06 décembre 2019

L'autre cinéma

petite

                              Bel accueil lors de nos séances cinéphiles pour ce film coréen complètement en marge et très loin de l'univers souvent urbain et violent du cinéma de là-bas. Petite forêt est un film de Yim Soon-rye, réalisatrice dont c'est le premier film sorti en France. Une sorte de retour à la nature pour Hye-won, vingt ans, déçue de la grande ville qui revient au village où vit sa mère veuve qui n'est plus là pour l'accueillir, partie vivre d'autres expériences. Passée la surprise Hye-won retrouve un garçon et une fille, ses amis d'enfance. Le gentil triangle amoureux n'est qu'anecdotique dans cette histoire simple et plutôt bucolique sans mièvrerie. C'est possible

                              On pense bien sûr aux Délices de Tokyo mais très vite on est attiré par ces gestes du quotidien de la campagne dans laquelle le cinéma ne nous immerge pas  si souvent. Les scènes de cuisine sont un régal pour les yeux et les fruits et légumes colorés et appétissants sont des acteurs à part entière. Mais le message écolo est tout en finesse, rien n'est asséné dans Petite forêt. C'est aussi un film où les femmes, Hye-won, sa mère, son amie, ont un rôle très fort. Tout cela sans jamais se départir d'un sourire dont on n'a guère l'habitude. Un joli dépaysement.

affiche folle nuit

                            Le public, moins nombreux que pour le film précédent, a aimé ce film qui ne prendra qu'une heure et dix-sept minutes de votre temps. Une concision bienvenue pour moi qui souffre souvent du délayage en 120 minutes de la moindre comédie déjà balourde sur 1h20. Tout premier film de la réalisatrice russe Anja Kreis Folle nuit russe nous emmène à Ivanovo, au nord-est de Moscou, à l'aube de l'an 2000. Eltsine va passer le flambeau à Poutine. Mais Ivanovo est une ville sinistrée du textile et conjugue toutes les tares de la charnière du siècle. Rien ne manque, mafia, crise économique, trafics, alcoolisme, et Tchétchénie, ceux qui y sont restés et ceux qui reviennent, mal.

                            Plusieurs histoires se mêlent et se rejoignent et nous passons douze heures de cette Folle nuit russe avec sept ou huit personnages. Un soldat retour du front. La compagne de son frère mort qui se jette à son cou. Deux femmes témoins de Jehovah éconduites. Un clochard invité pas très finaud. Ces gens se croisent en rêvant de l'Ouest,pas tous, et en buvant de la mauvaise vodka. Un fusil fait la liaison, dangereuse. L'URSS n'est plus mais, malgré un humour noir et désespéré, la Russie d'Ivanovo n'incite guère à la sérénité.

Affiche Bacurau

                           Le grand baroque brésilien est de retour avec Bacurau, prix du Jury à Cannes, dans lequel Kleber Mendonça Filho et Juliano Dornelles donnent libre cours à leur cinéphilie pour le cinéma dit de genre. Tour à tour film politique, western italianisant, science-fiction digne d'Ed Wood, explosion gore, charge anti-yankee quasi inhérente au cahier des charges du cinéma d'Amérique Latine. N'y manque même pas une allusion à Guevara. Somme toute assez réjouissant, pas sérieux, n'oubliant ni le côté BD ni le jeu vidéo si en cour actuellement, Bacurau tient finalement de la pochade,ce qui n'est pas plus mal, et a été dans l'ensemble plutôt bien reçu.

                           Nettement moins fort qu'Aquarius le précédent film de Mendonça mais je crois savoir qu'au moins deux personnes ont trouvé le film formidable, les deux réalisateurs eux-mêmes qui se sont visiblement bien amusés. Et puis c'est très moral, imparable, 800 emplois ont été créés pour le film. Dont acte. Bon, si par hasard un vieux DVD du film Antonio das Mortes (1969) passait par là n'hésitez pas.

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05 novembre 2016

Griffonnés vite fait en salles obscures...

... quelques notes, quelques films, quelques impressions fugitives qui n'engagent que moi.

AFFICHE_TOUT_VA_BIEN   Film chilien d'Alejandro Fernandez Almendras. Relatant un fait divers récent mettant en cause un fils de sénateur et un accident mortel lors d'une virée branchée, Tout va bien a séduit plus par sa construction nerveuse, son utilisation habile des SMS etc..., et sa vision du drame volontairement partielle et partiale du côté puissant, que par le thème hyperbalisé si bien écrit par le grand cinéaste et moraliste Jean de la Fontaine, "Selon que vous serez puissant ou misérable...". Mais encore une fois la quasi-virtualisation de l'intrigue est assez impressionnante.

images  Le newyorkais Ira Sachs revient sur la crise  du logement et la gentryfication de sa ville dans Brooklyn village au titre woodyallenien assez trompeur. Le film est bien amené sur deux adolescents amis, fils respectivement du propriétaire et de la locataire d'une boutique d'étoffes, latino. La relation entre les deux teen-agers aura du mal à résister aux tiraillements sociaux. Emouvant et pas du tout simpliste ni démago comme c'est si souvent le cas. Fraîcheur et modestie pour un joli portrait de quartier avec avenir incertain.

d587c6_a3672171020a48f59e5caf89a32f6f20~mv2_jpg_srz_795_1080_85_22_0_50_1_20_0 Que voilà un film fort, sérieux et souvent enjoué, une dynamite de volonté et de vie, le plus intéressant de ma quinzaine. Recife, Brésil, Clara, une femme mûre, reste seule, dans son immeuble, l'Aquarius, jadis haut de gamme, en voie de délabrement cause spéculation immobilière (air connu, voir le film précédent). On vit vraiment les émotions de Clara, ses relations avec ses trois enfants, sa mamectomie, ses frustrations sexuelles, ses souvenirs de critique musicale, son combat contre l'expropriation qui la guette. Sonia Braga, icône du cinéma brésilien, habite le film sans faille malgré une durée limite de 2h20. Un fulgurant flashback érotique m'a semblé très beau dans son audace. Mais Kleber Mendonça Filho sait aussi instiller dans Aquarius des touches d'humour, les copines sexagénaires se la jouant cougar, ou une ambiance nocturne quasi fantastique. Captivant et intelligent. On en sort un peu plus savant sur le Brésil, ce géant fragile.

L+ODYSSEE+3 Jérôme Salle explore trente années de la vie de Cousteau en naviguant à vue entre l'hagiographie et la destruction du mythe. Le film n'est ni l'un ni l'autre, un peu étonnant lors de la "conversion" tardive et pas trop innocente du patron à l'écologie. Si les rapports avec son fils Philippe paraissent assez justes (Lambert Wilson assez crédible en commandant vieillissant, Pierre Niney remarquable) on ne croit guère à Audrey Tautou en épouse alcoolique. Reste un beau voyage pour un film estimable car la tache n'était pas facile. On sait les traquenards des biopics.

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14 septembre 2016

La fin du voyage

 AFFICHE

                                Jolie rentrée ciné sous le signe de la littérature avec Stefan Zweig Adieu l'Europe et une audience très satisfaisante pour ce film de l'Allemande Maria Schrader. Encourageant. L'ami Princecranoir en parle très bien, ce qui n'est pas pour me surprendre. Stefan ZWEIG, adieu l'EUROPE

                                Pas question ici d'un biopic de 3h30 sur le poète essayiste biographe romancier et c'est tant mieux, ce genre de films étant indigeste. C'est le thème de l'exil doublé d'une interrogation sur l'engagement de l'intellectuel, terme d'ailleurs récusé par Zweig, qui intéresse la réalisatrice. De 36 à 42 six épisodes de la vie de Zweig et de son épouse Lotte, allant d'un premier accueil sud-américain où le PEN CLUB souhaite un engagement plus clair quant à l'Allemagne jusqu'à la tragédie de Petropolis, Brésil, deux corps sans vie découverts par la caméra presque subrepticement, reflet dans la glace d'une armoire.

                               Zweig est une icône, une star des médias de l'époque. On le veut partout sur ce continent sud-américain. Lui, qui a déjà beaucoup voyagé en Europe et en Asie, a posé ses valises à Londres avant d'aller plus loin. Mais, sollicité de toutes parts, l'homme Zweig est fatigué, déprimé malgré la présence de Lotte et l'amitié jamais démentie de sa première épouse Fritzi. Le désespoir, les pulsions suicidaires qui ont parcouru tant de ses nouvelles rôdent. La mort était souvent viennoise dans cette belle littérature de la Mitteleuropa.Il est juste de dire que le Zweig qui arrive dans le Nouveau Monde est déjà une victime du conflit imminent, d'où le très beau titre français Adieu l'Europe car cette Europe qui fut celle de ce grand Paneuropéen, cette Europe est en voie de disparition. Son autobiographie, publiée après sa mort, s'appellera d'ailleurs Le monde d'hier.

                              Ces années sud-américaines, malgré son enthousiasme un brin exagéré pour le Brésil, terre d'avenir, ne lui apporteront pas la sérénité. Les critiques pour sa relative tiédeur, si faciles, les critiques, les multiples engagements mi littéraires mi mondains l'usent, New York, qui espère un moment l'accueillir, se révèle irritante et conformiste. Que sont ses amis devenus? L'espoir un instant caressé d'une guérison du monde, ponctué de ses innombrables lettres et interventions, n'empêchera pas l'inéluctable.

CinéQuai

                            Stefan Zweig Adieu l'Europe est un film magnifique, nanti de deux plans-séquences, prologue et épilogues, d'une  fluidité superbe. Et l'acteur autrichien Josef Hader impressionne par sa retenue, ses silences et ses regards. Comme ça peut être beau le cinéma. J'étais vraiment heureux, ce soir là, d'avoir pu aider à voir ce film. Tout autant je crois que les spectateurs qui ont largement témoigné de leur enthousiasme. Nous avons dans notre ville beaucoup de chance quant à la programmation. J'en remercie, avec d'autres, les responsables du CinéQuai.

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17 décembre 2014

Barocco

Sorentino

                                      J'ai lu sur ce roman des critiques très favorables et je les trouve exagérées. Mais c'est un roman foisonnant qui recèle des moments vraiment excellents. Tony Pagoda, crooner napolitain plus de toute première fraîcheur, traîne son ennui chronique malgré le succès. Le succès, bon, c'est pas Sinatra non plus. Son couple en est à l'heure zéro, multicocaïné Tony ne rebondit plus guère, sex addict doucement en voie de garage, le latin lover sur le retour file un mauvais coton. Lire tout ça n'est pas le plus intéressant du livre. Mais Ils ont tous raison se sauve par une rage, une rage vacharde d'humour, une férocité qui apparaissait déjà chez le Sorrentino cinéaste de La grande bellezza, cette oeuvre protéiforme et comme enfantée par Fellini et Moretti.

                                      Tony Pagoda finit par jeter l'éponge et se retrouve au Brésil où il vivra dix-huit ans, en ce pays de démesure. Manaus, Amazonie, capitale mondiale du cafard mais alors du cafard XXL, du cafard de prestige, du cafard de très haute volée. Quand il raconte ses démêlés avec l'insecte géant, on le sent admiratif, le Tony. Et puis c'est un sacré conteur, le gars, une rencontre avec Sinatra qui tourne court entre deux plus qu'éméchés, une extraordinaire scène à l'opéra de la jungle, digne du Fitzcarraldo de Werner Herzog, une bagarre homérique dans un bouge d'une favela, le comble du snobisme pour un monstre sacré de l'art lyrique dont il fait la connaissance. Tout ça sur fond d'overdose tant sexe que drogue à tel point que j'ai un peu une overdose d'overdoses. Lassant.

                                      Sur le plan littéraire quelques trouvailles "Un jour, on n'est plus que le lumignon de soi-même". Quelle clairvoyance. Tony s'égare parfois dans les confidences qu'il nous fait, sur sa famille et ses amis musiciens. Hilarantes les relations entre un cousin avocat plus qu'obèse et bourré d'angoisses et son beau-frère magistrat proche du nabot et bourré, lui, de complexes. Paolo Sorrentino et sa créature Tony Pagoda ont de la famille à l'italienne une conception très particulière.  Alors, vieux cinéphiles que nous sommes, on pense aux Monstres, à Affreux, sales et méchants, à ces films délicieux et arbitraires, géniaux et dérisoires, si proches malgré les Alpes qui n'ont jamais empêché chez moi une italianité qui revendique le droit, aussi, au mauvais goût, et un soupçon de misanthropie, moins cependant que dans l'extrait suivant:

                                     "Tout ce que je ne supporte pas a un nom.(...) Je ne supporte pas les joueurs de billard, les indécis, les non-fumeurs, les imbéciles heureux qui te répondent "pas de souci", les snobinards qui pratiquent l'imparfait du subjonctif, ceux qui trouvent tout "craquant", "trop chou" ou "juste énorme", ceux qui répètent "c'est clair" pour mieux t'embrouiller (...), les fils à papa, les fils de famille, les enfants de la balle, les enfants des autres (...), les tragiques, les nonchalants, les insécures (...), les gagnants, les avares, les geignards et tous ceux qui lient facilement connaissance (...).Je ne supporte rien ni personne. Ni moi. Surtout pas moi. Je ne supporte qu'une chose.La nuance."

                                       Quant à Tony Pagoda, finira-t-il par se laisser convaincre d'un retour au pays natal,ça le mènerait vers une Italie où les monstres et les histrions sont bien plus dangereux que ceux des films de Dino Risi? E pericoloso..., et ça, le Napolitain Paolo Sorrentino le sait mieux que quiconque.

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14 mai 2011

Ma vie sans...Jokerman

caetano

http://youtu.be/hgaSNPhQ9vo  Jokerman  Caetano Veloso

          Pour une fois une grande voix brésilienne,je les oublie un peu trop souvent,pour illustrer l'influence de Dylan.Caetano Veloso qui connut les geôles du pays a assez vite pris du champ avec la bossa nova brésilianissime pour un courant vaguement nommé tropicaliste où il intégra les racines africaines du Brésil,la langue espagnole,peu en cour on s'en doute,et une vraie passion pour le rock des phares, Beatles, Dylan,Stevie Wonder.Cette attitude musicale ne lui valut pas que des amis au Brésil qui comme ailleurs est parfois frileux.J'adore cette version de Jokerman très vive et que steels,percussions,violoncelle amalgament parfaitement.Cela m'incite en outre à voir de plus près la disco de Caetano Veloso.La Toile a parfois du bon.

            Extrait de l'album Infidels,1983,le titre est impossible à traduire puisqu'il s'agit d'un mot qui mot qui n'existe pas en anglais, formé sur le modèle de "Loverman", influence de la musique noire américaine. Comme souvent chez Dylan beaucoup de références bibliques dans cette chanson,pas forcément très claires au mécréant que je suis.Cela n'a que peu d'importance.Un titre très ancien comme Subterranean homesick blues m'avait déjà emballé en 1965.Je n'y ai toujours rien compris.

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