17 février 2016

La neige en deuil

 41JATGMJBSL__SX210_

                                  Ce roman date d'une vingtaine d'années mais se passe en 1974. C'est la première fois que je lis Stewart O'Nan que je ne connaissais pas. Snow Angels, c'est une petite ville de Pennsylvanie, ordinaire, très ordinaire, très comme ailleurs.  Annie élève seule sa fillette et essaie tant bien que mal de se refaire une vie après une difficile séparation. Glenn, son ex-conjoint, n'a pas renoncé à sa famille et tente de vaincre ses démons en s'abandonnant à l'alcool et à la religion. En parallèle, Arthur, un adolescent timide dont Annie fut jadis la gardienne et qui aujourd'hui travaille dans le même restaurant qu'elle, découvre l'exaltation et les tourments d'un premier amour. Alors quand claque un coup de feu... Retour vers le passé, un passé assez récent dans la vie des protagonistes. Rien de bien exaltant, mais un roman attachant et qui pourrait être un peu nôtre.

                                Personne ici n'est bien dans sa peau, et ça ressemble terriblement à la vie parfois. Le jeune Arthur doit lui-même affronter la séparation de ses parents, des modestes eux aussi dont l'existence s'effiloche. Triste enfance au destin tragique. Triste lycée où la fanfare cache bien mal les désarrois et le début de ces putains d'addictions qu'il est de bon ton de ne jamais stigmatiser (j'en ai marre, de ne jamais stigmatiser personne). Jobs pas marrants pour les adultes au fast-food, en maisons de retraite, télé base-ball et canettes. Rassurez-vous c'est aux Etats-Unis et la belle, noble et vieille Europe, cultivée et tolérante, est bien sûr à l'abri de tout ça.

                               Des anges dans la neige est-il un roman désespérant? On n'en est pas très loin et la banalité même du décor et du quotidien donne à ce livre une grande force. Est-ce un bon roman? Oui, malgré un début un peu hasardeux qui peina à me harponner, il y a dans cette histoire tant de vie, de vie qui, encore une fois, s'effiloche, et tant d'humanité qu'il faudrait être anhumain pour ne pas s'y reconnaître, au moins un petit peu. La glace des étangs de Pennsylvanie reflète parfois nos propres doutes. Evidemment, on sort de cette lecture un peu...effiloché.

                                 Un film est sorti en 2007, adapté de Des anges dans la neige. Estampillé Sundance Festival, on n'a pourtant pas cru bon de le distribuer en France. J'aime mieux me taire.

 

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 08:06 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , ,


16 février 2016

Chine ma douleur

Au-dela-des-montagnes-affiche

                                 Je connais peu le cinéma chinois. A l'évidence c'est un tort. Jia Zhang-Ke (Still life, seul film vu de cet auteur, m'avait déjà beaucoup plu). Certains blogueurs ont été remarquables sur ce film, Au-delà des MONTAGNES (Princecranoir) et Au-delà des montagnes (Mountains May Depart) : l’inquiétude de Jia Zhang-Ke (Newstrum) par exemple. Alors je serai plus bref et moins talentueux. Mais j'ai beaucoup aimé ce film sur une Chine moderne qui court sur une trentaine d'années. Fenyang, province du Shanxi, ville natale du metteur en scène, industrielle et surpolluée. Tao, jeune femme de la classe moyennechinoise est partagée entre deux amours, Liangzi, un modeste mineur silicosé et Jinsheng, un businessman pas trop scrupuleux. Ce petit côté Jules et Jim dure assez peu et n'est pas le plus intéressant, le lien entre les deux hommes étant loin de Truffaut-Roché. Tao choisira l'un d'entre eux et on la retrouve une douzaine d'années plus tard mais le pays a bien changé. Son fils unique parti en Australie avec son père qui ne trouve rien de mieux que de le prénommer Dollar, tout un programme, Tao décide de rester en Chine et c'est là le thème essentiel d'Au-delà des montagnes, la perte d'identité de toute une génération de Chinois qu'attirent les mirages occidentaux ou océaniens.

                                Troisième acte, à, peine une anticipation, vers 2025 à Melbourne.Dollar a bien grandi et les conflits avec son père ne manquent pas. Ce dernier ne semble plus vivre que par les armes.Dollar vivra-t-il lui aussi cette vie déracinée, celle de ces enfants doubles? Ou retrouvera-t-il le chemin du pays? Délicieusement  ouvert au son des Pet Shop Boys, l'une des meilleures musiques qui soient début nineties, symbole clinquant certes mais si enlevé, Mountains may depart est un film admirable au coeur d'une Chine multiple, de l'industrieuse Fenyang de Jia Zhang-Ke aux tentations du Go West des Pet Shop Boys. Si vous en avez l'occasion ne le ratez pas. Bien sûr le cinéma est riche de sa diversité et il faut de tout pour faire un monde. Mais vous m'avez compris depuis longtemps, j'ai mes préférences.

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 08:39 - - Commentaires [10] - Permalien [#]
Tags : ,

06 février 2016

Pearl

AFFICHE_JANIS

                             Un grand plaisir vraiment de voir un large public pour le ciné-débat de ce lundi consacré au document d'Amy Berg Janis. La génération seventies prédominait certes dans la salle mais pas que... Ce film retrace la trajectoire fulgurante, tant en intensité qu'en brièveté, de la jeune Texane attirée par le rêve californien. Témoignages de ses anciens complices de Big Brother and the Holding Company, extraits de lettres à ses parents, images de concerts, Monterey Pop, Woodstock, extraits d'interviews, le tout très bien équilibré, tellement plus fascinant que les laborieux biopics, davantage travaux des maquilleurs que des cinéastes. J'ai insisté dans ma présentation sur le fait que, ayant vingt ans à sa mort, j'avais surtout été sidéré de l'intrusion des femmes dans le monde du rock, biberonné que j'étais aux riffs des groupes anglais. Le rock? Une histoire d'hommes...jusqu'à Janis, pour pas longtemps, pour toujours.

                            Beaucoup d'interventions lors du débat. Manifestement Janis a touché les spectateurs. Je pense que le film rend bien l'ambiance des ces années folles sur la West Coast et que les descentes aux enfers y étaient pour certains presque inévitables. Les intervenants ont évoqué, c'était prévisible, l'écorchée vive à la sensibilité exacerbée, qui ne pouvait que vivre fort et pas longtemps. Bien sûr. J'avoue que cet argument si souvent brandi pour des personnages comme Janis Joplin me fatigue un peu. Quoiqu'il en soit, pour tous ces morts du sinistre club des 27 ans (Jones, Hendrix, Morrison, Cobain, Winehouse), l'essentiel reste leur musique. Tout ce qui est devenu mythologie finit par contre par m'agacer un peu. Exemple le plus connu pour nous Français: si vous aimez Morrison réécoutez les deux meilleurs albums des Doors, le premier et le dernier, The Doors et L.A. Woman, plutôt que d'aller le caresser au Père Lachaise.

P.S. Vu la semaine dernière L'étreinte du serpent, film colombien de Cirro Guerra sur le chamanisme au coeur de l'Amazonie, auquel se confrontent deux scientifiques. Un beau noir et blanc, long de deux heures durant lesquelles, seul au monde, je me suis, moi, confronté à un ennui certes très élégant mais ennuyeux. Les critiques presse sont tous dithyrambiques... Seul au monde, vous disais-je.

Posté par EEGUAB à 07:45 - - Commentaires [7] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

27 janvier 2016

L'Ecrivraquier/3/Le tiroir

 L'Ecrivraquier

                                  Ils me croient tous né dans la Rome néoréaliste, me croient grandi par delà les grilles de Xanadu. Les plus effrontés pensent que les restes de mon acné juvénile datent de la Marquise des Anges. Plus sérieusement il arrive qu'ils me consultent sur les querelles, celle de Chaplin et Keaton, ou celle des des Cahiers et de Positif. Un soir à l'Edito quelqu'un m'a demandé mon avis sur Gilles Deleuze. Jeudi dernier j'ai craqué et confessé que je n'avais rien vu du cinéma underground des frères lituaniens Adolfas et Jonas Mekas. J'ai beau leur dire que ma vie n'est pas un travelling panoramique et que je n'ai vu que 3353 films. Même si j'en ai vu certains douze fois. Rien n'y fait.  Ils m'ont posé là, dans la case Septième Art, et c'est ainsi. Je leur ai pourtant juré que je savais lire.

Posté par EEGUAB à 07:45 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,

23 janvier 2016

Deux mâles en pitres

sans-titre

                                Après avoir aimé La promo 49 Deux comédiens m'a déçu. Assez (mais jusqu'à quel point) inspirée du duo Jerry Lewis et Dean Martin, transposée dans les seventies,  cette histoire concoctée par Don Carpenter qui fut lui-même scénariste pour la télé américaine m'a considérablement ennuyé. Manifestement Don Carpenter règle ses comptes. Certains critiques ont aimé cette férocité, ces claques au système. A mon avis les moeurs d'Hollywood y sont pourtant brocardées sans véritable fantaisie, abondantes en sniffs et orgies, cuites et excès de vitesse, l'ordinaire... Personnages vains l'un comme l'autre, les deux comiques du roman ne m'ont pas intéressé, encore moins touché, et l'émotion vraie jouée sur la partition modeste de La promo 49, joli choral d'une génération, semble avoir été écrite par quelqu'un d'autre. Ici toutes des bimbos décervelés, tous des secoués de la poudre, tous des obsédés du compte en banque. Du temps perdu. Ca donne envie d'écouter le vrai Dean Martin chanter, ce qui est aussi du business mais au moins, de première classe.

                                On le sait Hollywood a souvent molesté les écrivains cachetonnnant côté ciné télé (Faulkner étant le plus célèbre mais pas le seul). Ceci explique donc cela. Cependant je crois que j'accorderai une troisième manche à Don Carpenter car son roman Sale temps pour les braves est, à ce que j'ai lu, ce qu'il a fait de meilleur. Don Carpenter s'est suicidé en 1995. Malade et dit-on, ne se remettant pas du départ volontaire, lui aussi, de son ami le grand mais allumé Richard Brautigan. Soyons clairs, nous ne sommes pas avec ces écrivains dans une association de tempérance.

Posté par EEGUAB à 07:29 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


19 janvier 2016

L'Ecrivraquier/2/Mon petit bal viennois

L'Ecrivraquier

                               Le Prater en juillet connaissait la chaleur épaisse de cette Europe Centrale qui le faisait rêver. Vienne certes ne dansait plus tout à fait comme avant mais sous le soleil qui fusillait la foule, des promeneurs de tous âges, souvent en culottes courtes, se pressaient tant aux attractions toutes récentes qu'aux baraques à l'ancienne, bien rénovées depuis longtemps déjà. Certains arboraient l'ultraditionnel chapeau à plume. Facile de se gausser. Peu lui importait. La veille la Hofburg l'avait épuisé mais son pélerinage viennois avait ses incontournables. Demain il cheminerait des heures durant dans le parc de Schönbrunn et boirait du frais Grinzing issu de ces vignes visibles du haut du Stefansdom.

                              Mais aujourd'hui Harry Lime l'attendait. Le grand escogriffe, l'un de ceux à l'origine de sa légendaire pathocinéphilie, il savait qu'il serait au rendez-vous. Il allait prendre son ticket pour la grande roue. Non, la Grande Roue, celle-là mérite des majuscules. Moquant allégrément et sur un air de cithare celles de Londres ou de Paris et alors qu'un orphéon n'avait pas cru le priver de la Marche de Radetzky il prit un billet et les portes de verre l'accueillirent. De là haut il verrait le Danube, loin et pas bleu. De là-haut L'empire d'Autriche-Hongrie revivrait un court instant. Même si ni sur le Ring, ni au Belvedere ne paraderait plus aucun Habsbourg.

Posté par EEGUAB à 09:34 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

14 janvier 2016

Tout sur ma mère...

 AFFICHE                          

                       ... a été dit fort justement par quelques-uns dont je partage les avis. Alors comme ça m'arrive de temps en temps je n'ai pas cru bon d'en rajouter. Je vous invite seulement à les consulter et à voir le film admirable de Nanni Moretti. C'est l'un de mes cinéastes favoris, plus que ça probablement. Vif succès en ciné-débat avec une belle audience. Paradoxalement peu de discussion, il fallait s'y attendre tant le film suscite d'empathie et de retenue. Mia Madre, en l'occurrence Nostra Madre rend plutôt réservé. Certains silences sont éloquents.

Avant la fin 1001 bobines

Mia Madre : le chant d’amour de Moretti à une mère Strum

Posté par EEGUAB à 07:55 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

27 décembre 2015

Derniers films 2015

logo_cinequai02

                                 En vrac quelques mots sur quelques films vus en décembre. Le dernier ciné-débat 2015, presque hasard, portait sur le Macbeth de Justin Kurzel avec Fassbender et Cotillard. Ayant un peu vécu avec Shakespeare pendant quelques mois c'était l'estocade pour en finir (momentanément car on revient toujours à Shakespeare). Moyennement apprécié du public et de moi-même ce flot de sang écossais, hypertrophié d'hémoglobine et de ralentis, a le mérite de restituer le texte dans un fracas d'armes parfois plus proche de Mad Max que de Welles ou Kurosawa. Pourquoi pas?

                                Le très dithyrambé (une hérésie linguistique) Fils de Saul du Hongrois Laszlo Nemes m'a paru plus bruyant que vraiment brillant mais il semble que je sois l'un des seuls à trouver ce film surestimé. Ou une relative claustrophobie m'a-t-elle disqualifié pour cette oeuvre?

                                Le premier film guatémaltèque de ma carrière de cinéphile, Ixcanul (Le volcan), de Jayro Bustamante, est une jolie réussite. Miracle, je n'étais pas seul dans la salle pour apprécier ce film presque documentaire qui nous éclaire sur ce sous-continent centraméricain si méconnu. Sur un thème archiclassique, une jeune fille veut fuir sa condition et gagner la ville, c'est une belle incursion surtout sur les rapports des paysans avec la nature et leurs croyances bien éloignées de notre eurocentrisme.

                                 Spielberg bon crû avec Le pont des espions, tendance Guerre Froide, mais distancié, avec l'humour qui n'est pas chez John le Carré par exemple. Et cet incorrigible Steven nous emporte comme le faisait Frank Capra. D'ailleurs Tom Hanks n'est-il pas l'honnête homme, voire un peu naïf, comme l'était James Stewart? Sur ce film Le PONT des ESPIONS est le très bon article de Princecranoir. Et Derrière le mur est celui, tout aussi intéressant de Martin 1001 bobines.

                                 Francofonia, le Louvre sous l'Occupation, nest pas comme on le croirait l'affrontement-amitié de deux hommes de culture dans le Paris de la guerre. Alexandre Sokourov  et sa mise en scène si personnelle et qui peut ne pas plaire nous invitent à une réflexion sur la place de l'art dans l'histoire. Souvent austère, ne craignant pas les chocs spatio-temporels, déstabilisant, ce film remarquable d'intelligence et d'originalité a cependant à mon sens l'inconvénient d'officialiser en quelque sorte la scission du cinéma contemporain, divisant le public en deux parties. A noter que les deux parties sont d'inégale taille. J'étais seul pour voir Francofonia.

                                 Seul par contre je n'étais pas lors de Star Wars,le réveil de la force. Vu avec mon fils et son fils de neuf ans, ce qui est normal quand on sait l'importance de la filiation dans la saga. L'aventure se poursuit donc et je suis content d'en être, un peu perdu au début, mais vite remis en selle par tous ces personnages et J.J.Abrams est un parfait successeur de Maître Lucas. Beaucoup de bruit pour...quelque chose de pas mal du tout. Dès le début 2016 je reviendrai et une bonne année je vous souhaite.

mac

Le_Fils_de_Saul

ixcanul5

pont

francofonia_le_louvre_sous_l_occupation_affiche

Star-Wars-VII-Cast

 

 

 

19 décembre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Elle et lui, septentrionalement

Les plumes

                                 Dernier ramassage des copies avant Noël avec les mots qui suivent:espoir-guimauve-comédie-musique-plage-liaison-mièvre-baragouinage-égalité-classique-chanson-inspiration-balai-essuie-glace-navet-louche-roman-abracadabrantesque-amoureux-batifoler. Les mots navet et abracadabrantesque, je les ai  délaissés, j'en avais le droit. Le mot louche me déplaisait, je l'ai ignoré, je n'en avais pas le droit mais je crois qu'il y a des limites à l'exercice. Il en reste dix-sept. Asphodèle a une fois de plus fait preuve de pas mal de patience. Merci Dame Aspho.

                                 La route de Deauville sous la pluie ne m'effrayait pas et ma maladive cinéphilie s'en délectait, le Piccoli des Choses de la vie, le Trintignant de Lelouch, n'étaient pas mes cousins. Ma Romy à moi, mon Anouk aimée s'appelait Larna, et c'était mon histoire, mièvre, diraient certains, péremptoires, mièvre mais mienne. J'étais depuis toujours un homme du presque Nord, attiré par quelque brume artésienne, par quelque brune picarde, et toisais volontiers toute plage subligérienne avec suffisance. Exception italienne faite j'avais toujours rêvé de l'emmener, inspiration Walhalla, vers Scanie, Jutland ou au moins Sligo et le moment était venu de la retrouver sur les planches avant de filer vers Roscoff. Le périple n'était guère classique mais nous avions près de quatre semaines. De loin, de très loin, c'était la première fois que le temps ne nous était pas trop compté, l'espoir d'une parenthèse inoubliable qui au moins pour l'essentiel ferait un joli souvenir, tendre et poignant comme une chanson d'automne bercée par les balais d'essuie-glace de Pont-Audemer et bientôt les embruns baltiques.

 

                                 J'avais toujours su, du temps d'infantiles baragouinages à prétention poétisante, que m'attiraient les moins, les moins chauds, les moins courus de ces rivages. Et puis c'était une fille du Nord à laquelle je chantais Girl of the North country, dylanesque ballade sixtine, un tome en soi du roman de ma vie. Ses cheveux n'avaient pas coutume de batifoler jusqu'au creux de ses reins, je cite, mais courts voire sévères, ils donnaient à cette liaison comme un léger parfum d'austérité, un sentiment avec lequel je me sentais plutôt bien, comme arpentant une lande écossaise ou une musique folk minimaliste. Je trouvais comme de la beauté à certain renoncement et le ton n'était plus à la comédie. Après tout l'égalité entre mes jours passés et à venir était quoi qu'il en soit caduque, le lent déclin tenait là le début de son forfait. J'espérais pourtant que les affres ou les délices amoureux, si voisins et si ressemblants, sauraient guider mes pas, nos pas, songeant qu'après tout, la fleur de guimauve est bien belle sous ses perles d'eau.  

 

Remerciements à Claude Sautet, Paul Guimard, Claude Lelouch, Robert Zimmerman, Hugues Aufray, Pierre Delanoé. Et d'ores et déjà Joyeux Noël à tous ceux qui sont de l'aventure des Plumes d'Asphodèle.

Posté par EEGUAB à 06:32 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

06 décembre 2015

Figurines humaines

AFFICHE_IMAGE

                               Excellente réaction du public en ce Ciné-débat de lundi après avoir vu L'image manquante, formidable doc de Rithy Panh. Le cinéaste cambodgien revient une fois encore sur l'histoire de son pays et le crime de l'Angkar Révolutionnaire du Kampuchea Démocratique, nom bien pompeux du régime tortionnaire que connut le Cambodge de 1975 à 1979. Là où l'on pouvait craindre un exercice de mémoire appliqué dont la légitimité n'est plus à prouver Rithy Panh, nanti du très beau texte de Christophe Bataille, parvient à l'émotion progressivement sans agresser le spectateur, et d'une manière inattendue. Assez peu d'images d'archives sur le génocide (terme contesté) cambodgien. Image(s) manquante(s). Quelques curiosités cependant, un Pol Pot souriant par exemple. Mais les mots sont si simples et si forts. Bataille cite un pays qui hait la connaissance, des dirigeants qui habitent en idéologie. Les toujours inquiétants lendemains qui chantent, le grand bond en avant. Juste terrifiant.

                             Alors il y a les figurines, de terre cuite, parfois de bois, qu'on voit prendre corps, étonnant symboles qui finissent par vivre sous nos yeux. Ces petits personnages agissent sur nous tout à fait comme des témoins, au coeur de la machine de destruction khmere rouge. Vierge de prisons officielles le Kampuchea Démocratique n'avait que des camps de rééducation et se targuait d'une réussite imminente alors que la grande Chine avait échoué. Ainsi on comprend l'hallucinante idéologie qui faisait de chacun un délateur et un collaborateur. Une petite fille dénonce sa mère pour un "vol" de mangues. On sent presque physiquement avec ces modèles réduits l'odieux labeur incessant qui pesait sur les épaules de centaines de milliers de Cambodgiens. Stakhanovistes des rizières, maçonnant le jour, des bat-flanc la nuit, où le sol même,des ordres éructés en boucle. Black-out. La nouvelle nuit indochinoise. Des milliers d'images manquantes.

 

                            Très prévoyant j'avais en lançant le débat indiqué que, comme souvent dans l'établissement d'une dictature, les Khmers Rouges n'étaient pas arrivés tout à fait par hasard. Juste avant, la junte de Lon Nol n'était pas particulièrement large d'esprit. Vous connaissez un peu ma modération et je crains les raccourcis. Lien fut aussitôt fait, hativement, avec l'actualité, favorisant ainsi à mon sens les à peu près. Un ciné-débat n'étant pas un meeting avec consignes nous avons réussi à revenir à toute la richesse de ce beau film qui méritait bien que l'on statue, modestement rassurez-vous, sur sa spécificité. A lire, L'élimination,  cosigné Rithy Panh et Christophe Bataille, à l'origine de L'image manquante.   

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 10:51 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,