12 mai 2016

La poésie du jeudi, Georges Rodenbach

Poésie du jeudi

L'aquarium est si bleuâtre, si lunaire

L'aquarium est si bleuâtre, si lunaire ;

Fenêtre d'infini, s'ouvrant sur quel jardin ?

Miroir d'éternité dont le ciel est le tain.

Jusqu'où s'approfondit cette eau visionnaire,

Et jusqu'à quel recul va-t-elle prolongeant

Son azur ventilé par des frissons d'argent ?

C'est comme une atmosphère en fleur de serre chaude ...

De temps en temps, dans le silence, l'eau se brode

Du passage d'un lent poisson entr'aperçu

Qui vient, oblique, part, se fond, devient fluide ;

Fusain vite effacé sur l'écran qui se vide,

Ebauche d'un dessin mort-né sur un tissu.

Car le poisson s'estompe, entre dans une brume,

Pâlit de plus en plus, devient presque posthume,

Traînant comme des avirons émaciés

Ses nageoires qui sont déjà tout incolores.

Départs sans nul sillage, avec peine épiés,

Comme celui des étoiles dans les aurores.

Quel charme amer ont les choses qui vont finir !

Et n'est-ce pas, ce lent poisson, une pensée

Dont notre âme s'était un moment nuancée

Et qui fuit et qui n'est déjà qu'un souvenir ?

Georges Rodenbach (1855-1898)

Georges_Rodenbach,_portrait

                                       L'univers du Belge Georges Rodenbach ne se limite pas au roman relativement célèbre, bien qu'assez peu lu finalement, Bruges la Morte. Lisant quelques-uns de ses textes j'ai aimé cet univers qu'il faut cependant déguster modérément. C'est que cet auteur, au moins dans de nombreux poèmes, fait preuve d'une grande sensibilité mais qui frise souvent le morbide. Homme de canaux et de brouilllards nordiques, de dimanches en sombre, de carillons un peu démoralisants, j'ai trouvé que certaines chansons de Brel partageaient cette mélancolie. Ami de Mallarmé et de Claude Monet, Georges Rodenbach a beaucoup vécu à Paris. Une appendicite l'emporta à 43 ans vers le Père-Lachaise.

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10 avril 2016

Le cinéma, c'est aussi ça

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affiche

                                Dans un cadre associatif un public nombreux a vu le très beau et très plausible My skinny sister, film suédois de Sanna Lenken. L'anorexie et plus généralement les troubles de l'adolescence y sont cernés magistralement à travers le regard de Stella, douze ans, admirative de sa grande soeur Katia, patineuse prometteuse, mais qui verse dans le refus et le déni, et file un coton bien inquiétant. Sanna Lenken, 37 ans, a vécu elle-même des moments un peu similaires et sait ce qu'elle filme. Les parents, maladroits, quels parents ne le sont pas, c'est Stella qui finit par mieux appréhender la question. C'est beaucoup grâce à elle que l'espoir renaît. J'ai rarement vu une telle acuité concernant les relations entre deux soeurs.

                               Débat intéressant et concret mené par médecins et psychologues avec excellente réception du public, tant il est vrai que ces pathologies universelles concernent tout un chacun. On a pu ainsi mesurer le désarroi et la détresse de certaines familles. On en sort un peu moins ignorant même si c'est souvent dans ses propres murs qu'on est le moins "observateur".

                               L'homme qui répare les femmes, proposé par les animateurs de Ciné-philo, est un beau document belge sur le Congo, ex Zaïre, ex Congo Belge, actuellement République Démocratique du Congo, appellation non contrôlée. Denis Mukwege est le chirurgien qui soigne les innombrables filles et femmes violées et mutilées par les multiples milices qui sévissent dans le pays. Le viol, arme de guerre et de destruction sociale, est une grande tradition de l'humanité. Prix Sakharov, le Dr. Mukwege est peut-être moins le héros de ce film que les femmes congolaises qui le soutiennent et ont exigé son retour au pays, devenues de vraies activistes de la paix. Le film de Thierry Michel est évidemment un témoignage majeur. Mais comme sont décevants ces débats où très vite apparaissent des condamnations très convenues où les responsables sont tout trouvés et où on finit par presque exonérer les culpabilités individuelles. Sans parler de certaines récupérations qui me mettent toujours très mal à l'aise. Et de cela il est très difficile de débattre.

                              

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19 juin 2015

On voyait les chevaux de la mer

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                               J'ai de très bons souvenirs de la ville d'Ostende qui nargue la Mer du Nord comme une chanson de Jacques Brel et traîne le désespoir du genre humain depuis la chanson Ferré et Caussimon. Sur cette côte flamande se retrouvent Stefan Zweig et Joseph Roth, les deux immenses et si différents écrivains autrichiens. D'autres intellectuels aussi avant leur partance goûtent les derniers feux de la belle saison avant la longue nuit. Il y a aussi Hermann Kesten, Egon Erwin Kisch, le dramaturge Ernst Toller, Arthur Koestler, tous écrivains ou journalistes juifs. Quelques femmes aussi dont l'écrivaine Irmgard Keun, seule aryenne, qui partage quelques mois la vie de Joseph Roth et son goût pour l'alcool. Tous plus tout à fait en villégiature et pas encore vraiment en fuite.

                               Ostende 1936 de Volker Weidermann, directeur littéraire du Franfurter Allgemeine Zeitung, croque ainsi quelques moments au bord du gouffre. Chacun à sa manière sait à peu près l'inéluctable et ils ont déjà pas mal erré, ces dégénérés, Zurich, la Côte d'Azur, Amsterdam, plus ou moins interdits de publication.  L'amitié de Zweig et Roth (photo), si dissemblables quoiqu'issus tous deux de l'Autriche-Hongrie, était assez explosive, l'un célèbre auteur de nouvelles raffinées, l'autre dans la dèche et la déprime et qui ne serait reconnu que bien après sa mort. Critiquant parfois vertement et réciproquement leurs oeuvres ils  s'appréciaient néanmoins, Zweig acceptant volontiers les conseils littéraires de Roth, celui-ci acceptant encore plus volontiers l'aide financière de Zweig.

Roth

                               En juillet 1936, tous ces réfugiés partageaient encore un apéritif sous le ciel de la mer du Nord. Koestler allait couvrirr la Guerre Civile Espagnole. Berlin allait avoir ses Dieux du Stade. Expression consacrée, l'Europe dansait sur un volcan. Thanatos planait déjà sur la côte belge, qui devait conduire au suicide Ernst Toller, à New York, Stefan Zweig et sa jeune femme Lotte Altmann, au Brésil. Alcoolisme terminal et déprime maximale firent de la mort à Paris de Joseph Roth plus qu'un simulacre de suicide. Ce court roman-vrai de Weidermann est très intéressant, une saison à la plage en compagnie de sces écrivains "massacrés" qui restent des hommes, Dieu merci, et non des icônes. J'aurais aimé peut-être quelques éléments biographiques d'accompagnement car si j'ai beaucoup lu Roth (La marche de Radetzky est un de mes chocs littéraires) et un peu Zweig pourtant plus connu (c'est vrai que le cinéma y est pour beaucoup), les autres figures importantes de ce livre demeurent assez ignorées en France. Dominique partage cet avis. Ostende 1936 - Voker Weidermann

 

 

                              

 

 

 

 

 

 

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26 juillet 2014

Le cinéma, mon vélo et moi/2/ L'héritage néoréaliste

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                                         Un cinéma à hauteur d'enfant, une filiation de De Sica aux Dardenne, un peu plus de soixante années séparent les deux films, le coeur commun, et le vélo-vecteur social et objet d'envie d'insertion. Deux films sans âge, sans grands mots. Taisons-nous. Rome, Liège.

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12 janvier 2014

Un livre, un film (énigme 81), la solution

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     Pan dans le mille. Ont visé au coeur du joli volatile Dasola, Pierrot Bâton, Celestine, Claudialucia, Aifelle.Qu'elles en soient félicitées. En 1908 le Belge Maurice Maeterlinck publia son conte théâtral L'Oiseau Bleu. Prix Nobel 1911, la référence aux insectes tient à sa passion pour l'entomologie, La vie des abeilles, La vie des fourmis, La vie des termites.

                                               Pour le cinéma il s'agit d'un film sorti en 76, assez peu diffusé et qui n'a pas très bonne réputation, l'avant-dernier du grand George Cukor (Sylvia Scarlett, Indiscrétions, Madame porte la culotte, Une étoile est née, Le milliardaire, My fair lady). Voir ci dessous. Merci à toutes.

 

                                  Par ailleurs, suite à certains commentaires ayant jugé cette édition un peu trop facile, j'ai l'intention de concocter pour le 25 janvier une énigme qui pourrait s'avérer plus difficile, dont je n'ai encore aucune idée, sur laquelle je ne dirai rien et n'en pense pas plus.

deux smileys

                                 Quoi qu'il en soit l'énigme Un livre, un film retrouve le 18 janvier ses parents légitimes Claudia et Wens.

 

 

 

 

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07 octobre 2013

Rudoiement belge

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                                           Présenté à l'époque comme un très grand écrivain souvent évoqué pour le Nobel,je n'avais jamais abordé Hugo Claus,nanti d'une oeuvre foisonnante et peu suspect de sympathies flandriennes. Drôle de bonhomme que Hugo Claus qui subit très jeune l'influence d'Antonin Artaud,du rude,qui laissera des traces chez ce touche à tout, poète, romancier, auteur de théâtre et même cinéaste. Roman tardif de Claus, Belladonna, dont je ne sais s'il est vraiment représentatif de l'univers de Claus,je pencherais pour l'affirmative, ne  m'a pas donné envie d'aller un peu plus loin.Même Le chagrin des Belges, semble-t-il son livre majeur,n'aura pas ma visite.

                                         J'étais pourtant un peu attiré par le thème de la comédie culturelle auquel je peux être sensible,ayant sur ces mêmes acteurs de la vie dite culturelle une opinion pour le moins mitigée. Snobisme et arrogance y étant souvent de mise avec une certaine démagogie parfois habilement déguisée, j'ai là dessus pas mal de recul. Claus, provocateur de longue date, anticlérical jusqu'au grotesque, et vitupérant le pouvoir flamand tout néeerlandophone qu'il écrive, est un féroce, parfois drôle mais pas assez souvent. Pas assez souvent pour m'intéresser vraiment. A trop meurtrir on me fatigue.

                                         Le monde où clabaudent les personnages de Belladonna ne souffre pas d'exceptions. Les politiciens flamands y sont corrompus ,les scénaristes ventrus et malhonnêtes, les femmes très "femelles", abjection à tous les étages avec un vieil acteur incontinent, cabots au sens propre et figuré pourvoyeurs d'étrons. "Salut à toi,Dame Bêtise,toi dont le règne est méconnu.Salut à toi,Dame Bêtise,mais dis-le moi,comment fais-tu?" chantait un autre Belge guère plus flamandophile et né quatre jours avant Claus. Hugo Claus fut en 2008 la première célébrité  belge à choisir le départ volontaire assisté. L'autre grand Belge natif d'avril 29, lui,qui chantait à la Mort "J'arrive,bien sûr j'arrive,n'ai-je jamais rien fait d'autre qu'arriver" était parti depuis 30 ans déjà.

Jacques Brel - L'air de la bêtise - Paroles (Lyrics)

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07 mars 2011

Exquis canaux létaux

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          On dit souvent qu'il y a quelque chose de surréaliste au royaume de Belgique.Et ce n'est pas Bons baisers de Bruges,le curieux premier film de Martin McDonagh qui va contredire cet adage.Soit deux tueurs plutôt irlandais dans la superbe Venise du Nord,magnifique d'art flamand et de rues-musées.Mais Bruges,comme Florence,peut provoquer un peu d'étourdissement,une sorte d'ennui aussi.Oh,d'ennui très poli entres vieilles Anglaises et Japonais mitraillant,mais d'ennui tout de même.C'est le cas du plus jeune des tueurs car le plus âgé,lui,ne se déplaît pas et sympathise avec l'habitant.Colin Farrell et Brendan Gleeson sont parfaits,apportant l'un son côté nerveux et dépressif à se jeter dans le si beau canal,l'autre massif et placide comme un préretraité du meurtre rémunéré.Leurs pérégrinations leur font croiser entre autres une dealeuse de tendresse et autres substances,un nain cabotin,une logeuse qui ne s'en laisse pas compter.

    Mais voilà leur boss,le glacial Ralph Fiennes toujours impeccable,demande à l'un d'éliminer l'autre,avant de traverser lui-même la Mer du Nord comme un terrain vague comme disait quelqu'un qui a pas mal chanté Bruges et Gand et Bruxelles.S'ensuit une course poursuite où le taux de morbidité des personnages principaux sera très élevé sans que leur amitié ne soit vraiment mise en cause.Nous sommes là dans le "professionnel" sérieux et pourtant presque burlesque, nonsensique à l'anglaise parfois.J'oserai dire que In Bruges m'a parfois rappelé les meilleures comédies policières des mythiques studios Ealing.Sous les pavés... les gages (des tueurs).Soyez prudents cependant en montant au beffroi et ne fréquentez guère les nains parfois maléfiques.On le sait depuis Fritz Lang et Les Nibelungen.

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