à force de ne pas se dire qu'on s'aime plutôt bien,on laissait une forme d'indifférence conduire vers le drame,inéluctable.Cette histoire magnifique et troublante nous entraîne à la manière d'une corne de brume qui mugirait vers des confins baltiques,alors que martellent les ouvriers du chantier sur les nefs en destruction et que la peine nous étreint.Je sais que d'autres ont aimé,comme Dominique Le dernier bateau - Siegfried Lenz.Je sais aussi maintenant que Siegfried Lenz est un écrivain majeur de l'Allemagne d'après-guerre.Il était temps,Lenz est né en 1926.Je sais enfin,mais ça je le savais déjà:ô combien de choses on ignore! 

 

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01 août 2011

La ligne des marks:action

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     La séparation c'est bien sûr dans ce Berlin de 1983 un certain mur presque anecdotique tant les sentiments des héros de ce roman sont bien éloignés de toute considération géopolitique.Vague toile de fond mais Berlin reste Berlin,même coupé en deux,qui devra attendre encore sept ans.Non,les séparations dont il est question sont d'ordre privé avec trois couples ,dont les éléments masculins intéressent visiblement davantage Peter Schneider,né en 1940 en Allemagne du Nord.

     Edouard est chercheur en biologie moléculaire et professeur à l'unversité.Ca aurait déjà tendance à me faire fuir vu ma culture scientifique proche de celle de l'huître.J'aurais tort.La ville des  séparations fonctionne pourtant un peu comme un procédé chimique qui tiendrait pour acquis qu'un couple dure en moyenne 3 ans,167 jours et 2 heures.Tout dépend bien sûr de la liberté qu'on accorde à ce couple.La relation d'Edouard avec Klara arrive à deux ans.Attention danger.André,son ami français compositeur planche sur un Don Juan avec son autre ami Theo qui lui habite plutôt à l'Est et tente de collaborer avec André comme librettiste de son opéra.Ces intellos se retrouvent fréquemment au "tent" sorte de Coupole pour happy few à cheval sur le Mur.Car à dire vrai dans ce Berlin on ne croise guère de vopos et on n'évoque pas plus Checkpoint Charlie.

      Ce qui intéresse Peter Schneider et le lecteur,un peu moins parfois,ce sont les difficiles et souvent dérisoires dérapages de chacun dans sa vaine tentative d'être à peu près bien dans sa peau.Tout ne va pas trop mal pour Edouard et les autres.André se voit nanti,puis envahi d'une extravagante belle-famille  juive russe.Lui qui préfère la musique concrète au violon slave est bien obligé de faire avec.Ses disputes avec Theo sont homériques car chacun méprise consciencieusement l'art de l'autre.Ceci peut s'avérer gênant quand on a en commun rien moins qu'un opéra.Et si ces bobos branchés étaient restés des enfants...C'est la leçon que je crois tirer de La ville des séparations,attachante chronique d'une réunification pas encore annoncée.Je n'irai pas jusqu'à dire qu'Edouard,André et Theo m'ont bouleversé.Ce qui n'interdit pas de trouver sympathique leur(s) légèreté(s).

   

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02 mai 2011

De la vacuité littéraire(parfois)

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  Cette Comédie de Turin est un roman acerbe et nerveux de 200 pages d'un auteur allemand que je ne connaissais pas,Michael Krüger,né en 43 et dont Himmelfarb a obtenu le Médicis étranger en 96. Rudolf, écrivain allemand,s'est suicidé à Turin.Comme des auteurs réels Cesare Pavese,Primo Levi,Franco Lucentini.Serait-on mieux dans le Piémont pour en finir?Le meilleur ami de Rudolf,exécuteur testamentaire, doit ordonner les papiers du grand homme afin d'en présenter le roman posthume,oeuvre toute de génie et définitive qui enterrera une fois pour toutes tous les autres misérables romans.Le narrateur s'installe quelques jours dans la maison du maître,dans sa vie,parmi ses animaux et ses femmes,les premiers ayant été mieux appréciés par Rudolf.D'Eva,Elsa ou Marta on ne sait pas très bien laquelle détient en quelque sorte les droits moraux de la grande oeuvre.

   Mais la vacuité littéraire,le creux abyssal,les probables plagiats s'avèrent une part non négligeable du grand oeuvre du grand homme.Cesare,le vieux chien décrépit qui meurt juste après son maître,était peut-être le plus humain de cette comédie des mots,de ce baratin vénéré,qu'était en fait le legs littéraire de Rudolf.Le narrateur quttera Turin,pas trop dupe de cet imbroglio,pas trop indemne non plus de cette recherche dont on a tout lieu de penser qu'elle mène aux impasses de l'écriture,dont l'humanité crédule est parfois friande.Ce livre a l'étrange pouvoir de démolir un peu la littérature dans son imposture,mais de se rattacher au meilleur d'une littérature allemande passionante.Et de confirmer l'adage "qui aime bien châtie bien".

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17 mars 2011

La mort dans l'île

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     En 1930 le grand Friedrich Wilhelm Murnau ne sait pas,lorsqu'il tourne dans les mers du Sud,qu'il mourra sur une route de Californie quelques jours avant la sortie du film.Il vient de quitter Hollywood après avoir tourné entre autres le plus beau film de l'histoire du cinéma,L'aurore.Avec Robert Flaherty,grand documentariste de Nanouk et L'homme d'Aran,Murnau débarque dans le Pacifique où ses acteurs,tous des natifs,n'ont pour la plupart jamais vu de caméra.L'idée de Murnau est de retrouver nature et naturel au sein d'un lagon paradisiaque qui s'avérera d'une grande cruauté.On suit bien le paradoxe de ces sociétés primitives et,rousseauisme oblige,on rêve d'une histoire d'amour et de nacre.Mais la tradition veille,cette tradition qui,si elle vacille,ne rompt jamais,ni en Polynésie en 1930 ni ailleurs,ni plus tard,avec son visage odieux derrière le masque exotique et idyllique.La jeune fille est en fait promise à devenir une vestale,grand honneur chez le peuple océanien,mais drame shakespearien quand on aime un jeune pêcheur.

 

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       En fait il semble,mais les avis diffèrent,que Murnau et Flaherty ne s'entendent pas du tout et sur aucun point de vue.Il restera peu de choses de Flaherty dans Tabou dont le côté fictionnel est vraiment la touche Murnau.Selon certains historiens Flaherty disparaîtra carrément du générique.Il demeure que ce film rompt avec tous les films antérieurs de Murnau,allemands ou américains,et Tabou continuera de briller au firmament du cinéma comme une perle dans la limpidité océane.Personnellement Story of South Seas me touche bien que je ne puisse m'empêcher de lui trouver une naïveté roublarde et un côté Murnau en vacances de dandy sur son yacht.Mais cette pancarte Tabu dans les eaux de Bora-Bora est à mon sens l'une des plus belles images de la mer au cinéma.

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07 janvier 2011

La vieille dame indigne

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                               Ayant beaucoup entendu parler fort récemment de Hans Magnus Enzensberger loué de partout j'ai voulu me faire une petite idée et emprunté un livre plutôt court,Joséphine et moi.Disons que ça n'a pas marché terrible entre ce roman et moi, et que je bénis les bibliothèques qui nous évitent une déception financière.La rencontre entre Joachim,jeune chercheur en sciences économiques,et Joséphine, ancienne diva maintenant âgée, a pour moi tourné court.Je viens de finir ce récit et m'aperçois que j'ai bien peu de chose à en retenir.Ces tasses de thé hebdomadaires entre le jeune homme et la vieille dame un tantinet excentrique m'ont semblé artificielles et hautement improbables.Pas envie d'en lire davantage de cet auteur que la revue Lire a pourtant honoré comme celui du meilleur livre de l'année.

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21 octobre 2010

Le privé d'Unter den Linden

           Ce livre m'a été prêté et m'a vraiment beaucoup plu.Cette trilogie berlinoise regroupe trois aventures de Bernie Gunther,privé allemand juste avant et juste après la Guerre:L'été de cristal,La pâle figure et Un requiem allemand. Ces livres ont été écrits au moment de la chute du Mur.Bernhard Gunther est un privé qui a quitté la police officielle et ses nombreux services dans cette Allemagne 36 qui prépare la Nuit de Cristal et autres horreurs.Peu favorable au nouvel ordre mais prudent comme Philip Marlowe Gunther se garde bien de prendre partie ouvertement.Les trois livres sont compliqués à souhait comme toute investigation d'un enquêteur à son compte et je n'ai pas souvent terminé ce genre de polars en étant sûr d'avoir absolument tout compris sur les victimes et les assassins.Mais comme toujours peu importe.L'important c'est surtout l'ambiance ramassis d'opportunistes vénaux,de grosses légumes corrompus et de besogneux du trafic.C'est ce chacun pour soi avant le déluge annoncé,cet instant où l'on se doute que le crépuscule suivra très vite une aube radieuse.Notre ami Gunther n'échappera pas à certaines compromissions,plutôt moins que la moyenne,ce qui nous suffit pour l'adopter.Les codes du noir sont bien présents mais si Spade,Marlowe et consorts ont fort à faire avec trafiquants notoires, gangsters de haut vol avec comparses obtus Gunther,lui,se collète avec des voyous tout aussi gangsters et trafiquants mais célèbres en ces années de superproduction du film d'horreur.Ces premiers rôles se verront d'ailleurs.récompensés,mais pas tous,au festival de Nuremberg où leur carrière avait  commencé une douzaine d'années plus tôt.

    Les femmes ici sont entraîneuses (version soft),les faux papiers réversibles comme les consciences,et des Américains peu regardants croisent des Russes brutaux et des certificats de dénazification ont parfois battu des records de vitesse.Nous sommes maintenant en 1947.J'aime cet adage,je me le suis d'ailleurs attribué bien que je l'aie probablement pompé quelque part:"Les guerres sont terribles,les avant-guerre pas commodes et les après-guerre sinistres. Heureusement il y a le reste."Mais du reste Gunther n'en a guère,très occupé après 36 et 38 à Berlin,dans la Vienne de 47, plus très impériale,mais archivénale,interlope et n'ayant rien à envier à la capitale en cendres du Troisième Reich,celui qui devait durer 1000 ans et dura...toujours trop longtemps.Le vieux cinéphile lisant Un requiem allemand ne pourra ignorer Le troisième homme,sauf que pour la classe d'Orson Welles ou l'élégance de Joseph Cotten,on repassera.Fort pertinemment Philip Kerr termine son roman au Café Mozart,reconstitué pour le film de Carol Reed.

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