27 avril 2015

Afrique adieu

Masse critique

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                                 Voilà le quatrième et dernier ouvrage de la sélection Prix Relay Babelio. Et ce fut un grand plaisir, les quatre livres étant de qualité. Dominique de Saint Pern revient sur Karen Blixen d'une superbe manière, non avec une biographie de plus mais avec un portrait joliment brossé qui va au delà du célèbre et très réussi Out of Africa, bien que Meryl Streep apparaisse dans Baronne Blixen, qui reste un roman, et ne fait pas l'impasse sur le Danemark après son retour du Kenya. C'est peut-être un peu moins "grand romanesque" mais c'est très attachant.

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                                  Clara Svendsen, polyglotte, pianiste, latiniste fut longtemps la secrétaire dame de compagnie infirmière traductrice esclave, oui, tout ça, de Karen Blixen. Dans ce roman elle est la passeuse qui nous immisce dans la complexité de la galaxie Blixen, personnalité décidément bien difficile à circonscrire. Ses triomphes littéraires et sa santé chancelante, en grande partie cadeau de son mari Bror, ses très nombreux paradoxes, ce qu'il faut bien appeler son snobisme, sa passion pour Thornkild Bjornvig, poète plus jeune de trente ans, son amertume et une haute idée d'elle-même parfois nous conduisent à trouver Isak Dinesen Karen Blixen un peu "trop". Son carnet d'adresses nous énerve un peu, Truman Capote, John Gielgud, Cecil Beaton, Carson McCullers. Une scène sublime vers la fin du livre: un homme deux fois immense, à l'Hôtel d'Angleterre, Copenhague, n'ose lui téléphoner. Il repartira, sans la voir, intimidé. Il en fallait pourtant beaucoup pour impressionner Orson Welles. Je me fiche bien de savoir si c'est vrai, mais j'adoube cette anecdote. Citizen Welles adaptera après sa mort Une histoire immortelle. Quand la légende est plus belle que la réalité, on imprime la légende.

                                  Vous voulez savoir pour Denys Finch Hatton. L'Afrique est là bien présente. Les Kikuyus et les Somalis, les fauves et le Gipsy Moth jaune étincelant qui devait l'emporter. Et sa tombe sur la colline. Mais vous savez tous l'histoire. "Jamais plus sa voiture remontant l'allée. Jamais plus sa longue silhouette sur le seuil de sa véranda. Jamais plus ses chapeaux accrochés à la patère". Baronne Blixen, le livre, a su s'affranchir de son modèle et de sa très belle mise en scène hollywoodienne (ne cherchez pas, c'est un hommage, une qualité). Dominique de Saint Pern a tout bon, les climats, les cocktails, la chasse et la littérature, la grandeur et les petites petitesses du presque Prix Nobel anorexique et tabétique. Allez-y sans crainte de doublonner avec La ferme africaine, avec Out of Africa ou avec une bio traditionnelle. Vous y apercevrez un lion étendu non loin de Mbogani, vous y sentirez le souffle du vent sur Elseneur, et vous y aimerez plus encore la Baronne avec parfois des envies de la gifler.

                                   "Il (le soleil) joue avec son propre reflet dans l'eau puis s'amuse à caresser le pelage tacheté des girafes, ou bien la fine accolade dessinée à l'encre de Chine sur les flancs des impalas venus se désaltérer; enfin, indolent, il glisse sur le plumage des flamants et le lac brûle soudain dans la lumière des couchants."

Dominique  d'A sauts et à gambades    Baronne Blixen - Dominique de Saint Pern

 

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18 avril 2015

A la croisée des vents

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                                                      J'ai eu l'occasion de présenter ce film il y a quelques jours au multiplexe de notre ville. Un film qui nous vient d'Estonie, ce qui est déjà une rareté, mais surtout un film qui ne ressemble à aucun autre, exigeant, passionnant, déroutant et pourtant cohérent. Composé à 95% de plans fixes Crosswind narre la très peu médiatisée déportation des Baltes par l'Union Soviétique en 1941. Un noir et blanc oppressant mais de toute beauté happe le spectateur auquel il faut un peu de bonne volonté car sa situation est celle d'un otage, capté à son corps défendant, et qui subit le syndrome de Stockholm et entre peu à peu en empathie avec ses geôliers. C'est, je l'avoue, une façon un peu cavalière de présenter les choses mais des critiques ont parlé à propos de Crosswind d'une technique de gel cinématographique, une assertion pas du tout péjorative en l'occurrence.

                                                     Ce film a été bien reçu malgré son parti pris extrême et les spectateurs ont activement participé à une discussion sur le fond et plus encore sur la forme. C'était un pari que le Cinéquai 02 avait engagé , programmer cette oeuvre austère et difficile mais finalement très prenante. D'abord revenir un peu sur l'histoire souvent occultée de ce que le jeune metteur en scène Martti Helde nomme sans détour l'holocauste soviétique et l'exil forcé de si nombreux Baltes, et qui devait se prolonger au delà de la mort de Staline. Puis que ceux qui le souhaitent s'expriment sur la structure si unique de ce film. Ainsi de la caméra, seule à se mouvoir au long de Crosswind, serpentant, s'insinuant au plus près là d'un genou, là d'un visage ou d'une larme, là du grain du mauvais pain des reclus. Ainsi de la forme épistolaire du récit basé sur les lettres d'Erna jeune mère séparée de son mari, jamais envoyées, et qui ne saura sa mort que 47 ans plus tard, lors de l'éclatement de l'empire soviétique. Une longue glaciation qui perdura bien après la guerre, c'est ce que retrace sobrement et si intelligemment Crosswind/La croisée des vents, admirable premier opus d'un Estonien de 27 ans dont le projet fut initié alors qu'il n'en avait que 23.

                                                     Que dire aussi de l'impressionnante beauté de la bande son, quand bruissement des feuilles, chuchotements d'un modeste filet d'eau, voix off comme je n'en ai jamais entendue prennent une signification fabuleuse eu égard au côté statique des images, statiques mais jamais figées tendance Grévin, le risque majeur d'une telle entreprise. Afin de m'imprégner de cette histoire et d'étayer un peu mes propos j'ai vu Crosswind deux fois le même jour. Le film est d'une telle richesse que ce fut un plaisir redoublé. Le Septième Art s'égare si souvent qu'il faut rendre hommage à cette oeuvre originale et forte, jamais dénuée d'émotion.

"CROSSWIND - LA CROISEE DES VENTS" de Martti Helde

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30 mars 2015

Six cordes, vingt-quatre images/5/J'ai engagé un tueur

 Strummer

                                                                   Pas moins de trois légendes dans cette drôlatique et nordique balade en absurdie. Trois grands sobres, trois joyeux drilles, trois qui comptent. Bien sûr pas simple de faire entrer Mrs. Aki Kaurismaki, Jean-Pierre Léaud et Joe Strummer dans des cases bien définies. N'essayez pas. Jubilez seulement.

J'ai engagé un tueur,  Aki Kaurismaki, 1991, Jean-Pierre Léaud, Serge Reggiani, Margi Clarke, Joe Strummer

 

 

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26 mars 2015

A propos de Flore

Flore

 

 

                               

 

 

 

             Une belle soirée jeudi dernier au Ciné-Quai, où les associations France-Alzheimer et JALMALV projetaient le très serein et très beau document Flore. Le documentariste Jean-Albert Lièvre a filmé pendant quatre ans sa mère veuve atteinte de la maladie d'Alzheimer. Proprement stupéfiant, le film apporte un début de réponse à ce fléau, hélas tempérée très sérieusement par le volet financier. Flore a 70 ans en 2005, au moment où les premiers signes inquiètent ses trois enfants. Peintre de talent elle perd vite tout goût pour la création. Et c'est le chapelet hélas souvent inévitable d'assistance à domicile parfois refusée, d'hébergement en EHPAD puis en institution spécialisée. Flore se dégrade, vite, très vite. Jean-Albert en accord avec ses frère et soeur décide d'installer leur maman dans leur maison de famille en Corse.

                                    Nous sommes face à une famille privilégiée. Sur les plans intellectuel, affectif, et matériel, et c'est tant mieux. Voilà Flore dans cette jolie maison corse où elle connut tant de joies. Les enfants se sont démenés pour trouver de l'aide et nombreux seront les intervenants auprès de Flore dont le visage doucement redeviendra expressif, le poids normal, la marche possible, le sourire fréquent. Il faut l'avoir vu un an avant, plus que prostrée, en voie de grabatisation et d'une rare violence envers elle-même et les autres.

                                   Evidemment, et les premiers échanges du débat ont porté là-dessus, la famille a pu financièrement supporter des frais que l'on devine importants pour avoir à demeure un personnel adéquat, une "gouvernante" tibétaine qui lui a prodigué des soins de toucher, de massage, de chansons, asiatiques et certainement efficaces, un aide psychologique voisin dont je n'ai pas bien compris les compétences officielles mais manifestement très à l'aise et très en osmose avec Flore. Cette dernière a même pu nager à nouveau en Méditerranée. Sans parler des thérapies classiques des infirmières et kinés et là je ne vous cacherai pas ma surprise quand on sait la difficulté d'avoir un MK à domicile et d'une telle disponibilité, moi dont le cabinet tenu 39 ans a tout simplement disparu faute de successeur.

                                   Mais surtout mon sentiment après le document a été la stupéfaction. Interrogeant la gériatre qui répondait au public, j'ai eu la confirmation que, au moins dans certains cas idéaux, moyens, personnel, cadre de vie, famille unie, la maladie pouvait s'améliorer dans des proportions vraiment intéressantes. J'ignorais que c'était possible. Ce fut une soirée enthousiasmante et les spectateurs, concernés comme nous tous, n'oublieront pas cette Flore qui s'illumine à nouveau et retrouve le goût de vivre même si l'on ne peut certes évoquer la guérison totale, et si l'on a bien compris que les conditions optima pour une amélioration ne sont pas près de s'étendre aux si nombreux cas d'alzheimer.

 

 

 

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19 mars 2015

La poésie du jeudi, Peter Handke

Poésie du jeudi

Lorsque l'enfant était enfant (Als das Kind Kind war)

 

"Lorsque l'enfant était enfant, il marchait les bras ballants...

Il voulait que le ruisseau soit une rivière un fleuve et que cette flaque d'eau soit la mer...

Lorsque l'enfant était enfant, il ne savait pas qu'il était enfant.

Pour lui tout avait une âme,

Et toutes les âmes n'en faisaient qu'une.

Lorsque l'enfant était enfant, il n'avait d'opinion sur rien, il n'avait pas d'habitudes...

Souvent il s'asseyait en tailleur, partait en courant...

Il avait une mèche rebelle

Et ne faisait pas de mines quand on le photographiait...

Lorsque l'enfant était enfant

Vint le temps des questions comme celle ci:

Pourquoi est-ce que je suis moi?

Et pourquoi est-ce que je ne suis pas toi?

Pourquoi est-ce que je suis ici?

Et pourquoi est-ce que je ne suis pas ailleurs?

Quand a commencé le temps?

Et où finit l'espace?

La vie sur le soleil n'est-elle rien d'autre qu'un rêve?

Ce que je vois, ce que j'entends

Ce que je sens

N'est-ce pas simplement l'apparence d'un monde devant le monde?

Est-ce que le mal existe véritablement?

Est-ce qu'il y a des gens qui sont vraiment mauvais?

Comment se fait-il que moi qui suis-moi,

Avant que je devienne, je n'étais pas

Et qu'un jour moi qui suis moi

Je ne serais plus ce moi que je suis..."

Peter Handke.

https://youtu.be/deFSC741coQ (français)

https://youtu.be/fdv_u7HGQIk  (allemand)

Peter-handke

                                            Ce texte de Peter Handke est indissociable du chef d'oeuvre onirique de Wim Wenders Der Himmel über Berlin, Les ailes du désir. Ce n'est pas le texte entier mais on devrait le retrouver sur le lien, dit en français par le fabuleux comédien Bruno Ganz. L'association de l'écrivain autrichien et du metteur en scène allemand nous a valu quelques films exigeants qui à mon sens relèvent tout à fait de la poésie (L'angoisse du gardien de but..., Faux mouvement) Ecouter ces lignes en allemand peut être aussi source d'émotion, ne serait-ce que celle de rappeler la beauté de cette langue et de la haute culture germanique. Und danke Schön, meine liebe Asphodèle für die Donnerstäge mit Dichtkunst (sous réserve des déclinaisons).

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09 mars 2015

Guerre, cinéma et vérité

                             Guerre, cinéma et vérité, ce trio a souvent été utilisé et souvent malmené. Quelques mots sans prétention quant à deux films très récents, qui reviennent sur la  Guerre d'Irak et sur la la Deuxième Guerre. N'étant pas historien ni spécialiste je livre un simple sentiment de spectateur. American sniper, très grand succès américain actuel, pas forcément pour de bonnes raisons, a déclenché une certaine polémique prévisible.

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                                 On touche évidemment avec le dernier film de Clint Eastwood à ce thème hyperclassique du cinéma de genre, l'interventionnisme et ses composants. A travers le portrait du pour le moins controversé de Chris Kyle, "champion" des snipers en Irak, on assiste à un film très efficace qui, sur le plan du film d'action, est très bien mis en scène, le père Eastwood ayant depuis longtemps maîtrisé les codes du cinéma américain, mélo (Sur la route de Madison), western (Josey Wales, Impitoyable), thriller (Sudden impact), biopic (Bird). Alternance du front, catégorie spécial tireur planqué, ce qui diffère assez de la soldatesque confrontation d'un film de guerre classique, et des scènes familailes, même les snipers sont pères de famille. Pas très difficile de pointer un certain conservatisme, mais gardons-nous de trop juger à l'aune du vieux continent.

                                 Reste ce monsieur, Chris Kyle, excellement campé par Bradley Cooper, dont la personnalité pour le moins discutable, d'ailleurs rendue un peu plus présentable par le film, offusque pas mal nos européennes âmes. A juste titre, ajouterai-je. L'homme Kyle, bardé de médailles, revendiquait plus de 250 tirs létaux, c'est comme ça que ça s'appelle. Dont 160 officiellement validés. Je ne suis pas sûr qu'il faille faire dire à American sniper plus qu'il ne le mérite. C'est ainsi que ça s'est passé, au moins là-bas. Arrangez-vous avec. Les discussions interminables ne sont pas de mise. Elles seront, surtout pour un film comme American sniper, encore plus stériles que d'habitude. Quant à moi j'ai trouvé le temps long dans la salle ce jour là, et l'ennui un peu létal, ce qui n'enlève rien aux qualités strictement cinématographiques du film. American Sniper - Clint Eastwood vous donnera l'avis de Dasola, pas très éloigné.

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                                 Le thème d'Imitation game a été classé secret pendant cinquante ans. Le film est l'histoire vraie d'Alan Turing, génial mathématicien britannique, qui réussit à déchiffrer le code Enigma du Troisième Reich pendant la guerre. Turing était-il l'homme qui en savait trop? Rôle à oscar comme d'ailleurs celui de Bradley Cooper susdit, cet homme (incarné par le brillant Benedict Cumberbatch) ne suscite pas lui non plus une sympathie énorme, un tantinet inadapté depuis son jeune âge, une sorte de surdoué qui plus est homosexuel en des années où ce n'était pas la mode. La romance avec sa collaboratrice Joan Clarke me semble un artifice mais après tout je n'ai pas lu la bio d'Andrew Hodges dont le film est tiré.

                                 Alan Turing travaille en équipe, une équipe dont il devient le chef respecté, mais peu aimé. Il n'est pas du genre très amical et le metteur en scène norvégien Morten Tyldum ne cherche pas à l'humaniser davantage. De même après la résolution de l'énigme Turing n'hésitera pas à ce qu'on appelle la Realpolitik, ne pas trop divulguer cette découverte pour ne pas attirer trop vite l'attention allemande, c'est à dire sacrifier par exemple certains bâtiments anglais. Il plane sur Imitation game, et bien que ce ne soit pas à priori un film d'espionnage, une ambiance à la fois lourde et feutrée, qui évoque Graham Greene et John le Carré. Les célèbres agents doubles des années cinquante, Burgess et McLean, y sont cités.

                                 L'après-guerre, facile pour personne, le sera encore moins pour Alan Turing, considéré ingérable voire dangereux. Son homosexualité sera le prétexte idéal pour l'aliéner en le bourrant de médicaments contre le silence sur ses rencontres. Son suicide à 41 ans conclura une vie en marge,mais ça on le savait depuis le début, considérant ses problèmes d'intégration d'élève trop brillant dès les années de collège. Il n'a jamais été recommandé de trop sortir du lot. J'ai aimé ce film, pas bouleversant d'originalité, mais qui revient sur un aspect très méconnu de la guerre. Ainsi, avec Foxcatcher récemment chroniqué, trois histoires vraies ont donné trois films très différents, tous trois dignes d'intérêt.

 

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02 mars 2015

C'est la lutte fatale

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                                        Voilà un film d'une grande originalité et qui en dit long sur une société américaine des eighties, pas la plus sympathique. Histoire vraie. John du Pont, milliardaire très conservateur, vieux garçon refoulé passionné de matériel militaire, patriote à l'excès, mais aussi  philanthrope richissime qui parrainait l'équipe privée de lutte Foxcatcher du centre sportif amateur connu sous le nom de  Foxcatcher Farm  en Pennsylvanie, prend sous sa coupe Dave et Mark Schulz, deux frères médailles d'or aux jeux de Los Angeles en 1984. Si Dave l'aîné garde ses distances Mark s'installe à demeure à Foxcatcher. Les rapports entre le mécène, qui se veut aussi coach, et qui aime se faire appeler Eagle, très courtois au début, tournent à la fascination-répulsion. J'ai un peu pensé à The servant.

                                      Le côté physique de ce sport a manifestement été sérieusement étudié et les deux acteurs Tatum et Ruffalo sont très à la hauteur. Le vrai Mark Schulz, crédité producteur du film, a depuis la sortie émis un jugement très négatif sur Foxcatcher alors qu'il était tout à fait partie prenante lors de la présentation en compétition à Cannes 2014. Il semble depuis avoir fait à nouveau machine arrière. Tout est question d'ego dans le film et dans la vie. Je ne voudrais pas que l'on croie ce film destiné uniquement aux amateurs de sports de combat. La lutte n'a pas grand chose à voir ni avec la boxe, ni avec les arts martiaux. Si les corps y sont intimes on n'y trouve pas autant de rituels et si l'on est loin de Raging Bull les séances d'entraînement sont très belles. Croyez-moi, je ne suis pas un zélateur de ces activités.

                                     Rien à voir non plus avec une success story à la Rocky Balboa. Les frères Schulz ont déjà réussi quand John du Pont entre en scène. On a évidemment un peu évoqué une relation homosexuelle latente, tellement latente que j'y ai à peine pensé. Mais c'est ainsi et le nouveau conformisme conduit systématiquement à ce genre de conclusion pour le moins hâtive. Ou du suivisme des idées. L'intérêt de Foxcatcher repose surtout sur cette hypertrophie de l'american way of life, argentée et assez rétrograde, complexée en même temps qu'éclatante.Steve Carell, grimé, vieilli,et oscarisable (c'était avant-hier, c'est raté) est aussi attirant qu'un serpent à sonnettes dans le désert du Mojave. Et c'est très bien ainsi.

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23 février 2015

Le cinéma, mon vélo et moi/6/Le braquet de Noiret

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Qu'ils semblent loin ces vélos du cinéma français, qu'ils soient philosophie hédoniste d'Alexandre le Bienheureux, amitié des Copains ou tragédie du Vieux fusil. La roue tourne...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le cinéma,mon vélo et moi

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13 février 2015

Je est un hôte

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                                                                  Souvent perçue par les critiques comme un western existentiel cette belle adaptation très libre de L'hôte, nouvelle d'Albert Camus, issue du recueil L'exil et le royaume, est une réussite. On peut bien sûr discuter à n'en plus finir sur l'esprit et la lettre de Camus. Vieille histoire. Ecrit juste avant la guerre, ce récit met aux prises un condamné algérien (pour un meurtre de tradition si j'ose dire, type vendetta) et un instituteur ancien combattant de 40 censé le convoyer au village où il doit être jugé. Inutile de rappeler l'importance de la figure de l'instituteur dans l'oeuvre d'Albert Camus, elle est bien connue et il a maintes fois rendu hommage à Louis Germain l'enseignant de ses tendres années.

                                                                  Tel le supplétif d'un sheriff (Trois heures dix pour Yuma en étant l'exemple type) Daru plutôt pacifiste, vaguement "étranger" quoique l'hôte en quelque sorte de Mohamed (ambiguité du substantif hôte), hésite avant d'accepter la mission d'un fonctionnaire aux abois en ce qui commence à ressembler au début de la fin de la présence française en Algérie. La nouvelle fait dix pages, le film 1h45, et David Oelhoffen a souhaité aussi un film avec un minimum d'action, ce qui nous vaut une illustration qui reste relativement modeste certes mais qui permet de sortir du huis clos de l'oeuvre littéraire. Qu'en aurait pensé Albert Camus?

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                                                                  A mon avis peu importe en l'occurrence. Ce qui compte c'est que le questionnement de Daru-Camus est parfaitement rendu dans Loin des hommes, d'abord hostile à s'en mêler puis prenant en charge Mohamed, les deux hommes finissant par se respecter, tout cela dans un délai de quelques jours maximum. Evidemment le metteur en scène souligne et ponctue la justice, l'éducation, la guerre, la violence, évoquant même un crime de guerre. Camus, lui, n'avait pas besoin de tant d'images pour nous convaincre à travers un très beau texte, simple et quotidien, poussière, un cheval dans le lointain,quelques figues. J'ai lu trois fois la nouvelle, admirable, et vu deux fois le film, la seconde animant un bref débat, les spectateurs ayant apprécié Loin des hommes, à juste titre. Les deux acteurs, Viggo Mortensen, Américain qui n'a pas hésité à coproduire le film et à l'interpréter en français, et Reda Kateb, d'abord muré puis s'humanisant joliment, n'y sont pas, non plus, étrangers.

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09 février 2015

Géographie, Laramie,Wyoming

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                                   L'Amérique que je parcours musicalement, cinématographiquement et littérairement depuis si longtemps a ses laideurs profondes qui n'ont rien à voir avec la vieille Europe. Cette statue d'Abraham Lincoln perché sur granit en fait partie, ce qui ne nous empêche pas de boire un verre downtown à la santé du Wyoming dont nous connaissons déjà la capitale Cheyenne. Voici donc Laramie, petite ville de l'Ouest, dont le nom fleure bon mes chers westerns, essentiellement le superbe Man from Laramie, L'homme de la plaine, avec James Stewart. Le Wyoming, rectangle parfait, on reconnait bien là un rationnalisme américain, est le moins peuplé de tous les états de l'Union.

                                Richmond Fontaine est un groupe de folk alternatif qui existe depuis vingt ans. Voici, live à Edimbourg, la pièce à conviction de cette étape, justement appelée Laramie,Wyoming. Ce qui m'arrange bien. Si vous trouvez que cette rubrique fatigue vous avez raison. Si vous trouvez qu'elle est à bout de souffle vous avez encore plus raison. Terminus imminent... C'est vrai aussi que j'ai déjà dit ça plusieurs fois.