21 novembre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Tendre, l'oreille

 Les plumes

                                         Résultats du ramassage asphodélien de cette semaine: belle-gardien-lapin-destinée-envoler-fermer-souffle-partage-quitter-s'abstraire-voyage-cavale-réchapper-chose-respirer-poète-nid-rêve-vie-doux-fugue-oiseau-imaginer-balles-poudre-bercé. Soit 26 mots à notre disposition, lourde responsabilité.

                                         Ouf, reprenant peu à peu son souffle dans le hallier encore très touffu, curieusement silencieux en cette fin de premier dimanche, Jack le Lapin se surprit à espérer en réchapper. Bien peu d'oiseaux aux branches des chênes ou des frênes tremblotants, et la poudre n'était pas que d'escampette. Jack ne quitterait sa planque que lors des derniers aboiements des mâtins dans le soir débutant. Pour cette journée il n'avait pas trop à se plaindre, mais il avait vu Roger et Bunny exploser en vol, leur cavale s'était avérée mortelle. Il craignait de ne pas finir cette troisième saison de chasse, une moyenne de survie pour son espèce. Seul les lapins des poètes parvenaient à s'abstraire de la statistique, chez M. Carroll, de blanc vêtu, par exemple. Ou chez Mme Potter. Ou les lapins des vitrines pascales qui au moins avaient une chance de provoquer une belle indigestion chez les enfants des hommes, de ces hommes dont balles ou cartouches, j'ignore tout des choses cynégétiques, décimaient allégrément chaque automne la gent lagomorphe, faisant si bon marché de la vie dans le bocage, anéantissant le doux rêve de paix sur le terroir.

                                         Imaginer l'existence autrement qu'une fugue perpétuelle serait vain. La destinée de ces paisibles herbivores était ainsi écrite. Jack devait s'estimer heureux. Au moins il respirait en ce septembre vespéral, comme quelques bartavelles qui s'étaient envolées à temps, sursitaires. Ainsi soliloquait Jack le Lapin, fatigué et plus du tout bercé de la moindre illusion. C'était juste avant que le brodequin ne se ferme sur son antérieur droit. il n'aurait même pas en partage une mort au front comme ses amis. Son dernier voyage serait une longue agonie. Ainsi va la vie. Le pire, ultime gardien, est souvent à venir.

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                                          Ce texte est pour moi une très ancienne résurgence. Celle d'un bel album illustré des Contes du Lundi d'Alphonse Daudet. L'une des nouvelles était Les émotions d'un perdreau rouge. J'avais trouvé ça très beau. C'est l'une de mes plus lointaines lectures. J'ai ainsi eu envie d'y revenir mais en y mettant l'accent grave.

P.S.Le mot nid n'y figure pas.

                                         

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12 novembre 2015

La poésie du jeudi, Edualc Eeguab

 Poésie du jeudi

                                   Ces deux textes ont été écrits il y a plus de dix ans. Je vous les livre avec ma présentation de l'époque. A ce jour je crois qu'ils sont encore cinq. Je pense souvent à eux peut-être parce que je suis d'un pays de cimetières tout blancs et tout propres entre Somme et Chemin des Dames.Je n'ai pas envie d'en dire plus mais j'ai écrit ces quelques lignes pour eux.

Autour de Péronne

Notre pays n’est à l’honneur

Que lorsque novembre pointe sa douleur

Notre pays n’est guère

Qu’anniversaire des pleurs d’une mère.

La plaine est ainsi constellée

De ces rectilignes faisceaux

Portant croix blanches immaculées

Enserrées sous bien des drapeaux

J’aime à saluer ces lointains amis

Ces cousins si proches à la fois

Couchés sur ce plateau picard

Presque ignoré.

Ce siècle avait quinze ans

Les quatre cavaliers allaient emporter

Dans ce délirium funeste

Les illusions de ces pauvres humains

Mon pays fut l’un des théâtres

De cette fin d’un monde

Nos monuments sur ces terres ingrates

Ne sont qu’alignements

Souvent d’un blanc si propre

Comme pour éloigner les souillures

La boue sans patrie de ces collines,de ces halliers

Les villages fantômes

Veillent sur ces milliers d’hommes

Reconnus ou devinés.

Ici les noms ne sont pas tous de chez nous

Mais ma liberté et la tienne

Toi ma si chère amie

Souvenons-nous

Qu’elles leur doivent la vie,clairement

A Williamson l’Australien

Et Babacar de Casamance

La chapelle bleue du souvenir

Demeure,modeste repli de longue mémoire.

Ils n’avaient que vingt ans,sans bien comprendre

Que la terre de Somme,froide et calme

Serait leur linceul

Sans même un griot

Ou sans revoir leur cher Pacifique

Insondable folie des hommes

Qui devait arracher si loin

A leur soleil,à leurs forêts profondes

Ces garçons morts aux bourgeons

Sans même être exemplaires.

Rage.

Dieu,comme tu sais faire mal aux hommes!

 

Le poilu

Si là-bas sur le plateau assassin des Dames

Ailleurs en Picardie,n’importe où

En un quelconque Orient

Mais surtout dans la forêt

De ma pâle jeunesse,de mes vingt ans fougueux

A la naissance meurtrière et verte

D’une clairière pourtant vouée à aimer

Comme la nôtre...

Si la-bas et en ce temps j’avais écrit

Ces simples et si belles paroles

D’une vie qui s’exhale à son aube rougie

Aurais-je dépeint les arbres automnaux

Sous les mitrailles de l’enfer

Ou la boue des inhumains

Au coeur de la nature jadis hospitalière?

Aurais-je su,même maladroit évoquer l’indicible

Et traquer ces secondes comme des heures

Afin que ma mémoire dépose

Témoin dérisoire et magnifique

Brodant de tardives arabesques au seuil du néant?

Oui ce me semble j’aurais trouvé

Pour toi les mots des lettres les plus forts

 Et les ayant sculptés je t’aurais donné

La meilleure part de moi,le souffle de ma vie

Et tu aurais aimé,c’est sûr

Chaque lettre de chaque mot

Arrachée au destin rapace et délirant

J’aurais été ton poème entr’ouvert sur la nuit

Le sort aurait peut-être adouci ma misère

En laissant à ma main une ombre de talent

Pour que je te pénètre à t’en désespérer

Au reste de tes jours et je serais mort prince

Heureux de ta rencontre.

Pour toujours enfin je serais rimbaldien

Aux semelles légères à courir avec toi

A Florence et Venise

Aux dunes et aux ergs de Mauritanie.

Ces orages d’acier m’auraient condamné

A rester cet ardent cavalier

Frère des troubadours

Ami des guitaristes et jongleur de mots

Toi,tu aurais aimé,tu aurais gardé

Bien longtemps,bien toujours

Superbe actrice,ces monologues

 Enfin j’aurais été l’auteur

Des verbes de réalité

Que ta bouche meurtrie aurait incantés

De tes multiples profondeurs

Celles que je connaissais bien avant

Que de rejoindre le bataillon des perdus.

Et sur ces crêtes qui t’impressionnent

J’aurais laissé parmi tant d’autres

L’empreinte de mes doigts crispés

Sur ces rocs comme sur ton corps

Sous l’infini silence des oiseaux

Oui,Amour,tu aurais aimé

Quand après mon départ

Une vie aurait doucement pris son vol

Dans ton ventre habité.

Si j’avais été un soldat

Rebelle ou résigné,cela importe peu

Si j’étais tombé en ces lieux un peu tiens

Je sais que jamais je ne t’aurais déçue.

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24 octobre 2015

Les plumes...by Asphodèle: Platitude Nord

                                       Asphodèle, nous sommes tous très heureux  du retour des Plumes qui cette semaine devront s'arranger des 25 mots suivants: frissonner-vide-humeur-plume-embellir-enfin-sommeil-drogué-impasse-poésie-torture-plénitude-trop-plein (c'est un seul mot, ça, le mien)-youpi-énergie-absence-temps-dénuement-bol-idée-déchirement-bus-besoin-rationner-abandonné.

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                                          Le manque ment. Le manque ment. Et ce n'est pas à un manquement à la règle que de constater nos différences. Je ne citerai donc personne. Ainsi pour certains, pas de pot, c'est le bol qui vient à manquer, ne leur reste qu'à boire la tasse. Tel autre, usager des transports en commun, récrimine après son bus, qui lui a manqué de respect en filant sous ses yeux. Il y a ceux à qui le manque n'a pas manqué, puisque d'un youpi ils expriment leur satisfaction de la fin du manque. On retrouve la bonne humeur, voire pour les plus enthousiastes la plénitude, après tant de semaines de vide, d'absence, certains parlent même de dénuement. Enfin pour la plupart c'est l'embellie, après tout ce temps où l'on s'est senti abandonné. Estivalement rationnés en émotions les gens de plumes ont l'air de retrouver une énergie de bon aloi après ce presque sommeil de cinq mois. Les muses en frissonneront-elles de plaisir? La poésie s'en trouvera-t-elle célébrée à sa juste valeur? J'ai grande crainte que ça ne soit pas ici tant cette semaine c'est d'idées qu'il y avait grand manque et l'exercice s'apparentait davantage à la torture qu'à la béatitude. Qu'avais-je besoin d'y ajouter mon grain de sel, confirmant ainsi le trop-plein de sécheresse de mon imagination? Je n'avais qu'une hâte, sortir de l'impasse. C'est fait, au prix d'un vrai déchirement, car il est pénible de se savoir médiocre.

P.S. Je n'ai pas utilisé le mot drogué puisque le règlement permet d'écarter un ou deux mots. Ce qui est judicieux. C'était Edualc Eeguab, en direct des vingt-quatre heures du manque.

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25 avril 2015

Les plumes...by Asphodèle: Ballade de Vancou et Vladi

Les plumes

                                              Avec plaisir je me penche cette semaine sur la floraison avrilesque des Plumes que nous organise Aspho. Qu'elle en soit remerciée une fois de plus car c'est un bogro travail. Le bouquet se compose donc de 26 mots: allergie-velléité-brise-espérance-étincelle-écrire-déplaisir-censure-enfant-gourmandise-première-tramway-rides-éphémère-envie-amour-voyage-peluche-chocolat-tapir-envol-baiser-attente-vibrer-volutes-valser. Pour le chocolat, non merci.

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                         Portulans, mappemondes et planisphères avaient toujours excité sa gourmandise. Dès l'âge tendre il avait épinglé au mur roses des vents et noms compliqués à souhait, aquilons, zéphyrs et foehns, ne se satisfaisant pas de la brise marine. Il avait aussi nanti chaque peluche d'un drapeau différent, aimant à installer sur la terrasse essoufflée une petite armée de nounours, lapins ou lions aborant fièrement ces oriflammes vibrant au grand air comme des incantations au voyage, premières velléités d'embrasser le monde. Pour l'enfant dans la cité ces passions précoces n'auraient rien d'éphémère.

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                        La grande carte du monde se desséchait maintenant depuis si longtemps, sur ses rides il avait tant erré, Sinbad et Ulysse, mais avait tenu parole, celle de conserver la virginité géographique de ses amis d'enfance Vancou et Vladi. Ces deux là avaient toujours été ses préférés, deux étincelles qu'il me faut vous présenter. Deux points, aux deux extrémités, deux villes ouvertes et qui semblaient s'étreindre par delà l'océan. Les grands oiseaux marins étaient-ils capables d'un tel envol qu'ils pourraient porter à Vladi des nouvelles de Vancou? Sur les ailes des courlis, London et Kessel auraient-ils pu s'écrire, eux qui avaient hanté ces bouts du monde? Toute sa vie, lui qui avait essaimé au long des années toute latitude, s'était-il donné pour seule censure d'éviter ces deux jumelles éloignées. Rêves elles devaient ainsi demeurer, à tout le moins ainsi tout déplaisir, si fréquent lors de ses pérégrinations, serait banni.

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                            Car l'inassouvi c'était encore l'espérance et l'illusion des tramways sur la colline. C'était la parabole de l'escalier,  l'attente du septième ciel. C'était comme le premier baiser d'un amour voué à la déréliction comme un navire sur un Pacifique usurpant son nom. C'était l'envie, c'était la vie. De douces volutes havanaises qui ne s'estomperaient pas. Comme valser en habits d'empereur  que ne guetterait aucune allergie révolutionnaire tapie dans l'ombre assassine. Nulle carte ne viendrait jamais de la Baie des Anglais ni du Zolotoï. Mieux ainsi.

 

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28 février 2015

Les plumes...by Asphodèle: Plein fer et laisser dire

                                              Question-inattendu-merci-gâteau-méditer-souplesse-culot-surprise-hasard-décision-inspiration-trouver-hypocrite-goéland-bataille-réflexion-objectif-tourbillonner-turban-tison. Vingt mots collectés, tout à notre imagination, de notre amie Asphodèle. Les miens,de mots, seront du genre terre à terre. Le tison, peu compatible climatiquement est resté dans son foyer.

Les plumes

                                               Sous le cagnard de la Place des Lices je trouve la situation inconfortable, vautrée dans la poussière, ces braillards de goélands hurlant dans la baie. Je me sens bien seule au monde, pas loin du petit,ce qui est inattendu pour un premier jet. J'attends mes consoeurs mais là-bas ça palabre comme souvent, ces fadas incapables de toute inspiration sur le trajet hyperbolique et ferré. Ces grands dadais qui hésitent à prendre une décision vont encore nous faire finir à pas d'heure.S'ils savaient comme je m'en tamponne de... -"aie"-voilà la cousine qui vient de me passer fièrement devant le nez en tourbillonnant, m'as-tu-vue comme je roule. Cette prétentieuse a oublié qu'il ne fallait pas trop s'éloigner du pitchoune si on ne voulait pas recevoir un grand coup de pied dans les côtes. Tant pis pour elle aura le temps de méditer dans sa crasse cette nuit. Souvent pas même une douche quand on n'a pas brillé. A la réflexion à qui la faute si on n'a pas brillé? Croyez-vous qu'ils se remettraient en question? Pas leur genre, drapés dans leur méridionale fatuité. Oh, la troisième, je l'appelle la grosse un peu rouillée, cette lèche-bottes, est venue me frôler, je déteste sa familiarité, quel culot.

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                     Il en fait un plat, j'ai pourtant l'habitude, mais je garde les idées fraîches, j'voudrais pas me faire plomber par surprise, c'est trop humiliant, et puis pas discret. Les deux frangines à gros carreaux sont balèzes pour ça, elles atteignent souvent leur objectif, même qu'il se trouve toujours un de ces ahuris pour nous sortir un "Té, la cerise sur le gâteau". Pécaïre! Au moins ces demeurés nous font un peu prendre l'air, des fois même ils nous oublieraient bien un petit moment, au hasard d'une soirée bien pourvue en verres jaunes. Les meilleurs moments de notre vie qui tourne pas toujours rond, le grand chaud est parti, on souffle un peu entre copines, on se fait toutes petites, un peu hypocrites, merci le crépuscule. Allez, gardons et le moral et la souplesse de notre échine, à prendre bien des coups et peu de caresses dans ces batailles de pieds joints, juste un peu de brise marine, avant de retourner au turban (???) demain à l'aube, enfin à leur aube à eux, vers 11h15.

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31 janvier 2015

Les plumes...by Asphodèle: Aventures d'un las si (lacis)

 Vingt-six mots dans le bissac asphodélien cette semaine pour éprouver notre imagination: temps-lire-ténacité-sidération-tour (nom masculin)-regrets-déchirer-malgré-silence-bancal-résilience-pourquoi-aquarelle-fardeau-parenthèse-vide-rire-envol-vie-conscience-coeur-douleur-scintiller-symphonie-scène-sinueux.

Les plumes

                                Quitter la scène est parfois tentant,mais songeant au long silence qui régnerait au bout d'une semaine et demi, j'en ai toujours soigneusement procastiné l'idée même.

                                Car l'après n'est tout de même guère sûr et si la vie n'a été qu'une parenthèse rarement enchantée, si les pourquoi furent nombreux sans solution, si le paquebot de la ténacité m'a laissé parfois sur le quai, si j'ai su charger des épaules proches d'un fardeau que j'aurais dû au moins diviser le temps d'une escale, si j'ai souvent passé mon tour au bal où l'on danse tous si mal, si de l'envol des oiseaux de mon enfance, deux petites soeurs, je n'ai jamais su combler le vide, à peine amoindrir la douleur, si des regrets scintillent de moins en moins au rideau cramoisi et déchiré de mes carnets de moleskine, aquarelles de mots meurtrissures et de vindictes pitoyables qui me mettraient presque le coeur à rire, d'un rire obscène que vous n'aimerez pas, symphonie macabre, quand la conscience est grimace et la résilience impasse, si d'une démarche bancale ainsi exposée et malgré ses sinueux S.O.S. serpentant susurrant un pardon, si donc ces lignes étaient ici ou là, lues et un peu aimées, sidération serait ainsi mon lot. Si.

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03 janvier 2015

Les plumes...by Asphodèle: Au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable

Les plumes

                                                                  En cet an neuf Asphodèle nous propose la cueillette suivante composée de 21 mots: horizon-nature-ciel-échelle-fatigue-grimper-cabane-rideau-créneau-éden-montagne-étagère-fièvre-transcender-panne-épuiser-oeufs-cheval-ravissement-remontant-rythme.

                                         Je n'avais vraiment pas beaucoup d'imagination cette semaine, comme un goût de ramollo. J'ai failli m'abstenir. Mais j'avais déjà renoncé la fois précédente. Mauvais coton. Alors m'est venue l'idée d'exploiter d'une autre manière cette baisse de forme, dans un texte de pure fiction,cela va sans dire. Le titre est celui d'un roman de Romain Gary qui abordait le sujet.

 

                                         Certes il en avait vu grimper au rideaux, mais cela faisait longtemps. Depuis le septième ciel s'était progressivement éloigné, le rythme étant allé décroissant sur l'échelle d'Eros et les pannes s'étant multipliées. Même le remontant bleu s'était avéré impuissant et les choses furent bientôt de nature à friser le calme plat et l'horizon zéro. Les montagnes se firent alors collines, le Sévillan sentit la fatigue faire le siège de ses centres névralgiques et comprit qu'un impératif commandeur régirait dorénavant ses fièvres vespérales, qu'il n'épuiserait plus les Elvire de son âge mûr. Les ravissements seraient maintenant de l'ordre du plaisir des yeux. L'heure était venue peut-être, d'un feuillet de poésie sur une étagère, d'une paisible promenade le long du Guadalquivir, où, descendant de cheval, près de la cabane des bergers qui grillaient des oeufs sur la rive, et se mirant dans le fleuve, Don Juan comprendrait enfin que les douceurs de l'Eden ne passaient pas forcément par les pleurs des femmes. Le temps, ce spadassin expéditif, consentirait-il à se mettre au petit trot pour lui laisser transcender son incurie et lui permettre d'autres voies, plus spirituelles, pour monter au créneau?

                                         

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22 novembre 2014

Les plumes...by Asphodèle: Le faussaire et le plagiaire

                          La nuit portant conseil Asphodèle nous propose ce qui suit; 26 mots dont deux peuvent être retranchés, suivant la règle du jeu: vol-chat-transfigurer-chauve-blanc-solitude-silence-matin-se ressourcer-ivresse-ténébreux-épuisement-insomnie-étoilé-fête-rêver-sommeil-voyage-chanson-fesse-recommencement-voluptueux-sarabande-passeur-prologue-papillon. Merci Aspho.

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                                           Vol de nuit s'était crashé de la bibliothèque et les pages en étaient explosées. Où était la boîte noire afin d'essayer de le reconstituer? Ce n'était pas tout, les Contes du Chat Perché ne l'étaient plus du tout, perché, noyé dans la gamelle de mon chien Croc-Blanc. Rayon polars, guère mieux, les deux Ray (La grand sommeil, La solitude est un cercueil de verre) s'étaient fait la belle. Foutredieu,plus de trace du fameux Voyage du Dr. Destouches, l'avais-je seulement consulté sérieusement? Et que dire de la poésie? Ni La bonne chanson, ni Les fêtes galantes du buveur d'absinthe ne donnaient signe de vie. Autodafé de ma pléiade à moi. Nuit de cristal de mes auteurs.

                                           Au moins les classiques m'étaient restés fidèles, me pris-je à rêver. Hélas, déshonoré, Balzac , Une ténébreuse affaire, porté disparu. Et d'autres, moins étoilés certes, un Papillon s'était lui aussi trissé, était-ce donc le bagne sur mes étagères? O, livres, Un turbulent silence m'étreint en ce matin, auquel embôite le pas bien vite la terreur d'un recommencement de type auditif . Mes galettes? Mes galettes?

                                           Enfer et damnation!  Pas plus de Nuit sur le Mont Chauve que de Nuit transfigurée, plus le moindre prélude d'un wagnerien prologue, la Sarabande luciférienne continuait, m'entraînant, voluptueuse à force d'être odieuse, vers des abymes-abysses d'insomnies et d'épuisement. La maudissais-je, cette nuit asphodélienne venant de chez quelqu'un chez qui j'avais tant aimé me ressourcer, en son accueil si souvent pourvoyeur de tendres ivresses, et passeur de bien belles émotions.

 

                                                                               Quelques mots, bien qu'un texte n'en ait normalement nul besoin. Le titre m'est venu très vite, conscient de la manière cavalière et contestable dont j'ai traité le sujet cette semaine. Abus de name-dropping (quelle hérésie d'écrire ça), emprunts innombrables frisant la forfaiture. Je tiens à remercier mes collaborateurs sans qui je ne serais pas ici ce soir. Par ordre d'entrée en scène, Antoine de Saint-Exupéry, Marcel Aymé,Jack London, Raymond Chandler, Ray Bradbury, Louis-Ferdinand Céline, Paul Verlaine, Honoré de Balzac, Henri Charrière, André Brink, Modeste Moussorgsky, Arnold Schönberg, Georg-Friedrich Haendel. Enfin j'ai considéré la fesse comme insignifiance et je vous demande de n'en rien déduire. Et surtout, surtout, je remercie encore une fois Asphodèle qui permet à mes délires de s'exprimer dans le beau cadre de nos si chères Plumes

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16 novembre 2014

Liffey

O'Connell Bridge

Ce fleuve là n'est pas en couleurs

Vous qui rêvez de Nil et d'Amazone

Vous qui ne jurez que par l'Ol' Man River

Vous qui bouquinez sur les quais de Seine

O'Connell Bridge moins long que large

L'enjambe en quinze pas

Remontez votre col en novembre

Longtemps la rivière a eu faim

Ses enfants l'ont maudite et loin là-bas

Ouest atlantique,ne l'oublient pas

La passerelle est bondée, le clochard assis

Patient et souriant n'a pas encore trop froid

Il n'est pas si tard, mais le ciel hibernien

Se désole et décline

La Liffey

Belle et sombre mine, la rivière

Se méfie d'un quelconque traître,

Si longtemps éventrée

De mouchards et de filles trop bavardes

Mais je l'aime en sa grise heure

Et je connais ces silhouettes

Si loin de l'émeraude

Elles n'écrivent pas toutes, mais comme elles savent dire

Leur douleur et leurs haines

Entre leurs doigts poisseux.

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Certains midis elle s'embleuit

J'y arpente les planches

Les grues à l'est, vers Laoghaire

Y jouent avec les nuages

Sous le regard d'Albion la méfiance

Des siècles de mépris

Ha'penny Bridge

Des phalanges frappent le bodhran

Virevolte le banjo

Désinvolte et mutin

Claquent les pieds de Moira

Quand bien même les enseignes ont changé

Là sur le pont danse-s-y

Les planches

Improbable rencontre, et pourtant

Ulysse pourrait y aimer Molly

Des feuilles rousses sous leurs chaussures

Plaignent le coeur de ville

Statufiés, les héros d'hier

S'offrent à chaque regard

Poètes et musiciens

Rodent encore, à la harpe parfois

Ou bondissants flûtistes

La Liffey vire au noir

Liffey de chaque instant

Modeste jusques en ton lit

Mais aux tendres fantômes

Aux noirs contours, aux joues creuses

Vois, j'ai tenu serment

Comme j'ai parlé de toi.

Bleu Liffey, vers le large

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25 octobre 2014

Les plumes...by Asphodèle: Chant du cygne

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                                                                                     Regard-secret-main-larron-tiroir-drap-couverture-partager-tramer-connivence-confident-bêtise-proche-rival-neige-empathie-ensemble-amants-nacrer-nomade-noir. Voilà les 21 mots que notre dévouée Asphodèle  a recueillis dans sa besace. Il y a un bon moment que je n'avais pas écrit ici, alors voilà...

                                                                                    Tulsa Train avait vécu. Du moins sous cette forme et Cal trouvait ça si douloureux, traînant les pieds dans l'escalier menant au  grenier de la M.J.C. où les trois autres et lui, après avoir joué les nomades de cave en grange durant six mois, avaient ensemble passé tant de soirées depuis un an et demi. Il se demandait si ces jours ne resteraient pas les plus beaux de sa vie, dix-neuf ans, quatre copains, la fin des sixties, le démon du rock leur collant aux basques, eux si proches, des larrons, des lurons au service de leur fougue jeunesse, nantis de bonne volonté et d'un bien mince bagage musical. L'orgue farfisa bien modeste, Cal l'avait acquis besogneusement, un coup de main à son père malgré sa légendaire répusion de la boucherie familiale, quelques fonds de tiroirs et un job d'été aux Cuirs de la S.A.L.P.A.

                                                                                     C'est vrai, ça s'était pas mal gâté les derniers mois, leur entente cordiale n'avait pas attendu qu'ils soient les Stones pour que leurs égos se titillent et que Reg tire un peu la couverture à lui. C'est du moins l'impression que ressentaient  les trois autres. Vrai aussi que Reg, lui, avait progressé à la basse, ayant bossé bien davantage, et que son regard sur les cymbales et les toms de Syd commençait à en dire long. Du moins quand Syd n'avait pas choisi de partager deux heures avec Christine au cinéma plutôt que de se les geler dans ce local certes gratuit mais rude et aux fenêtres disjointes qui n'effrayaient guère la neige du février de cette année là. Mais à bientôt vingt-et-un ans le chétif drap tendu en coupe-vent ne réchauffait plus guère les musiciens. Certes ça ressemblait à la mansarde d'un poète méconnu, version un peu électrifiée.Mais nul besoin d'être des pop stars pour sentir l'amitié filer comme sable entre les doigts. Nul besoin d'avoir donné plus d'un concert pour comprendre que Phil ne serait pas Morrison. Au moins il vivrait. Mais que se tramait-il vraiment au sein du quatuor?

guitare

                                                                                   Ce soir, on n'échapperait pas au réglement de comptes. Cal sentait confusément que son adolescence s'était fait les malles quand il avait compris que son désir secret de faire quelque chose de simplement pas mal ne résisterait pas à l'explosion du groupe. La connivence si plurielle qui avait si bien réussi et réuni quatre garçons dans le vent avait laissé place au doute et si chacun se reprochait volontiers quelque bêtise aucun n'assumait réellement sa responsabilité dans l'échec du collectif. Cal, qui se pensait en toute immodestie la cheville ouvrière de l'entreprise, trébucha dans le noir, les dernières marches si mal éclairées. C'était l'ére du délabrement. Fut-il surpris, à peine, entrant dans la salle, tout le matériel de percussion volatilisé, la guitare de Phil telle celle des Who après "My generation", ne subsistaient que deux boutons nacrés près du chevalet?

                                                                                   Son orgue se contentait d'être muet, définitivement. Un coup des rivaux de Houston Speedboat, qui répétaient sur la rive gauche? Eux qui manifestaient une certaine empathie pour Reg, bassiste de son état qu'ils cherchaient à débaucher. Rien de tout cela n'était sérieux. C'était grave, infiniment, Tulsa Train venait de se crasher, misérable garage band qui rejoindrait l'imposante cohorte des rockers morts-nés. J'ai l'impression d'avoir été leur ultime confident. Ce n'était rien, ce n'était qu'un rêve brisé,il y en aurait d'autres, beaucoup d'autres.

* J'ai abandonné le mot "amants", peu adapté à mon histoire

** Je l'ai déjà dit, mes textes contiennent souvent une part autobio. Dans celui-ci la part est, disons, une très grosse part. Elle renvoie à l'un de mes billets antédiluviens, l'un de ceux qui me dévoilent le plus.

Attention groupe rock cultissime

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