17 janvier 2017

Ma BD de l'année, roots and blues

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                               Le Bison m'a coûté 17 euros avec sa chronique. Je ne lui en veux pas car ce road-movie dans le Sud américain années trente m'a presque comblé. Deux auteurs espagnols, Angux et Tamarit, brodent une belle variation sur la fameuse légende du bluesman Robert Johnson (1911-1938, 29 titres gravés en tout et pour tout) qui aurait vendu son âme au diable. Ce mythe, célébrissime chez les blues addicts, est si beau qu'on l'imprime (je vous refais pas le coup de John Ford, Liberty Valance, célébrissime chez les western addicts) dans sa mémoire comme un grand moment de l'histoire de la musique et de l'Amérique. Mais les deux auteurs démultiplient habilement ce fameux pacte avec le diable. Attention à n'en pas trop dire.

                              Avery et sa guitare, quelque part dans le Mississippi, après une curieuse rencontre que vous imaginez, se trouvent sur les routes avec Johnny, gamin qui lui a emprunté sa guitare. Sur ces mêmes routes couleur poussière et whisky (citation Le Bison) on essaie de sauter dans un train de marchandises, on croise des cavaliers avec un drap sur la tête et qui n'ont pas l'air de nous vouloir du bien, on voit aux branches des Strange Fruits comme le chantera Billie, on apprend l'alcool et la promiscuité. Mais surtout on apprend le Blues, majuscules s'il vous plait. Des surprises attendent le lecteur dans cette aventure on the road again que je vous laisse découvrir.

                             Et comme tout bon blues se doit de se fendre d'une note un peu plus criarde, voire fausse, surtout d'ailleurs quand c'est moi qui joue (là on parle de canards), je me fendrai aussi d'une légère frustration. Pas assez à mon gré de scènes musicales proprement dites. A propos de canards, dans Avery's Blues, les corbeaux sont très nombreux et très bien et très noirs, surtout sur Crossroad. Allez Le Bison, courage, voir plus bas si vraiment tu y tiens pour un massacre en règle, celui de Love in vain.

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24 mars 2016

Ma B.D. annuelle

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                               Ca m'a toqué mais ça me toque pas souvent. L'élue de cette année est  Darwin, tome 1, A bord du Beagle, scénario Christian Clot, dessin Fabio Bono. Le voyage du tout jeune Charles Darwin est une des grandes odyssées de l'humanité. Agé de 22 ans, celui qui va révolutionner la pensée n'a aucune expérience maritime. Le capitaine Fitz-Roy, jeune lui aussi, commande à bord du HMS Beagle. Nous sommes en 1831 à Plymouth et cette expédition de deux ans va en durer cinq, et elle va accessoirement changer le monde. Les deux hommes vont s'apprécier et Darwin qu'on imagine toujours à la barbe blanche de sage vieillard se révèle un jeune homme facétieux qui n'a pas été si brillant dans ses études et préférant de loin la chasse à l'université. Mais Charles Darwin a une  qualité, pas si fréquente. Il est curieux de tout et se passionne pour la nature. Vous connaissez la suite.

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                                 Ce bel album ne conte que les préparatifs du voyage et les premières investigations qui nous mènent, après bizutage en régle au passage de l'Equateur, à Salvador de Bahia. Les planches animalières sur la faune d'Amérique du Sud sont splendides et l'arrivée en Terre de Feu réserve des surprises. La campagne anglaise, le port, la vie à bord sont magistralement reconstituées. Peu connaisseur de ces publications, je trouve à cet ouvrage un classicisme et une pédagogie très réjouissants.J'espère lire le second tome bientôt.

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09 décembre 2014

B.D.Blues

Love in vain

                                           Je l'ai déjà dit, je lis peu de B.D. Mais celle-là pas question de la rater, vous pensez bien. J'ai mis longtemps avant de l'obtenir d'une petite librairie indé, j'ai patienté tant pour la libraire que pour moi, étant donné que j'ai presque renoncé à ces commandes d'un clic que je n'ai que trop utilisées. Mais quel bel album, tant le fond que la forme me ravissent. Mezzo et Dupont nous livrent un objet d'art d'une incroyable beauté plastique qui mérite de plaire bien au-delà des amateurs de blues et de l'histoire de Tin Pan Alley dont vous savez l'importance qu'elle a pour moi.

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                                               Robert Johnson (1911-1938) fut l'un des premiers météores de la musique américaine qui me préoccupe depuis toujours. Love in vain est le titre d'une de ses plus célèbres chansons (merci aux Stones et à Clapton).  Plongée en noir et blanc dans le Mississippi des années trente, les cadres très cinématographiques  nous jettent sur les routes souvent brutales de ce Sud aux accents à peine sortis de l'esclavage et de la sécession. Venez avec moi dans ces bastringues, ces juke joints, ces honky tonk témoins de la genèse de ces blues historiques qui en général n'ont rapporté que des horions et quelques cuites à leurs auteurs. Méfiez-vous, vous avez certainement entendu parler de certains carrefours, de ces Crossroads où le diable recrute des musiciens. Tous ces bluesmen, c'est sûr, ont peu à voir avec les anges du ciel même s'ils prennent souvent God à témoin. Robert Johnson à très peu enregistré. A défaut de Lucifer un mari jaloux lui aura probablement administré un bouillon de 11 heures à base de poisson-chat faisandé sorti d'un grigri bag des bayous, vous savez, ces délices cajuns à vous expédier ad patres.

                                               Gommeux, nanti de son costume rayé, Robert Johnson pique aux plus vieux que lui un riff ici, un arpège là, avant d'être lui-même pillé puis oublié jusqu'à ce que des gamins de la vieille Angleterre ne déterrent moralement son cadavre pour le porter aux nues. Jeu, alcool, cocaïne, coups et blessures, voies de fait sur les femmes, ces gars là étaient des voyous, mais capables de vous faire tutoyer les étoiles. Love in vain, l'album, est un incunable à peine sorti des presses. Quoi, vous n'êtes guère porté sur les douze mesures I-IV-V? Cet album est quand même pour vous, comme un doc historique, une passionnante virée dans l'Amérique encore rurale, souvent teigneuse et prompte à tresser une corde dès qu'il y a un bel arbre assez résistant.

 

                                                Une chose encore, quelques chansons ont leurs paroles et leur traduction transcrites à la fin du livre, chacune illustrée par une planche grand format. Dont Love in vain que je vous propose aussi. Somptueux.

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