02 juin 2018

Cousines nippones

 la-marche-de-mina

                               Avant tout je voudrais vous remercier, amis qui avez eu ces gentils mots d'encouragement sur mon billet précédent. Ils ont été les bienvenus. Plutôt en meilleure forme, je reviens à l'occasion d'un billet commun avec ma chère co-lectrice Valentyne. Mon rapport au  blog a cependant quelque peu changé. Les billets y seront certainement un peu moins fréquents mais cela n'altérera en rien mes visites chez les amis choisis depuis des années maintenant sur la toile.

                               Cinquième incursion dans l'univers de Yoko Ogawa, qui sait toujours me charmer. En compagnie de La jument verte de Val  cette fois, dont je subodore qu'elle sera du même avis. La petite musique de cette auteure japonaise a quelque chose d'enchanteur, d'ensorceleur, bien loin des bruits et des fureurs. Ogawa s'intéresse souvent à la cellule familiale, à la transmission, à l'enfance. Tomoko, douze ans, loge chez  sa  cousine Mina pour sa première année de collège. Mina, asthmatique, n'est pas toujours très solide et Tomoko s'applique à lui faciliter la vie dans la grande maison familiale où vit Mina avec son père, sa mère et sa grand-mère paternelle Rosa, allemande. Il y a aussi Pochiko, dans le jardin...hippopotame nain qui accessoirement sert de monture pour emmener Mina, qui s'épuise vite à marcher, à l'école. On le voit, une pointe de fantaisie surréaliste nimbe cette jolie histoire sur le côté un peu étouffant de ce pays. Personnellement je commence à apprécier les lettres japonaises tout en y respirant un peu difficilement. Mais que de beaux moments dans La marche de Mina.

                                Aucun  des personnages de la famille n'est sacrifié même si les passages les plus forts concernent les  deux cousines. Mina, fragile et rêveuse a une curieuse collection que je vous laisse découvrir. Tomoko, plus aventureuse, se pose  des qustions sur cette famille. Va-t-elle découvrir un secret? On ne quitte guère la maison ni le jardin dans La marche de Mina mais pourtant le monde  est bien présent quoi que discret. A commencer par le massacre olympique de Munich en 1972. Cette incursion dans la brutalité est particulièrement bien amenée par Yoko Ogawa. Contrastant avec la relative sérénité de la maison familiale. Les deux cousines sont assez fascinantes, évoluant entre poésie et enfance, avec le goût des livres pour l'une d'entre elles, les premières admirations préado. Et aussi chemin faisant, le volley-ball, le ciel et la comète, la boisson traditionnelle fabriquée par l'entreprise de l'oncle de Tomoko. Et bien sûr les gros yeux ronds de Pochiko.

                                 Quant à la salle de bains des lumières, c'est une idée lumineuse, et je vous y convie. Comme je convie ceux qui ne la connaissent pas à apprécier les livres de Yoko Ogawa. Ils ont la délicatesse et l'élégance de la silhouette d'un hippo-campe même si dans La marche de Mina il est plus souvent question d'un hippo-potame. Ils sont nombreux et bien distribués en France. Bien des blogueurs en parlent. Chez moi vous pouvez retrouver d'anciennes chroniques sur Les abeilles, La formule préférée du professeur, Les lectures des otages et Cristallisation secrète.

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15 juillet 2014

Sur les traces de Jeff

Mmasse critique

                                          Chouette aventure avec Babelio dans le sillage de Louis Meunier et de ses fringants Cavaliers afghans. Vous pensez à Joseph Kessel? Comme vous avez raison car c'est sur ses traces que s'est élancé Louis Meunier. Chevaux et montagnes de l'Hindou Kouch, nuits glacées et poussières aux sabots, le récit à peine romancé est un beau voyage au coeur du pays, version Nord, où tout est cheval, ce qui me fait immanquablement penser au western. Car l'auteur, documentaliste, producteur, vit depuis huit ans à moitié en Afghanistan, pays fascinant et si méconnu, talibans, attentats, présence étrangère, intégrisme étant les mots qui viennent à l'esprit. Et cela n'est pas faux. Mais Louis Meunier, ce centaure, nous met en selle pour une autre aventure, pour laquelle il vaut mieux bien tenir les rênes.

les_cavaliers_afghans

                         Le buzkashi est célèbre depuis Kessel et le film avec Omar Sharif. Bref rappel, ce sport de brutes, oui, quand même, individuel, consiste à ramasser un cadavre de chèvre, ou de veau, et à le déposer dans un cercle, le tout à cheval évidemment, sur un terrain immense. Tous les coups ou presque sont permis. A moi on me permettra de douter du bien-être des chevaux. Mais Louis Meunier à l'évidence pense que certains chevaux s'éclatent vraiment dans cet exercice. Trêve de polémique, ce récit se révèle très agréable et dépaysant. Les tchopendoz, c'est le nom de ces cavaliers intrépides, forment une sorte d'aristocratie, parfois hautaine, et qui se divise en clans plus ou moins "sponsorisés" par des gens fortunés, souvent politiciens véreux, seigneurs de la guerre, ou parrains de l'opium. Peu à peu Louis Meunier, accueilli dans le pointilleux cercle des initiés, l'un des rares étrangers à avoir été admis à pratiquer le buzkashi, aura toute les peines du monde à marquer son premier point dans cette sorte de Rollerball équestre. D'où, ne l'oublions jamais, toute présence féminine est proscrite, ce qui déjà jette un froid. Les Cavaliers afghans est aussi un carnet de voyage de deux cavaliers au contact des populations souvent plutôt hospitalières mais où l'arrogance de quelques tyranneaux régionaux peut s'avérer parfois inquiétante.

                        Encore une fois une belle aventure qui s'apparente au journalisme plus qu'à la littérature. En cela je crois que l'homme à la crinière léonesque, Jeff Kessel, hantait des sphères romanesques et néanmoins documentées plus intéressantes. Mais Louis Meunier a le temps, on n'est pas tout de suite Albert Londres.

                        Merci aux Editions Kero et à Babelio qui nous permettent ainsi de découvrir des livres sur lesquels à première vue on ne  se serait pas forcément rué. Changer les habitudes de lectures ne peut qu'être profitable.

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16 juillet 2013

Heurts du thé

     

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                       Les couvertures sont parfois trompeuses.Ne dirait-on pas que Les seigneurs du thé est un magnifique roman d'une collection fleur bleue? A propos et en aparté lire "fleur bleue" c'est encore lire.La grande romancière néerlandaise Hella Haasse,plusieurs fois favorite du Nobel et souvent évoquée comme une Yourcenar batave,m'avait convaincu de la classer dans mes écrivains de référence avec un seul livre lu,mais quel livre, En la forêt de Longue Attente.Ce livre phare date de 1949 mais ne fut traduit en français qu'en 91.C'est bien plus tard dans sa longue vie que Madame Haasse a publié, en 1992, Les seigneurs du thé,beau roman dans le cadre colonial des Indes Néerlandaises,actuelle Indonésie,quatrième plus grand pays au monde.Hella Haasse a toute légitimité pour cette histoire.Née en 1916 à Batavia (Djakarta) elle vécut là-bas une bonne partie de sa jeunesse et Le lac noir,sa première nouvelle abordait déjà un thème important dans son oeuvre,les rapports entre autochtones et colons.Important mais pas unique sujet de la littérature chez Hella Haasse.Cette grande dame des lettres,terme classique dans les notes sur H.H.,fut aussi très francophile et vécut en France une dizaine d'années à la fin du siècle dernier.

                      Les années 1870, absents en Afrique les Pays-Bas disposent par contre en Asie de la pléthore d'îles qui devait devenir l'Insulinde puis l'Indonésie.Rudolf Kerkoeven rejoint ses parents déjà établis dans l'île de Java après ses études en métropole. D'immenses domaines,des collines entières sont consacrées au thé puis au quinquina. C'est cinquante ans de cette histoire que nous raconte Hella Haasse dans un récit fort documenté qui n'élude pas les difficultés d'adaptation,particulièrement celles des femmes pas toujours très bien considérées par leurs hommes d'affaires de maris .Les grossesses répétées par exemple et l'ennui de la vie en brousse conduiront la femme de Rudolf à la dépression la plus grave. Les relations avec les enfants baignent dans le rigorisme batave mais aussi dans le volontarisme et une certaine abnégation.Les riches descriptions de la nature de Java ne sont pas non plus le moindre attrait des Seigneurs du thé,mêlées de considérations économiques qui nous font un peu mieux comprendre l'aventure coloniale hollandaise,certes exotique mais aussi laborieuse.

                    L'Histoire ne repasse pas les plats.Il y a eu conquête et colonisation aux Indes Néerlandaises comme ailleurs.Madame Hella Haasse en parle mieux que personne,femme issue d'un milieu cultivé mais qui peut figurer à sa manière dans une anthologie parmi celles qui auront contribué à changer les choses et les idées.On semble la redécouvrir enfin,les Nobel l'avaient ratée.Nul besoin de colifichet honorifique,l'écrivaine H.H. est (h)immense et j'aurai le plaisir d'y revenir prochainement en compagnie de Valentyne La jument verte de Val  pour La source cachée.Notre lecture commune sera commentée fin août.Si cela vous tente...

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