18 janvier 2014

Les plumes...by Asphodèle: Ce passage-là était bien*

                                           Pas moins de 23 mots cette semaine dans l'escarcelle d'Asphodèle dont il faut saluer l'énergie pour mettre en oeuvre toutes ces animations autour de l'écriture: visage-camouflage-armée-plume-vénitien-jaune-déguiser-bal-argile-mensonge-embaumer-comédie-celer-mystère-pailleté-crème-farandole-grimace-hypocrisie-dissimuler-unir-usure-unique.

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                                            Sur la Place de l'Hôtel de Ville où je l'ai croisé samedi  on ne s'est fait aucune grimace réciproque. Notre vieille rivalité doit être aujourd'hui prescrite et nulle comédie n'est plus à jouer entre nous. Il m'a confirmé qu'elle vivait toujours à Lyon avec ce type que j'ai vu une fois au concert de Jazz au Jardin en juillet dernier. Mon sourire était jaune en lui serrant la main alors qu'elle était partie acheter trois bières.Trois. Paraît que monsieur est musicien. Quel genre j'en sais fichtre rien. Ce que je sais c'est que ça m'étonnerait qu'il lui écrive les poèmes dont ma plume alors fertile l'inondait et qu'elle clamait à haute voix dans les rues de notre ville, du temps où ce n'était un mystère pour personne, du temps où je peaufinais ma pièce, qu'elle jouerait, c'est sûr, du temps où j'étais Branagh avec Thompson, Bergman avec Ulmann. Je n'avais pas pour habitude de celer mes modesties. Elle non plus, tous le savaient et le théâtre avait beau être amateur, la fièvre était rien moins qu'hollywoodienne et le virus vénitien. "C'était un temps déraisonnable*", aurait dit Louis, et, pas longtemps, j'ai près d'elle tutoyé le ciel, roi du monde et figure de proue. Mais le bal ne pouvait durer et aux corsages pailletés succèderaient vite les habits élimés du quotidien.

                                           Je n'avais guère envie de creuser le sujet. Pourtant il m'a entraîné au Bar de l'Imprimerie et devant un crème pour lui, je crois qu'il avait arrêté le reste, et un cognac pour moi, je sais pas pourquoi brusquement m'est venue l'envie de m'échauffer un peu, marre de dissimuler peut-être, ou à l'opposé l'idée de m'aider, fugace, à la retrouver huit ans plus tôt. C'était farandole assurée quand elle et moi étions dans la même salle, farandole de regards complices parmi les visages amis et banals, et coups d'oeil tout en méfiance aussi, vous-ai je parlé de sa jalousie, de ce sentiment qui fait que les femmes, en une occasion au moins, se ressemblent toutes, à ne pas déguiser leur haine sous un camouflage de compréhension bidon. Quelques mois, pas davantage, au moins ignorerions-nous l'usure, mais de cela voulait-il me parler? Et que me dire? Maintenant grand-pères, lui comme moi, deux silhouettes déjà voûtées et comme unies à la flammèche de son rire à elle, éclatant et communicatif, il nous semblait résonner, tout prêt à libérer la dérisoire armée de nos amours, d'argile cisaillée.

                                            Il ne m'a rien dit cet après-midi de janvier et moi non plus. Fervent adepte d'une hypocrisie salvatrice, je décidai de le laisser vieillir avec de moi une belle idée, une idée de loyauté. Je lui devais bien ça, à lui qui avait fermé les yeux sur nos mensonges de deux ou trois saisons. les plus belles de la vie de sa femme, que mi poète mi soudard j'avais annoblies. Voir dans mes yeux une lueur du bonheur enfoui et de la gaité d'antan lui suffisait pour embaumer le souvenir de notre bien commun dont curieusement je peine à me rappeler le prénom. Je la nommais, moi, je la nommais...Je crois que c'était unique. N'en parlons plus.

* Merci à Louis Aragon. Merci à Alain Souchon.

 

 

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04 janvier 2014

Les plumes ...by Asphodèle: Un acte fondateur

                                 Au menu de la Saint Sylvestre, et qu'elle en soit vivement remerciée, Asphodèle a dressé une  jolie table dont les couverts sont les dix-sept mots suivants: artiste-univers-expression-mystère-délivrance-peinture-invention-monde-résistance-don-innovation-agité-créateur-unique-traverser-turbulence-tangente.

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                                  Tout ça lui semblait un peu court. Que manquait-il donc à son grand oeuvre? Mystère. Pourtant les fourmis, agitées comme des puces, avaient déjà ce don perfide de se faufiler partout, jusque dans sa barbe. Quelques crocodiles traversaient en d'incessants aller-retour et sans la moindre larme ce fleuve,était-ce le Pactole ou le Léthé, et que n'effrayaient pas les aquatiques turbulences. Là-haut les pierres restaient de pierre et ne menaçaient pas de prendre la tangente.Sans se prendre pour un artiste de droit divin il n'était pas mécontent de l'expression générale du grand tableau qui lui tenait tant à coeur. Mais, "bon Moi-même" s'excitait-il un peu, "Je sens comme une résistance, là, qui empêche ma plénitude".

                                 Etait-ce cette pomme dans le verger d'abondance, à peu près ronde comme ce monde tout nouveau et qui lui inspirait un brin d'inquiétude? Etait-ce cette hésitation à conclure? Et si son génie créateur, après quelques milliers d'années , était rapidement contesté, voire vilipendé?Le week-end imminent, il lui fallait en sortir avant les heures de pointe et il s'ingénia à mettre la touche finale, d'un coup de limon, à cette double innovation, couple qu'il espérait moteur d'un univers flambant neuf.

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                                  L'heure de la délivrance,enfin. Chantonnant, le pas vif et se sentant d'appétit, il imaginait déjà, et pourquoi pas à juste titre, de grands maîtres de la peinture donner vie sur la toile à son invention. Un moment unique. Une petite crainte cependant, et si ces satanées fourmis, l'ajectif est peut être maladroit, avaient attaqué la pomme, voire l'avaient fait choir jusqu'aux sauriens insatiables? Rassuré, il vit que le fruit demeurait ferme et bien planté sur une branche elle-même solide. Tout allait pour le mieux.

P.S. Merci à M.A. Buonarotti

                                 

 

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14 décembre 2013

Les plumes... by Asphodèle: A l'origine

                                           Asphodèle, notre chère hôtesse es poésie a recueilli cette semaine le panier suivant: miroir-nature-nocturne-lumière-vénéneux-délicatesse-piano-contemplation-temps-bouquet-éphémère-ensorceleur-intérieur-sulfureux-déesse-rouge-couleurs-ruissellement-ravir-rosée.

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                                          L'histoire était abracadabrante, une sorte de feuilleton exotico-fantastique,sur une ancestrale télé noir et blanc épaisse de soixante centimètres. Une déesse cachée dans la montagne au coeur d'une île nantie d'un volcan dont les sulfureux méandres,qu'on imaginait d'un rouge de sortilège malais, exigeaient régulièrement leur obole de vies humaines. Un truc toc digne des plus médiocres pulp fictions,couleurs criardes sur un papier bon marché.En ce temps-là les enfants avaient, je crois, la contemplation plus facile et ne rechignaient pas à rester sur des images un peu chiches plus de quinze secondes. Dans la maison grand-maternelle à l'intérieur d'odeurs mêlées de confiture et de sueur, c'était comme une initiation à l'aventure,  un miroir de mes goûts en devenir, la première invite à l'imaginaire, celle qui devait devenir ce ruIssellement pelliculaire qui ne fit que grandir. Une version King Kong au rabais,sans la poésie de l'ensorceleur chef d'oeuvre de la R.K.O.

                                         Le livre, amputé de ci de là de quelques pages, je l'avais récupéré au grenier parmi les noix à sécher. La nature gourmande des loirs s'était avérée bibliophile avant moi.Cependant les rongeurs n'étaient pas venus à bout du Connétable de Chester dont la couverture presque intacte, des hommes d'armes rudes d'apparence, s'inclinant devant une gente dame au hennin cramoisi et à la délicatesse altière, m'a ce jour-là mis le pied à l'étrier du vice impuni de la lecture. La tranche d'un livre,ce jour d'enfance,dessina la lumière qui me viendrait de ces noms chantants et quelquefois vénéneux, gentils amphitryons ou cerbères menaçants, passeurs d'émotions, précepteurs, révélateurs, tout sauf éphémères.

                                       Le Nocturne de Schubert, trio pour piano, violon et violoncelle en mi bémol,opus 148, D 897,par contre,je ne sais plus ni où il m'a meurtri pour la première fois, ni quand il m'a ravi définitivement, matutinale rosée ou crucifiant crépuscule au noir bouquet.

http://youtu.be/p9sd1N4Ssd4  Nocturne en mi bémol    Collard,Dumay,Lodéon

 

 

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02 novembre 2013

Les plumes... by Asphodèle: Obsidienne que pourra

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                               Une provision de mots en cette fin d'octobre,elle nous vient d'Asphodèle,merci pour ces 22 vocables: angoisse-silence-assourdissant-rue-paix- musique-exister-ténèbres-se ressourcer-naviguer- espace-bienfaisant-errance-vide- partager-austral-assis-ambivalence-manque-obsidienne-onde-orage.

                              J'aime bien les chansons sur la solitude et je les aimerais encore plus si même sur de la musique les auteurs pouvaient éviter de faire rimer cette solitude avec habitude.C'est vrai que sous toutes les longitudes l'attitude de ces mêmes auteurs est de donner toute latitude à une sorte de vide confinant à l'hébétude.Moi si j'osais,si j'osais...

                               Si j'osais écrire une chanson où il serait question de solitude j'évoquerais la mienne mais aussi la vôtre.A les partager seraient-elles moins lourdes et nos angoisses bénignes? J'imaginerais l'homme assis, un banc, un bar, car l'homme assis est plus seul que l'homme debout qui, lui, a pris la décision d'exister enfin un peu, verticalité oblige,qui permet malgré l'impasse tragique de réinvestir un soupçon d'espace et de naviguer jusqu'à un coin de rue,dont je me souviens. Parce qu'on se souvient tous d'une rue,d'un quartier, d'une ville, d'une jeunesse, et d'un manque cruel de pépites sur la route. Or, sans ces petits cailloux au bord du chemin, dont l'éclat pourtant souvent modeste éloigne pour un temps les ténèbres, sans quelques onces d'ondes légères et prometteuses, point d'alternative salutaire à notre irrémédiable déréliction.

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                              Si j'osais j'intitulerais cette chanson  "La solitude est un cercueil de verre" * mais quelqu'un d'autre l'a déjà dit. Le titre était si beau, j'aimais bien aussi "La solitude du coureur de fond" ** mais quelqu'un d'autre l'a déjà dit. Seul le silence est grand et la paix qui en découle. Mais quel abyssal ennui. Alors se taire et fuir pour les splendeurs australes où se ressourcent,nantis de candeur, des hommes aux traits trop bienveillants? Là où le ciel crache des obsidiennes en d' assourdissants orages se sent-on moins engoncé, en habits neufs d'empereur ou en guenilles, dans l'ambivalence annoncée d'une si longue nuit d'errance,celle qui se joue des hémisphères?

* Ray Bradbury, ** Alan Sillitoe

Toute image qui risquerait  de léser quelqu'un sera immédiatement retirée de  cet article.

Allez Valentyne                   

wombat1

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27 octobre 2013

La tendresse,doucement

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                                                  Aharon Appelfeld ne fait pas dans le spectaculaire et L'amour,soudain tient plus de la méditation que de la love story. J'ai lu ce livre à petites doses, suivant les chapitres eux-mêmes parsemés de manière très fragmentaire, c'est donc un livre que j'appellerai "homéopathique". Jerusalem, Ernest Blumenfeld, septuagénaire malade et tourmenté, Juif en quelque sorte antisémite, ancien officier de l'Armée Rouge, reste longtemps indéchiffrable aux yeux d'Iréna, trentenaire qui tient sa maison et le soigne avec dévouement. Ernest a jadis frôlé le terrorisme, condamnant férocement les Juifs orthodoxes,comme un combattant communiste qu'il était dans la Russie d'avant-guerre. Ses propres parents, modestes épiciers, ne trouvent guère grâce à ses yeux. Y a-t-il chez Ernest du remords maintenant, maintenant qu'il se bat avec les mots qu'il ne trouve pas et les années qui s'amenuisent? L'empathie qui s'est joliment insinuée entre le vieux lutteur et la jeune altruiste peut-elle les aider à aller un peu moins mal?

                                        C'est à l'aide de tout petits gestes qu'Iréna et Ernest apprennent à se lire et à faire ensemble un petit bout de cette route sablonneuse,plus encore quand on vient de ces Carpates de basalte et qu'on s'appelle Blumenfeld. Si j'ai peiné un peu lors de la première partie de L'amour,soudain, un peu sentencieuse, j'ai lu ensuite des passages admirables sur les grand-parents d'Ernest par exemple,sur lesquels il revient,confiant à la douce et calme Iréna l'incompréhension et la violence qui furent siennes en ce siècle d'épouvante. Ernest, qu'as-tu fait de ton passé?

                                        Les gens des Carpates ne meurent pas dans leur lit mais dans les champs, dans les potagers, entre les sillons de la plantation, parfois près d'un arbre qu'ils s'apprêtaient à abattre.

                                     A la synagogue on se souvient non seulement de Grand-père mais aussi de son père et du père de son père. "Ne pense pas qu'en abattant l'arbre on fait disparaître son ombre". Cette maxime est comprise au sens littéral mais certains disent qu'elle parle de l'homme.

                                      Je n'ai pas vérifié mais il me semble avoir assez souvent dit du bien de livres publiés aux Editions de l'Olivier. Il y a des maisons de référence et je crois que c'est le cas.Quant à la littérature israélienne elle est d'une richesse fabuleuse. J'ai déjà dit ça,non? Par ailleurs, mais alors là vraiment par ailleurs, le sympathique Australien ci-dessous est la mascotte du challenge de notre amie de La jument verte de Val qu'il convient d'encourager tout au long du mois de novembre.

Allez Valentyne!

wombat1

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31 août 2013

Les plumes...by Asphodèle: Ce qu'il faut de douleur pour un air de musique

                                 Asphodèle et Syl,cette semaine,et je les en remercie, nous ont dispensé les mots suivants,au nombre de 26: gens-survivre-univers-découverte-terre-partage-bonheur-macrocéphale-cultures-tour-astral-grandeur-mer-extraterrestre-envahisseur-animal-mappemonde-journal-pluvial-couleur-parallèle-fin-guerre-nymphe-néant-négliger.

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                                 Il avançait pas mal ce scénario de bande  dessinée.Quoi de mieux qu'un roman graphique,si à la mode,pour raconter son univers,et bien que lui-même ne dessinât que l'absolu néant depuis l'enfance,il comptait,à la rédaction du journal,sur l'un des deux caricaturistes pour une collaboration efficace.Il imaginait déjà une mappemonde en ignition en couverture, rougeoyante invite à la découverte de cet album, puisque les gens de lettres, les patentés, renvoyaient depuis quinze ans ses manuscrits,négligeant même pour la plupart la moindre explication. C'est donc dans le Neuvième Art qu'il excellerait. Dame! Il fallait bien exceller quelque part,nom d'un chien!

                               Son histoire il l'avait voulue proche de l'inédit. Vagabondant, son imaginaire se présentait comme un kaléidoscope constellé d'envahisseurs dont l'objectif suprême était d'asservir la terre entière,jusque là rien de très neuf,mais de l'asservir au moyen d'un bonheur insoutenable, imposé à la population,sans partage et sans couleur.Un vrai monde  de rêve tellement policé et aseptisé qu'hommes et femmes, d'extase en plaisir et sans cesse satisfaits,n'en pouvaient plus,réclamant qui au moins un air de guerre,qui la fin des ces ahurissants sourires béats.

                                Comme tous regrettaient le maudit temps béni des ces fictions d'avant.Le temps où les extraterrestres colonisaient et les albums et la planète,la confinant dans un espace parallèle cauchemardesque,à seule fin d'oppresser encore et encore,de réduire la société à l'état animal luttant pour survivre. Le joli temps où les paquets de mer, pavillons méphitiques,semaient la peste noire.Et où la science avait fait de sa grandeur d'antan une arme létale donnant la vie à des poupons macrocéphales tandis que les eaux pluviales inondaient les vallées d'où surnageaient de bien horribles créatures, nymphes thalidomisées. Même les cultures jadis si prometteuses n'offraient plus à l'homme que le souvenir des belles semaines astrales.Et puis..il n'y aurait pas de second tour.

Astral weeks

P.S. Je n'ai trouvé ma voie que très tard cette semaine et n'en suis pas très content.Mais si vous voulez écouter Van Morrison et Astral weeks, c'est peut-être ce qu'il y a de mieux ici ce  soir.

http://youtu.be/4ech6pZoBJ4 Van Morrison  Astral weeks

 

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24 août 2013

Les plumes by Asphodèle: L'au revoir à l'Ill au trésor

                                         Notre vaillante Aspho nous propose cette semaine les vingt mots suivants: espérer, flotter, perdition, cap, sillage, bouteille, iceberg, vent, déambuler, bateau, continent, flot, amiral, génétique, sentiment, débarquer, faille, myrte, malhabile, muraille.

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                                          C'en était terminé de ses ambitions artistiques.Rodolphe se trouvait cette fois la tête sur le billot et c'est sur le sentier de la perdition qu'il se débattait avec les mêmes chances que les baigneurs d'Atlantique Nord devant un iceberg la nuit du 14 au 15 avril 1912.Ses créanciers n'avaient cure de sa splendeur passée de meilleur peintre de marine du Bas-Rhin et les bateaux dans le port de Puerto Vallarta,sa dernière et bien piètre production, mettraient prochainement le cap vers la prison des Pommettes, accompagnant le portrait de l'artiste en taulard, à l'abri des murailles qui n'avaient même pas le charme au gré du vent du mur de l'Atlantique.Etouffant sous les dettes et les trois pensions pour ses huit enfants comme un catamaran ramant sur les flots fantasques, ses longs cheveux qu'il avait voulu romantiques forever n'ayant pas vu un shampooing depuis la première dérive des continents, les bouteilles dans le salon impayé n'étant pas à la mer mais au défunt bourbon, Rodolphe que sa vie de bohème n'amusait plus attendait les huissiers.Mieux,il les espérait.Autant en finir.

                                        Il était si loin le succès dans la salle d'apparat à l'hôtel de ville de Guebwiller,riche en tradition navale bien que le parfum qui flottait alors évoquât davantage les vendanges tardives que le sillage salé des baleines des Malouines. Depuis, sa quatrième épouse avait largué les amarres pour un marinier mosellan,pas malhabile à la godille,véritable amiral du delta du Rhin. Enfin Marina avait débarqué dans sa cambuse,le temps de quelques lunaisons,de quelques marées basses. Très vite ce qui lui restait d'inspiration disparut devant la virago qui déambulait avec autant de réserve qu'un matelot en bordée et engloutissait ses alcools comme la faille des Bermudes compilait les vaisseaux fantômes.Ni la lyre d'Erato,ni sa couronne de myrte et de rose,ni aucune autre muse ne purent jamais lui redonner ce coup de pinceau qui avait tant ému les invités de la sous-préfecture. Nanti d'un sentiment de gâchis inéluctable,il ne sursauta pas quand les hommes en noir sonnèrent.

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P.S.          J'ai abandonné la génétique comme un capitaine son navire de croisière. Et les écrivains Francisco Coloane et Pierre Boulle sont un tout petit peu responsables de salmigondis thalasso-alsacien.On n'est pas à une contradiction près.

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20 juillet 2013

Les plumes...by Asphodèle: De l'usage des mots

                         Chez Asphodèle cette semaine il nous faut nous accomoder du vocabulaire suivant: liberté-sens-découverte-régime-déraison-pantois-hasardeux -obligation-privé-barrière-demeurer-tabou-aventure-inceste (facultatif)-rouge-honte-hallucinant-hangar.

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                              De l'usage des mots il n'est certes pas innocent et chaque texte de chaque auteur demeure une aventure. Parfois l'idée nous séduit et l'on s'engouffre pour quelques lignes qui ne sont jamais faciles mais toujours enrichissantes.Parfois,et selon les fantaisies quelque peu hasardeuses des plumiers et plumières ça semble filer un coton qui plaît moins.Foin de polémique j'ai estimé que le format court de ces hebdomadaires imaginaires n'autorisait qu'un régime léger,sans pour autant que l'ensemble soit privé d'émotion.La question n'est pas dénuée de sens car ce bel exercice semainier, estival qui plus est,n'est en rien anodin de par le choix du vocabulaire.Or,cette semaine,et sachant qu'il est interdit d'interdire,la tournure risquait d'osciller entre l'insupportable et la démagogie libertairissime.Les barrières d'un côté comme de l'autre m'ont un moment mis sur la voie de garage,enfin de hangar, pour cette fois.Et puis j'ai changé d'avis et me suis cru dans l'obligation de revenir sur ma décision.

                                La liberté règne sur ces chroniques si diverses mais elle n'exclut pas certaines options.La mienne,d'option,est que certains mots sont effectivement de plomb et laissent un peu pantois quant à leur usage sur un texte qui ne peut qu'être bref,même si nombre de ces écrits explorent parfois le rouge sang ou certaines affres de la déraison. Mais ceci toujours dans un cadre qui se veut créatif,ou recréatif,ou récréatif,à la découverte des différents et réels talents des auteurs du samedi.J'ai bien conscience que risquent de pleuvoir gentiment quelques accusations de censure,qu'il n'y a pas de sujets tabous,qu'il est hallucinant de s'octroyer un tel pouvoir et que la honte devrait me submerger.Mais après tout,une fois n'est pas coutume.Et la posture du martyre est parfois confortable.

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13 juillet 2013

Les plumes...by Asphodèle: Le lai de Dolce Marie de Vermandois

                Asphodèle  a récolté cette semaine pour notre plaisir laborieux et notre labeur plaisant les mots suivants: aube-fontaine-débit-grand-fraîcheur-cascade-baignade-chute-flux-dérive-trésor-noyade-trouble-goutte-glisser-gorge-grain. Assez peu inspiré au demeurant j'ai cependant eu un petit déclic, terminant en ce moment un roman de Patrick Besson qui évoque les croisades.Oyez si le voulez!

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                         Que grande frayeur mon vaillant chevalier me fit

                     A l'aube verte du retour d'Orient

                     Quand la gente rivière affola son débit

                     Que son corps glissa au long du pas d'avant

                     Trouble est un mot bien peu disant

                     Pour dire ma ma gorge étreinte

                     Et chagrin,peine au flux malfaisant

                     M'occirent presque,dérive et longue plainte

                     Et de ma vie firent fontaine obscure

                     Cascades de larmes en ce lit torrentiel

                     La baignade, malemort, Dieu qui n'a guère cure

                     De la fraîcheur à toujours perdue,ô tendre jouvencelle

                     Que j'étais,de chute et de tréfonds

                     Que jamais nulle extase n'effleura mon trésor

                     Oncques ne connaîtrai le grain au ventre fécond

                     Ni l'enfant  aux gouttes lactées d'or

                     Que noyade un jour d'été mon doux sein dessécha.

 

croisade

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27 juin 2013

Des mots,une histoire: De passage

                     L'escarcelle 107 d'Olivia cette semaine: secret-mystère-dessert-gomme-mâcher-chewing-gum-s'étirer-libération-tondre-brebis-galeuse-puce-sale.Je n'ai pas réussi à échapper à la "brebis galeuse".Je pense qu'il faut, lors du choix, se méfier des associations trop évidentes.Ce n'est bien sûr que mon avis.Vous constaterez aussi que ce texte est "épucé",incapable que j'étais d'introduire ce sympathique parasite ni sur le marché,ni à l'oreille.

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                              Comme j'aimais la voir tondre ses quelques arpents de pelouse.La plupart du temps elle étaît vêtue d'un short kaki et d'un polo jaune qui scintillait lors que je l'observais à la dérobée dans le secret des thuyas protecteurs.Mal aimée du village,le qu'en dira-t-on allait bon train quant à cette femme récemment débarquée d'on ne sait où dans cette calme bourgade picarde qui n'appréciait guère les nouveaux visages.Sans être tout à fait traitée de brebis galeuse on ne goûtait pas trop le halo de mystère qu'elle semblait suggérer.Après les vétilles,chewing-gums dans sa boîte aux lettres,assez vite apparurent les sales insinuations devant la poste ou la boulangerie, puis un calicot ,à l'orthographe incertaine "A la Libération,vous savé ceux qu'on leurs faisait?" que le maire fit enlever,pas assez prestement.Je me souviens surtout du geste qu'elle faisait après avoir fini ses travaux verts,elle s'étirait longuement jambes et cuisses et j'avais la chance d'apercevoir ses reins qui m'affolaient quelque peu.J'appelais ça mon dessert de printemps.Elle n'est guère restée plus de deux saisons dans notre village.Je n'ai jamais su son prénom.Depuis,quand je pense aux femmes de ma vie,pourquoi est-ce son image qui me revient si vite? Rêveur,je mâche un crayon hors d'âge,j'écris sur elle,ni gomme ni rature,spontanément,elle me sourit.

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