23 février 2017

La poésie du jeudi, François-René de Châteaubriand

 Poésie du jeudi

La forêt

Forêt silencieuse, aimable solitude,
Que j’aime à parcourir votre ombrage ignoré !
Dans vos sombres détours, en rêvant égaré,
J’éprouve un sentiment libre d’inquiétude !
Prestiges de mon cœur ! je crois voir s’exhaler
Des arbres, des gazons une douce tristesse :
Cette onde que j’entends murmure avec mollesse,
Et dans le fond des bois semble encor m’appeler.
Oh ! que ne puis-je, heureux, passer ma vie entière
Ici, loin des humains !… Au bruit de ces ruisseaux,
Sur un tapis de fleurs, sur l’herbe printanière,
Qu’ignoré je sommeille à l’ombre des ormeaux !

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Tout parle, tout me plaît sous ces voûtes tranquilles ;
Ces genêts, ornements d’un sauvage réduit,
Ce chèvrefeuille atteint d’un vent léger qui fuit,
Balancent tour à tour leurs guirlandes mobiles.
Forêts, dans vos abris gardez mes vœux offerts !
A quel amant jamais serez-vous aussi chères ?
D’autres vous rediront des amours étrangères ;
Moi de vos charmes seuls j’entretiens les déserts.

François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature

                                J'ai eu envie de relire un peu le Vicomte. Certes ses forêts sont plus bretonnes que valoises mais j'aime à m'y retrouver parfois. Ou à m'y perdre. Merci à Asphodèle pour tout, et plus encore. Par exemple pour m'avoir fait découvrir un autre poète, contemporain, François Cheng, ce vieux monsieur plein de jouvence, dont je ne résiste pas à vous faire découvrir quelques lignes sur la beauté des choses.

Quand la beauté t'habite

Comment l'assumes-tu?

L'arbre assume le printemps

Et la mer le couchant

Toi, comment assumes-tu

La beauté qui te hante?

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09 janvier 2014

La poésie du jeudi, François-René de Chateaubriand

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Les adieux

Le temps m’appelle : il faut finir ces vers.

A ce penser défaillit mon courage.

Je vous salue, ô vallons que je perds !

Ecoutez-moi : c’est mon dernier hommage.

Loin, loin d’ici, sur la terre égaré,

Je vais traîner une importune vie ;

Mais quelque part que j’habite ignoré,

Ne craignez point qu’un ami vous oublie.

Oui, j’aimerai ce rivage enchanteur,

Ces monts déserts qui remplissaient mon coeur

Et de silence et de mélancolie ;

Surtout ces bois chers à ma rêverie,

Où je voyais, de buisson en buisson,

Voler sans bruit un couple solitaire,

Dont j’entendais, sous l’orme héréditaire,

Seul, attendri, la dernière chanson.

Simples oiseaux, retiendrez-vous la mienne ?

Parmi ces bois, ah ! qu’il vous en souvienne.

En te quittant je chante tes attraits,

Bord adoré ! De ton maître fidèle

Si les talents égalaient les regrets,

Ces derniers vers n’auraient point de modèle.

Mais aux pinceaux de la nature épris,

La gloire échappe et n’en est point le prix.

Ma muse est simple, et rougissante et nue ;

Je dois mourir ainsi que l’humble fleur

Qui passe à l’ombre, et seulement connue

De ces ruisseaux qui faisaient son bonheur.

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 François-René de Chateaubriand, Tableaux de la nature

                                

                                          Personnellement la période des fêtes est très loin de m'euphoriser et m'a plutôt donné envie de relire quelques lignes de ce pionnier d'un certain romantisme, qui avait encore un pied dans le Siècle des Lumières.

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