02 août 2014

Les plumes...by Asphodèle: Par dérogation, deuxième partie

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                                                                                    Voici la réponse de Paul à Léonora dans le cadre épistolaire de cette écriture à deux avec Asphodèle. C'est un exercice très particulier que pour mon compte j'adore mais trouve très difficile. Par ailleurs ce blog prend un mois d'août sabbatique. Pas de nouvelle chronique ni critique avant début septembre. Bon août à tous et merci aux visiteurs, qu'ils soient réguliers ou occasionnels. Je vous laisse avec Paul.

 

              Les Hauts de Vermandois, le 31 juillet 1928

              Madame,ma Dame, chère Leonora

              Sachez, vous que je persiste à nommer mon amie, que votre dernière missive a presque touché son but, si du moins celui-ci était d'en appeler à ma conscience, mauvaise en l'occurrence. Et, ma belle amie, vous écrivez si bien, vous savez manifestement toucher le coeur des hommes, et le briser aussi, tout en vous en défendant. La botanique, Madame, vous est plus qu'à moi familière et comme vous avez le talent, l'arbre du Nouveau Monde effervescent ou les roses se fanant, d'embraser le lecteur. Qu'au moins cette assertion vous fasse plaisir, elle est sincère et d'autres suivront moins idylliques mais dont tout me porte à croire qu'elles ne vous laisseront ni indifférente ni même tout à fait chagrine. Me fourvoierais-je, chère auteure, à l'idée que mes brutalités supposées vous aiguillonneraient l'esprit, esprit déjà si enclin chez vous à la vivacité, la répartie et l'impertinence? De grace ne prenez pas ombrage, je n'ai pas l'intention de revendiquer la moindre part de ces éloges et dithyrambes dont le prestige le dispute à l'élégance. Mes amitiés à Monsieur Jean, arbitre des modes et des planches, qui vous estimant, ne peut évidemment faire fausse route.

              Mais j'abandonne là, Madame, la légèreté et le dandysme intellectuel, qui vous paraîtront bien anecdotiques à la connaissance de ma situation matérielle. Je maniais la litote, très chère, en évoquant des revers de fortune. C'est un homme aux abois qui vous le confie, la ruine de ma famille ouvre sous mes pieds un gouffre insondable au point que j'envisagerais une activité professionnelle, c'est vous dire... Quelle charge par ailleurs saurait me convenir car vous m'avez à juste titre passablement éreinté sur mon oisiveté? Votre lettre est cruelle mais ne manque pas de lucidité.

              Agathe de la Bretière ne m'inspire rien d'autre qu'une sympathie à peine paternelle que les sens peineront à combler, et pour cause, mais j'y viens. Vous avez bien perçu que mes entrées chez ces gens là étaient intéressées. Dame, je n'ai pas, moi, ni votre grandeur d'âme ni votre talent d'écriture et si je pratique un tant soit peu la prose il s'agit d'une prose que l'on dit ampoulée, insincère, parliez-vous de galimatias, dont les tournures parfois hardies masquent un creux vertigineux. On me l'a dit déjà.Vaniteux et superficiel, que m'auriez-vous trouvé, Madame, pour que je sois digne de votre intérêt, de vos faveurs dont vous auriez tort de croire que j'ai choisi l'oubli? Vous m'évoquez, Madame, cet Autrichien tapageur et fouineur, très à la mode, mais vous ne détestez pas la mode. Me serait-il d'aucun secours dans mon acrimonie, pire, mon désarroi. Car il me faut, Madame, en arriver à une confidence dramatique que ne cachent même plus mes parades et mes ronds de jambes.

 

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                 Vous souvenez-vous, chère Léonora d'Ape Regina qui me désarçonna à Clairefontaine en octobre dernier? A la clinique du Haut Valois d'éminents spécialistes m'assurèrent que la fracture iliaque se consoliderait en huit semaines sans séquelles motrices ou orthopédiques. Certes mais la neurologie est d'un tout autre avis et vous percevrez vite, Léonora, que les fougues aimantes sont pour moi reléguées au passé, et que si j'ai semblé vous ignorer, voire vous manifester morgue ou mépris, c'est que si j'ose encore espérer vos bras nos accolades ne sauraient dorénavant être autre chose que fraternelles. Voilà, Madame, vous savez tout ou presque. Cette déficience ne justifie pas la désinvolture dont j'ai fait preuve à votre égard mais j'ai voulu, si j'ose dire la jouer canaille et persifler à seule fin de celer mon tourment.

                 Ce faisant, banqueroute familiale et déroute intime, j'ai estimé de mon devoir de me dévaloriser à vos yeux. Je l'ai fait volontairement, maladroitement. Les biens des La Bretière me sont vitaux et le pire serait à craindre si ces projets venaient à faillir. La donzelle n'a aucune idée de ce qui l'attend avec un tel mari. Peu fier de moi, mon amie, je n'aurais alors d'autre havre que votre maison de Saint Germain, d'autre moyens que ceux que vous voudrez bien mettre à ma disposition, conscient ô combien de la déception qui sera vôtre ,songeant que celui qui  fut votre amant est désormais un banni en attendant d'être un reclus. M'aiderez-vous, Madame, sachant maintenant mes défauts abhorrés? Et me sera-t-il permis, au soir pointant de ma vie, d'envisager une calme retraite auprès de vous... si mon union de circonstance s'avérait impossible.

                Celui pour qui notre rencontre fut un zénith et nos amours un firmament, cet homme qui vous révéla à vous-même, cet immodeste jadis comblé de vos bonnes grâces, cet homme qui perd pied, vous présente ses hommages éblouis. Songez-y...

 

                                                                              Votre amant,votre ami, votre frère

                                                                                            Paul

            

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19 juillet 2014

Les plumes...by Asphodèle: On ne nous dit pas tout

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                                                                                   Asphodèle, pétillante maîtresse de cérémonie de ce 14 juillet, a fait défiler les mots suivants, au nombre de dix-sept, et en rangs serrés: essentiel-réserve-regard-musique-félicité-observer-minute-nuit-agneau-son-muet-méditation-apaiser-angoissant-justesse-jacaranda-jouer.

                                                                                   Elle en avait assez d'être exploitée, ses congénères opinaient du bec, leur blancheur leur était devenue angoissante et elles n'en percevaient plus que la séculaire mièvrerie. Elles voulaient la colère pour enfin changer le regard des hommes, épuisées de n'être ad vitam eternam que ce symbole d'angélisme que seuls partageaient un peu les agneaux, mais ceux-ci ne bêlaient guère plus loin qu'un gigot pascal. Elles avaient l'intention de boycotter dorénavant  toute manifestation, marre de l'mmaculé prétendu apaisant de leur plumage, assez d'emboîter le pas à la minute de silence, vous savez, celle qui n'a jamais changé quoi que ce soit, et que beaucoup ont tant de mal à observer le temps de compter soixante.

                                                                                    Refusant décidément d'être les pigeons de la farce, ça c'est un coup d'aile au monopole des dindons, et sûres de la justesse  de leur cause, elle et ses collègues, après une longue méditation, et d'âpres négociations, avaient obtenu l'appui essentiel, et qui en surprendrait plus d'un, de la si prestigieuse Confrérie des Aigles, qui de leur côté n'en pouvaient plus d'être royaux voire impériaux, Habsbourg ou Napoléoniens, de fondre sur leur proies apeurées à la vitesse du son, enfin d'être les vedettes incontestées du royaume des cieux dont même la chute ou le crépuscule étaient orchestrées en une musique wagnérienne que joueraient des acteurs viscontiens. Ces maîtres de haut vol auraient donné beaucoup pour batifoler dans les jacarandas malgaches comme de braillards perroquets, pas tenus,eux, d'afficher réserve hautaine et dédain des petits et des sans grade.

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                                                                                    Alors, alors peut-être, bientôt verrait-on un étonnant lâcher d'oiseaux à l'aquilin et souverain profil entourer les ballons des enfants pour la paix quelque part et la félicité universelle. Ou bien verrait-on une escadrille de colombes en piqué terroriser une colonie de marmottes telles des rapaces relookés, nuit de cristal des innocents rongeurs. Sur ce possible bouleversement, torpeur estivale oblige,  les journaux télévisés restaient muets...

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05 juillet 2014

Les plumes ...by Asphodèle: Par dérogation

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                                          Par dérogation  suite à la très polémique Lettre à Paul de Quentinois de Leonora Saint André de Monchamps en date du 21 juin 1928, c'est en tant qu'ami très proche de ce gentilhomme que j'en viens aujourd'hui à publier sa réponse avec la permission exceptionnelle d'Asphodèle. Cette mission et cette missive s'affranchissent de  ce fait de toute contingence de vocabulaire et de toute obligation bimensuelle. A ceux qui s'en offusqueraient je dirai que l'honneur de Paul de Quentinois ne transige pas.

 

Les Hauts de Vermandois, le 03 juillet 1928

Ma belle amie

      La moiteur picarde n'est pas telle qu'elle m'en ait fait perdre le souvenir d'une passion dont le double sens ne doit pas vous échapper. Se peut-il, mon amie l'irrégulière, que vous sentiez à ce point l'aiguillon d'une douleur dont j'incline à penser qu'elle vous est surtout imputable? Et les jours et les nuits en votre compagnie, croyez-vous que leur ardeur m'ait si brutalement déserté et le coeur et l'esprit? Les personnes de votre sexe, tout dans ma vie déjà longue, et que votre ironie m'a cruellement rappelée, me conduit à l'affirmer, n'ont pas le monopole du chagrin comme elles ont fâcheusement tendance à le dire, voire à le claironner. Si ma dernière lettre vous est apparue comme un glaive sachez qu'elle fut l'aboutissement de ces heures de prostration qui furent miennes après que tant de fiel fut répandu par vos proches, je n'ose dire vos amis, vous accordant le bénéfice d'avoir vous aussi été abusée. Cependant, Madame, je ne suis pas de ceux qui vont à Canossa et vous pensais moins envieuse.

       On m'aurait vu à la Coupole? Mademoiselle Chanel, les ballets russes et Montparnasse m'auraient-ils dépravé? Outre que je vous trouve bien injuste avec ces créateurs qui ont au moins le mérite d'imaginer... Depuis combien de temps, mon amie, ne l'avez-vous plus vraiment fait, imaginer, rêver, élever vos sentiments au-delà de ces zones imprécises où il m'avait semblé qu'amants trop installés nous risquions de devenir, que nos nuits clandestines et les prés fleuris abritant, bien mal, nos étreintes, n'étaient pas à mon sens , tout à fait exempts de toute pusillanimité. Songez-y, vous que j'appelais ma belle âme. Songez-y avant d'instruire ainsi mon procès en dédain et en cruauté.

       Vous prétendez, Madame, blessée que vous êtes mais que la douleur rend insensée, vous prétendez ne pas user du stratagème fourvoyé de la jalousie, cette pustule qui fait que vous vous ressemblez toutes, soubrette, châtelaine, car toutes vous savez la manier. Mais votre courrier n'est que cela, ruse, astuce, et jusqu'au plus hideux de tous les moyens que depuis Eve, les femmes revendiquent, nec plus ultra, fin du fin, de la bassesse des amours qui s'hivernisent. Il me faudrait cesser de voir les la Bretière, et leur fille, ces gens si aimables et riches, qui m'estiment tant.Ignoreriez-vous, mon amie, mes revers de fortune outre-Atlantique?

      Sur un point vous dites juste. Votre raison, en effet, vacille plus qu'elle ne s'égare lorsqu'elle passe de nos épidermes mutins, un souvenir qui restera, Madame, brûlant quoi qu'il en soit, à cet ultime rival que vous osez évoquer presque langoureusement, là-bas au fond du verger, abyssale attraction selon vous, médiocre convulsion féminine en diable selon moi. Je ne m'y attarderai pas plus, voulant croire à votre maladresse plus qu'à votre manipulation.

 

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     A propos, et puisqu'on vous édifie, vous-dira-t-on mon élégance dans les travées des Internationaux de France de tennis, pour soutenir nos mousquetaires? J'aime à le croire, bien que Mademoiselle Chanel n'y ait à ma connaissance pas fait d'apparition cette saison. Je ne sais, ma mie, si les prochains mois nous verront ensemble, à défaut d'être réunis. Sachez que si ma vanité veut l'écarter, mon coeur, malgré tout, s'échauffe encore à cette idée.

Votre ami pour la vie, Paul de Quentinois.

   

   

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20 juin 2014

Les plumes...by Asphodèle: Un texte à vau-l'eau

                                                    Chez Asphodèle pour cette quinzaine, vingt-quatre éléments: tendresse-peau-solidarité-incompréhension-mosaïque-regard-amour-handicap-souffrir-tolérance-dispute-similitude-solitude-séparation-complémentaire-richesse-éloignement-étranger-égal-déranger-combattre-hagard-herbage-horrifiant.

                                                   Je n'ai pas aimé cet ensemble de mots pour un tel exercice. Non que ces mots ne soient  dignes d'intérêt mais pour un texte assez court j'ai eu l'impresssion qu'ils n'offraient pas beaucoup de liberté à l'imagination, et qu'il serait difficile d'échapper à quelque chose qui pourrait tenir du prêche bien sous tout rapport. Peut-être me suis-je trompé.Mais j'ai eu toutes les peines du monde à concocter ce laius que je considère sans doute comme une de mes plus médiocres participations, que j'ai d'ailleurs hésité à publier. En me débarrassant au passage de "complémentaire" qui me pesait comme un supplément calorique.

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                                                     Le regard bovin, comme perdu dans un herbage thiérachien, le jeune veau méditait sur l'incompréhension dont il se sentait victime de la part du troupeau.Certes il savait que la différence  souvent dérangeait,  chez les humains comme dans la gent animale, et que l'amour n'était pas toujours dans le pré. Pourtant nulle véritable dispute n'éclatait dans la communauté de cuir vêtue et son handicap, le terme était fort, ne l'avait jamais conduit à souffrir pis que pendre de la part des génisses et autres taurillons. Simplement, comme la séparation d'avec sa mère était imminente, et comme malgré tout sa peau, tout velin soit-elle, lui attirait plutôt un éloignement de ses condisciples es pâtures peu soucieux de solidarité avec  ce jeune et pourtant brillant quadrupède, il avait pris le parti de ne pas les suivre en estive. Après tout ça lui était égal et un peu de solitude ne lui faisait pas peur.

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                                                     Comme étranger à ces bovins moutons de Panurge il refuserait les bétaillères inconfortables et combattrait seul pour vivre sa vie de ruminant sans remâcher de stériles rancoeurs. Ils pouvaient bien, ces collègues de verdure hanter les mosaïques haut-alpines, au risque de se retrouver un soir hagards face à l'ours-destin et à une horrifiante agonie. Lui, tout à sa richesse intérieure, ne se voulait décidément aucune similitude avec ces grégaires que sa toison si particulière avait rendus envieux et dédaigneux. La tolérance, très peu pour eux. Quant au lait de la tendresse, il saurait bien  découvrir ce nectar dans ses vertes vallées. Ceux qui reviendraient seraient stupéfaits probablement de voir le veau d'or toujours debout.

 

 

 

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07 juin 2014

Les plumes...by Asphodèle: Sus à la fesse

   La récolte d'Asphodèle cette semaine se compose de vingt-deux mots. Elle est la suivante: fesse-richesse-attendre-dent-refuser-doute-vieillesse-circonspection-vertu-crépuscule-lune-philosophie-âge-vanité-sérénité-psalmiste-paix-image-réflexion-graver-gracile-grenadine.

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                                            Gloire! Hosanna! La richesse de notre langue est telle que l'on peut avantageusement remplacer un mot par un autre et que des images  évoquent souvent parfaitement par leur sens figuré le vocable incriminé, le crépuscule des dieux, ça vous a tout de même une autre gueule que leur vieillesse par exemple. Mais vertudieu! comme cette fesse, que j'imagine en goutte d'huile, nous alourdit la démarche hebdomadaire, ôtant toute vanité à notre prose bien qu'à la réflexion ce soit la règle du jeu, et je me sens ainsi claudiquant et incapable de graver un assemblage dont je ne perçois plus du coup que l'hétéroclite, la circonspection et son adjoint, ou est-ce son supérieur, le doute, m'ayant sans attendre assailli tout de go dès la première lecture, mettant à mal mon parti pris de sérénité pourtant telle que celle d'un psalmiste latinisant ses versets de paix, tout dans sa philosophie refusant  les intentions callipyges, l'âge dit de raison probablement l'éloignant des rotondités même celles graciles  d'un croissant de lune, la dent dure peut-être, mais le coeur grenadine.

 

 

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15 mai 2014

La poésie du jeudi, Alphonse Allais

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Complainte amoureuse

Oui dès l'instant que je vous vis

Beauté féroce, vous me plûtes

De l'amour qu'en vos yeux je pris

Sur-le-champ vous vous aperçûtes

Ah ! Fallait-il que je vous visse

Fallait-il que vous me plussiez

Qu'ingénument je vous le disse

Qu'avec orgueil vous vous tussiez

Fallait-il que je vous aimasse

Que vous me désespérassiez

Et qu'enfin je m'opiniâtrasse

Et que je vous idolâtrasse

Pour que vous m'assassinassiez

Alphonse Allais (1854-1905)

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Plût à Asphodèle qu'elle  permit

Qu'Allais-grément je satisfis

A ce que l'humour ainsi saillît

Et, ce jovial jeudi, jaillît

E.E.Guab (dates inconnues, enfin pour moitié)

                                                                             On le sait peu, le facétieux natif d'Honfleur, fut aussi peintre. On lui doit notamment une série de sept magnifiques monochromes dont celui que je vous propose et que l'hilarant natif de Senlis a rebaptisé Mercurochrome plutôt que Cinquante nuances de rouge.

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10 mai 2014

Les plumes...by Asphodèle: Plaidoyer pour un malvenu

 Il faut donc nous transformer en bâtisseurs, nous métamorphoser en écrivains du samedi matin, pour assembler les vingt mots que nous propose Asphodèle cette semaine. Voilà le tableau: changement, incrédule (ou incrédulité), papillon, régénérer, chenille, évolution, climat, déguiser, magie, transformation, grossesse, adolescence, éclosion, cafard,  amour, majestueux, éphémère, éperdu, envol, travesti.

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          Ce n'est pas encore aujourd'hui que l'on rendra justice à ce mal-aimé, ce paria, ce laissé pour compte. Le changement ce n'est pas pour cette semaine. J'aurais tant aimé que sa réputation s'améliore, et qu'un souffle, même éphémère, ait nimbé d'air frais sa dure condition de détritiphage, dont l'éclosion comme l'adolescence, dans un climat humide et putride, sont dignes des plus beaux romans misérabilistes du siècle avant-dernier. Humilié, bafoué, c'est le Rémi de Sans Famille, la Cosette hugolienne, mais hélas nulle évolution favorable qui régénérerait le pauvre maudit. Les dieux ne lui ont pas accordé comme au papillon démagogue cette fabuleuse capacité, cette magie qu'on entonne au logis (limite exclusion des Plumes, j'en ai conscience) d'opérer,  sans pour cela recourir au travesti, une transformation un tantinet lénifiante qui conduira la chenille au doux duvet méconnu à devenir ce présomptueux  lépidoptère dont le battement d'ailes nous gonfle depuis qu'on l'a trouvé capable, dans sa prétention éperdue à faire l'intéressant, de faire prendre au grand air de Carmen d'une diva de l'opéra de Sidney son envol jusqu'à la Tour de Pise.

         Qui saura faire aimer son pas majestueux au milieu d'escarbilles en décomposition? Qui pour écrire une ode à la grossesse et à l'enfantement de la femelle, pas si éloignée de celle du kangourou compatriote de la diva? Qui pour ne pas être incrédule quant à la beauté déguisée de cet être ignoré, méprisé, vilipendé, rejeté de partout? Qui pour accorder un tout petit peu d'amour à mon ami des feuilles mortes et des composts? Qui? Qui? Qui? Il me vient un cafard monstre.

Note de la rédaction (un peu beaucoup copiée) Utiles, inoffensifs, ils ne mangent pas le bois sain, ne mangent que des détritus, ne mordent pas, ne piquent pas, nocturnes, silencieux : mignons cloportes.

P.S. L'auteur, dans sa tentative de réhabilitation, a vivement souhaité que vous preniez trois minutes de votre temps pour regarder et écouter deux éléments à la décharge du pauvre crustacé, victime d'une erreur judicaire.

 

 

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29 mars 2014

Les plumes...by Asphodèle: Contessa Blues

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                                             Asphodèle a glané pour cette semaine les mots suivants au nombre de 21: voiture-rue-immeuble-abeille-théâtre-anonymat-animation-pavé-visite-parc-asphalte(ou bitume)-bus-fuite-flâner-embouteillage-urbain-gare-hôpital-cohue-chuter-constant(ou constance). Merci Miss Aspho. Cette liste m'a sauté aux yeux, j'ai très vite su quel univers elle m'évoquait. Ca m'a conduit à prendre pas mal de libertés mais Les Plumes d'Asphodèle est justement un espace de liberté.

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                                              J'ai voulu écrire un blues, le côté citadin  de la suite de mots m'y incitait vraiment J'ai déjà écrit un ou deux blues en français mais là j'ai un peu corsé les choses, dans la langue vernaculaire de cette musique. J'ai essayé de respecter la métrique du blues et ses intonations, de même que les rimes. Bien  sûr cela  est très éloigné de la poésie telle qu'on la lit souvent. J'ai donc ajouté une traduction. Evidemment les mots du blues, surtout en français, c'est pas Nerval, encore que Gérard s'y connaissait en blues (cf. Hanging Blues on Rue de la Poterne, salut mon Gérard). Pour sonner blues il fallait procéder à quelques adaptations. Ainsi voiture est devenu bagnole, gare est devenu quai, hôpital s'est argotisé en hosto, constant est devenu tout l'temps, abeille est devenu bourdon, visite est à voir, chuter est devenu à genoux, fuite a foutu' l'camp, anonymat a sombré dans l'inconnu, théâtre n'est plus que scène. Confidence, aucun texte pour Les Plumes ne m'aura bouffé autant de temps (voyez j'parle encore façon blues). Ne vous plaignez pas, vous avez échappé au pire car j'avais l'intention de jouer et chanter Contessa Blues. Il y a cependant des limites car le blues, si je peux beaucoup l'aimer, un peu le jouer, manifestement je ne peux le chanter. J'ai essayé mais vous êtes mes amis, je n'ai pas le droit de vous faire ça.

 

                   Since you've been gone

                    Feel so bad on concrete

                    Yeah, since you've been gone

                    Even green parks delete

 

                    Hey baby,sleeping in dirty old car

                    Lost in traffic jam

                    Aimlessly urban, shivering heart

                    Without you, city's Gotham

 

                    Please get back where you belong

                    Just help me, baby, that's my last station

                    Trouble, pain, hospital won't be long

                    Constant sorrow, fatal oppression

 

                    Remember lazy strolling days

                    Remember bustle in the streets

                    Both of us having fun on bus sways

                    Buzzin' alright like honey bees

 

                    Now things go wrong and cobblestone gets rough

                    Don't you visit me once more

                    Fallin' down on my knees so tough

                    You were on the run,what a bore

 

                    Please get back where you belong

                    Just help me, baby, that's my last station

                    Trouble, pain, hospital won't be long

                    Constant sorrow, fatal oppression

 

                    Feel lonely and blue here in the mob

                    Anonymous tenements squashing my back

                    Life's empty theatre in my inside job

                    Home of my soul became a shack.

 

                    Depuis que tu m'as largué

                    J'me sens mal; scotché au bitume

                    Depuis que tu m'as largué

                    Même les parcs si verts m'ont laissé tomber

 

                    Hey Baby, j'dors dans une bagnole pourrie

                    En plein embouteillage

                    Urbain sans but, coeur tremblant

                    Sans toi, la ville c'est Gotham City

 

                    J't'en prie, Baby, reviens

                    J'suis fini, au bout du quai

                    Que des pépins, j'ai mal, bientôt l'hosto

                    J'me fais d'la bile tout l'temps, lourd, lourd

 

                    Tu t'souviens des bons moments à flâner

                    Tu t'souviens d'l'animation dans les rues

                    On s'embrassait au fond du bus

                    Chauds comme des bourdons excités

 

                    Maintenant tout va mal et le pavé m'écorche

                    Si tu revenais m'voir, Baby

                    J'suis à genoux, c'est si dur

                    T'as foutu l'camp, comme c'est moche

 

                     J't'en prie, Baby, reviens

                    J'suis fini, au bout du quai

                    Que des pépins, j'ai mal, bientôt l'hosto

                    J'me fais d'la bile tout l'temps, lourd, lourd

 

                     Si seul, si paumé , même dans la cohue

                     Ces immeubles, ces inconnus, ça m'tombe dessus

                     La scène est vide, ma tête explose

                     Mon coeur survit dans une baraque.

P.S. Rajouter "yeah" tous les cinq ou six mots. Merci d'avance.

 

                    

 

                   

 

 

 

                  

 

                   

                     

                   

                    

 

            

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15 mars 2014

Les plumes... by Asphodèle: Eléments

                                          Me voilà de retour sur Les plumes d'Asphodèle (merci encore et bon anniversaire à ce blog frère) à jongler avec les 21 mots suivants:temps-vie-chanson-rien-diva-furibond-montagne-souffle-pollution-tempête-ballade-léger-envoyer-courant-bulle-prendre-gonfler-voleter-brèche-blesser-balançoire.

                                          Ce texte est bien sûr comme toujours une fiction. Evidemment. Mais comme je pense que l'on n'écrit guère que sur soi de forts relents personnels peuvent s'y nicher. Ecrire suppose son contingent de m'as-tu-luisme."Madame  Bovary c'est moi".

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                                           Temps de Vie, c'est chez moi le nom d'une association qui gère l'hospitalisation à domicile. Rien qui puisse faire rêver, je le concède. Mais est-ce l'imminence d'une fin de carrière qui m'incite cette semaine à prendre cet air un peu grave? Ou plus simplement sont-ce les mots, ou leur agencement  qui m'ont inspiré ce qui pourrait ressembler à l'incipit d'un roman, ce roman qui m'échappe depuis si longtemps, insaisissable diva qu'amant transi j'espère encore avoir à l'usure. Des années de soins, des femmes de cinquante ans que je tutoie les ayant connues à quatorze, des centaines d'enfants parents à leur tour inquiets pour le souffle court de leurs petits, mais aussi toutes ces vieilles dames, trotte-menu et pas loin de la partance, pied léger,si léger et coeur lourd, toutes ces vies, toute ma vie...

                                          Quand s'annoncent de grands virages, que les collines s'apprêtent à devenir montagnes, que mollissent doucement les tempêtes adorables, que les flèches isolent Eros et que là-bas Thanatos guette au bout de la ligne droite, ni furibond ni impatient, Thanatos est sûr de lui, quand on se penche sur l'étymologie comme sur son passé, quand d'un vocable, retraite, on peut s'amuser à décortiquer différentes expressions, toutes elles blessent, tirer un trait, se retirer, la neige et la Bérézina, on se dit que même si tout finit par une chanson, on aurait aimé colmater la bréche et ralentir un peu l'infernal courant, celui, à la pichenette facile, gonflé d'importance, qui nous envoie paître, voire ad patres. J'ai conscience de faire un peu mon sentencieux, d'apporter hélas un soupçon de pollution à cette semaine asphodélienne à tendance probablement bulle d'oxygène, encore m'avancé-je un peu.

                                        Ainsi vivent les hommes et quand ils se piquent d'écrire ils ne font pas toujours dans la ballade bucolique. Ainsi vieillissent les hommes,et  souffreteux, volètent pourtant les oiseaux fatigués.Temps de Vie, j'ai travaillé avec eux,des gens de bien. Le temps de la vie, balançoire de nos squares d'enfants, j'ai oscillé, quittant, quitté, quitte.

                                       

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14 février 2014

Les plumes...by Asphodèle: Eloge de l'ennui

                                            Projet-dimanche-emmerdement-penser-intimité-hésiter-oppressé-pluie-savoir-morosité-panne-créatif-silence-bâiller-fatigue-mourir-soupir-ralenti-routine-figé-vide-whisky-xyste-zigzaguer. Asphodèle a glané ainsi 24 mots et il nous faut faire avec. Très différent de ce que j'écris régulièrement je me suis "amusé" à la phrase unique, n'allant pas jusqu'à la suppression de la ponctuation. Je suis un modéré mais suis allé par contre jusqu'à la suppression d'oppressé.

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                                            Mobilisez-vous, chacun de vous doit  savoir et faire savoir  que l'ennui, ce vieil ennui qui fut si cher à l'enfance, cet indispensable condiment qui nous laissait des heures entières, des après-midi paresseuses où penser se révélait une prodigieuse activité subversive et contredisait vaillamment le vide presque insondable d'une visite à Tatie Scholastique, penser à autre chose qu'à sa figure fripée à l'haleine méphitique et à ses gâteaux secs, si secs, penser, vous-disais-je, pouvait s'avérer déjà voyager, zigzaguer lointainement, s'imaginer voler des cerises sous la pluie dans le jardin du père Gautier, ou gober un bienfaisant silence forestier en tenant la main d'une jolie cousine, croustillante intimité bien loin du caquet tisanier de la soeur de grand-mère, ce magistral ennui si prometteur et à qui l'on doit tant, cet ennui créatif par rebond, bel oxymore, tel un ralenti d'août qui s'emballerait en un été magique et sans fatigue, comme une surprise-party appétissante nantie des  toutes premières larmes d'un whisky adolescent qui ferait sa fête à la morosité acnéique, en un mot cet ennui, de plus en plus menacé, cet ennui, espèce en voie de disparition, devrait impérativement être protégé sous peine de voir la suractivité buzzique et ses horreurs, ça sonne de partout, ça clignote, ça zappe à tout va, finir par faire de nous des sortes d'ectoplasmes figés dans leur frénésie, incompétents à bâiller, comme un honnête homme se doit de le faire avec élégance transcendant ainsi routine et somnolence malmenées en un projet qui se serait défait des soupirs de convention pour s'envoler sans hésiter et faire d'un dimanche, si longtemps synonyme d'une quintessence d'emmerdement  pour les baby boomers en panne de copains semainiers, un implaçable xyste vers le nirvana, ce bel ennui,si salvateur, amis, ne le laissons pas mourir. 

P.S. Je n'ai pas l'habitude d'expliquer mes textes. J'ai une requête à vous faire, sérieuse, celle de ne pas hésiter à me dire si ce délire vous a prodigieusement ennuyé à mourir. Auquel cas deux possibilités, une totale réussite pour avoir évoqué ce que le monsieur du dessous nous chante avec la décontraction qu'on lui connait, ou un galimatiasfatrasmagma ayant dépassé la ligne rouge.

 

 

 

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