08 août 2015

Mon été avec le grand Will/ Scène 3

Looking

                                Work in progress, on dit ça maintenant, Looking for Richard est le seul film mis en scène par Al Pacino. Il a déjà vingt ans. Je conseillerai ce film aux gens qui ont peur de Shakespeare, à ceux qui n'aiment pas le théâtre, à ceux qui prennent Al Pacino pour un chef mafieux, à ceux qui pensent qu'il n'est bon que débutant chez Coppola ou Lumet, à ceux qui ignorent tout des affres des répétitions (ce qui n'est pas mon cas puisque j'ai joué le récitant dans Le petit Poucet au Collège Saint Joseph de Pont Sainte Maxence en sixième, même que j'avais un beau pull rouge, c'est dire mon expérience théâtrale). Enfin là c'est peut-être une digression, voire une didascalie.

                               Al Pacino ce fiévreux ( rappelez-vous Panique à Needle Park, Serpico, Une après-midi de chien) est habité par l'art théâtral et qui mieux que Shakespeare pour vivre cette passion, Shakespeare avec  ses fulgurances et ses violences, la fascination du pouvoir, le goût du sang, les trahisons, le courage et la couardise, la vie quoi? Looking for Richard entremêle habilement les extraits de répétitions, les castings, les interventions d'officiels shakespeariens, Gielgud, Jacobi, Branagh, les pélerinages sur les lieux de vie du barde de Stratford. Le public aussi a son mot à dire. Kevin Kline avoue être parti avant la fin lorsque lycéen on lui infligeait Shakespeare. Al Pacino bouge dans les rues newyorkaises avec ses interprètes comme Richard III lançant "Mon royaume pour un cheval" à la bataille de Bosworth.

                               Quoi de mieux que de confondre les deux mondes, avec un guide extraordinaire, Pacino, et Shakespeare, notre mentor à tous, que nous aimions la scène, l'histoire, le cinéma, la vie. Et ma réplique préférée de tout Shak, "Now the Winter of our discontent has come to a glorious Summer" Plût au ciel, personnellement, qu'à l'hiver de notre déplaisir succédât un lumineux été.

 

 

 

 

 

 

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01 août 2015

Mon été avec le grand Will/ Scène 2

                   Projet cinéphilo-shakespearien oblige (pour lequel j'ai peut-être été un peu présomptueux)je viens de passer pas loin de sept heures avec un certain prince nordique qui depuis quatre siècles se pose une question essentielle, "To be or not to be".

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                     En 1949 sort Hamlet de (pas encore Sir) Laurence Olivier. Il a choisi pour ce film un noir et blanc très expressionniste, une profondeur de champ très wellesienne, des acteurs de théâtre très classiques dont lui-même, allant jusqu'à donner sa propre voix trafiquée au spectre du père d'Hamlet. Le film reste à ce jour le plus grand succès de Shakespeare au cinéma.   N'hésitant pas à des coupes drastiques pour un film qui dure cependant 2h27, à des suppressions de personnages, Fortinbras, Rosenkrantz, Guildenstern, allégeant ainsi l'histoire d'éléments politiques mais aussi comiques, Laurence Olivier concentre Hamlet essentiellement sur la tragédie familiale freudienne, ô combien freudienne.

                     Blond, sensible, voire contemplatif le Hamlet de Laurence Olivier (qui a 41 ans alors que l'actrice qui joue sa mère Gertrude en a 28) n'a pas la force d'un Mel Gibson (il est vrai en pleine Mad Maxmania en 90 avec le très académique Zeffirelli) ou d'un Branagh, les ultérieurs princes de Danemark. En ces années d'après guerre la psychanalyse est omniprésente au cinéma et chez les plus grands, Lang, Hitch, Welles, et c'est cet aspect que je retiendrai à propos de ce très beau film, par ailleurs très riche, gros travail sur les décors, les escaliers d'Elseneur, ombres et lumières, les accessoires du théêtre, plus encore que la pièce dans la pièce, cette mise en abyme qui est l'une des marques du Hamlet original.

                     Il y a bien des choses à rajouter sur cette admirable adaptation mais ce n'est pas l'objet de ces chroniques d'été, apéritives plus que roboratives. Un seul mot encore: les pièces de Shakespeare sont à géométrie variable et résistent à tout. Même Avignon n'a pas encore réussi le meurtre du grand Will. Cet homme là est un bienfaiteur, j'en connais peu, Mozart, Chaplin, Renoir...

                           En 1996 Kenneth Branagh, lui aussi tombé très jeune dans la marmite de Stratford, sortira son Hamlet en deux versions dont l'une est, semble-t-il, intégrale.Il situe la tragédie dans un quelconque empire vaguement Europe Centrale vers la fin du XIXe Siècle, et il la place aussi dans la neige, ce qui accentue la veine crépusculaire de l'oeuvre. Conçu comme un spectacle total Hamlet, quatre heures, a le souffle des films de David Lean et la passion du théâtre classique anglais, irremplaçable.

                           Obsession de Branagh depuis l'adolescence quand il admirait John Gielgud et un peu plus tard Derek Jacobi Hamlet vu par cet homme est une expérience qui s'accomode assez mal du format DVD. Mais la rigueur victorienne et l'art militaire contribuent à une vision contemporaine ou presque de cette tragédie hors normes de temps ou de lieu. La verve picaresque absente chez Laurence Olivier bénéficie ici de l'apport d'acteurs américains venus du one man show, Billy Crystal en fossoyeur ou Robin Williams en Osric. Car Shakespeare n'a jamai dédaigné l'ironie dans ses drames et ses violences.

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                          Le ténébreux Prince de Danemark a plus ou moins hanté de nombreux autres films. Parfois d'une étonnante façon. J'ai déjà évoqué ici  Aki Kaurismaki To be or not to be,en finnois dans le texte ou plus classiquement une sorte de polar admirable signé Kurosawa Haine et vengeance.

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                              Enfin je ne résiste pas aux trois titres de cet immortel western spaghetti: Johnny Hamlet, Django porte sa croix et Quelque chose de pourri dans l'histoire de l'Ouest.

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13 juillet 2015

Le cinéma, mon vélo et moi/9/ CDD à Pekin

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                                  Un très beau film chinois, très désenchanté sur le miracle économique du Céleste Empire. Le difficile apprentissage de la ville par un jeune paysan, exode rural, violence sociale, dans ce film qui a déjà près de quinze ans, âpre et ténu. A Pekin comme ailleurs tout ne marche pas comme sur des roulettes. Et un vélo peut faire l'objet de bien des tensions.

Le cinéma,mon vélo et moi

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28 juin 2015

Mon été avec le grand Will/Scène 1

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                               Je devrais intervenir à la rentrée à l'IUTA (Institut Universitaire Tout Age) pour un séminaire sur Shakespeare au cinéma. Je laisserai de temps en temps pendant quelques mois mes impressions sur ce sujet. Par exemple celles, plutôt bonnes, à propos de ce faiseur australien très in pendant quelques années vers 2000, Baz Luhrmann (Moulin Rouge!, Gatsby). Il est pas léger léger M.Luhrmann, masi il n'a peur de rien. Surtout pas de catapulter Leonardo Romeo DiCaprio sur les plages californiennes, et de faire des pères Capulet et Montague de richissimes parrains. Je n'avais pas vu Romeo+Juliet à sa sortie 96 mais l'idée s'est avérée assez géniale. Le barde de Stratford a des textes si solides qu'il résiste à tout.

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                               Ainsi Verone devient Verona Beach, banlieue de L.A. et les familles rivales voient leur nom briller au sommet des buildings. Montage speed, musique tonitruante, pubs agressives évoquant Shakespeare, Romeo+Juliet parvient souvent à dépasser le produit calibré et efficace pour atteindre une vraie grandeur tragique. Je le voyais presque par devoir mais j'y ai trouvé un esprit fidèle au génie shakespearien. Les scènes de rixes sur la plage sont très réussies, les grands bourgeois de Vénétie se coulent très bien dans les smokings des mafiosi rivaux, les interprètes ont l'âge du rôle, ce qui n'a pas toujours été le cas. Beaucoup de bruit et de fureur, les armes à feu ont remplacé les épées, le chevaux sont de métal et hurlent dans les rues. Très intéressant, et qui remet en question un a priori un peu buté (pléonasme). Quant aux dialogues rien à rajouter. Le titre officiel de ce film est d'ailleurs William Shakespeare's Romeo+Juliet. Vraiment un excellent scénariste ce M.William. Bon. Il me faut maintenant revoir West Side Story. Il y a pire comme devoir de vacances.

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23 juin 2015

Fin de saison cinéphile

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                             Je boude facilement le cinéma d'Arnaud Desplechin, c'est souvent ce que je n'aime guère et je suis injuste. Pourtant Trois souvenirs de ma jeunesse m'a intéressé. Le problème est qu'il me semble l'avoir déjà oublié, vu il y a une douzaine de jours. Qu'est-ce que ça veut dire? Paul Dédalus, on saisit évidemment la référence à Ulysse car l'on est intellectuellement outillé quand on va voir un film de Desplechin, hautement clivant, Paul Dédalus, donc, est anthropologue au Tadjikistan. Je sais pas pour vous mais moi, je me vois mal parti dans la vie pour rencontrer un anthropologue spécialiste du Tadjikistan. Mais pourquoi pas, les anthropologues spécialistes du Tadjikistan sont des êtres humains. Enfin je crois. Mathieu Amalric, car il y a Mathieu Amalric dans ces films-là, c'est contractuel, est crédible, ses souvenirs aussi. C'est un film pas mal. Il dure deux heures.

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                                Le partbiopic, néologisme bien français inventé par mes services pour bout de biographie, Selma, d'Ava DuVernay, sorti il y a quelques mois avec un total insuccès, est un film pas mal. Décidément tout est pas mal en cette fin de saison. Martin Luther King y apparait lors de la marche de Selma, Alabama, qui avait pour but de faciliter l'inscription des noirs sur les listes électorales. Car ils avaient déjà parfaitement le droit de vote, sauf que tout était fait pour les décourager en amont. Le débat suivant le film était intéressant mais comme la plupart des débats, un avis même légèrement contraire n'était pas si facile à défendre. L'acteur anglais David Oyelowo est pas mal du tout.

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                                Enfin j'ai vu deux fois avec pas mal d'intérêt le volatile suédois de Roy Andersson, Lion d'Or vénitien,dont ma critique vous éclairera peu mais vous libérera vite. Cependant, et personnellement, je suis plutôt client. Pour le reste...

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16 juin 2015

Le cinéma, mon vélo et moi/8/ Solitude et foi

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                             Au cinéma le vélo est souvent associé aux vacances, au beau temps, aux fleurs et à l'amitié. Souvent mais pas chez Robert Bresson adaptant Georges Bernanos, le si douloureux Journal d'un curé de campagne (1951). Admiré par la Nouvelle Vague, Truffaut trouvait chaque scène aussi vraie qu'une poignée de terre, le film, sobre et laconique, décida Bresson à ne presque plus utiliser que des acteurs non professionnels. Une épure qui fait de l'apostolat du jeune prêtre dans un Nord encore médiéval un sacerdoce qui ira jusqu'au calvaire.

Le cinéma,mon vélo et moi

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06 juin 2015

Toiles printanières

Taxi

                  Jafar Panahi, cinéaste iranien, a été emprisonné par le régime de Téhéran il y a quelques années. On se souvient de sa chaise vide dans le jury du festival de Cannes 2010 alors qu'il était retenu dans son pays. Honoré par les plus grandes manifestations pour Le ballon blanc, Le cercle, Sang et or, et cette année encore par l'Ours d'Or de Berlin pour Taxi Téhéran, le cinéaste est encore actuellement plus qu'en délicatesse avec le pouvoir et demeure interdit de tournage. Devenu une sorte de symbole d'un cinéma de la liberté, Panahi n'a pas que des partisans, y compris chez les intellectuels. Certains de ces derniers reprochent au cinéma international de sélectionner et récompenser ses films davantage pour le symbole que pour leurs qualités propres.

                Taxi Téhéran, tourné en douce dans les rues de la capitale iranienne ne sera pas vu de sitôt là-bas. On peut fort heureusement voir ici  ce "street-movie", ce huis-clos automobile, kafkaien en diable, très critique et souvent très drôle, qui cite Woody Allen et Nuri Bilge Ceylan la Palme d'Or 2014. A vous de vous faire votre propre idée, et éventuellement d'en discuter. La mienne, d'idée, est que ce film est passionnant et aussi pas mal roublard.

                Ce lundi 1er juin beaucoup de spectateurs pour ce ciné-débat, ce qui a permis des échanges très intéressants. Bien des pistes à explorer pour ce film clandestin, cocasse, drôle, bon enfant dont la légèreté apparente est évidemment très grave puisque remettant en cause la société iranienne à travers cette balade dans Téhéran. Le taxi collectif, surtout conduit par Jafar Panahi, ne manque pas de saveur et les passagers, à travers l'ironie, le système D et un sens de l'absurde picaresque rendent le voyage inoubliable.

Le labyrinthe

                  Le labyrinthe du silence, film allemand de Giulio Ricciarelli, a la lourdeur des films à thèse, expression jadis très en vogue dans le cinéma. Il n'en est pas moins intéressant. Un peu écrasant de bonnes intentions, voir la photo, le film revient sur le méconnu procès de Francfort, 1958, qui fut le premier à mettre en accusation certains responsables d'Auschwitz. Rien à voir avec Nüremberg. Cette fois les Allemands jugeront les Allemands. Bien mené, comme une sorte de thriller judicaire, Le labyrinthe du silence a surtout le mérite de rendre compte de la complexité de l'Allemagne d'après-guerre et de son miracle économique, possible parfois avec une certaine amnésie. En partie inévitable cette relative amnésie? C'est toute la question et c'en est passionnant.

pARTISAN

                      Je n'entonnerai certes pas Le chant des partisans pour ce film australien, fable très vaguement écolo-pédago-futuriste, où le gourou Cassel et les enfants inquiétants ne m'ont pas intéressé. De plus Partisan est plombé par une musique à vous faire frôler le saturnisme et, inquiétants, les enfants le sont tellement plus dans Le villages des damnés ou Le ruban blanc.

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30 mai 2015

Où l'auteur dévoile sa vie privée

Trésor

                                Belle expérience que cet après-midi dans un collège rural de mon département. Et comme un retour aux sources puisque l'enseignement fut mon premier choix d'études, immédiatement démenties. Mais ceci est une autre histoire. Contacté par une professeure de français pour venir parler des adaptations au cinéma de L'île au trésor, le type même du roman d'initiation, et Robert-Louis Stevenson étant ici considéré comme un enfant du pays depuis son tout premier livre An inland voyage qui relate un voyage en canoé dans les rivières du Nord, l'Oise notammment qui sinue à quelques hectomètres, c'est avec plaisir et un peu de trac que j'ai rencontré les élèves de cinquième du collège de la commune où j'avais exercé en libéral pendant si longtemps.

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                                C'est ainsi que j'entrai peu avant quinze heures dans une salle de classe bardée d'ordinateurs et plutôt coquette. Je n'avais jamais vraiment vu ça bien qu'étant intervenu il y a plus de vingt ans dans une classe de première de lycée. Là c'était vraiment pour moi inédit à ce niveau. Mais l'île était déjà bien balisée car l'enseignante avait fait avec ces élèves, déjà engagés en une option théâtrale, un gros travail en amont, de lecture et d'explication de L'île au trésor. Jim Hawkins, Long John Silver et l'Hispaniola leur étaient familiers, du moins s'étaient-ils construit leur univers de la flibuste, à charge pour moi de les éclairer sur la façon du metteur en scène de nous proposer sa version. Pour ces jeunes ados plutôt bercés par le roulis de Pirates des Caraïbes version Johnny Depp et Disneyland avec effets spéciaux voire 3D j'ai volontairement choisi le film que la secte des cinéphiles considère comme la version de référence, L'île au trésor de Victor Fleming, noir et blanc de 1934. Les élèves sont quand même restés.

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                                Ainsi nous officiâmes, mon DVD et moi, durant deux heures avec une récré d'un quart d'heure pendant laquelle je fus admis à boire un café dans la salle des profs, endroit mythique avec sa machine à café et ses tableaux informatifs où je repérai très vite la date du 2 juillet: pot de fin d'année. Trêve de plaisanterie j'avais souvent vu une salle des profs au cinéma et ne me l'imaginais pas aussi...féminine. Je n'ai vu qu'un homme. Accueil on ne peut plus agréable auquel je répondis évoquant ma carrière avortée d'enseignant, n'ayant pas dépassé les cinq semaines de cours en fac d'anglais mais je parle d'un temps où le cinéma était muet. Non, là j'exagère. Si. Je fus aussi impressionné par la jeunesse de certaines profs.

                               Courant au long du film, délicieuse adaptation digne des livres d'aventures des greniers de nos grand-parents, scènes comme des gravures, comme des frontispices d'éditions anciennes, les gamins ont manifestement apprécié de se sevrer un moment de numérique et sont fréquemment intervenus avec des remarques parfois géniales et inattendues. Le plus souvent cela portait sur la surprise de voir incarner un Jim différent de celui qu'ils avaient imaginé, ou une fusillade où chacun garde perruque poudrée ou bicorne et sans hémoglobine, fut-elle de noir et blanc.  Les questions les plus surprenantes portèrent sur le côté jambe amputée de Long John Silver, apparemment différent dans le livre et dans le film, ce que je n'avais pas cru déceler, et sur l'étonnement d'une élève quant au nom du perroquet de Long John prénommé Capitaine Flint alors que c'est une femelle. Il semble que cette énigme aie taraudé notre jeune passagère lors de ce sympathique voyage en ce qui était pour moi en terre inconnue, au pays de l'Education Nationale. Il est question de moi pour les Palmes Académiques, ai-je cru comprendre, à moins que je n'aie abusé du rhum.

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                              Je remercie ces enfants, tous attentifs et bien préparés, pour ce moment de curiosité où je n'aurais pas été en reste quant à l'apprentissage, comme Jim Hawkins, bien que plus de la génération de Silver. Et bien sûr leur professeure et à travers elle tous les gens du métier, qu'il m'est arrivé de brocarder, qui sait, peut-être parce que je ne suis pas des leurs. Enfin, un tout petit peu plus maintenant.

 

                           

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09 mai 2015

Un toit ne suffit pas

Toit rouge

                                       On n'est pas loin du chef d'oeuvre avec La maison au toit rouge du cinéaste japonais octogénaire Yoji Yamada dont je n'avais vu aucun film. J'ai recopié le synopsis. En 1936, la jeune Taki quitte sa campagne pour travailler comme gouvernante à Tokyo au sein de la famille Tokoda composé d’un charmant couple et de leur fils de 6 ans. Lorsqu'Itakura, un jeune collègue du mari est chez lui, Tokiko la maîtresse de maison se trouve irrésistiblement attirée par cet homme différent, sensible et cultivé. Témoin de leur liaison secrète, la servante se souviendra bien des années plus tard, non sans une certaine émotion, de cette époque tourmentée d’ un Japon en guerre dans la rédaction de ses mémoires...

                                       Ca a tout l'air d'un mélo et c'en est un. Et alors... Cette histoire simple est traitée  d'une manière calme et modeste, nous quitterons fort peu cette maison symbole d'abord d'un bonheur assez tranquille ou rien n'est remis en question et surtout pas la place de la femme dans cette société japonaise d'avant-guerre. Parlons-en, de la place des femmes. L'épouse est plutôt bien traitée, comme une épouse quoi, qui sait mettre en valeur son grand homme de mari. Pas très loin du féodal. La servante, quant à elle, suit un cursus classique pour une jeune fille pauvre à cette époque. Terriblement troublée par ce secret qu'elle partage bien involontairement avec sa patronne, Taki voit en plus comme tous les Japonais le spectre de la guerre s'avancer et se préciser. C'est un bel art que pratique Yoji Yamada: parvenir à faire passer le souffle de la guerre, la guerre sino-japonaise d'abord, sans insister, uniquement pas des bribes de conversation entre hommes, mais en nous faisant parfaitement comprendre cette sensation de culpabilité qui déjà lors du massacre controversé de Nankin, 1937, acommencé d'étreindre les Japonais.

                                       Puis c'est Pearl Harbor et le conflit du Pacifique. Itakura sera finalement mobilisé, les bombes sur Tokyo et le feu nucléaire (présent d'une manière ou d'une autre dans tout le cinéma nippon) auront raison de cette liaison secrète. Mais quel joli prodige que La maison au toit rouge qui en dit tant avec une économie de moyens, qui laisse le spectateur se faire sa propre version, et qui grave au coeur la jolie habitation tokyoïte. Fine analyse de ce Japon que l'on connait si mal, et bien beau mélo tout en retenue, le petit jardin, les volets claquant et les sentiments qui blessent pour si longtemps, comme tout cela exprime bien la sensibilité du vieux cinéaste. C'est un régal que ce film d'un grand classicisme que certains critiques ont confondu avec le conservatisme le plus rassis. Consternant. A mon avis.

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30 avril 2015

L'autre Michel-Ange

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                                            Il faudra que j'aille à Ferrare un jour. Je le savais depuis longtemps déjà, vous connaissez ma passion pour l'Italie en général, sa litté et son ciné en particulier. J'ai décidé de dire litté comme on dit ciné, à savoir une belle apocope, histoire d'avoir l'air de frayer avec tout ce qui s'écrit et se lit. Vanité...Humour, ça je précise toujours. Faute d'aller en Emilie-Romagne je me suis contenté pour l'instant de visiter à la Cinémathèque de Bercy, curieux endroit ou snobisme et perdition voisinent avec nostalgie et fascination, l'expo (encore une apocope) consacrée à Michelangelo Antonioni, un beau et patricien patronyme, presque aussi beau qu'Edualc Eeguab. C'est un modèle pour les cinéphiles, un endroit où je me suis senti mal, donc en phase avec le cinéma d'Antonioni, où tous les personnages ne vont pas bien, donc j'étais bien là bas à Bercy, à ma place, pas aux Finances. Le cinéma antonionien, on lui reproche parfois son nombrilisme, et l'on n'a pas complètement tort. Mais voilà, un nombril peut parfois, pourvu qu'il soit bien observé, nous apprendre beaucoup.

                                        Les films d'Antonioni prêtent le flanc aux accusations d'élitisme un peu comme s'ils venaient d'un homme qu'on estime mais à la réputation ésotérique. Il y a dix ans déjà, présentant les cinq géants du cinéma italien d'après guerre, j'avais pris pour incipit: Rossellini le professeur éclairé, De Sica le médecin prévenant, Fellini le roi-bouffon, Visconti le cousin aristocrate et contradictoire et Antiononi un autre cousin, intellectuel un peu éloigné.

Expo

                            Il faudra que j'aille à Ferrare un jour. Ferrare, héroïne des si beaux livres de Giorgio Bassani mais aussi ville natale d'Antonioni . L'expo n'oublie pas ses débuts néoréalistes, le court métrage Les gens du Pô, cette Italie juste après guerre qui initiait un nouveau courant, celui d'un cinéma qui sera comme aucun autre en totale adéquation avec un pays, un peuple, une époque. Je rabâche. L'influence du Duc de Modrone, Luchino Visconti, est bien là dans le premier quart de sa carrière, dont surtout après une incursion dans les coulisses du Septième Art, La dame sans camélias et sa première muse, Lucia Bose, il s'affranchira pour défricher une terra incognita en cinéma, la fameuse incommunabilité qui devait le poursuivre toute sa vie. Très bien initiée par Le cri, avec quelques séquelles néoréalistes, cette période culmina avec sa trilogie L'Avventura, La notte, L'eclisse. Ce fut aussi l'incompréhension, y compris d'une partie de la critique dérangée dans ses certitudes.

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                                Lettres, manuscrits, photos, et les magnifiques affiches, toutes plus belles les unes que les autres, composent ce chemin d'étoiles, interrogeant nos souvenirs cinéphiles et existentiels. Bien trop jeune pour la trilogie, j'ai découvert ces films et leur richesse trente ans après, stupéfait devant une telle modernité, un tel cran, qui devaient laisser au début des sixties bien des spectateurs au bord de la route. Un visage illumina ces années, Monica Vitti, même si dans La notte Jeanne Moreau, si souvent insupportable par la suite, forme avec Marcello un couple reflet, un duo miroir extaordinaire.

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                                    Cette expo s'intitule Aux origines du pop car Michelangelo Antonioni, très intéressé par la culture pop, Carnaby Street, le pop art, et la musique émergente, choisit de quitter l'Italie pour mijoter en Angleterre Blow up, Palme d'Or, parabole sur le voyeurisme et sur la presse qu'on n'appelait pas encore people, qui fit de lui une icône d'une certaine jeunesse, l'un des rares cinéastes à s'aventurer dans cet univers étrange et un peu effrayant pour qui avait dépassé trente ans. Moi j'en avais seize et, fou de cette musique, je retenais surtout la scène où Jeff Beck cassait sa guitare au sein des Yardbirds (Beck et Jimmy Page réunis, c'est le seul document). 

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                                    Puis ce fut l'Amérique de Zabriskie Point et Profession reporter, visions désespérées des seventies, déjà évoquées sur ce blog. Mais je ne vais pas faire l'analyse exhaustive de Aux origines du pop, j'engage seulement ceux qui en auront l'occasion, à s'attarder rue de Bercy pour découvrir un artiste protéiforme et qui ne se retourna pas, le contraire d'un créateur de recettes, et qui fut aussi peintre et photographe, l'influence d'un Giorgio de Chirico notamment.

                                    Il faudra que j'aille à Ferrare un jour. Car Michelangelo Antonioni n' apas usurpé son prénom, participant à une nouvelle renaissance de ce cinéma italien phenix, des paysans de la plaine du Pô aux esthètes oisifs romains, du Swinging London à la Chine postmaoïste. Il ya comme ça, des choses qu'il faut faire. Autre chose qu'on peut faire, sans être un italocinémaniaque comme moi, regarder ce beau montage travelling proposé par la Cinémathèque. http://www.cinematheque.fr/expositions-virtuelles/antonioni/index.htm

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P.S. Pour retrouver quelques-unes de mes chroniques sur les films de M.A. tapez Antonioni dans "Rechercher".

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