26 novembre 2012

Immédiate après-guerre,froide

CAPE%20ET%20POIGNARD

             Je découvre vraiment tard ce film de Fritz Lang que l'on rattache volontiers aujourd'hui à sa série antinazie, Chasse à l'homme, Les bourreaux meurent aussi, Le ministère de la peur.J'avoue avoir longtemps pensé que Cape et poignard était un film de cape et d'épée.Cape et poignard était en fait le surnom de l'OSS,ancêtre de la CIA.Gary Cooper y interprète un savant américain inspiré de Robert Oppenheimer.Ce film est l'un des premiers à évoquer le péril nucléaire.En fait il est sorti une fois la guerre finie, climat de guerre froide s'installant vite, ce film s'inscrivit parfaitement dans la logique post conflit.

          Gary Cooper,alors une icône,prête sa longiligne silhouette d'honnête homme à la Capra et d'Américain noble et démocrate expédié en Europe pour la juste cause.Rappelons ici que Fritz Lang était citoyen des Etats-Unis depuis 1935.L'assassinat d'une chimiste hongroise pourtant réfugiée en Suisse,qu'Alva Jasper admirait,l'entraînera en Italie pour poursuivre la lutte aux côtés de patriotes italiens et d'un professeur dont la fille est prisonnière des nazis.Pas flagrant de vraisemblance le film recèle pourtant au moins une perle,une bagarre muette magistrale entre le héros et un traître,l'une des plus réussies que j'aie vues.De plus,comme cela arrivait souvent en ces années où le final cut n'appartenait pas au metteur en scène,la fin est bien moins ambigüe que ce qu'avait voulu faire Fritz Lang.

         Lang qui figurerait,semble-t-il,un peu plus tard sur une liste grise,avait travaillé sur Cape et poignard avec Albert Matz et Ring Lardner Jr qui deviendraient deux des Dix d'Hollywood ,condamnés par la " chasse aux sorcières maccarthyste", cette période beaucoup plus complexe qu'on ne la raconte parfois sommairement.A mon sens il est assez difficile de se faire à ce sujet une opinion d'acier.Voir un film de Fritz Lang reste de toute façon un plaisir de cinéphile et,plus simplement,de spectateur.

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30 novembre 2010

Je vous salue Mario

            Mario Monicelli(1915-2010)

     Ciao Signore Mario Monicelli.Un fan comme moi du si grand cinéma italien ne peut que vous remercier pour Le pigeon,Les camarades,La grande guerre, les deux Brancaleone,les deux Mes chers amis,Un bourgeois tout petit petit.

Amici_miei

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12 janvier 2010

Marlene du Kremlin au Maroc

     Sixième film du tandem Josef von Sternberg/Marlene Dietrich L'impératrice rouge (34) jouit d'un certain prestige.On verra que je préfère Dietrich dans les sables de l'Atlas.Pourtant Catherine de Russie,légendaire impératrice est incarnée avec conviction par l'égérie de Sternberg,plus en manipulatrice et séductrice ambitiues qu'en toute jeune princesse allemande presque digne de la Sissi d'Ernst Marischka.Josef von Sternberg a su parfaitement évoquer le clinquant baroque de la cour et le gâtisme meurtrier du grand-duc Pierre,époux de Sophie devenue Catherine.C'est dans d'hallucinants décors souvent morbides(diables,squelettes) que Marlène fait son chemin qui la mènera au despotisme après avoir éliminé son idiot de mari,ce tsar qui jouait aux soldats de bois et assassinait volontiers ceux de chair et d'os.

   De lourdes portes de bois sculpté cachent mal les turpitudes et les embûches du pouvoir.Et c'est au son d'un festival de carillons qui accompagne le film constamment(même les différentes versions de Quasimodo n'ont pas autant fait vibrer l'art campanaire) que Marlene/Catherine se révèle éblouissante, enjôleuse, cavalière,(pro)créatrice de l'archétype de la souveraine éclairée et sans scrupules.Mais le propos de Sternberg est plus,tel Pygmalion,de magnifier Dietrich dans l'un de ses sept films en commun.L'histoire montrera que Marlene,telle une créature prométhéenne,lui échappera.Sternberg,l'un des nombreux Viennois américains,ne s'en relèvera jamais tout à fait.

    Les historiens considèrent que Coeurs brûlés,inénarrable titre français de Morocco (1930),est devenu kitschissime objet du culte de quelques cinéphiles attardés.Ils ont raison.Morocco,avec son esthétique un peu cheap,son improbable casbah et ce mythe de la Légion Etrangère avant que Gabin et Duvicier ne s'en emparent avec avidité et talent,Morocco ne devrait plus intéresser grand monde.Cette ouverture avec vague musique arabisante plongeant sur la carte n'a même pas la jolie voix off qui sera celle de Casablanca douze ans plus tard.Pourtant le miracle du sable fonctionne toujours pour moi.Ce grand légionnaire dégingandé et solitaire,Gary Cooper jeune,sait me toucher par sa maladresse et son fatalisme.Alors tant pis pour l'origine théâtrale criante d'un film par trop statique.

  Enfin je donnerais les 80 premières minutes du film pour ce plan du désert sous le vent,la compagnie de Cooper partant pour l'enfer de sable,et Dietrich,quittant un élégant protecteur,distingué et humain,pour rejoindre l'arrière-garde des filles à soldats,ces Marocaines énamourées avec âne et biquettes,qui balance  ses chaussures et rattrape pieds-nus ces femmes qui ne savent qu'aimer leurs hommes au képi blanc.Exotisme des années trente dont il est si facile aujourd'hui de pointer les outrances.Et s'il en fallait...

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16 mars 2008

La colline inspirée

        Cette rubrique a déjà rendu hommage à Gary Cooper,Ceux de Cordura,Une aventure de Buffalo Bill,Le jardin du diable,L'homme de l'Ouest.Dans La colline des potences,titre français d'après le livre de Dorothy Johnson,Gary Cooper trouve l'un de ses derniers rôles,dirigé par Delmer Daves  par ailleurs auteur de classiques comme La flèche brisée,La dernière caravane,3h10 pour Yuma.C'est un beau rôle,assez complexe,de médecin pas désintéressé,psychologiquement désarçonné.Maria Schell,la grande vedette allemande de l'époque apporte une touche de fraîcheur dans ce rude pays de chercheurs d'or où l'on trouve aussi George C.Scott,déjà délirant dans son personnage de prophète intégriste.La justice expéditive est aussi l'un des thèmes de La colline des potences même si la pendaison y est finalement évitée de justesse.

        Voulant expier une faute originelle Cooper se comporte comme un tyran domestique vis à vis de la femme et du jeune voleur qu'il a sauvé.Ses principes de rigueur morale n'empêcheront pas la haine et la violence qu'il aura en partie déclenchées.Curieusement le rôle secondaire de l'évangéliste fou renvoie comme un miroir déformant l'image d'un héros fatigué,Gary Cooper lui-même,symbole d'une Amérique jadis forte mais empêtrée dans ses multiples contradictions.Le happy end traditionnel affaiblit cependant considérablement ce beau western de fin de règne.

   

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17 août 2007

Minéral mais magistral et musical

     Le jardin du diable (54) a les caractéristiques d'un western classique:duo de géants(Cooper/Widmark),  poignée d'hommes nantie d'une mission et peu à peu décimée,cadre âpre et somptueux,ici des falaises vertigineuses,frontière du Mexique.Mais il y a dans ce film de Henry Hathaway un personnage de femme très intéressant,joué par Susan Hayward,actrice remarquable méconnue en France.On sait que la femme est souvent la grande sacrifiée du western.Rien de tel ici car Lea, manipulatrice et autoritaire ne s'en laisse pas compter.

   Gary Cooper si grand dans Vera Cruz ou Le train sifflera trois fois est ici un aventurier fatigué et fait preuve de sobriété face à Widmark,toujours sec et nerveux,mais bien moins teigne que dans certains films.Le film surprend car il n'y a  en fait jamais d'affrontement entre Cooper et Widmark. Les Apaches ne sont vus que de loin,rendant ainsi leur présence inquiétante.Surtout Hathaway a un sens de l'espace extraordinaire et sait utiliser le roc,la poussière et la verticalité pour en faire un poème de couleurs.Le grand Bernard Herrmann signe la partition à laquelle je trouve des similitudes avec celle de La mort aux trousses. Rappelez vous le générique du film d'Hitchcock, particulièrement vertical.Il émane de ce film un parfum de lassitude de ce Grand Ouest,si souvent décevant aux aventuriers.

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24 juin 2007

Du bon vieux cinéma(enfin,surtout vieux)

    Entrez,entrez dans la fête foraine,le barnum du Septième Art,le grand cirque d'Hollywood.Vous y verrez Une aventure de Buffalo Bill,titre français un brin racoleur de The plainsman(1936) pour un film où le massacreur de bisons n'a que le troisième rôle.Vous y verrez le grand Gary Cooper,Wild Bill Hickock sympa et Jean Arthur,Calamity Jane vaguement suffragette mais fleur bleue.Vous y verrez la conquête de l'Ouest et de braves officiers qui ne se posent pas de questions.Vous y verrez des indiens comme il faut ou comme il fallait,méchants ou morts,enfin méchants puis morts.Vous vous associerez au culte de l'arme à feu comme on les aime,visant vite,bien,et rouge. Vous y verrez aussi que DeMille n'est pas un manchot de la mise en scène et que les chevauchées vont bon train, nanties d'un confortable budget.A propos je vous épargne le jeu de mots qui tue,Cecil Billet DeMille.Tiens je ne vous l'ai pas épargné.

   Bien sûr les années ont passé et DeMille,peu gâté par la critique,n'est plus que le directeur d'un grandiose bric-à-brac westerno-biblo-conservo-archaïco-militaro-antédiluvien.Au delà du gentil mordant de cette note il faut convenir que les films de DeMille ne manquent pas de souffle.C'est cela aussi le cinéma,une attraction foraine. Méliès l'avait bien dit.Je recommande de ne pas l'oublier totalement.Reste qu'on peut préférer Gary dans le magnifique Rebelle de King Vidor,ou vieillissant gunman dans Vera-Cruz.

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17 février 2007

Mann's Man

Click to Buy: - Man Of The WestGodard parle de sur-westerns pour quelques films sur l'Ouest et il cite parmi ceux-là L'homme de l'Ouest d'Anthony Mann où se dresse la haute silhouette vieillissante de Gary Cooper pour l'un de ses derniers rôles.C'est un film qui prend son temps avant d'installer ses personnages et de remettre en présence le gunfighter amendé et son vieux mentor,halluciné et limite folie,joué par l'impressionnant Lee J.Cobb.

En 1958 le western a vécu ses meilleures années.Très bientôt viendront les Italiens et les westerns crépusculaires.Anthony Mann a choisi Cooper plutôt que James Stewart(cinq westerns ensemble) pour incarner le solitaire même pas tenté par une rechute et le grand Gary y est criant de présence,conférant au moindre geste une inquiétude et une fièvre inouïes.Dans ce remarquable DVD en plus de Godard Bertrand Tavernier et Pierre Rissient apportent leur conviction à défendre ce grand film d'un immense auteur de films,discret et qui reste à redécouvrir.

Il faudrait faire une thèse sur le train dans les westerns pour y inclure L'homme de l'Ouest,si solide mais un  peu effrayé  par les jets de vapeur de la locomotive.A signaler le réglement de comptes final dans une ville fantôme magistralement cadrée par Anthony Mann et Julie London,élément féminin qui ne se contente pas d'être un stéréotype.

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12 octobre 2006

Les héros sont fatigués

Peut-être est-il un peu hasardeux de classer le très beau film de Robert Rossen,Ceux de Cordura(59) parmi les westerns.C'est en l'occurence un western tardif,l'action se passsant en 1916.Mais surtout il brode une histoire à partir d'une thématique plus contemporaine que les westerns classiques.Je dirais que dans ce film on cite plusieurs fois la Guerre de 14 et qu'il n'est pas si éloigné des grands film de genre comme Kwaï,Attack,Les Douze Salopards,voire Les sentiers de la gloire ou Les Hommes contre.Mais à la différence de ces deux derniers il n'inflige pas une sorte de "propagande pacifiste" et je mets là volontairement des guillemets.Ceux de Cordura,c'est un western presque bergmanien où l'introspection qui finit par saisir tous les personnages dans ce huis clos désertique nous conduit à nous poser la question qui hante Gary Cooper(un de ses derniers rôles,impressionnant):Où est le courage,où est la lâcheté?Terrible dilemme que nous connaissons tous un jour ou l'autre au cours de notre vie.


      "Une lâcheté ne fait pas d'un homme un lâche,une action de bravoure ne fait pas d'un homme un héros" dit Rita Hayworth,dans un rôle de femme riche et secret,cerné de zones d'ombre comme les autres "héros" ,Ceux de Cordura,destinés aux honneurs militaires.Ces hommes,en fait sont veules,violents,cruels et fourbes.Ils sont aussi,ou ils ont été courageux,exemplaires.Ils sont des hommes,c'est tout.Nombre de beaux moments dans ce film,les silhouettes de ces soldats comme perdus,harassés,asséchés de fatigue,la draisine qui manque de tuer Cooper,l'humanité qui finit par saisir les personnages qui iront tous vers leur destin.On ne sait plus bien si ce sera la corde ou la médaille.

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04 avril 2006

C'est dans les vieilles dentelles

AF-00900R.jpg"Vous reprendrez bien un peu d'arsenic,et quelques vieilles comédies américaines,toujours à même d'égayer octobre moribond"


J'ai découvert deux raretés inédites pour moi.Désir de Frank Borzage(1936) et Ernst Lubitsch est une pétillante occasion de voir un couple d'exception,Marlene Dietrich et Gary Cooper,très à l'aise dans l'humour,elle en escroc(quel est le féminin d'escroc?) aimant les perles et lui aimable Américain en vacances en Espagne.Ils son beaux et drôles,très loin de la chanteuse de beuglant et du légionnaire de Morocco(1930),ployant sous le destin chez Sternberg,leur autre film en commun.



On a peu vu également Henry Fonda en héros de comédie.Un coeur pris au piège(1941) de Preston Sturges nous le présente,herpétologiste en croisière succombant au charme d'une tricheuse aux cartes(Barbara Stanwick),un rôle à la Cary Grant.



Quant au vrai Cary Grant c'est sans commentairesIl faut le voir rouler des yeux au téléphone entre deux cadavres,deux tantes meurtrières à l'heure du thé,et deux frères,l'un sosie du monstre de Frankenstein et l'autre se prenant pour Roosevelt,sonnant du clairon à chaque fois qu'il monte l'escalier.C'est l'irrésistible Arsenic et vieilles dentelles(1944) du cher Frank Capra qui nous donne envie par sa folie d'acheter des cotillons le jour de la Toussaint.

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