27 janvier 2016

L'Ecrivraquier/3/Le tiroir

 L'Ecrivraquier

                                  Ils me croient tous né dans la Rome néoréaliste, me croient grandi par delà les grilles de Xanadu. Les plus effrontés pensent que les restes de mon acné juvénile datent de la Marquise des Anges. Plus sérieusement il arrive qu'ils me consultent sur les querelles, celle de Chaplin et Keaton, ou celle des des Cahiers et de Positif. Un soir à l'Edito quelqu'un m'a demandé mon avis sur Gilles Deleuze. Jeudi dernier j'ai craqué et confessé que je n'avais rien vu du cinéma underground des frères lituaniens Adolfas et Jonas Mekas. J'ai beau leur dire que ma vie n'est pas un travelling panoramique et que je n'ai vu que 3353 films. Même si j'en ai vu certains douze fois. Rien n'y fait.  Ils m'ont posé là, dans la case Septième Art, et c'est ainsi. Je leur ai pourtant juré que je savais lire.

Posté par EEGUAB à 07:45 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , ,


23 janvier 2016

Deux mâles en pitres

sans-titre

                                Après avoir aimé La promo 49 Deux comédiens m'a déçu. Assez (mais jusqu'à quel point) inspirée du duo Jerry Lewis et Dean Martin, transposée dans les seventies,  cette histoire concoctée par Don Carpenter qui fut lui-même scénariste pour la télé américaine m'a considérablement ennuyé. Manifestement Don Carpenter règle ses comptes. Certains critiques ont aimé cette férocité, ces claques au système. A mon avis les moeurs d'Hollywood y sont pourtant brocardées sans véritable fantaisie, abondantes en sniffs et orgies, cuites et excès de vitesse, l'ordinaire... Personnages vains l'un comme l'autre, les deux comiques du roman ne m'ont pas intéressé, encore moins touché, et l'émotion vraie jouée sur la partition modeste de La promo 49, joli choral d'une génération, semble avoir été écrite par quelqu'un d'autre. Ici toutes des bimbos décervelés, tous des secoués de la poudre, tous des obsédés du compte en banque. Du temps perdu. Ca donne envie d'écouter le vrai Dean Martin chanter, ce qui est aussi du business mais au moins, de première classe.

                                On le sait Hollywood a souvent molesté les écrivains cachetonnnant côté ciné télé (Faulkner étant le plus célèbre mais pas le seul). Ceci explique donc cela. Cependant je crois que j'accorderai une troisième manche à Don Carpenter car son roman Sale temps pour les braves est, à ce que j'ai lu, ce qu'il a fait de meilleur. Don Carpenter s'est suicidé en 1995. Malade et dit-on, ne se remettant pas du départ volontaire, lui aussi, de son ami le grand mais allumé Richard Brautigan. Soyons clairs, nous ne sommes pas avec ces écrivains dans une association de tempérance.

Posté par EEGUAB à 07:29 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

19 janvier 2016

L'Ecrivraquier/2/Mon petit bal viennois

L'Ecrivraquier

                               Le Prater en juillet connaissait la chaleur épaisse de cette Europe Centrale qui le faisait rêver. Vienne certes ne dansait plus tout à fait comme avant mais sous le soleil qui fusillait la foule, des promeneurs de tous âges, souvent en culottes courtes, se pressaient tant aux attractions toutes récentes qu'aux baraques à l'ancienne, bien rénovées depuis longtemps déjà. Certains arboraient l'ultraditionnel chapeau à plume. Facile de se gausser. Peu lui importait. La veille la Hofburg l'avait épuisé mais son pélerinage viennois avait ses incontournables. Demain il cheminerait des heures durant dans le parc de Schönbrunn et boirait du frais Grinzing issu de ces vignes visibles du haut du Stefansdom.

                              Mais aujourd'hui Harry Lime l'attendait. Le grand escogriffe, l'un de ceux à l'origine de sa légendaire pathocinéphilie, il savait qu'il serait au rendez-vous. Il allait prendre son ticket pour la grande roue. Non, la Grande Roue, celle-là mérite des majuscules. Moquant allégrément et sur un air de cithare celles de Londres ou de Paris et alors qu'un orphéon n'avait pas cru le priver de la Marche de Radetzky il prit un billet et les portes de verre l'accueillirent. De là haut il verrait le Danube, loin et pas bleu. De là-haut L'empire d'Autriche-Hongrie revivrait un court instant. Même si ni sur le Ring, ni au Belvedere ne paraderait plus aucun Habsbourg.

Posté par EEGUAB à 09:34 - - Commentaires [11] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

14 janvier 2016

Tout sur ma mère...

 AFFICHE                          

                       ... a été dit fort justement par quelques-uns dont je partage les avis. Alors comme ça m'arrive de temps en temps je n'ai pas cru bon d'en rajouter. Je vous invite seulement à les consulter et à voir le film admirable de Nanni Moretti. C'est l'un de mes cinéastes favoris, plus que ça probablement. Vif succès en ciné-débat avec une belle audience. Paradoxalement peu de discussion, il fallait s'y attendre tant le film suscite d'empathie et de retenue. Mia Madre, en l'occurrence Nostra Madre rend plutôt réservé. Certains silences sont éloquents.

Avant la fin 1001 bobines

Mia Madre : le chant d’amour de Moretti à une mère Strum

Posté par EEGUAB à 07:55 - - Commentaires [12] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

27 décembre 2015

Derniers films 2015

logo_cinequai02

                                 En vrac quelques mots sur quelques films vus en décembre. Le dernier ciné-débat 2015, presque hasard, portait sur le Macbeth de Justin Kurzel avec Fassbender et Cotillard. Ayant un peu vécu avec Shakespeare pendant quelques mois c'était l'estocade pour en finir (momentanément car on revient toujours à Shakespeare). Moyennement apprécié du public et de moi-même ce flot de sang écossais, hypertrophié d'hémoglobine et de ralentis, a le mérite de restituer le texte dans un fracas d'armes parfois plus proche de Mad Max que de Welles ou Kurosawa. Pourquoi pas?

                                Le très dithyrambé (une hérésie linguistique) Fils de Saul du Hongrois Laszlo Nemes m'a paru plus bruyant que vraiment brillant mais il semble que je sois l'un des seuls à trouver ce film surestimé. Ou une relative claustrophobie m'a-t-elle disqualifié pour cette oeuvre?

                                Le premier film guatémaltèque de ma carrière de cinéphile, Ixcanul (Le volcan), de Jayro Bustamante, est une jolie réussite. Miracle, je n'étais pas seul dans la salle pour apprécier ce film presque documentaire qui nous éclaire sur ce sous-continent centraméricain si méconnu. Sur un thème archiclassique, une jeune fille veut fuir sa condition et gagner la ville, c'est une belle incursion surtout sur les rapports des paysans avec la nature et leurs croyances bien éloignées de notre eurocentrisme.

                                 Spielberg bon crû avec Le pont des espions, tendance Guerre Froide, mais distancié, avec l'humour qui n'est pas chez John le Carré par exemple. Et cet incorrigible Steven nous emporte comme le faisait Frank Capra. D'ailleurs Tom Hanks n'est-il pas l'honnête homme, voire un peu naïf, comme l'était James Stewart? Sur ce film Le PONT des ESPIONS est le très bon article de Princecranoir. Et Derrière le mur est celui, tout aussi intéressant de Martin 1001 bobines.

                                 Francofonia, le Louvre sous l'Occupation, nest pas comme on le croirait l'affrontement-amitié de deux hommes de culture dans le Paris de la guerre. Alexandre Sokourov  et sa mise en scène si personnelle et qui peut ne pas plaire nous invitent à une réflexion sur la place de l'art dans l'histoire. Souvent austère, ne craignant pas les chocs spatio-temporels, déstabilisant, ce film remarquable d'intelligence et d'originalité a cependant à mon sens l'inconvénient d'officialiser en quelque sorte la scission du cinéma contemporain, divisant le public en deux parties. A noter que les deux parties sont d'inégale taille. J'étais seul pour voir Francofonia.

                                 Seul par contre je n'étais pas lors de Star Wars,le réveil de la force. Vu avec mon fils et son fils de neuf ans, ce qui est normal quand on sait l'importance de la filiation dans la saga. L'aventure se poursuit donc et je suis content d'en être, un peu perdu au début, mais vite remis en selle par tous ces personnages et J.J.Abrams est un parfait successeur de Maître Lucas. Beaucoup de bruit pour...quelque chose de pas mal du tout. Dès le début 2016 je reviendrai et une bonne année je vous souhaite.

mac

Le_Fils_de_Saul

ixcanul5

pont

francofonia_le_louvre_sous_l_occupation_affiche

Star-Wars-VII-Cast

 

 

 


19 décembre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Elle et lui, septentrionalement

Les plumes

                                 Dernier ramassage des copies avant Noël avec les mots qui suivent:espoir-guimauve-comédie-musique-plage-liaison-mièvre-baragouinage-égalité-classique-chanson-inspiration-balai-essuie-glace-navet-louche-roman-abracadabrantesque-amoureux-batifoler. Les mots navet et abracadabrantesque, je les ai  délaissés, j'en avais le droit. Le mot louche me déplaisait, je l'ai ignoré, je n'en avais pas le droit mais je crois qu'il y a des limites à l'exercice. Il en reste dix-sept. Asphodèle a une fois de plus fait preuve de pas mal de patience. Merci Dame Aspho.

                                 La route de Deauville sous la pluie ne m'effrayait pas et ma maladive cinéphilie s'en délectait, le Piccoli des Choses de la vie, le Trintignant de Lelouch, n'étaient pas mes cousins. Ma Romy à moi, mon Anouk aimée s'appelait Larna, et c'était mon histoire, mièvre, diraient certains, péremptoires, mièvre mais mienne. J'étais depuis toujours un homme du presque Nord, attiré par quelque brume artésienne, par quelque brune picarde, et toisais volontiers toute plage subligérienne avec suffisance. Exception italienne faite j'avais toujours rêvé de l'emmener, inspiration Walhalla, vers Scanie, Jutland ou au moins Sligo et le moment était venu de la retrouver sur les planches avant de filer vers Roscoff. Le périple n'était guère classique mais nous avions près de quatre semaines. De loin, de très loin, c'était la première fois que le temps ne nous était pas trop compté, l'espoir d'une parenthèse inoubliable qui au moins pour l'essentiel ferait un joli souvenir, tendre et poignant comme une chanson d'automne bercée par les balais d'essuie-glace de Pont-Audemer et bientôt les embruns baltiques.

 

                                 J'avais toujours su, du temps d'infantiles baragouinages à prétention poétisante, que m'attiraient les moins, les moins chauds, les moins courus de ces rivages. Et puis c'était une fille du Nord à laquelle je chantais Girl of the North country, dylanesque ballade sixtine, un tome en soi du roman de ma vie. Ses cheveux n'avaient pas coutume de batifoler jusqu'au creux de ses reins, je cite, mais courts voire sévères, ils donnaient à cette liaison comme un léger parfum d'austérité, un sentiment avec lequel je me sentais plutôt bien, comme arpentant une lande écossaise ou une musique folk minimaliste. Je trouvais comme de la beauté à certain renoncement et le ton n'était plus à la comédie. Après tout l'égalité entre mes jours passés et à venir était quoi qu'il en soit caduque, le lent déclin tenait là le début de son forfait. J'espérais pourtant que les affres ou les délices amoureux, si voisins et si ressemblants, sauraient guider mes pas, nos pas, songeant qu'après tout, la fleur de guimauve est bien belle sous ses perles d'eau.  

 

Remerciements à Claude Sautet, Paul Guimard, Claude Lelouch, Robert Zimmerman, Hugues Aufray, Pierre Delanoé. Et d'ores et déjà Joyeux Noël à tous ceux qui sont de l'aventure des Plumes d'Asphodèle.

Posté par EEGUAB à 06:32 - - Commentaires [15] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

06 décembre 2015

Figurines humaines

AFFICHE_IMAGE

                               Excellente réaction du public en ce Ciné-débat de lundi après avoir vu L'image manquante, formidable doc de Rithy Panh. Le cinéaste cambodgien revient une fois encore sur l'histoire de son pays et le crime de l'Angkar Révolutionnaire du Kampuchea Démocratique, nom bien pompeux du régime tortionnaire que connut le Cambodge de 1975 à 1979. Là où l'on pouvait craindre un exercice de mémoire appliqué dont la légitimité n'est plus à prouver Rithy Panh, nanti du très beau texte de Christophe Bataille, parvient à l'émotion progressivement sans agresser le spectateur, et d'une manière inattendue. Assez peu d'images d'archives sur le génocide (terme contesté) cambodgien. Image(s) manquante(s). Quelques curiosités cependant, un Pol Pot souriant par exemple. Mais les mots sont si simples et si forts. Bataille cite un pays qui hait la connaissance, des dirigeants qui habitent en idéologie. Les toujours inquiétants lendemains qui chantent, le grand bond en avant. Juste terrifiant.

                             Alors il y a les figurines, de terre cuite, parfois de bois, qu'on voit prendre corps, étonnant symboles qui finissent par vivre sous nos yeux. Ces petits personnages agissent sur nous tout à fait comme des témoins, au coeur de la machine de destruction khmere rouge. Vierge de prisons officielles le Kampuchea Démocratique n'avait que des camps de rééducation et se targuait d'une réussite imminente alors que la grande Chine avait échoué. Ainsi on comprend l'hallucinante idéologie qui faisait de chacun un délateur et un collaborateur. Une petite fille dénonce sa mère pour un "vol" de mangues. On sent presque physiquement avec ces modèles réduits l'odieux labeur incessant qui pesait sur les épaules de centaines de milliers de Cambodgiens. Stakhanovistes des rizières, maçonnant le jour, des bat-flanc la nuit, où le sol même,des ordres éructés en boucle. Black-out. La nouvelle nuit indochinoise. Des milliers d'images manquantes.

 

                            Très prévoyant j'avais en lançant le débat indiqué que, comme souvent dans l'établissement d'une dictature, les Khmers Rouges n'étaient pas arrivés tout à fait par hasard. Juste avant, la junte de Lon Nol n'était pas particulièrement large d'esprit. Vous connaissez un peu ma modération et je crains les raccourcis. Lien fut aussitôt fait, hativement, avec l'actualité, favorisant ainsi à mon sens les à peu près. Un ciné-débat n'étant pas un meeting avec consignes nous avons réussi à revenir à toute la richesse de ce beau film qui méritait bien que l'on statue, modestement rassurez-vous, sur sa spécificité. A lire, L'élimination,  cosigné Rithy Panh et Christophe Bataille, à l'origine de L'image manquante.   

 

 

 

 

Posté par EEGUAB à 10:51 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

03 décembre 2015

Mon été avec le grand Will, scène 9 et rideau

S Lear Ran

                                      Je termine mes interventions sur le cinéma de Shakespeare par l'une des plus belles oeuvres qu'il ait inspirées. Ran (1985), plus ou moins une adaptation du Roi Lear. Kurosawa mit dix ans à concrétiser ce projet et c'est en partie avec les capitaux français de Serge Silberman (les derniers Bunuel notamment) que Ran vit le jour en 1985. Oeuvre totale, mêlant l'histoire traditionnelle du Japon médiéval et l'intrigue principale du Roi Lear, le film est fresque, drame Nô, violence, trahisons, soif de pouvoir, parfois surnommé Apocalypse Nô, eu égard aussi à ses conditions de tournage difficiles. Tout en ayant bien conscience que découper un film pour en analyser quelques séquences est le contraire du cinéma, qui doit rester un spectacle, ce qu'avait parfaitement compris Kurosawa, j'ai tenté de donner envie à mes élèves de voir ce chef-d'oeuvre, parfaitement dans l'esprit de Shakespeare, l'homme qui avait tout compris de l'âme humaine, de son bruit et de sa fureur.

rAN 3

                                       Hidetora (Lear) partage son royaume entre ses trois fils juste après une chasse au sanglier, version ludique du chaos qui n'allait pas tarder à se développer suite à l'abdication du seigneur. Ran peut d'ailleurs, à peu près, se traduire par chaos. Commencé dans un  restant de sérénité et le vert luxuriant des coteaux japonais le film devient très rapidement un premier réglement de comptes, avec la parabole des flèches brisées et la désunion évidente des trois fils d'Hidetora. Le Roi Lear, lui, avait trois filles, inacceptable pour un Japon post-médiéval dans une lutte pour le pouvoir. Ce sera donc trois frères ennemis  pour la version de Kurosawa, seule façon d'être crédible, les femmes étant la plupart du temps cantonnées à la sphère de la famille ou du plaisir.

rAN

                                     Trois fils rivaux, trois châteaux, trois désastres entrevus pour la dynastie. Dans un film de 2h35 alternent ainsi les scènes plus intimes souvent traitées avec un minimum d'effets dans le style du Nô, si étranger à notre approche occidentale, et les combats meurtriers, fratricides en une orgie de couleurs et de bannières aux teintes primaires identifiant les armées en compétition. Je crois que l'attaque de la forteresse, douze minutes sans bruit mais zébrées de la musique de Toru Takemitsu, est la plus belle scène de guerre à l'ancienne qu'il m'ait été donné de voir. Mais en dire plus sur ce film évènement est sans intérêt. Je ne peux qu'encourager à le voir.

rAN2

                                     En conclusion à ces quelques mois passées dans l'ombre de Shakespeare à travers le Septième Art je ne peux que modestement me demander qu'aurait été ma vie sans lui tant ses mots résonnent comme jamais dans la longue errance humaine. Je ne lui vois qu'un alter ego en cette olympe du génie de l'homme, Mozart. Je n'ai pas l'impresssion d'en faire trop, mais trop peu. Dieu merci l'un comme l'autre n'ont guère besoin de moi.

Posté par EEGUAB à 06:10 - - Commentaires [6] - Permalien [#]
Tags : , , ,

30 novembre 2015

Six cordes, vingt-quatre images/7/Bob Roberts

                                    Ce film de et avec Tim Robbins a déjà 23 ans. Il m'a plu d'exhumer ce pseudocumentaire au sein de cette rubrique qui se veut musicale. Mais bien sûr le sujet est hautement politique, ce qui n'est pas fréquent sur ce blog qui s'ingénie à ne pas s'ériger... Mais la satire est virulente, histoire de ce chanteur qui se met à politicailler, au ras des pâquerettes. Elia Kazan dans Un homme dans la foule, années cinquante, avait aussi abordé ce thème. Souvenirs attention danger. Très américain certes mais finalement transposable. Vous apprécierez le détournement du célèbre clip de Dylan Subterranean homesick blues.Tim Robbins chante lui-même ce démagogique fatras. D'autres, d'un bord à l'autre, d'une rive à l'autre, ne chantent pas.J'sais pas c'qui m'a pris d'écrire tout ça.

httpdivaag_vo__llnwd__neto42http_rtmpesharedViewster_Artworkmovie_artwork1198-52223-000_EN-netflix-hulu 

bobroberts3

 

Posté par EEGUAB à 06:14 - - Commentaires [8] - Permalien [#]
Tags : , , ,

25 novembre 2015

Mon été avec le grand Will, scène 8

                                        Promis. Encore un billet la semaine prochaine et je ne vous embête plus avec mon copain Will. Jules César occupe une place un peu à part dans l'oeuvre de Shakespeare. Ni pièce historique (tous les rois d'Angleterre) ni tragédie HamMacOth (j'adopte parfois le langage geek) Jules César est toute entière centrée autour du climax du meurtre du consul, Jules n'ayant jamais été empereur. Peu de films vraiment axés sur la pièce, mais deux chefs-d'oeuvre qu'il m'a beaucoup plu d'évoquer devant mes élèves, les plus studieux qui soient.

jules-cesar_4905_4ea63d3a4f13c137cc00644f_1320202764

                                        1952, Joseph Mankiewicz réunit le très officiel acteur shakespearien John Gielgud, James Mason et leur adjoint à la stupéfaction générale Marlon Brando dont la toge en Marc-Antoine semble encore auréolée de la sueur de son tee-shirt dans Un tramway nommé désir. Mankiewicz refuse le spectacle, le peplum alors que triomphent La tunique ou Quo vadis. Le film Jules César magnifie le génie de Shakespeare sans grandes scènes de foule, juste les Romains devant le sénat lors des discours de Brutus et d'Antoine. Bien sûr on envisage la fameuse accusation de "théâtre filmé". D'abord pourquoi pas? Une pièce bien captée  peut valoir un film platement tourné. Et puis ce n'est pas vrai. Les ombres du verger des conjurés, les statues pontifiantes par exemple sont de belles idées de mise en scène. Et, morceau de bravoure, l'oraison funèbre de César prononcée par Antoine, douze minutes, est un régal de manipulation de l'auditoire servi par un Brando retors, cauteleux, démagogue de génie.

20194851

                                         César doit mourir est une extraordinaire reconstruction d'une expérience ayant cours dans la prison romaine de Rebibbio. Les frères Taviani, octogénaires, bien délaissés depuis leurs chefs-d'oeuvre des années 70, frappent très fort à la Berlinale de 2012. L'Ours d'Or est attribué à ce film coup de poing, 1h15 au coeur et à l'estomac. La couleur très tranchée de la dernière scène de Jules César, représentation donnée par les condamnés longue peine, pas des voleurs de boosters, des durs, fait place après leur triomphe à leur retour en cellule. La vie continue, enfin la vie à Rebibbio. Retour au noir et blanc carcéral pour le casting, les répétitions de ce beau projet. Paolo et Vittorio ont retrouvé l'acuité de Padre Padrone ou de Saint Michel avait un coq.Les convicts s'investissent avec enthousiasme, s'accaparant les défroques de César, de Brutus, d'Antoine. Il y a même, oui, des sourires.

 

                         Quand sous l'oeil du génial duo et la plainte d'un saxo déchirant les taulards s'emparent de cet espace de liberté qu'est l'art, quand la fièvre du jeu, de la parole et la magnificence du texte déchirent les hauts murs de la périphérie romaine, on vit avec Cesare deve morire une expérience inoubliable, dirigée par le metteur en scène Fabio Cavalli. Et l'on a vu l'un des films les plus forts de ces dix dernières années. Cette totale congruence du théâtre relayée par un solide et bouleversant témoignage cinématographique semble héritée de Rossellini. On ne peut mieux dire. Nanni Moretti, autre grand ami, a permis la distribution de ce film. M'étonne pas de lui.

                    Dasola a vu César doit mourir à sa sortie: http://dasola.canalblog.com/archives/2012/10/12/25278828.html