19 octobre 2008

Trois visages d'Italie

trois_frer

  .Italie du Sud,1980,trois frères qui se sont perdus de vue ou presque ,se retrouvent pour les obsèques de leur mère. Raffaele est juge à Rome.Rocco éducateur à Naples.Nicola ouvrier à Turin.Le Nord industriel,la capitale administrative,le Sud déshérité.Toute notre Italie.J'aime beaucoup Tre fratelli,une oeuvre majeure à mon avis dans la filmo de Rosi,qui a su mêler émotion et intelligence,la première ayant peut-être manqué à Francesco Rosi pour devenir populaire au lieu d'être seulement respecté,ce qui n'est déjà pas si mal.Le père,marmoréen et impressionnant Charles Vanel,accueille dans sa maison à la campagne ses trois fils,si différents et qui n'ont plus grand-chose en commun.Pas sûr d'ailleurs car petit à petit en ce temps rétréci,quelques jours,ils vont se retrouver partiellement, presque subrepticement.Une différence d'âge assez importante et des vocations très diverses les ont éloignés.Pourtant Rafaele,Rocco et Nicola sont bien frères,bercés chacun d'étranges inquiétudes,tous trois proches de Francesco Rosi,qui en parle très bien dans le document joint à ce beau coffret DVD.

   Les dialogues,sages et réfléchis,en disent long sur l'éternelle déliquescence italienne,qui n'en finit pas de renaître de ses cendres.Les Brigades Rouges,la lutte des classes,la délinquance sont au coeur du dossier car Rosi est l'un des rares réalisateurs à savoir vraiment parler de la justice.Nanti de quelques retours en arrière et d'un zeste d'onirisme,Trois frères touche au coeur du spectateur, l'humanité héritée du lointain Néoréalisme baignant le film et lui conférant une sorte de légitimité pour qui s'intéresse à l'histoire de l'Italie.Et comme il me semble impossible de séparer les deux termes cinéma et Italie...

   Le juge,Philippe Noiret,renvoie à peu près dos à dos les violences,sans circonstances atténuantes au terrorisme. L'éducateur, Vittorio Mezzogiorno,excellent acteur tôt disparu,doux et grave dans sa naîveté et l'ouvrier instable et divorcé,Michele Placido,complètent la fratrie dont je ne peux que vous inviter à faire la connaissance. Dans ce coffret baptisé Civilita contadina incivilita urbana nous reparlerons bientôt d'Oublier Palerme et de Le Christ s'est arrêté à Eboli,à mon sens le plus beau film de Francesco Rosi.L'ami Ed, lui, vient de nous parler,très bien,de Lucky Luciano.

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15 octobre 2008

Oublier Barcelona

   VickyCristinaBarcelonaG   Je sors de Vicky Cristina Barcelona.c'est un bon film.D'ailleurs je ne connais pas de mauvais film de Woody Allen et je les ai tous vus,sauf Scoop..Mes préférés je les ai même vus trois fois.Dans ce dernier opus le marivaudage catalan est délicieux et les acteurs excellents. Musicalement fort bien illustrée cette love story vaguement,très vaguement julesetjimienne se laisse voir sans ennui.Le tourisme à Barcelone a l'air sympa et comme souvent sauf pour les prolos du port du Rêve de Cassandre chez Woody pas de problèmes du quotidien,du moins financièrement.Le milieu est branché,bohême,peintre exécrable mais vivace et pas trop tourmenté,ex-femme virago noire de cheveux et caricature,deux jeunes Américaines bien différentes.Les ingrédients sont là.Pas mal,seulement voilà.

    Seulement voilà.Moi,je n'étais pas là.Moi j'étais resté à Manhattan,européen que je suis car New York m'est infiniment plus européenne que Barcelone.J'ai eu envie qu'on me rende,en même temps que mes trente ans,mon psychanalyste,mon Delicatessen,les cinémas où passent Bergman et Dovjenko,Gerschwin et Danny Rose,le soeurs fâchées et les artistes ratés,mon hypocondrie et Central Park en automne.Pour moi oublier Barcelone est facile avec ce qui suit.

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21 septembre 2008

La splendeur dans l'herbe

      Dire qu'on a donné comme titre français à ce magnifique film d'Elia Kazan le platounet La fièvre dans le  sang.C'est indécent.Le film est superbe mais aujourd'hui je n'ai pas envie d'en écrire plus. Simplement dire ma tristesse de ne plus lire Neil ni Karamzin(A la poursuite du vent).Je leur dédie le silence momentané de ce blog et les mots magiques du grand poète anglais.Peu de choses sont aussi belles.

Bien que rien ne puisse ramener l'heure de la splendeur dans l'herbe, de la gloire dans la fleur, nous ne nous plaindrons pas, mais trouverons notre force dans ce qui nous est laissé.
William Wordsworth, Intimations of immortality from recollections of early childood

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14 août 2008

Poe,puits,pendule

    Roger Corman,pape de ce que les cinéphiles appellent parfois la Série B,a adapté plusieurs fois Edgar Allan Poe.Ayant lu Le puits et le pendule il y a ... années je ne parlerai pas de fidélité ou de trahison,je n'en sais rien.A mon avis l'ami Fantasio doit savoir, lui.Mais j'ai eu un petit plaisir à regarder La chambre des tortures, titre français de deuxième main, semble-t-il.Une diligence refuse d'emmener son voyageur plus loin vers la falaise de cette côte espagnole. On aura reconnu une scène copiée sur Nosferatu. Empressons-nous d'ajouter que l'on ne vole pas dans les mêmes cieux du Septième.Mais pourquoi pas?

   Corman,qui a tourné certains films en quatre jours,a soigné celui-ci et bénéficié d'un scénario de Richard Matheson,le génial auteur de L'homme qui rétrécit et Je suis une légende.Nous sommes là dans l'illustration correcte avec des flash-back plus ou moins noir et blanc,enfin vaporeux,et quelques plans sur la mer agitée.Puis une contre-plongée sur le manoir en haut de la falaise.Vincent Price le complice est trop grimaçant et l'Inquisition n'est que fort peu abordée.Essaierai-je de voir Le corbeau,L'enterré vivant et La chute de la Maison Usher,des sus-nommés Corman,Poe,Matheson?Et si je retrouvais mon poche Histoires extraordinaires?

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31 juillet 2008

Une bonne notte

        Aorès La nuit une légère déception car je préfère les deux autres volets de cette fameuse trilogie de l'incommunicabilité antonionienne.Je ne suis plus très sûr d'avoir d'ailleurs vu le film en entier avant ce jour.J'avais surtout souvenance de la soirée mondaine et de ces personnages en noir et blanc,vaguement erratiques,souvent filmés en plongée comme en un ballet drôlatique et d'une totale vacuité.La nuit reste un film remarquable et il arrive même que l'émotion affleure,notamment la scène de de l'hôpital et de l'ami si malade du couple Mastroianni-Moreau.Pourtant il me paraît que La nuit se présente davantage comme une suite de vignettes existentialistes un peu artificiellement enchaînées en 24 heures d'un récitatif minimaliste:l'hôpital,le cocktail à la maison d'édition,la soirée,la rencontre avec Monica Vitti,jeune fille de la maison et peut-être symbole d'une liberté tonique que Giovanni(Mastroianni), écrivain,comme par hasard dans le monde hyperintellectualisé du cinéaste Antonioni de ces années soixante,a perdue depuis longtemps.

   La balade nocturne de Jeanne Moreau dans Milan ne me convainc pas vraiment.Je lui préfère l'île close ou presque de L'Avventura et pourtant La nuit est souvent préférée de peu à ce dernier et à L'éclipse.Je crois que c'est dû à Marcello Mastroianni,tout en retenue,si loin du matin lover,intellectuel encore jeune et fatigué,un des plus grands acteurs du siècle.Calme et mortifié il sait donner à ce ce cinéma de Milan,ennemi intime du cinéma de Rome,si charnel, l'étincelle de génie qui fait de La nuit un très grand film,malgré mes préférences.Je sais que l'on a le droit de penser qu'Antonioni se regarde filmer. Mais,imperturbablement, j'aime tant ce narcissisme que je comprends mal l'enfermement dans lequel on réduit souvent le grand Ferrarais.On peut retrouver dans Cinéma d'Italie plusieurs autres notes sur Antonioni,ce grand monsieur qui m'a fait aimer,beaucoup,bourgeois et blasés qui ont bien le droit d'être malheureux.

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24 juillet 2008

Risi le montreur de monstres

     En 71 quand Dino Risi,récemment décédé,signe Au nom du peuple italien,la comédie italienne, justement,  a cessé de plaire vraiment. Ainsi vont modes et courants au cinéma comme ailleurs. On y trouve bien encore le duo de comédiens,Gassman histrion et Tognazzi sur la réserve mais ce sont un peu les derniers feux de ce genre typiquement italien.Quelquefois cela a pu être le contraire dans les castings, les cinq magnifiques comédiens transalpins s'étant combinés de de toutes les façons.Le sujet en est la corruption dans l'immobilier,les louches acquaintances,les dérives populistes.Ce thème est proche du cinéma de Francesco Rosi mais il est bien dans la manière de Dino Risi.Car avec le personnage d'entrepreneur joué par Gassman on tient vraiment un de ces monstres de la comédie italienne. Hableur, baratineur, corrompu, peut-être meurtrier,et pourtant comme tous ces héros de Risi,Germi,Monicelli et consorts on ne peut s'empêcher de l'aimer et de le trouver sympathique.En contrepartie le procureur, parangon de vertu interprété par Tognazzi nous ennuie un peu avec sa mobylette et son honnêteté.C'est ainsi que vont les choses:il arrive que de braves types nous cassent les pieds et certains escrocs sont parfois bien séduisants.

      Dino Risi n'a jamais eu la main trop légère et tout son cinéma s'en ressent.Pourtant le déferlement des tifosi dans Rome à la fin du film,après le match Italie-Angleterre,n'est rien moins que prémonitoire.On a beau dire on ne dira jamais assez de mal des supporters.Scène hilarante aussi que la première convocation de Gassman dans les bureaux minables et surchargés de Tognazzi(misère de la Justice dont le Palais s'effrite) quand le premier apparaît en costume de centurion.Clin d'oeil à la Rome décadente?J'ai dit mille fois la grandeur du cinéma italien.Tiens ça fait mille et une fois.

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18 juillet 2008

Le cinéma du New Deal et de Roosevelt

    Le toujours excellent et discret Cinéma de minuit sur France 3 a l'idée très originale de nous présenter quelques films qu'il n'est pas exagéré de qualifier de propagande.Casablanca et Le port de l'angoisse figurent au programme.Mais aussi,plus rares,quelques films peu connus comme ce Wild boys of the road du grand William A.Wellman que l'on commence à redécouvrir.( voir L'attractif traquenard tracassant de Track of the cat - ).Datant de 1933,tourné sans aucun acteur connu, ce film très peu distribué en France à mon avis n'est pas le meilleur de Wellman mais se révèle fort intéressant historiquement.Replaçons nous dans le contexte de la crise des années trente en Amérique,si bien évoquée par Steinbeck, Algren, Edward Anderson,ceci pour la littérature. Au cinéma Frank Capra bien sûr l'évoqua à sa manière,parfois un peu angélique mais si émouvante.

    Ne durant que 75 minutes Wild boys of the road est la simple histoire de trois adolescents victimes de la conjoncture qui jeta sur les routes non seulement les oakies bien connus des Raisins de la colère mais aussi des milliers de braves gosses qui sillonnèrent le pays en quête d'emploi et de survie.Les passages les plus intéressants sont évidemment les aventures ferroviaires de ces clandestins,ceci traité comme un livre d'images assez sages et édifiant.J'ai parlé de propagande et c'est bien cela,presque un film officiel.Mais un film officiel sympa dans toute sa naïveté où l'on peut finalement faire confiance aux institutions et au happy end inévitable.A voir comme on feuillette un vieil illustré retrouvé dans un grenier qu'auraient lu mes grands-parents ou vos arrière-grands-parents.

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15 juillet 2008

Le souffle un peu court

              Il faut bien l'admettre, oui,le souffle des deux frères s'est singulièrement affadi depuis bien des années. Et ce Kaos II(Tu ridi) n'enthousiasme guère comparé au premier opus,une perle de pirandellisme cinématographique où le génie du grand dramaturge s'amalgamait si bien de la mise en scène si profonde des Taviani.Deux nouvelles donc de Pirandello:Tu ris et Deux enlèvements que les Taviani réalisent correctement mais sans la flamme de Kaos,contes siciliens.Dans le premier un ancien baryton devenu comptable au Teatro dell'Opera mène une vie besogneuse. Mais la nuit...il rit,rêves enfuis,souvenirs de gloire,le jour il ne sait plus ce qu'a été sa nuit.Sur cette trame étroite on suit la calme dérive vers une folie plutôt douce,voire un comportement suicidaire.J'ai quand même peiné à ressentir l'émotion qui par contre m'étreint chaque fois que je revois les meilleurs films des frères Taviani.Je les ai vus plusieurs fois pour les plus grands et leur richesse m'enthousiasme encore.

     Ca s'arrange un peu avec  le deuxième conte.Un jeune garçon est enlevé en Sicile là même où un siècle avant une autre séquestration a eu lieu.Alternant passé et présent l'inspiration revient en partie surtout dans l'exploration visuelle de la Sicile du siècle dernier.(par siècle dernier chez moi entendre le XIXe).Une part de mystère demeure et c'est bien ainsi dans ce rapt crapuleux qui semble très différent de l'enlèvement plus récent.Pourtant le monde de Pirandello et des Taviani recèle en fait une grande violence et on peut voir dans ces deux tragédies l'analyse de la déshumanisation de cette société sicilienne où perce encore l'archaïsme.Kaos II,film somme toute assez cérébral et distant souffre de cette pâleur mais mérite qu'on s'y attache,plus personne en effet ne semblant s'intéresser à ces cinéastes.

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22 juin 2008

Crocodile dandy

Le Caïman

             Très intéressé par les films de Nanni Moretti je n'avais pas vu  Le caïman à sa sortie il y a deux ans,craignant que Moretti n'aie donné dans le pamphlet un peu démago contre un super démago.Je considère que Le caïman,loin d'être sans intérêt,est pourtant infiniment moins personnel que la plupart des films du cinéaste.Et surtout ce film,à force d'osciller entre la charge anti Berlusconi et la crise du couple chez Bruno Bonomo,finit par se prendre les pieds dans le tapis.Si l'on comprend bien les difficultés du cinéaste de fiction(très bon Silvio Orlando) à relancer sa carrière on s'intéresse assez peu à son divorce qui nous vaut des scènes avec ses enfants assez convenues.Dans la mise en abyme(?) du film dans le film,ou de la difficulté à faire un film où un metteur en scène aurait bien du mal à faire un film critique sur l'homme au pouvoir,il s'avère que j'ai fini par me perdre un peu.Reste toujours avec Moretti un amour du cinéma et d'excellents morceaux choisis comme le débat dans la salle de cinéma ou la dérobade de l'acteur joué par Michele Placido avec cette inénarrable 'italian attitude" qui consiste à se retirer du projet "dans l'intérêt même du projet.

  Demeure la question Berlusconi,infiniment difficile à résoudre,tant le personnage charrie son mélange reptilien d'écoeurement et de fascination.Car rien n'est si simple en Italie et même Il Cavaliere peut nous surprendre.De cela Nanni Moretti,qui reste un modéré comme je les aime,parle très bien.Et curieusement,là je crois que vous serez d'accord avec moi,la fin de son film tourne presque à la tragédie bouffonne, rappelant volontairement les grands films politiques des Rosi,Petri et consorts.C'est particulièrement vrai lors de la sortie du tribunal où les défenseurs de Berlusconi finiraient par attirer la sympathie.Comme quoi le manichéisme n'est pas vraiment le défaut de Nanni Moretti.C'est aussi toute la force du cinéma italien même si chez Moretti je préfère la veine encore plus autobiographique, c'est à dire à peu près toute son oeuvre, pas encore très bien distribuée en DVD à propos.

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12 juin 2008

Frères d'armes,ou l'intelligence du cinéma italien,une fois de plus

     La Révolution a bon dos.Mise à toutes les sauces car c'est si facile de se donner bonne conscience.Le cinéma italien, lui,a su de tout temps,au prix de quelques exceptions, conjuguer la petite et la grande Histoire,le regard ambivalent, théoricien parfois, humain toujours sur ce pays.Fulvio,1816,est libéré,mais uniquement parce que le pouvoir en place espère remonter ainsi jusqu'aux conjurés,les Frères Sublimes,dans cette Italie de la Restauration. Mastroianni est impressionnant de fragilité,aristocratique par sa famille et rebelle par ses idées,dans le rôle très riche et infiniment nuancé de Fulvio.La Révolution a souvent permis aux hommes de s'autocélébrer bien en deça d'un minimum d'analyse,notamment au cinéma.Mais le cinéma italien a été capable de nous offrir le regard d'aigle d'une critique élaborée et le miel des émotions,mêlant morale et sentiment en un amalgame parfois de toute beauté.

       Fulvio,héros émouvant d'Allonsanfan,résume toute l'ambigüité de l'engagement dans la vie d'un homme. Héros certes,mais tout de faiblesse et de désarroi,il se dirigera vers la trahison peu à peu, presque à son insu,désorienté qu'il est par les années passées,la mort de sa maîtresse et l'éloignement de son fils.Et viennent alors les questions essentielles sur la fidélité à soi même et l'impossibilité d'échapper au reniement, au moins partiel.Il nous faut alors revenir aux frères Taviani,ces hommes de conviction,qui jamais n'abandonnèrent leur intégrité,malgré l'insuccès relatif de leurs oeuvres.Car les Taviani,honorés en Italie, n'ont jamais eu l'aura populaire qu'ils auraient méritée.Taxés de cérébralité Paolo et Vittorio, particulièrement peu  médiatiques de plus, resteront dans la catégorie marginale des grands dont on va finalement peu voir les films.Les années passant ils auront de plus en plus de mal à boucler leurs projets,signant alors des films moins intéressants à mon sens.Le cinéma des Taviani m'a toujours semblé proche des grands écrivains russes,eux qui ont su admirablement conjuguer fresques et doutes,innocences et culpabilités,trahison et sacrifice.N'ont-ils pas adapté Tolstoï?De ce cinéma,parfois littéraire,il est difficile de sortir tout à fait indemne tant ce pari sur l'intelligence  du public est exigeant.Car ici pas l'ombre de cette hideuse démagogie,gangrène de tant de films,

       Allonsanfan est un film révolutionnaire,chose rarissime.En ce sens que la véritable révolution peut se lire dans l'acceptation de l'inéluctabilité d'un renoncement pour un personnage tragique et dostoievskien. Formulé de façon un peu choquante:et si c'était à peu près normal de devenir une vieille baderne.S'il n'était de révolutionnaire que jeune et mort...Si Fulvio c'était vous ou moi. Plutôt moi actuellement,question d'âge qui peut s'arranger avec le temps.Si la grandeur était dans l'ultime rédemption avec le geste inutile de Fulvio qui après sa dénonciation rencontre le seul survivant des révoltés,prénommé justement Allonsanfan, fils d'un fondateur du mouvement.Si revêtir la veste rouge équivalait à endosser une tunique sacrificielle qui rejoindrait ainsi Dostoievski mais aussi le cinéma japonais.

    Nous sommes au cinéma et toutes ces considérations ne nous font pas oublier le traitement très beau de la couleur pour ce film en rouge et blanc.La chorégraphie et la musique d'Ennio Morricone nous conduisent aux confins de l'opéra,cet art si italien de la mort violente et du rideau qui se relève afin que les morts saluent.Un peu comme dans la farandole de la fin(vidéo).Et puisque définitivement on est sous influence n'oublions pas Vanina Vanini de Rossellini et Stendahl et Senso de Visconti,Boito(et Verdi).Mais Allonsanfan,ce jeune homme en colère est un grand garçon qui se débrouille très bien tout seul.Pour finir sur une note d'humour dans cette chronique qui en manque:pas facile d'assassiner l'autre quand on est dans la meme barque.Ni dans Allonsanfan,ni dans Monsieur Verdoux,ni dans L'aurore,ni dans Une place au soleil.

http://www.youtube.com/watch?v=7rlvyVrjFVA   Allonsanfan,la fin

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