16 novembre 2015

Mon été avec le grand Will, scène 7

                   Antépénultième billet sur le cinéma de Shakespeare. Je ne reviendrai pas sur le film d'Orson Welles, cinéaste dont j'ai abondamment parlé déjà. Cet Othello de bric et de broc est le type même de film inoubliable malgré le tournage chaotique, le budget ridicule, les interruptions fréquentes. Une photo suffit à le comprendre.

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                 J'ai été très content de faire découvrir l'étonnant A double life, plutôt inattendu de la part d'un George Cukor somme toute assez hitchcockien pour cette variation sur la jalousie, cette horreur, cette horreur toujours illégitime. Homme de spectacle et de comédies Cukor brode autour de Broadway la troublante spirale qui saisit Anthony John, au patronyme si banal, grand acteur de théâtre moins lisse qu'il n'y paraît. Baroud d'honneur Anthony John accepte à contre-coeur d'endosser le rôle du Maure de Venise  devenu symbole de la jalousie. Le titre original prend tout son sens dans la vague des films de ces années souvent à forte empreinte psychanalytique.

Othello

                    Le syndrome d'Othello, cette hideuse jalousie, en un enchaînement troublant puis effrayant, va faire basculer l'esprit et la vie d'Anthony John, génialement interprété par Ronald Colman, oscarisé pour ce rôle. Ne sachant plus qui il est il  va vivre pleinement sa vie en donnant la mort. C'est un peu spoiler mais les probabilités de voir ce film sont si minimes. Surimpressions, musique du grand Miklos Rozsa, voix off, répliques de la pièce un peu sépulcrales, le film date de 1947. Je rappelle qu'un film comme toute oeuvre d'art, ne vieillit pas, il est de son année, comme un millésime, c'est tout. C'est pas comme nous.

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03 novembre 2015

Vanité, été, indianité

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                                Les gens de Ciné-philo nous proposaient ce mois-ci un film suisse, La vanité. Ce film, assez court, est une fable sur la fin de vie et évoque l'assistance au suicide, où la Suisse fait figure de pionnier. Nullement mélodramatique, jouant un petit air absurde limite burlesque, La vanité estainsi nommé à cause du tableau dans la chambre du motel où David Miller, en phase terminale, vient en finir avec la vie. Mais ça ne se passera pas comme ça. Espe, une Espagnole de son âge, censée être son aide, et le jeune prostitué slave de la chambre d'à côté, vont peut-être donner à sa vie, ou à ce qui lui en demeure, une autre direction.

                               C'est un joli film dont je n'irai pas jusqu'à dire qu'il nous fait voir la vie en rose. Dont je ne dirai pas non plus qu'il traite vraiment d'une forme d'euthanasie, ce que certains participants ont cru déceler. Mais c'est le propre des débats de... débattre. J'y ai vu une sorte de fantaisie, permettant de faire de ce David Miller, architecte vieillissant arrogant et acariâtre, quelqu'un de... disons quelqu'un de mieux.

Summer

                                Le film de la Lituanienne Alanté Kavaïté est une histoire jouant à plein de la sensorialité, de la sensualité, du mouvement à l'occasion d'un été balte (Summer, titre choisi pour l'exploitation en France). A tort perçu parfois comme une Vie d'Adèle nordique, Summer est essentiellement un joli frémissement sylvo-aquatique tant les arbres et l'eau y sont symboliques d'une liberté, notamment sexuelle, qu'on a parfaitement le droit de trouver appliqué et ennuyeux. Souvent plus intéressante est la proximité d'un passé soviétique pour ces lacs septentrionaux, avec le côté métallique des passerelles et des usines, ainsi qu'avec l'architecture si souriante (?) des immeubles staliniens. Reste de ce Summer un bon bol d'air et de jeunesse, un espoir un peu vain parfois, surtout à travers ce que j'ai ressenti comme un isolement de Sangaïlé, une héroïne de 18 ans, vis à vis de parents forcément peu compréhensifs. Tout cela m'a paru un peu trop attendu. Le public a semblé curieux de ce film exotique en quelque sorte. L'exotisme n'est pas fait que de ti punch sous les cocotiers. Pas besoin d'en nordire davantage.

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                            Une réserve indienne aux Etas-Unis ne passe pas pour l'endroit le plus jovial qui soit et l'espoir n'y coule pas tant que l'alcool. Les chansons que mes frères m'ont apprises est un film d'une jeune sino-américaine, Chloe Zhao. Estampillé Sundance, c'est un film sensible et assez authentique, tourné avec les les Oglalas de Pine Ridge, Dakota Sud. Cette réserve, d'après quelques recherches, est l'une des plus miséreuses et déprimées de tout le pays. Johnny vient de terminer sa High School et souhaite quitter Pine Ridge et son cortège chômage alcool trafic violence prison pour L.A. avec sa petite amie. Son père (père aussi de 24 autres enfants avec neuf femmes, pour un peuple qui vénère ses ancêtres c'est fou le nombre d'enfants qui ne connaissent pratiquement pas leur père) vient de mourir. Johnny aime beaucoup sa petite soeur Jashaun, douze ans. Difficile de partir. Difficile de rester.

                          C'est là toute la trame de ce film modeste et un peu déprimant dans sa réalité. La plupart des protagonistes y jouent sous leur propre nom, et quasiment leur propre rôle. L'espace traditionnel du western a fait place à une résignation cafardeuse malgré les pow-wow frisant le pathétique et les belles phrases légendaires, loyal comme le cheval du brave, libre comme le vent, résonnent maintenant à vide en cette contrée aride, ces badlands prison à ciel ouvert. Johnny a en mains son avenir (pas sûr). Et quel sera celui de Jashaun? Vieil adage que j'aime bien: un peuple qui s'adapte est fichu, un peuple qui ne s'adapte pas est fichu.

 

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19 octobre 2015

Mon été avec le grand Will, scène 6

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                                Après une première intervention sur les différents Hamlet j'ai planché cette semaine sur Macbeth, beaucoup moins souvent adapté. Au moins deux fois cependant de façon géniale avec deux grands shakespeariens, Orson Welles, Macbeth, déjà traité sur ce blog, et Akira Kurosawa, Le château de l'araignée (1957). Ce film est un choc visuel dans lequel Kurosawa réussit l'impossible, une synthèse entre le grand délire plein de bruit et de fureur, de sauvagerie et de sang, de la pièce et deux éléments traditionnels de la culture japonaise, l'action du film de samouraï et l'apparente neutralité du Nô, théâtre japonais ancien dont l'austérité semble parfois assez hermétique aux Occidentaux.

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                                  Tourné dans l'endroit le plus brumeux du pays, près du Fuji, Le château de l'araignée abonde  en passages magnifiques. Citons-en quelques-uns. Le retour de Macbeth et Banquo, j'ai gardé les noms anglais, dans la forêt, est somptueux par le sentiment de perdition qui en émane, leur chevauchée, qui les égare à deux reprises, est superbement fimée. Mais Kurosawa est aussi génial dans l'intime que dans la fresque. Ainsi les scènes entre Macbeth et son épouse Lady Macbeth, qui est le véritable ange exterminateur shakespearien, très peu loquaces, à la différence des autres Macbeth de cinéma, sont admirables. L'opposition entre le jeu de l'épouse, qui, si elle ne porte pas de masque, est elle-même un véritable masque. Toshiro Mifune, le légendaire acteur favori de Kurosawa, lui, n'est pas avare de grands gestes et de grimaces, tirant le film vers la tradition estampes guerrières, vociférations et regards haineux. Cette opposition dans le couple félon fut par certains reprochée au metteur en scène. D'autres, dont je suis, y voient une belle habileté.

                                  Il me faut maintenant revoir Le Roi Lear, autrement dit Ran, l'un des derniers films de Kurosawa, pour conclure sur ces mois élisabéthains, après avoir parlé lors de ces interventions d'Othello, de Richard III et de Jules César, et plus brièvement de La mégère apprivoisée et du Marchand de Venise.

P.S. Suite à un "shakespearian cafouillage" cet article doublonne pas mal avec un article pourtant très récent, scène 4. Je laisse les deux, quelques éléments différant cependant. Il y a eu quelque chose de pourri au royaume du blog de la Comtesse.

                          

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11 octobre 2015

Rentrée ciné

               Plusieurs films intéressants en notre CinéQuai depuis la fin des vacances. Amnesia le film de Barbet Schroder fut l'occasion de belles discussions sur la mémoire et le pardon. Thème éternel du "Qu'aurions-nous fait dans ces conditions?". Ibiza, 1990, Martha, Allemande presque septua, vit seule depuis 40 ans. Elle a tout fait pour oublier son pays d'origine, sa langue maternelle, et même voiture et vin d'Allemagne. Jo, 20 ans, allemand lui aussi débarque avec sa fougue de DJ et ses idées neuves, pas  seulement musicales.. Un mur célèbre vient de tomber. Le mur entre Martha et Jo se lézarde de même. Un film passionnant, départ parfait pour refaire le monde, même si je regrette un tout petit peu que dans ce genre d'animation ce soient souvent les mêmes spectateurs qui prennent la parole. Au fait Marthe Keller distille toujours un certain charme.

Amnesia

                                   Le Life du documentariste hollandais Anton Corbijn a également été bien reçu. En aucun cas une bio ni même un instant bio dans la courte vie de James Dean, pas davantage une chronique critique de Hollywood bien que Jack Warner et le système en général n'en sortent pas grandis, Life est une sorte d'étude, au sens pictural, de la rencontre entre James Dean, pas une vedette,J.D. vivant n'a pas eu le temps d'être une vedette, et le photographe Dennis Stock, même âge et tout aussi peu d'assurance et d'aptitude au bonheur. C'est assez fascinant et j'ai osé dire que les photos de Jimmy par Dennis, dont deux ou trois sont très célèbres, étaient peut-être ce qui témoignait le mieux de ces quelques mois de 55, les mois de la comète James Dean.

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                                   Une autre comète: Amy Winehouse que je connaissais peu. Outre que j'ai découvert une très grande chanteuse le beau document d'Asif Kapadia sobrement intitulé Amy m'a confirmé ce que je savais depuis  Brian et Jimi et Jim et Janis et Kurt et Jeff et... L'expérience des uns ne sert jamais aux autres, surtout pas quand on oeuvre dans le monde du rock. Record de célérité à l'autodestruction pour Amy Winehouse. Mais bon Dieu comme elle chante  chantait bien.

 

                                     Enfin nous avons reçu Christian Carion et Christophe Rossignon, metteur en scène et producteur pour l'avant-première d'En mai fais ce qu'il te plait, joli et sensible film sur l'exode du printemps 1940 dans le Cambrésis, région très voisine du Vermandois. Les deux complices (déjà pour Une hirondelle a fait le printemps, Joyeux Noël) ont ainsi raconté la naissance de ce projet, très personnel et très ancien chez Christian Carion, lui-même originaire de ce coin du Nord. Des centaines de milliers de Français jetés sur les routes de France, un sujet assez peu visité par le cinéma, des autochtones très impliqués dans le film pour un résultat émouvant et un vrai coup de coeur des spectateurs.

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09 septembre 2015

Mon été avec le grand Will/ Scène 5

                                          Quand on bosse un peu sur Shakespeare au cinéma on peut être tenté par le sérieux, voire le verbiage. Alors on se replonge dans le cinoche et on se dit que le meilleur film d'après Will, bien qu'il ne figure pas au générique, pourrait être celui-ci. J'ai d'ailleurs l'intention de terminer mon séminaire à l'Institut Universitaire Tous Ages par quelques images sans commentaires, juste un claquement de doigts, de ce chef d'oeuvre absolu, non pas seulement de la comédie musicale mais du cinéma tout entier. Voir, écouter...ressentir. Volontairement je n'ai pas choisi l'un des extraits les plus connus. Le cinq majeur de cette dream team: Robbins, Wise, Lehman, Bernstein, Sondheim. On peut vivre sans avoir vu West Side Story. Mais moins bien.

                                          Ce billet sera vraisemblablement le dernier du mois. Un petit voyage bientôt et Dame Lassitude au front un peu soucieux passent par là...


27 août 2015

Mon été avec le grand Will/Scène 4

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                                         Quand le grand maître Kurosawa s'empare de Macbeth en 1957 on comprend très vite le fabuleux sens shakespearien du metteur en scène, parvenant à faire du grand cinéma sans jamais renier l'origine théâtrale du sujet. Pas si éloigné du Macbeth 1948 d'Orson Welles (voir Les titans),Le château de l'araignée, assez fidèle à la pièce d'origine, est devenu pour les cinéphiles l'un des films les plus célèbres de Kurosawa. Un Japon historiquement en proie à la guerre des clans se prête admirablement aux brumes, au forêts shakespeariennes. Au sabbat des sorcières aussi, et aux multiples trahisons et meurtres qui composent Macbeth, ce chaudron de violence et d'ivresse du pouvoir.

                                         Je l'ai déjà dit, les pièces de Will sont à géométrie variable. On peut dire ouf, car ça permet ainsi pas mal de variations. Kurosawa élague, ébranche, réduit les trois sorcières à une seule, évacue nombre de personnages pour 1h45 de cinéma. Mais surtout le metteur en scène réussit un fascinant amalgame entre le hiératisme des films d'arts martiaux et le théâtre traditionnel japonais, le Nô, parfois si hermétique à nos yeux occidentaux. Kurosawa dit avoir trouvé dans Shakespeare, tout en épurant le côté touffu, une ambiance très proche d'un Japon historique, de souffle et de cendres. Magistral et merveilleux film, que je n'avais jamais vu. Les seigneurs de guerre nippons me sont décidément bien proches , autant que les rois soudards du barde de Stratford.

                                        Avant que les arbres de la forêt de Birnam ne marchent vers la colline de Dunsinane (ou la même chose en japonais), si vous avez l'occasion, voyez Le château de l'araignée et rappelez-vous qu'Avignon n'a pas le monopole Shakespeare. Cette flèche (à propos de flèche très belle scène de Toshiro Mifune, Macbeth transpercé) étant parfaitement de mauvaise foi. Je m'autorise parfois un brin de mauvaise foi.

 

 

 

 

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18 août 2015

Le cinéma, mon vélo et moi/10/ Godard en roue libre

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                                          Un cycle (drôle, ça) Vélo et Nouvelle Vague, outre Jules et Jim et Catherine dont j'ai souvent parlé, pourrait commencer par Brialy taquin et Karina boudant. On dirait une contrepèterie et je crois que ça ne déplairait pas à Jean-Luc Godard. Quoiqu'il en soit Une femme est une femme, 1961. Probablement le film le plus léger (qualité) de JLG qui s'y auto-cite sans complexe, Belmondo disant" Ce soir ils passent A bout de souffle, je voudrais pas le rater". Par ailleurs, autres hommages: le personnage de Belmondo s'appelle Lubitsch, et on y cite aussi Jules et Jim justement, et Moderato Cantabile, et Tirez sur le pianiste, et Lola.

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08 août 2015

Mon été avec le grand Will/ Scène 3

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                                Work in progress, on dit ça maintenant, Looking for Richard est le seul film mis en scène par Al Pacino. Il a déjà vingt ans. Je conseillerai ce film aux gens qui ont peur de Shakespeare, à ceux qui n'aiment pas le théâtre, à ceux qui prennent Al Pacino pour un chef mafieux, à ceux qui pensent qu'il n'est bon que débutant chez Coppola ou Lumet, à ceux qui ignorent tout des affres des répétitions (ce qui n'est pas mon cas puisque j'ai joué le récitant dans Le petit Poucet au Collège Saint Joseph de Pont Sainte Maxence en sixième, même que j'avais un beau pull rouge, c'est dire mon expérience théâtrale). Enfin là c'est peut-être une digression, voire une didascalie.

                               Al Pacino ce fiévreux ( rappelez-vous Panique à Needle Park, Serpico, Une après-midi de chien) est habité par l'art théâtral et qui mieux que Shakespeare pour vivre cette passion, Shakespeare avec  ses fulgurances et ses violences, la fascination du pouvoir, le goût du sang, les trahisons, le courage et la couardise, la vie quoi? Looking for Richard entremêle habilement les extraits de répétitions, les castings, les interventions d'officiels shakespeariens, Gielgud, Jacobi, Branagh, les pélerinages sur les lieux de vie du barde de Stratford. Le public aussi a son mot à dire. Kevin Kline avoue être parti avant la fin lorsque lycéen on lui infligeait Shakespeare. Al Pacino bouge dans les rues newyorkaises avec ses interprètes comme Richard III lançant "Mon royaume pour un cheval" à la bataille de Bosworth.

                               Quoi de mieux que de confondre les deux mondes, avec un guide extraordinaire, Pacino, et Shakespeare, notre mentor à tous, que nous aimions la scène, l'histoire, le cinéma, la vie. Et ma réplique préférée de tout Shak, "Now the Winter of our discontent has come to a glorious Summer" Plût au ciel, personnellement, qu'à l'hiver de notre déplaisir succédât un lumineux été.

 

 

 

 

 

 

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01 août 2015

Mon été avec le grand Will/ Scène 2

                   Projet cinéphilo-shakespearien oblige (pour lequel j'ai peut-être été un peu présomptueux)je viens de passer pas loin de sept heures avec un certain prince nordique qui depuis quatre siècles se pose une question essentielle, "To be or not to be".

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                     En 1949 sort Hamlet de (pas encore Sir) Laurence Olivier. Il a choisi pour ce film un noir et blanc très expressionniste, une profondeur de champ très wellesienne, des acteurs de théâtre très classiques dont lui-même, allant jusqu'à donner sa propre voix trafiquée au spectre du père d'Hamlet. Le film reste à ce jour le plus grand succès de Shakespeare au cinéma.   N'hésitant pas à des coupes drastiques pour un film qui dure cependant 2h27, à des suppressions de personnages, Fortinbras, Rosenkrantz, Guildenstern, allégeant ainsi l'histoire d'éléments politiques mais aussi comiques, Laurence Olivier concentre Hamlet essentiellement sur la tragédie familiale freudienne, ô combien freudienne.

                     Blond, sensible, voire contemplatif le Hamlet de Laurence Olivier (qui a 41 ans alors que l'actrice qui joue sa mère Gertrude en a 28) n'a pas la force d'un Mel Gibson (il est vrai en pleine Mad Maxmania en 90 avec le très académique Zeffirelli) ou d'un Branagh, les ultérieurs princes de Danemark. En ces années d'après guerre la psychanalyse est omniprésente au cinéma et chez les plus grands, Lang, Hitch, Welles, et c'est cet aspect que je retiendrai à propos de ce très beau film, par ailleurs très riche, gros travail sur les décors, les escaliers d'Elseneur, ombres et lumières, les accessoires du théêtre, plus encore que la pièce dans la pièce, cette mise en abyme qui est l'une des marques du Hamlet original.

                     Il y a bien des choses à rajouter sur cette admirable adaptation mais ce n'est pas l'objet de ces chroniques d'été, apéritives plus que roboratives. Un seul mot encore: les pièces de Shakespeare sont à géométrie variable et résistent à tout. Même Avignon n'a pas encore réussi le meurtre du grand Will. Cet homme là est un bienfaiteur, j'en connais peu, Mozart, Chaplin, Renoir...

                           En 1996 Kenneth Branagh, lui aussi tombé très jeune dans la marmite de Stratford, sortira son Hamlet en deux versions dont l'une est, semble-t-il, intégrale.Il situe la tragédie dans un quelconque empire vaguement Europe Centrale vers la fin du XIXe Siècle, et il la place aussi dans la neige, ce qui accentue la veine crépusculaire de l'oeuvre. Conçu comme un spectacle total Hamlet, quatre heures, a le souffle des films de David Lean et la passion du théâtre classique anglais, irremplaçable.

                           Obsession de Branagh depuis l'adolescence quand il admirait John Gielgud et un peu plus tard Derek Jacobi Hamlet vu par cet homme est une expérience qui s'accomode assez mal du format DVD. Mais la rigueur victorienne et l'art militaire contribuent à une vision contemporaine ou presque de cette tragédie hors normes de temps ou de lieu. La verve picaresque absente chez Laurence Olivier bénéficie ici de l'apport d'acteurs américains venus du one man show, Billy Crystal en fossoyeur ou Robin Williams en Osric. Car Shakespeare n'a jamai dédaigné l'ironie dans ses drames et ses violences.

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                          Le ténébreux Prince de Danemark a plus ou moins hanté de nombreux autres films. Parfois d'une étonnante façon. J'ai déjà évoqué ici  Aki Kaurismaki To be or not to be,en finnois dans le texte ou plus classiquement une sorte de polar admirable signé Kurosawa Haine et vengeance.

Hamlet (Kenneth Branagh) - Trailer

                              Enfin je ne résiste pas aux trois titres de cet immortel western spaghetti: Johnny Hamlet, Django porte sa croix et Quelque chose de pourri dans l'histoire de l'Ouest.

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13 juillet 2015

Le cinéma, mon vélo et moi/9/ CDD à Pekin

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                                  Un très beau film chinois, très désenchanté sur le miracle économique du Céleste Empire. Le difficile apprentissage de la ville par un jeune paysan, exode rural, violence sociale, dans ce film qui a déjà près de quinze ans, âpre et ténu. A Pekin comme ailleurs tout ne marche pas comme sur des roulettes. Et un vélo peut faire l'objet de bien des tensions.

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