10 octobre 2006

Le plein de Fuller

   

    Peu au courant des films du grand Samuel j'ai donc un peu amélioré mon niveau et vous livre en vrac qulques impressions simples sur quelque-unes de ses oeuvres. Rappelons que le mot "Action" ne voulait pas seulement dire "Moteur" dans l'existence fort mouvementée de Fuller, journaliste, scénariste, combattant. Vénéré par Godard,Wenders et d'autres, Fuller dit dans Pierrot le Fou:" Un film est un champ de bataille, amour, haine, violence, action, mort". Tout est dit. J'ajoute que le Dr. Orlof a analysé brillamment (pléonasme) plusieurs de ses films.

   Le démon des eaux troubles(53) a le mérite d'éclairer les années cinquante d'un thème sur le nucléaire peu en vogue à l'époque. Je n'ai guère été convaincu par le film et son histoire d'amour assez plate entre le héros et la scientifique.

    Police spéciale(65) est un brûlot très marqué, sec et bref, qui dynamite une petite ville américaine sans facilité ni démagogie avec un très fort personnage féminin.

    Baïonnette au canon(51) m'a étonné en me présentant la guerre de Corée non dans la jungle comme je m'y attendais mais dans les cimes enneigées. Film de guerre sans héros, passionnant car les rapports entre les hommes y sont d'une vraisemblance très forte, sans idéaliser  la guerre, qu'il faut bien faire quand on y est. Même l'humour y sonne juste(très belle scène de pieds froids!).

    Les bas-fonds new-yorkais(61) est une histoire de vengeance assez classique sur la forme,très efficace et qui pose un problème moral récurrent chez Samuel Fuller:la vengence,jusqu'où?

    La maison de bambou(55),que j'avais vu il y a des lustres est un film très intéressant par l'imbrication américano-japonaise dans l'Empire du Soleil Levant après-guerre .Robert Stack poursuit Robert Ryan et finit par lui ressembler. A noter une très belle scène finale dans une grande roue. Ce nest pas celle du Troisième homme mais quand même...

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09 octobre 2006

Kazan

Bien sûr cette photo n'a pas plu à tous.Je n'ai pas l'intention de revenir sur l'attitude d'Elia Kazan il y a 50 ans.J'aimerais simplement attirer l'attention sur un formidable livre de cinéma:Elia Kazan,une Amérique du Chaos,de Florence Colombani(éditions Philippe Rey).C'est un bouquin bref,concis,plein de punch,en aucun cas une biographie de Kazan,histoire typiquement américaine de cet émigrant grec né en Turquie.L'auteur nous fait pénétrer dans l'oeuvre intime de Kazan,pétrie de contradictions.L'homme Kazan ne se laisse pas enfermer,ni circonscrire.Il se sentira toujours outsider et doutera toute sa vie,partagé entre besoin d'approbation collective,culpabilité et arrogance.Un homme,un cinéma heurté,contradictoire à la rencontre d'autres hommes,difficiles eux aussi,Tennessee Williams,John Steinbeck,Marlon Brando.Florence Colombani en parle si bien que vous n'aurez qu'une envie,voir ou revoir au moins une dizaine de ses films qui traitent du chaos que sait être l'Amérique et de la passion des héros de Kazan.

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Sur la liste noire

item imageLe sel de  la terre est un film unique que je n'avais jamais vu.Réalisé quasi clandestinement en 54 par des victimes du McCarthysme il ne fut distribué aux Etats-Unis qu'en 1965. Bertrand Tavernier dit que ce film est incritiquable par son existence même. Tourner le film fut un exploit physique et moral entre les mauvais coups des milices,les coups tordus du FBI,les intimidations des syndicats. Herbert Biberman,Michael Wilson et Paul Jarrico terminèrent le film qui fut immédiatement boycotté et fort peu diffusé depuis. Je ne m'étendrai pas sur la sinistre chasse aux sorcières bien que cette période mérite d'être étudiée avec le recul nécessaire qui me semble encore manquer tant les démagogies diverses se portent bien.

   Mais que vaut le film Le sel de la terre? Les films dits militants ne m'intéressent pas souvent parce que schématiques et d'un courage très relatif avec une nette tendance à brosser dans le sens du poil sur laquelle je ne gloserai pas davantage.L'aventure du Sel de la terre c'est autre chose.Et le film qui raconte une grande grève de mineurs mexicains au Nouveu-Mexique présente une lecture plus déroutante que je ne l'aurais cru car je m'attendais bien sûr à la traditionnelle leçon de morale.Or le film décrit bien sûr la lutte de ces mineurs exploités mais il nous donne à voir un deuxième bras de fer bien plus engagé à mon avis,la volonté des femmes de mineurs d'avoir leur mot à dire.Et c'est dans ces images de femmes défilant en lieu et place de leurs maris que le film décolle vraiment en un noir et blanc qui évoque les merveilles néoréalistes dont je vous rebats les oreilles régulièrement. Le sel de la terre n'est pas un film féministe où quelques harpies s'en prennent aux hommes,c'est un film où les épouses se battent pour que leurs maris les traitent mieux que les exploiteurs ne le font des mineurs.Cette double lecture est de loin le plus intéressant de ce film pas comme les autres.Herbert Biberman fut l'un des Dix de Hollywood condamné à la prison.

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08 octobre 2006

Capra c'est pas fini

En pleine crise de capraphagie c'est un plaisir de revenir sur la carrière de l'homme à la confiance inébranlable et à la foi sans bornes envers la démocratie. Un très bon coffret réunit quatre grands classiques d'un optimisme à toute épreuve.

   Les deux messieurs:Deeds-Gary Cooper l'extravagant qui s'en va en ville et Smith-James Stewart au Sénat de Washington sont de bien sympathiques archétypes de l'Amérique bienveillante. De toute la force de leur bonne et naïve volonté ils changeront (un peu) les choses l'un dans le monde des affaires suite à un héritage et l'autre celui de la politique en devenant sénateur bien que modeste chef scout pétri de valeurs pionnières et humanistes. On leur mettra bien des bâtons dans les roues en tentant de les ridiculiser par voie de presse l'un parce qu'il imite les cris d'oiseaux et l'autre parce qu'il joue du tuba dans l'orphéon de son village. Le rôle de la presse est capital chez Capra car toute liberté commence là et influencera Richard Brooks par exemple même si le ton Capra est de comédie.

   Outre Mr.Smith au Sénat et L'extravagant Mr.Deeds le coffret présente le bien joli Horizons perdus où un diplomate britannique trouve la sérénité sur les hauts plateaux tibétains. Une belle métaphore sur la paix dans ce lieu saint qu'est la lamaserie de Shangri-La. Enfin le road-movie NewYork-Miami entraîne Gable et Claudette Colbert dans un amour hors des conventions. Ces quatre films datent de l'immédiate avant-guerre et nous mènent au Capra engagé et producteur de la série de courts métrages Pourquoi nous combattons dans la lutte contre la barbarie.

   Capra c'est l'honnête homme et cela transpire dans tous ses films:L'homme de la rue,Vous ne l'emporterez pas avec vous et La vie est belle que je vais voir de ce pas et qui passe pour son chef-d'oeuvre.Il y aurait donc deux chefs-d'oeuvre du même titre. La thématique de Capra n'aura pas varié. L'individualisme américain hérité du meilleur des pionniers se retrouve au service de tous et pour le bien de tous. Ce message peut paraître désuet. Fidèle de ce vieux Frank je ne le crois pas.

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La première venue


Eve(1950) de Joseph Mankiewicz est un exemple d'intelligence de l'écran sous la houlette d'un maître absolu du scénario et du dialogue.D'une cruauté inouïe All about Eve est le tableau du monde du théâtre,terrain miné pour les naïvetés et les sentiments.Il y a dans Eve plusieurs scènes fabuleuses qui conjuguent l'ambition et la jalousie,au coeur d'un système où les bourreaux d'un jour sont les victimes du lendemain.Mépris,morgue,arrogance donnent une image assez révulsive de Broadway et par extension d'Hollywood,et par extension de l'Amérique et par extension de nous-mêmes.N'avons-nous jamais rêvé d'être calife à la place du calife?



Bette Davis,hautaine puis s'humanisant,Ann Baxter à l'inverse,l'extraordinaire George Sanders perfide et une distribution parfaite avec une dizaine de rôles importants et des personnages tous en place au cordeau achèvent de donner à Eve le statut de film culte bien au-delà de l'univers du spectacle.Statut qui valut au film six statues aux Oscars.Statut qui,surtout,empêche tout vieillissement de ce film,contrairement aux actrices.





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Docteur et dictateur

     Je n'avais pas revu le premier film de Richard Brooks depuis 40 ans.Il me paraît toujours très fort bien que les éléments politiques datent des années cinquante.Mais la dictature est un art qui n'est pas encore démodé et on peut tenter de tirer les leçons de cette fable qui a peut-être un peu inspiré Francesco Rosi ou Costa-Gavras. Cas de conscience(1950) met en scène le neuro-chirurgien américain Cary Grant obligé d'opérer le tyran d'un pays d'Amérique Latine,José Ferrer.Pressé par l'opposition de faire mourir son patient en kidnappant sa femme,que va faire le Docteur Ferguson?

   Bien des conventions d'époque bien sûr dans ce film américain du libéral Richard Brooks.Je rappelle que libéral n'est pas une insulte.Mais c'est aussi une sorte de thriller intelligent et relativement ambigu comme en témoigne la fin.José Ferrer dont c'est à mon avis l'un des meilleurs rôles est hallucinant de glaciale vérité et de logique tyrannique et m'a fait penser un court moment à Aguirre-Kinski,sacrée référence.

    On verra aussi dans ce film une discrète mais efficace critique de l'interventionnisme américain sous les traits les plus séduisants qui soient,ceux de Cary Grant.Moi qui suis paramédical mais pas chirurgien il me semble que mes mains trembleraient  si je devais opérer du côté de La Havane,Pyong-Yang,Tripoli ou Téhéran.Et plus encore à Achqabat, Turkménistan,dont vous connaissez peut-être le si sympathique Niazov, président à vie,dont la statue tourne avec le soleil et qui à entre autres interdit l'opéra.Entre autres...

   

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07 octobre 2006

Le capital des Marx

     Mon excellent confrère en marxisme Eric m'a donné l'idée de vous parler des délicieux romans policiers de Stuart Kaminsky qui ont pour particularité de se dérouler à Hollywood de la grande époque. Autre particularité:ils sont affublés de titres français en forme de calembours de café du commerce comme Pour qui sonne le clap ou Chico,banco,bobo qui mettent en scène,devinez,Gary Cooper ou les Marx Brothers.

Chico banco boboKaminsky utilise les vrais décors et les vrais vedettes de Hollywood et les met aux prises avec de grandes difficultés financières ou intimes. Heureusement Toby Peters veille au grain,privé improbable croisement  des cultissimes Spade et Marlowe. C'est un détective au dos fragile,obligé de s'allonger sur une planche régulièrement et toujours fauché et plaqué. Entre escroqueries aux assurances,producteurs véreux et tueurs à gages peu loquaces Toby Peters aide Errol Flynn,Bette Davis ou Judy Garland à sortir de mauvaises passes.

    Rien de bien sérieux là-dedans mais beaucoup de clins d'oeil au cinéma que l'on aime et de bons moments auxquels il ne faut pas trop demander.Pour du plus lourd voir les "hard-boiled"(Durs à cuire) Chandler,McCoy,Hammett...A noter que Kaminsky quand il ne plaisante pas est quand même scénariste de Il était une fois en Amérique.Allez vous régaler chez 10:18,au moins une dizaine de titres parus.De puis le temps que je mets en évidence leurs couvertures ils pourraient me verser une prime.

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Joies matrimoniales

Inédit pour moi ce film d'Alfred Hitchcock est rarement cité par les innombrables fidèles du rondouillard maître du suspense.De fait c'est une comédie américaine plus proche de Hawks ou Cukor,une histoire de couple avec jalousie et parsemée d'humour, pas assez à mon gré, mais néanmoins très sympathique. Hélas je me suis infligé une version française calamiteuse qui gâche la prestance de Robert Montgomery et le trouble de Carole Lombard. Le titre français de l'époque Joies matrimoniales est tombé en désuétude. Bien sûr le film aussi,enfin en partie.

    Pourtant un film d'Hitchcock conservera toujours quelques qualités à savoir le portrait des parents particulièrement coincés du prétendant de Carole Lombard, ou la scène du restaurant ou Robert Montgomery fait semblant de parler à sa voisine de gauche, élégante alors qu'il dîne en vérité avec sa voisine de droite qui est une...une...une moins élégante. Charmant film que Mr.and Mrs.Smith. N'oublions pas qu'au coeur du frisson et de l'inquiétude Sir Alfred a toujours ménagé l'humour.

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04 octobre 2006

Renoir en Amérique

Jaquette du DVDAu programme deux films réalisés par Jean Renoir en Amérique.L'homme du Sud(46) souffre d'une comparaison fréquente avec Les raisins de la colère,oeuvre évidemment plus forte et plus enracinée que cette évocation somme toute assez sage de la dure condition des ouvriers agricoles du sud cotonnier.Le rythme des saisons est bien perçu et on peut peut-être avec beaucoup de volonté trouver quelques ressemblances avec mon cher Néoréalisme.J'ai dit peut-être. Ce Renoir là est estimable mais n'a pas grand-chose à voir avec la corrosion de La règle du jeu ou la subversion du Crime de Mr.Lange. Pour la famille néoréaliste revoir Toni(34).Une originalité:le seul film à ma connaissance où un poisson-chat joue un rôle important.Il a même un prénom que j'ai oublié.

    Un peu plus ancien,L'étang tragique a été tourné avec des acteurs connus,Dana Andrews,les deux Walter,Brennan et Huston,Carradine, Anne Baxter et se passe aussi dans le sud,en l'occurence les marais de Georgie. Il s'agit d'une histoire de rédemption et de conflit homme-nature dans le cadre d'une chasse à l'homme dans les marécages très cinégéniques.Pour Renoir une occasion de faire son métier autrement. Au bout du compte deux films à connaître pour mieux appréhender la parenthèse américaine relativement longue de Jean Renoir,ce metteur en scène très français mort à Beverly Hills.

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Brève rencontre à Paris

Jolie idée que d'avoir repris 9 ans après le couple qui s'était rencontré à Vienne,autre capitale romantique car nous y voilà,nageant en plein romantisme.Et j'aime ça.Je découvre aujourd'hui même Before sunset mais je n'ai pas encore vu Before sunrise du même Richard Linklater avec les mêmes Ethan Hawke et Juile Delpy.Cette courte histoire de retrouvailles à Paris(Notre-Dame,bateaux-mouches,arrière-cours,cafés et librairie) m' a séduit ou y ai-je vu un peu de Truffaut?(La fameuse fidélité truffaldienne aux personnages,le livre écrit par Jesse,les"Je te raccompagne".L'inspiration est bien sûr très littéraire et nous sommes en bonne compagnie,un peu hors du temps et en toute invraisemblance.Cependant il y a un peu du conte de fées dans ce beau film à contre-courant qui voit les gentils amoureux se retrouver et peut-être que c'est ça la vie,attendre l'occasion de revoir celle ou celui qui aurait pu...Improbable mais le Cinéma est aussi là pour donner corps à l'improbable.Ethan Hawke et  Julie Delpy très impliqués ont participé au scénario et leur complicité est manifeste.C'est un peu bavard mais cela rejoint la longue tradition de l'écrivain américain à Paris qui nous a donné Hemingway,Fitzgerald,Miller, James Jones,pas les plus mauvais.J'ai bien envie de voir Before sunrise mais aimerais bien l'avis des cinéphiles.

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