08 septembre 2012

Mon père avait raison

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                                      John Burnside va rejoidre dès maintenant mon graal littéraire toujours visible ici même.Souffrant un peu d'autocomplaisance vers la fin Un mensonge sur mon père est dans la lignée,très autobiographique à mon avis, de Une vie nulle part Nowhere man. Burnside n'a pas vécu une jeunesse d'enfant de choeur,cela se respire à chaque page.Dans son Ecosse de minerai et de grisaille le personnage,au coeur des années soixante,est bien loin de la Swinging London.Joliment introduite par le mensonge du narrateur,John,maintenant un homme mûr,à un autostoppeur,cette ballade du temps d'enfance,d'adolescence et de jeunesse à travers l'absence au moins affective de la figure du père,se révéle terriblement clivante quant à notre propre divorce d'avec nos vertes années.Ce père est un enfant trouvé,donc un enfant perdu,à peine un enfant.

           Ces relations, plus inexistantes que difficiles entre le père,emmuré dans l'alcool et le boulot,et son fils,qui va très vite basculer dans la drogue,sont parfois à pleurer de désespoir.Ce n'est guère dans l'éveil des sens que le jeune homme trouvera une route semée d'étoiles,ses jeux érotiques plus sado-maso que baignant dans la tendresse.Un mensonge sur mon père s'avère parfois éprouvant.Même si une mère dépressive et anémique a protègé comme elle a pu John et sa sœur, même si le rock a pu accompagner l'apprentissage si douloureux (et ça c'est un élément auquel je suis particulièrement sensible,et j'aimerais un jour écrire davantage là-dessus qu'un article de trente lignes),même si une bibliothèque qui brûle peut finalement et curieusement s'avérer rédemptrice,on ne peut s'empêcher vis à vis de John d'une sentiment d'ambivalence quelque peu reptilienne,où la fascination finirait par triompher.

            Ce père,John,lui donne une allure de Robert Mitchum et je ne sais la part de réalité de cette idée,comme de celle qui ferait de ce même homme un ancien de la prestigieuse Royal Air Force,devenu ouvrier d'usine.Mais je trouve que c'est une bien belle licence littéraire.Parce que,et je me souviens de ma longue formation cinéphilique toujours en cours,Mitchum,c'est l'inquiétude même,dans tous ses films.Cette silhouette souvent hautaine et dédaigneuse,ce regard fatigué et décadent font de lui un archétype de l'ambiguité, le Love/Hate de La nuit du chasseur.Certains critiques évoquent une autre dualité quant au personnage du père de John:Jekyll/Hyde.Et la menace, présente du début à la fin,on ne sait laquelle d'ailleurs,mais une épée de Damoclès.Quant à la R.A.F on saisit bien le symbole,ce qui se fait de mieux dans l'establishment britannique (attention,pour moi rien de péjoratif),quelque chose qui aurait pu être,qui sait...

         Les sentiments du père et du fils l'un pour l'autre,au long d'un psychodrame des années durant,sont magistralement rendus par cet écrivain,aussi poète,qui évoque les terreurs de l'enfance à travers Edgar Allan Poe.Les pulsions ne seront pas meurtrières,enfin pas directement.Mais il s'en faut de peu.

 

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03 octobre 2011

Nowhere man

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                  Première incursion chez John Burnside,auteur écossais,très positive.Nous sommes en 1970 environ dans l'Angleterre industrielle en voie de désindustrialisation.Francis,son frère Derek,son amie Alina et son frère Jan,fils d'émigrants lettons,ont une vingtaine d'années.On est déjà loin de la Swinging London et ça ne rigole pas tous les jours dans ce pays d'acier et de crassiers. Drogue et violence à tous les étages,comme partout puisque l'expérience des uns aura à jamais dans notre monde refusé de servir aux autres.Sinon ça se saurait et Kurt Cobain aurait vécu plus longtemps que Jim Morrison.Mais faut pas rêver.Peu de place pour le rêve donc à Corby,une fois la bière tirée et les couteaux évités.Passer d'Ecosse en Angleterre pour Francis n'aura donc pas été simple dans ce "Royaume-Uni".Mais pour certains les dés ont été jetés précocément avec leur souffle de vie.Francis part alors d'abord sur les chemins anglais,buissonniers mais où l'herbe n'est pas plus verte.Parfois outrageusement banal Francis se défonce comme tout un chacun mais lui ne croit même pas ainsi se singulariser.Belle lucidité.

       Une vie nulle part n'est pas qu'un livre sur le mal-être ou sur la partance.Les liens familiaux sont remarquablement évoqués dans les deux premiers tiers du livre,avec la parole donnée à son frère Derek qui joue de la basse et écoute Rory Gallagher pour chasser le quotidien enfumé,ou à leur père Tommy veuf sombre et que l'ange de la violence caresse parfois aussi.L'amitié et le souvenir ont accompagné Francis comme de bienfaisants nuages mais la route est bien âpre pour cet indépendant un moment égaré en un château sectaire parcouru de fantômes sonnés.

     Une vingtaine d'années va ainsi passer depuis la Californie et Silicon Valley à laquelle on ne s'attendait certes pas jusqu'au retour final.Des rencontres,des frustrations sur cet itinéraire d'un enfant troublé,zébrées de riffs de guitare qui pour moi sonnent comme une madeleine littéraire tant la musique de ces années électriques balance en moi depuis plus de quarante ans.Manifestement je me sens assez frère de Francis et de Derek et j'ai partagé,ému,leurs espoirs et leurs désillusions,et plus simplement leur fraternité jusqu'à un secret terminal révélé que je n'ai pas encore découvert.Car,et c'est assez rare,je suis si bien avec Francis que je ne précipite pas mes adieux à son univers.Je ne peux qu'engager à faire la route avec ces gars-là,authentiques et douloureux.Quant à John Burnside il aura de mes nouvelles.Ou plus exactement j'aurai de  ses romans.Lui pardonnant même la pourtant gravissime erreur d'attribuer le fabuleux Wooden ships à Jefferson Airplane au lieu de Crosby,Stills and Nash.Hey John!Je suis chatouilleux là-dessus. 

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25 septembre 2011

Rimes et rythmes d'Erin

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L’ AUBE
Je serais ignorant comme l’aube
Qui vit d’en haut
L’ancienne reine mesurant une ville
Avec l’épingle d’une broche,
Ou les hommes flétris qui virent
Depuis leur pédante Babylone
Les planètes insouciantes dans leur course,
Que les astres se fondent où la lune survient,
Et firent des calculs sur leurs tablettes;
Je serais ignorant comme l’aube
Qui se tient, pure, et berce le coche étincelant
Sur les épaules fumantes des chevaux;
Je serais - sans la connaissance qui vaut moins qu’une paille -
Ignorant et léger comme l’aube.
 

      Ces mots sont de William Butler Yeats,Prix Nobel 1923.Il y a des lustres les Waterboys emmenés par Mike Scott avaient déjà abordé ses rivages avec la somptueuse voix du barde Tomas McKeown (MacEoin gaéliquement parlant) et le sublime Stolen child.Mike l'Ecossais est de retour pour  une osmose plus qu'un hommage avec l'album An appointment with Mr. Yeats exclusivement consacré au poète irlandais.Moins de mots de moi, mais plus de mots de Yeats chantés par Mike Scott et ses Waterboys,volà ce que je vous propose.En espérant une date  pour les Waterboys en France qui en est restée à Fisherman's blues que j'aime beaucoup mais qui est un peu le poisson qui cache la marée.Dire qu'il y a des cuistres qui confondent Yeats et Keats.Ha ha ha!Personnellement j'ai très vite corrigé cette erreur au bout de...quarante ans.

http://youtu.be/JBfHGPAbjlc  The Lake Isle of Innisfree    The Waterboys

 

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28 août 2011

Plus près de toi

Ohagan

      D'Ecosse nous arrivent Andrew O'Hagan et ce roman Sois près de moi qui nous présente un prêtre catholique muté dans la bourgade ouvrière de Dalgarnock,pas très loin de Glasgow,peu reluisante entre la bière,les bagarres et le Celtic Glasgow.Un livre intéressant sur un sujet devenu fréquent:les troubles de ce vicaire de Dieu vieillissant au contact de jeunes plutôt désoeuvrés.On n'est pas obligé de se passionner pour les problèmes existentiels du Père Anderton.On peut même souhaiter lire autre chose.Pourtant Sois près de moi ne m'a pas laissé indifférent.

     Le portrait du prêtre est attachant.L'homme ne se paie pas de mots,ne prétend pas détenir une vérité.Il cherche surtout à ne pas décevoir vraiment ses paroissiens qui en veulent à l'Anglais qu'il demeure.Quant aux autres,on sait leur opposition historique contre les papistes.Sa gouvernante,Mrs Poole est une femme peu commune qui ne le ménage pas,peu,impressionnée par les humanités du Père Anderton.Le passé du prêtre est douloureux sans être honteux.Sur ce chemin à la foi parcourue d'une houle discrète mais réelle et nourrie des réminiscences d'un père chirurgien mort brutalement et d'une mère écrivain et bien vivante quoiqu'éloignée le Père David se voit entraîné vers les tourments d'une affaire embryonnaire mais qui suffit aux commérages et aux représailles.La présomption d'innocence, on s'en doute,n'est pas trop bien partagée en ces terres méfiantes,voire hostiles.

    Le Père Anderton,très lucide sur ses faiblesses et sur la compréhension des hommes,aura à faire à sa hiérarchie et à la justice.Rien d'absolument catastrophique probablement.Assez cependant pour qu'on se prenne à aimer cet homme en ses erreurs et ses peines.Assez pour que personnellement j'ai songé à Georges Bernanos qui a si bien parlé de la tempête sur le crâne de l'homme de Dieu.Sois près de moi ressemble ainsi à ces îlots écossais désolés qur lesquels le Père David emmène ses jeunes gens.Parfois pour un début de perdition.

  

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24 décembre 2009

Grace d'Ecosse

                                         Deuxième livre pour moi de cet auteur écossais(voir Le coeur de l'hiver http://eeguab.canalblog.com/archives/2007/01/23/2924105.html Cet écrivain commence seulement à être traduit en France,trente ans après la publication originale.C'est une plume très riche que Dominic Cooper.En moins de 200 pages il nous intéresse à Murdo Munro,forestier écossais qui vient de quitter sa femme à 58 ans,le jour du mariage de leur fille.après avoir accessoirement incendié sa maison.Fuyard,perdu,Munro,plutôt bon bougre,erre dans cette forêt d'Ecosse péninsulaire,en quête d'un restant d'avenir bien ténu.Les collines,les lacs,les ruisseaux de ce petit bout d'Ouest 'Ecosse n'ont pas de secret pour Dominic Cooper.C'est extrêmement bien décrit,à en frôler le vertige du lecteur.Qu'il parle des nuages ou des oiseaux il nous enchante.Tout petit extrait:"Survolant les collines en direction du sud,quatre corneilles,des lambeaux noirs devant la lumière plus haute,passèrent devant la montagne et disparurent bientôt."

   Drame de l'usure des sentiments et de la solitude,Vers l'aube,est un superbe poème de cette Calédonie tellurique,cette Ecosse rude et enclavée,ces rochers d'Occident aux prises avec la mer.A mille lieues de la littérature du nombril que je déteste prenez une pinte de cet alcool aux forts effluves que n'auraient renié ni Stevenson ni Conan Doyle.Je ne sais s'il y a d'autres romans de Cooper à paraître mais d'ores et déjà ce bel écrivain d'embruns et de fougères rejoint mon album photo.Il y sera en bien belle compagnie.

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