03 mars 2016

La poésie du jeudi, Théophile Gautier

Poésie du jeudi 

                                J'avais bien l'intention de vous imposer un poème de mon crû. Quatre misérables vers pourtant courts suffirent  à ma muse pour prendre la poudre d'escampette. C'est qu'elle est capricieuse. Femme, elle est dame. Non, l'inverse. Dame, elle est femme. Bref il vous faudra vous contenter de Théophile Gautier qui ne fut pas que le papa de Fracasse. Somme toute c'est pas mal non plus.

T_Gautier

Les colombes

 

Sur le côté là-bas où vont les tombes

Un beau palmier, comme un panache vert

Dresse sa tête, où le soir les colombes

Viennent nicher et se mettre à couvert

 

Mais le matin elles quittent les branches ;

Comme un collier qui s'égrène, on les voit

S'éparpiller dans l'air bleu, toutes blanches,

Et se poser plus loin sur quelque toit.

 

Mon âme est l'arbre où tous les soirs, comme elles,

De blancs essaims de folles visions

Tombent des cieux en palpitant des ailes,

Pour s'envoler dès les premiers rayons.

 

Théophile Gautier (1811-1872)

Recueil La comédie de la mort (1838)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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26 février 2016

L'Ecrivraquier/5/Un attardé

 L'Ecrivraquier

                                  J'écrivais un roman policier, ou rêvais-je que j'écrivais un polar. Je ne me souviens pas de grand-chose, M. le Commissaire. De toute façon, réel ou pas, ça a salement avorté et j'ai pas envie d'en parler. Voilà, puisque vous insistez. O.K. J' avais un peu bu la veille,mais c'était au Rick's Cafe, c'est presque une excuse, non? Ah! Je vois que vous ne connaissez pas le Rick's Cafe, M. le Commissaire. Dommage. Bref, oui j'avais presque fini ce satané polar, c'était ma dernière nuit pour y mettre la dernière main. Je croyais qu'avec ce bouquin pas mal bâti je sortirais la tête de l'eau, que mon fils accepterait de me parler à nouveau, que mon chien guérirait, ou le contraire, je sais plus bien. Je croyais n'importe quoi. Mais putain, oh pardon! M.le Commissaire, mais pourquoi vous vous obstinez à ne pas me croire? Et qui vous dit que ce texte ne peut pas avoir été écrit tout récemment? Je ne me prends pas pour Simenon mais je vous jure, c'est moi qui l'ai tapé pas plus tard que le mois dernier. Elle s'était tirée quelques semaines avant. Et pourquoi cette histoire ne serait-elle pas de moi?

                               Je vais vous le dire, ce qui vous rend suspect, au moins d'un beau mensonge, ou pire encore. Si vous voulez qu'on ait foi en vos propos, en vos écrits, il faut vous mettre au goût du jour. Cest tout simple.Et je m'explique mal pourquoi vous vous êtes ainsi piégé. Vous, un type plutôt intelligent. Enfin dit-on. Personne, mais personne ne peut croire un seul instant que vous ayez écrit une énigme policière où le notaire est innocent. Ca ne se fait plus depuis des décennies. Incorrect. Où irions-nous, voyez-vous, dans une société où même dans la fiction littéraire, on aurait le droit de déclarer hors de cause un notable de Montluçon. Ou de Châteauroux, faites pas semblant de ne pas comprendre. Quoi? En plus vous vouliez que le bouc émissaire, indispensable dans tout polar, soit coupable? Mais vous relevez de la psy, mon ami. Et croyez-moi ou non, je pèse mes mots.

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04 février 2016

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab, version brévissime

Poésie du jeudi 

sans-titre

J'ai juste dix ans

Sur la blogosphère, oui j'erre

Et vous dites "Aie! Court!"

                             Oui, c'était il y a dix ans jour pour jour. C'était déjà un poème. Pas un haïku. Ca s'appelait Dixieland(Louisiana Story). Un grand merci à ceux et celles qui me font l'amitié de me visiter. Dix ans c'est "Aie! Long" pour un blog. Non?

 

 

 

 

 

 

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01 février 2016

L'Ecrivraquier/4/Lac aux âmes

L'Ecrivraquier

Le cygne était seul et immense

Plus de reflets dans l'onde

Plus même les assassines saulaies

De la blonde Ophélie

Le grisâtre veillait au grain

Enfuis les lustres, les couleurs

C'est peu de choses un lac

Réceptacle inaudible

Regrets de soirs d'été

Zéphyr cinglant la houle

Le reste, inanimé, comme à vau-l'eau

Vie qui s'assèche

Galets exsangues

Mutique ressac.

 

                                                         

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27 janvier 2016

L'Ecrivraquier/3/Le tiroir

 L'Ecrivraquier

                                  Ils me croient tous né dans la Rome néoréaliste, me croient grandi par delà les grilles de Xanadu. Les plus effrontés pensent que les restes de mon acné juvénile datent de la Marquise des Anges. Plus sérieusement il arrive qu'ils me consultent sur les querelles, celle de Chaplin et Keaton, ou celle des des Cahiers et de Positif. Un soir à l'Edito quelqu'un m'a demandé mon avis sur Gilles Deleuze. Jeudi dernier j'ai craqué et confessé que je n'avais rien vu du cinéma underground des frères lituaniens Adolfas et Jonas Mekas. J'ai beau leur dire que ma vie n'est pas un travelling panoramique et que je n'ai vu que 3353 films. Même si j'en ai vu certains douze fois. Rien n'y fait.  Ils m'ont posé là, dans la case Septième Art, et c'est ainsi. Je leur ai pourtant juré que je savais lire.

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19 janvier 2016

L'Ecrivraquier/2/Mon petit bal viennois

L'Ecrivraquier

                               Le Prater en juillet connaissait la chaleur épaisse de cette Europe Centrale qui le faisait rêver. Vienne certes ne dansait plus tout à fait comme avant mais sous le soleil qui fusillait la foule, des promeneurs de tous âges, souvent en culottes courtes, se pressaient tant aux attractions toutes récentes qu'aux baraques à l'ancienne, bien rénovées depuis longtemps déjà. Certains arboraient l'ultraditionnel chapeau à plume. Facile de se gausser. Peu lui importait. La veille la Hofburg l'avait épuisé mais son pélerinage viennois avait ses incontournables. Demain il cheminerait des heures durant dans le parc de Schönbrunn et boirait du frais Grinzing issu de ces vignes visibles du haut du Stefansdom.

                              Mais aujourd'hui Harry Lime l'attendait. Le grand escogriffe, l'un de ceux à l'origine de sa légendaire pathocinéphilie, il savait qu'il serait au rendez-vous. Il allait prendre son ticket pour la grande roue. Non, la Grande Roue, celle-là mérite des majuscules. Moquant allégrément et sur un air de cithare celles de Londres ou de Paris et alors qu'un orphéon n'avait pas cru le priver de la Marche de Radetzky il prit un billet et les portes de verre l'accueillirent. De là haut il verrait le Danube, loin et pas bleu. De là-haut L'empire d'Autriche-Hongrie revivrait un court instant. Même si ni sur le Ring, ni au Belvedere ne paraderait plus aucun Habsbourg.

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16 janvier 2016

Les plumes...by Asphodèle: Je suis venu vous dire...

Les plumes

                                Premier ramassage des copies par Dame Asphodèle avec les 24 mots qui suivent: jour-gentillesse-motivation-coupable-fer-almanach-visite-éparpillement-dilettante-farandole-insomnie-maison-passe-partout (un seul  mot)-plaisir-poésie-éclaircie-tempête-mélancolie-serpillière-agacement-chaleur-respirer-minuscule-syncopé.

                                Rituel ce rendez-vous avec son lot de ravissements et de déceptions, et son lot de non-dits aussi. Car astreints au silence nous nous sentirions coupables de ne pas aimer un texte et surtout de le dire, de peur de porter le fer et de gâcher le plaisir. Pourtant comment taire toujours et ne pas stigmatiser certains éparpillements nuisant à une certaine cohérence. La serpillière, fût-elle plutôt wassingue par chez moi, m'a un peu essoré l'esprit, provoquant plus d'agacement que de mélancolie, dont la visite au moins eût été une muse accomplie. La gentillesse sera donc à l'heure et au jour dits et ne donnera d'insomnies à personne.

                                Une tempête dans un verre d'eau, une révolution minuscule, une absence de motivation, voilà de modestes manifestations d'humeur de la part d'un plumitif, d'un folliculaire, inapte cette fois à jongler avec la farandole des mots autrement que dans l'aigreur. Aigreur relative, rassurez-vous, car le dilettante ès lettres que je suis, à l'inspiration pour le moins syncopée,  plumigère balzacien, dont les traits d'humour dignes d'un désuet almanach parsèment au hasard quelques écrits, peinant à respirer sur son clavier afin d'en sortir une moelle pas si substantifique, connait cependant quelques éclaircies de lucidité. Au point de songer à jeter l'éponge mais certes pas sur l'adorable initiatrice des Plumes, qui entre autres magies a su reconduire la poésie  jusqu'à ma maison, et fait preuve de beaucoup de chaleur à mon endroit. Qu'elle me pardonne ma désertion.

P.S. Passe-partout n'est passé nulle part. Quant à moi je serai ailleurs, ayant décidé de ne plus participer à cette belle épreuve d'écriture où je ne me sens plus très à l'aise. Ailleurs c'est à dire sur mon blog qui continue et où j'écrirai encore et toujours car, voyez-vous, j'adore ça. Et lecteur des Plumes je resterai car j'y rencontre aussi de bien belles choses.

 

                               

                               

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04 janvier 2016

L'Ecrivraquier/1/La manif

 L'Ecrivraquier

                                 Il s'était finalement décidé. Pourtant il n'avait pas la culture de la manifestation. On dit ça, souvent, des belles âmes, des sensibles, des prompts à arpenter, pour une bonne cause, qu'allez-vous chercher?. Mais pas lui, toute sorte de grégarisme lui était insupportable. Mais on disait qu'il y avait presque le feu. On n'allait tout de même pas laisser ce type investir notre beau théâtre à l'italienne? Alors, traînant les pieds, il s'apprêtait à rejoindre la Place de l'Hôtel de Ville, bien pleine somme toute. Il avait plus tard évalué à 3000 personnes environ, selon ses propres calculs, officieux, cela va sans dire. Pas mal pour une ville moyenne, très moyenne parfois. Percussions et slogans, drapeaux bien-pensants, mais c'est un pléonasme pour celui qui le brandit. Il tombait quelque pluie, trois fois rien, en ce petit soir, alors bon, ses principes...

                                De fait ils étaient presque tous là, ses amis, ses connaissances, ses ni l'un ni l'autre. Tant de monde ne pouvait avoir tort en même temps. Mais il n'était pas question qu'ils aient tort, mais non. Il lui sembla que quelques dizaines n'étaient pas excitées que par la défense de la démocratie. Mais une manif est rarement avare de petitesses. Après tout il en était, du bon côté, de celui qui est juste et tolérant, forcément. Fleurissaient quelques calicots, welcome aux uns, go home aux autres. Allez savoir pourquoi même les si françaises manifs s'anglicisent parfois. Les insultes à l'encontre des 150 partisans du type du théâtre, regroupés sur les marches, par contre, se faisaient en français vert au son des djembés.

                                C'est alors qu'il l'aperçut. Leur liaison, de notoriété publique, n'était plus depuis des années. Mais elle courut vers lui, l'embrassa, et le fracassa d"un "Oh! Ca me fait plaisir que tu sois venu". Ouf, il l'avait échappé belle. Nanti de cet aval, presque officiel, il n'était plus obligé d'attendre la dispersion. Il pourrait rentrer assez tôt. Tranquille. Il faut se méfier des manifs où l'on n'apparait pas. On pourrait croire des choses.

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01 janvier 2016

L'Ecrivraquier (présentation)

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                        Le mot-valise écrivraquier me semble explicite. Comme le vraquier, bateau généraliste qui transporte toutes sortes de marchandises, la rubrique L'Ecrivraquier véhiculera ce que j'ai envie d'écrire, pensées, brèves, poèmes, idées, traits d'humour, enfin tentatives, divagations, banalités et billevesées, aphorismes et àpeuprèsismes, le tout brut de décoffrage sans clés ni explications, de ci de là, cahin caha.

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                  Avec les errances, les échouages et les perditions inhérents à la fonction. La périodicité en sera pour le moins aléatoire. Et la durée de vie tout autant. Et la qualité... L'originalité je ne sais pas. Nulle originalité par contre mais toute ma sincérité dans mes voeux 2016 à vous tous, passagers habituels, fréquents, occasionnels ou rares, sur ce blog qui approche dangereusement les dix ans d'âge, ce qui implique parfois des signes d'essoufflement.

 

                   De plus, comme ce vendredi tout est permis, je me suis octroyé le droit de massacrer quelques arpèges de Naked as we came de Samuel Beam (Iron and Wine). On est comme on est.

 

 

 

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19 décembre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Elle et lui, septentrionalement

Les plumes

                                 Dernier ramassage des copies avant Noël avec les mots qui suivent:espoir-guimauve-comédie-musique-plage-liaison-mièvre-baragouinage-égalité-classique-chanson-inspiration-balai-essuie-glace-navet-louche-roman-abracadabrantesque-amoureux-batifoler. Les mots navet et abracadabrantesque, je les ai  délaissés, j'en avais le droit. Le mot louche me déplaisait, je l'ai ignoré, je n'en avais pas le droit mais je crois qu'il y a des limites à l'exercice. Il en reste dix-sept. Asphodèle a une fois de plus fait preuve de pas mal de patience. Merci Dame Aspho.

                                 La route de Deauville sous la pluie ne m'effrayait pas et ma maladive cinéphilie s'en délectait, le Piccoli des Choses de la vie, le Trintignant de Lelouch, n'étaient pas mes cousins. Ma Romy à moi, mon Anouk aimée s'appelait Larna, et c'était mon histoire, mièvre, diraient certains, péremptoires, mièvre mais mienne. J'étais depuis toujours un homme du presque Nord, attiré par quelque brume artésienne, par quelque brune picarde, et toisais volontiers toute plage subligérienne avec suffisance. Exception italienne faite j'avais toujours rêvé de l'emmener, inspiration Walhalla, vers Scanie, Jutland ou au moins Sligo et le moment était venu de la retrouver sur les planches avant de filer vers Roscoff. Le périple n'était guère classique mais nous avions près de quatre semaines. De loin, de très loin, c'était la première fois que le temps ne nous était pas trop compté, l'espoir d'une parenthèse inoubliable qui au moins pour l'essentiel ferait un joli souvenir, tendre et poignant comme une chanson d'automne bercée par les balais d'essuie-glace de Pont-Audemer et bientôt les embruns baltiques.

 

                                 J'avais toujours su, du temps d'infantiles baragouinages à prétention poétisante, que m'attiraient les moins, les moins chauds, les moins courus de ces rivages. Et puis c'était une fille du Nord à laquelle je chantais Girl of the North country, dylanesque ballade sixtine, un tome en soi du roman de ma vie. Ses cheveux n'avaient pas coutume de batifoler jusqu'au creux de ses reins, je cite, mais courts voire sévères, ils donnaient à cette liaison comme un léger parfum d'austérité, un sentiment avec lequel je me sentais plutôt bien, comme arpentant une lande écossaise ou une musique folk minimaliste. Je trouvais comme de la beauté à certain renoncement et le ton n'était plus à la comédie. Après tout l'égalité entre mes jours passés et à venir était quoi qu'il en soit caduque, le lent déclin tenait là le début de son forfait. J'espérais pourtant que les affres ou les délices amoureux, si voisins et si ressemblants, sauraient guider mes pas, nos pas, songeant qu'après tout, la fleur de guimauve est bien belle sous ses perles d'eau.  

 

Remerciements à Claude Sautet, Paul Guimard, Claude Lelouch, Robert Zimmerman, Hugues Aufray, Pierre Delanoé. Et d'ores et déjà Joyeux Noël à tous ceux qui sont de l'aventure des Plumes d'Asphodèle.

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