03 août 2018

Ladies and gentlemen

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                               Voilà un excellent roman du très bon écrivain, scénariste, metteur en scène britannique Julian Fellowes dont j'ai déjà chroniqué Passé imparfait. Et ce livre nous dépayse totalement, immersion en terre inconnue dans un pays exotique et aux antipodes du nôtre. Ce pays est l'Angleterre. Fellowes est le scénariste du Gosford Park de Robert Altman et de la série Downtown Abbey. C'est dire s'il s'y entend à décrypter les moeurs de cette curieuse ethnie inconnue dans l'hexagone, l'aristocratie anglaise. Une fois n'est pas coutume, je vais vous révéler l'intégralité du roman. Edith, un peu roturière quand même sans être dans la gêne, épouse Charles, comte de Broughton, famille assez prestigieuse, bien qu'il y ait presque toujours plus prestigieux que soi. Très vite le mariage bat de l'aile. Va-t-on vers un shocking divorce? Simon, acteur de  seconde zone, a séduit Edith. Vous savez tout.

                             Julian Fellowes, en plus de 400 pages, 10-18, ne sort jamais du cénacle de ces nobles ou nobliaux pour qui comptent surtout les apparences, les chevaux et les clubs. Délicieux clubs, à mon avis, que la France n'a jamais cru bon d'adapter à son climat. Il me semble que j'aimerais, moi, un cercle bien feutré bien fermé bien masculin. Ne rêvons pas. L'intrigue, inexistante, sans aucun suspense, repose sur le ratage attendu et rapide de cette union . On embraie aussitôt sur la liaison dont tout bon tabloïd se régale, qui elle-même, s'effiloche tout aussi vite. Alors Edith cherche à revoir Charles. Quelle aventure! Pour cela il lui faut déjouer bien des conventions et les pièges de l'ancienne belle-famille et plus encore la rancune tenace de l'ennemi historique. J'ai nommé la belle-mère.

                             C'est tout. Cela peut paraître sans intérêt, indigeste, une pacotille littéraire. Sauf que Julian Fellowes, et Altman ne s'y était pas trompé, lui-même intronisé pair à vie du Royaume-Uni en tant que Baron Fellowes, connait parfaitement arcanes et rouages  de cette société unique au monde, et qu'on a l'impression qu'on va le rencontrer au détour d'une exposition, d'une soirée caritative à Covent Garden, et qu'il va nous en raconter de belles sur ce petit monde. Tout cela n'est pas sérieux, mais très bien écrit et décrit. Assez vache avec les aristocrates qui tiennent le haut du pavé depuis Mary Tudor, plus encore avec les néo-aristos, copies peu conformes mais si conformistes, la plume de Fellowes est aérienne, souvent très drôle, et nous enchante de bons mots et de beaucoup d'esprit.  You know what? Finalement je les aime plutôt bien. Ils ne sont pas pires que certains bien-pensants, bien penchant, et prompts à donner des leçons. A lire, à déguster avec un drink en écoutant le très talentueux, acerbe et un peu snob Neil Hannon et sa Divine Comedy. Nonobstant le fait qu'il soit Nord-Irlandais, n'est-il pas? Et nonobstant le fait que cette chanson soit belle à pleurer et bouleversante. Et nonobstant le fait que cette chronique soit signée par un monsieur français d'un certain âge.

A lady of a certain age (extrait de Victory for the Comic Muse).

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15 avril 2018

L'autre cinéma

                      Vu récemment quelques films différents. Je ne polémiquerai pas et je n'ai rien contre un cinéma populaire qu'il m'arrive de fréquenter. Mais j'en ai un peu marre des comédies franchouillardes, des films d'adoaccrorésosocio, des franchises américaines d'une durée de 2h45, des épouvantes hebdomadaires, des animations pour certaines assez consternantes.

                     Faisons ensemble si vous voulez La juste route, film hongrois de Ferenc Török. En août 1945, au cœur de la Hongrie, un village s’apprête à célébrer un mariage de notable tandis que deux juifs orthodoxes arrivent, chargés de lourdes caisses. Un bruit circule qu’ils sont les héritiers de déportés et que d’autres, plus nombreux peuvent revenir réclamer leurs biens. Leur arrivée questionne la responsabilité de certains et bouleverse le destin des jeunes mariés.

Affiche LA_JUSTE_ROUTE

                     Un très beau noir et blanc pose un regard sur la mauvaise conscience d'un pays qui n'en finit guère avec ses fantômes. Bien que salubre et efficace La juste route n'asssène pas son discours mais ses images fortes et ses personnages complexes en disent long sur les violences secrètes et les culpabilités rampantes. 1945 est le titre original. Et 1945 ne fut nulle part une année facile. Le film a suscité beaucoup d'enthousiasme, à mon sens mérité. La juste route se déroule presque en temps réel, quelques heures d'une journée au départ festive, qui se muent en moments d'inquiétude, de méfiance, lors que bien des villageois craignent pour leur tranquillité ou leurs biens. Ce portrait de village hongrois nous ramène à un antisémitisme ordinaire, pas forcément spectaculaire mais bien réel. Rappelons-nous que les spoliations n'ont pas concerné que les tableaux de maîtres et les oeuvres d'art des grandes familles juives.

                    Je ne peux que vous conseiller le chemin de La juste route, ce qui ne sera pas facile vu la distribution parcimonieuse du film. Mais vous n'oublierez pas l'ambiance rumeur et sous-entendus, peur qui change de  camp, jeep russe arrogante, marche tout au long du film du père et du fils, quasi muets et droit devant suivant la carriole et les caisses contenant... Rarement l'époque charnière très courte ou la Hongrie aurait pu croire à un virage positif a été abordée au cinéma. Elle aura eu droit en fait à un simple changement de tyrannie, mais ceci est une autre histoire. Pour moi l'un des meilleurs films de cette saison.

Affiche England_is_mine

                    Pour son premier film l'Anglais Mark Gill a pas mal séduit avec England is mine (Steven Patrick Morrissey), sorte de biopic partiel, ça se fait beaucoup, sur Morrissey, icône des eighties, leader des Smiths, groupe célèbre malgré une courte carrière et un seul concert en France. Mais l'on n'entendra jamais The Smiths ni Morrissey solo car ce n'est pas le propos du metteur en scène. Ce qui intéresse Gill ce sont les jeunes années de Steven Patrick, à 18 ou 20 ans, sujet de sa Majesté mal dans  sa peau et peu enclin au moule thatchérien, peu enclin au boulot, diront certains, et sous les influences de Mark Bolan, David Bowie ou Oscar Wilde.

                   J'ai lu que si l'on n'entend pas The Smiths c'est aussi que cette biographie pas vraiment autorisée n'a pas recueilli ou pas pu financer l'acquisition des  droits. A la limite peu importe, j'ai aimé ce tableau d'une Angleterre qui s'ennuie à nouveau (la fois d'avant ça avait donné la Brit Pop, ça vaut parfois la peine de s'ennuyer). Et puis j'ai tant de sympathie pour les obscurs gratouilleux et les besogneux songwriters qui s'escriment dans leur chambre d'étudiant ou de chômeur, la plupart risquant d'y rester, qu'il est facile de s'y retrouver au moins en partie.

                  Les jeunes acteurs d'England is mine sont convaincants et la bande musicale du film est assez étonnante. Elle reflète les goûts du jeune Steven Patrick Morrissey, curieusement fan des groupes vocaux féminins du début des années 60, Martha and the Vandellas, Marvelettes, Shangri-Las, une musique assez stéréotypée considérée comme ringarde depuis au moins dix ans au moment de l'action, milieu des seventies. Ajoutez Marianne Faithfull, Françoise Hardy. D'accord. Mais il y a surtout The Sparks, et Mott the Hoople, alors rien que pour ça....

 

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                Par ailleurs les assos SOS Homophobie et Prendre Corps nous ont présenté le très bon documentaire vietnamien Finding Phong, histoire authentique de Phong, fille prise au piège dans un corps de garçon. On assiste sans voyeurisme aucun à sa métamorphose jusqu'à la chirurgie dite de réattribution sexuelle. Et curieusement il émane de ce film pas mal de bonne humeur et aussi moins d'ignorance en sortant grâce à un débat très bien mené et très instructif.

               Milos Forman et Vittorio Taviani n'étaient guère distribués non plus lors de leurs débuts. Les choses ne changent pas vite.

 

               

 

 

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23 février 2018

Petit prix, grand livre

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                                Magistral, clairvoyant, ce livre de 150 pages, et là je réitère mes sempiternelles stances à la brièveté qui a souvent déserté tant la littérature que le cinéma, est une pièce maîtresse pour qui veut mieux saisir l'avant-guerre. Un 20 février vingt-quatre grands industriels allemands sont réunis à Berlin. Soutenir le nouveau régime et en tirer les bénéfices, tel est leur credo. C'est le premier chapitre de la lente, parfois pas  si lente, adaptation d'une bonne partie du pays aux thèses du nouveau chancelier. Eric Vuillard revient ainsi sur quelques épisodes peu glorieux dont l''Anschluss, acte fondateur sur le plan international de la spirale de l'horreur. Tout cela fut donc bien, tôt ou tard à L'ordre du jour.

                                Presque désopilant si ce n'était pathétique, dérisoire et monstrueux, superbement écrit, L'ordre du jour n'épargne personne, surtout pas l'Autriche, même pas cramponnée à son mini-dictateur Schuschnigg, que j'ai longtemps pris pour un (vaguement) résistant. Vienne avant l'Anschluss, avec son national-catholicisme n'avait déjà pas brillé par sa démocratie. Mais nous allons à Londres aussi, plus précisément au 10, Downing Street, où le Prime Minsiter Chamberlain reçoit les adieux de l'ambasssadeur du Reich, Ribbentrop, tout sourire alors que les troupes nazies envahissent l'Autriche.

                               Cette dite invasion a d'ailleurs tenu, aussi, de la farce car on apprend que nombre de panzers sont tombés en rade sur la route impériale, sous les yeux d'un Hitler vociférant et furieux, plus que jamais le Hynkel de Chaplin. Nombre de décideurs de cetet décennie, pas tous allemands, loin s'en faut, ont été, entre autres, ridicules. Hélas le ridicule ne tue pas.

                               "Car au fond, le crime était déjà là, dans les petits drapeaux, dans les sourires des jeunes filles, dans tout ce printemps perverti. Et jusque dans les rires, dans cette ferveur déchaînée, Hélène Kuhner dut sentir la haine et la jouissance. Elle a dû entrevoir-en un raptus terrifiant-derrière ces millers de silhouettes, de visages, des millions de forçats. Et elle a deviné, derrière la liesse effrayante, la carrière de granit de Mauthausen."

                              Cet automne, chez Drouant, les convives ont couronné un bien beau livre. Ca leur arrive assez souvent.

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10 mai 2017

S.O.S. Fantômes

Masse critique

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                                Voilà un livre sans le moindre intérêt en ce qui me concerne. Souvent tout ne m'intéresse pas dans cette sorte de roman en série. Là rien. L'auteure ressasse la vieille mythologie victorienne des chasseurs de fantômes, des manoirs décrépits, des chasses au renard. Le couple d'enquêteurs lorgne évidemment, et c'est d'une grande tristesse, vers le génial duo de Sir Arthur Conan Doyle. De grâce, à mon avis, plongez vous dans l'une des aventures de Holmes et Watson, délicieuses énigmes qui laissent place à l'imaginaire. Ce qui est très loin d'être le cas de ces historiettes hyper formatées et dont je ne tiens pas à me faire le zélateur. L'iconographie du gothique fantastique y est plutôt maladroite et vampirisée par les scènes sexuelles manifestement destinées à remplir le cahier des charges de cette collection. Rien ici ne rappelle la littérature. J'ai rarement été aussi sévère mais cette fois l'opération Masse critique Babelio a fait long feu. Je les remercie néanmoins car j'ai souvent eu plus de chance.

                              Le carnet secret de Simon Feximal (on dirait un nom de médicament, une purge) n'est qu'un des titres de cette série de KJ Charles. Série est le terme qui convient, mais série Z. Ces propos n'engageant que moi, j'avais l'intention d'abandonner ce livre sur un banc. Mais aucun inconnu ne mérite cette médiocrité.

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03 janvier 2017

En passant, pourquoi pas?

Tarcy

                                 Ne boudons pas notre plaisir car notre plaisir n'est pas si fréquent. Une amie de rando m'a prêté deux livres. L'un, le dernier de Bernard Werber, sans intérêt malgré mon grand intérêt pour les chats. L'autre, hyperclassique dans sa forme, bien agréable. L'innocence (Burning bright en V.O.), de Tracy Chevalier (La jeune fille à la perle), conte l'arrivée à Londres d'une modeste famille de menuisiers du Dorset. 1792, des idées nouvelles arrivent de la France où ça bouge pas mal. Les deux adolescents Kellaway vont découvrir la plus grande ville du monde, ses vertiges et ses dangers. Leurs aventures sont assez attendues, les personnages les plus intéressants étant le poète graveur épris de liberté William Blake et Philip Astley, patron de cirque, une sorte de magnat du show-business de ces temps-là.

                                Grace à ces deux, en quelque sorte "précurseurs" tant des idées que du spectacle, L'innocence prend un certain relief et lorgne vraisemblablement vers une suite, peut-être déjà publiée, je ne sais. Et là, ce faisant, ou ce écrivant, je m'aperçois que je n'ai rien de plus  à dire. Ce fut donc une lecture plaisante, un roman sur fond historique, où l'on ne voit pas le temps passer, j'oserai dire "glissament" car j'adore inventer des adverbes. Et puis on se dit qu'on n'aurait pas perdu grand-chose à l'ignorer. Et lire plus viscéral. Mais bref, pas si mal, et surtout pas si nécessaire. Je sais, ce sont des réflexions du temps qui presse un peu.

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19 novembre 2016

In the name of rock/Victoria

 

                                       Extrait du génial concept album des Kinks Arthur or the decline and fall of the British Empire voici Victoria. Ray Davies et son frère Dave n'ont pas toujours été les meilleurs amis du monde. Mais comme ils ont su croquer la Swingin' England, Carnaby Street, les chemises à jabot, les après-midi ensoleillés (Sunny afternoon), les rues sans issue (Dead end street), la gare de Waterloo Sunset, les Dandy, Dedicated follower of fashion et autres Well respected man. Mais aussi les petites villes industrielles (Big black smoke) ou la pollution (Village green). Mais je n'en finirais pas d'évoquer l'Angleterre vue par les Kinks, maintenant étudiée en classe.

                                      Ecoutant Victoria à l'époque je ne savais pas qu'il était question du bon vieux temps de la Reine Victoria et de son interminable règne. En ce temps-là je faisais pourtant "anglomanie deuxième vie". J'ai dit mille fois que tout un tas  de chevelus grattant, frappant ou soufflant ont révélé l'adolescent acnéique et dépressif des bords de l'Oise. Un peu la vie par procuration car les Victoria du Valois n'en pinçaient guère pour mon romantisme incompris de série B. Les maladroites!

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16 septembre 2016

Peu convaincu

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                               Pas convaincu par le roman "arthurien" de Kazuo Ishiguro. Je n'ai pas retrouvé l'enthousiasme de Quand nous étions orphelins ni des Vestiges du jour. Loin s'en faut. Sorte de chanson de geste qui conte le voyage d'un vieux couple à la recherche d'un fils, avec la participation de Gauvain, compagnon d'Arthur devenu vieux et d'un dragon peu spectaculaire, Le géant enfoui est déjà enfoui dans ma mémoire, pourtant lu il y a deux mois à peine.

                               J'ai des souvenirs plus précis de Wild Idea, l'histoire bien connue et plus ou moins recyclée déjà des fameux bisons réintroduits par Dan O'Brien quelque part au Dakota. J'aime bien cet auteur mais on connait maintenant son combat. L'ayant pas mal lu, Rites d'automne, Brendan Prairie, Au coeur du pays, L'esprit des collines, toujours avec intérêt, j'y trouve aujourd'hui une certaine redondance qui ne remet pas en cause les qualités littéraires de Dan O'Brien. Mais je crois avoir compris. A l'évidence, maintenant que le temps presse un peu, j'ai envie d'oeuvres un peu plus significatives à mon coeur.

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                              Dans un bon bouquin autrichien, Le tabac Tresniek, Robert Seethaler raconte simplement l'arrivée dans la grande ville, Vienne, de Frantz, jeune campagnard, naïf mais qui n'entend pas le rester. L'histoire, en 1937, dans la capitale autrichienne, murmure puis vrombit puis hurle. Une librairie et des gens qui n'aiment ni les livres ni les libraires, Frantz fera ainsi son éducation. Deux autres éducations aussi, au Prater en foire, plus coquine, et et à fumer le cigare en compagnie d'un étrange vieux monsieur barbu et très souffrant qui l'écoute, mais alors qui l'écoute, avant sa partance pour Londres, allez savoir pourquoi. Ce roman d'apprentissage, modeste et discret, m'a nettement plus intéressé que les dernières livraisons des stars ci-dessus, anglaise et américaine.

27 août 2016

Vive Nous

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                                Nous c'est eux, les Petersen, un couple anglais et leur fils de 18 ans. Mais Nous c'est aussi nous, forcément. Délicieux épisode de l'éternelle histoire d'un homme et d'une femme, Nous nous est conté du côté Douglas, cinquante balais et quelques poussières, sympathique chercheur pas débordant d'imagination mais qui aura tenté la paternité, sans grand succès. Connie, veut partit, plus poète et plus artiste, mais sans haine et sans rancune. Alors Douglas a l'idée du Grand Tour, façon XIXème, Paris, Amsterdam, Munich, Vienne, l'Italie... Avec Connie en instance de séparation et Albie, dix-huit ans, buté comme c'est pas possible à moins d'avoir dix-huit ans. Je le sais, j'ai eu dix-huit ans.

                              C'est avec pas mal de drôlerie que David Nicholls et Douglas Petersen racontent alternativement le temps de leur rencontre et trente ans plus tard le temps de leur éventuelle rupture. J'ai vraiment aimé Douglas, cet homme un peu falot, et surtout moins branché que son épouse Connie. Leur relation est parfois hilarante à mesure que le temps passe et j'aurais envie de citer des passages entiers, délicieux et mordants. "Les premières fois- (il y a 179 petits chapitres comme ça sur 539 pages)- Les débuts de n'importe quelle relation sont ponctués d'une série de premières fois- première vision de l'autre, premiers mots, premiers rires, premier baiser, premier déshabillage, etc..., tous ces jalons partagés s'espaçant et se banalisant à mesure que les jours, puis les années passent, jusqu'à ce que, pour finir, il ne reste plus que la visite d'un quelconque site historique classé par le National Trust". Ne trouvez-pas que ça ressemble à la vie? L'humour très présent tout au long du roman n'empêche pas, bien au contraire, la tendresse et une certaine dérision, ou tout au moins du recul, et agit comme une caresse pour nous dire que même chez nous ce n'est, disons... pas si mal.

                             Evidemment reste le cas Albert, Albie, fils de Connie et Douglas, qui fut précédé de Jane qui ne vécut que quelques heures. Faut-il y voir une cause et un effet mais Albie et son père se comprennent assez mal. Quoi, c'est normal? Et l'on a envie de gifler cet ado tellement, tellement, tellement ado, quoi... Du coup le Grand Tour romantique vire au cauchemar entre réglements de compte maritaux et disparition de la grande asperge prénommée Albie. Souvent désopilant, parfois grave, un peu comme notre vie, sauf que notre vie est moins désopilante peut-être. Enfin notre vie, là je m'avance un peu. Un très bon roman de David Nicholls, fin observateur de ces années à cheval sur deux siècles comme pour une chasse au renard dans le Sussex, très Angleterre, très vieille Europe, très Nous. Et pour terminer continuons de désopiler avec cette charge vélophobe que j'ai adorée, moi, plutôt vélophile.

                              "Je me suis surpris brusquement à détester Amsterdam. Dans mon amertume je me suis laissé gagner par cette idée. Je les défierais tous, les cyclistes d'Amsterdam, avec leur éclairage inadéquat, leur manie de tenir le guidon d'une main, leur selle haute et leurs airs supérieurs. Tel Caligula, impitoyable et sans peur, j'allumerais un feu de joie et jetterais ces foutues bécanes dans les flammes. Au bûcher, les vélos, au bûcher!"

                               On connaissait les autodafés. Voici les cyclodafés. Ca c'est pas en italiques parce que c'est de moi, moi-même, personnellement. Si.

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24 juillet 2016

A part entière

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                                     Je retrouve très heureusement Valentyne (La jument verte de  Val) sur d'autres rives après une expérience italienne pénible et un forfait espagnol. Alors je l'ai à nouveau entraînée en Irlande où manifestement je suis plus en phase. C'est que j'ai déjà presque tout lu de Joseph O'Connor qui figure à l'heure actuelle dans mes auteurs de prédilection. Ce livre, au titre français ridicule (The thrill of it all, en VO, est une chanson de Roxy Music), avait a priori tout pour me séduire. Et je confirme le talent varié d'O'Connor. Robbie, quinquagénaire, entreprend d'écrire ses mémoires. Ancien guitariste du groupe rock Ships in the Night, asthmatique et solitaire dans sa péniche londonienne, il se raconte à travers son groupe, Fran, irlando-vietnamien, les jumeaux Sean et sa soeur Trez, batteur et violoncelliste. Ships in the Night est bien sûr fictif mais chaque lecteur pour qui le rock a compté (et croyez-moi dans mon cas il a compté triple et m'a presque sauvé la vie) y dessinera ses idoles des décennies passées, voire y fabriquera ses propres rêves et légendes. Car Maintenant ou jamais est un chef d'oeuvre de narration multivoix, et d'émotion, épousant parfaitement les affres et les triomphes d'un groupe de rock passant en quelques mois de l'anonymat d'un garage à la lumière mondialisée. En passant par les tournées d'abord un peu spectrales  devant douze ivrognes, puis les premières parties (U2, rien que ça), enfin les mégaconcerts et déjà le début de la fin car fulgurant est souvent ce rock tant aimé. Ayant ultramodestement joué avec quelques potes dans un grenier je me considère, abusivement, comme de ceux là, tant cette musique a dessiné des pans entiers de ma vie.

                                    Ships in the Night est un élément des années quatre-vingt. C'est qu'ils sont de la génération Joseph O'Connor et la musique évoquée dans ce roman nous dirige plus du côté de The Cure ou Depeche Mode. A chacun d'y retrouver les siens. Survolté de la fin des sixties j'ai hélas passé d'une douzaine d'années l'âge du rôle mais Maintenant ou jamais ne souffre pas d'être trop ancré dans sa (courte) existence historique. Si Rob est le narrateur central les trois autres interviennent sous forme d'entretiens tout au long, cela donne une symphonie parfois un peu cacophonique très réactive à cette histoire. Terriblement vivante. L'aventure de quatre copains qui s'essaient au rock est fabuleuse, vouée à l'échec dans 99% des cas, et vouée à l'explosion des egos et des frais d'avocats dans le 1% restant, est intemporelle depuis Liverpool. Ceci importe peu. Le superbe de Maintenant ou jamais , c'est la finesse d'analyse des rapports entre les membres de Ships in the Night. Lui-même ancien journaliste proche des milieux musicaux, frère de la très controversée Sinead O'Connor, Joseph O'Connor, dont vous pouvez retrouver plusieurs critiques ici-même sur ses livres précédents, sait à merveille décrire les premiers contacts entre Robbie et Fran, ces Glimmer Twins des eighties, ces Jagger-Richards, ces Lennon-McCartney de Luton, banlieue londonienne ordinaire.

                                    Musiciens moyens, très, comme la plupart des stars du rock à leur ignition, transcendés par l'envahissante personnalité de Fran, puis comme oppressés, Ships in the Night, c'est toute une jeunesse d'excès en tous genres. Ca, vous n'y échapperez pas car personne n'en réchappe. Ca m'a d'ailleurs toujours consterné, cette ahurissant conformisme de ces jeunes en révolte parce que jeunes, donc conformes. Et ceci n'empêche pas de les aimer, mais, bon sang, de les aimer. Des navires dans la nuit, quel beau nom, dont les voiles frissonnantes mènent au nirvana du Rock'n'roll Hall of Fame et à l'inévitable déréliction inscrite dans les gênes de l'aventure musicale et humaine de ce microcosme qu'est un quatuor de jeunes musiciens. Livre passionnant, bouleversant, sidérant d'exactitude et qui m'a fait me sentir membre à part entière de Ships in the Night, que dire de mieux. Il est vrai que si investi dans cette musique depuis cinquante ans, j'ai aussi joué avec les Fab Four, les Stones et les Doors. Ou tout comme.

                                  Dublin et la Liffey, 2012. On retrouve Robbie Goulding, Francis Mulvey, Sean et Trez Sherlock près de trente ans plus tard. L'histoire ne repasse pas les plats. Que faire de ces éventuelles retrouvailles? Les ignorer, en rester là vers 1982, quand l'aube dorée et les fées se penchaient sur ces petits bateaux de papier, les adolescences de quatre gamins? Mieux ainsi, mais je crois qu'avec moi, ça faisait cinq.

                                  La bande originale, le soundtrack de The thrill of it all, vu les fantômes que l'on y croise de Bowie à Bono et  consorts, elle est bien sûr stupéfiante. Mais vous la faites vous-mêmes, hein?

                                 Robbie  "En arrivant aux studios de télévision de White City j'ai cru que j'allais pleurer. A la stupéfaction des hommes de la sécurité, Fran s'est agenouillé avec une solennité de pape pour baiser les marches que Bowie et Bolan avaient foulées."

                                  Fran "Ce vieux truc de l'Irlande contre la Grande-Bretagne. J'y crois pas, mec...Autrefois c'était différent...Ouais, l'histoire de l'Irlande, ça te déchire le coeur. Mais pour moi, l'Angleterre, l'Irlande, c'est pratiquement pareil...Voilà d'ou vient mon groupe. On n'était ni Anglais, ni Irlandais. On était Ships in the Night."

 

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24 mars 2016

Ma B.D. annuelle

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                               Ca m'a toqué mais ça me toque pas souvent. L'élue de cette année est  Darwin, tome 1, A bord du Beagle, scénario Christian Clot, dessin Fabio Bono. Le voyage du tout jeune Charles Darwin est une des grandes odyssées de l'humanité. Agé de 22 ans, celui qui va révolutionner la pensée n'a aucune expérience maritime. Le capitaine Fitz-Roy, jeune lui aussi, commande à bord du HMS Beagle. Nous sommes en 1831 à Plymouth et cette expédition de deux ans va en durer cinq, et elle va accessoirement changer le monde. Les deux hommes vont s'apprécier et Darwin qu'on imagine toujours à la barbe blanche de sage vieillard se révèle un jeune homme facétieux qui n'a pas été si brillant dans ses études et préférant de loin la chasse à l'université. Mais Charles Darwin a une  qualité, pas si fréquente. Il est curieux de tout et se passionne pour la nature. Vous connaissez la suite.

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                                 Ce bel album ne conte que les préparatifs du voyage et les premières investigations qui nous mènent, après bizutage en régle au passage de l'Equateur, à Salvador de Bahia. Les planches animalières sur la faune d'Amérique du Sud sont splendides et l'arrivée en Terre de Feu réserve des surprises. La campagne anglaise, le port, la vie à bord sont magistralement reconstituées. Peu connaisseur de ces publications, je trouve à cet ouvrage un classicisme et une pédagogie très réjouissants.J'espère lire le second tome bientôt.

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