15 mai 2021

J'ai vu Poly

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                     Poly*, film à peine sorti l'an dernier, est maintenant disponible en DVD, Blu-Ray et VOD, éditions M6 vidéo, depuis le 14 avril. Cinétrafic/DVDtrafic m'a demandé mon avis sur ce film qui évoque naturelllement l'enfance pour plusieurs générations de téléspectateurs. Cécile Aubry a ainsi créé dans les annnées soixante toute une série de romans jeunesse sur les aventures du célèbre poney, ainsi que de nombreuses saisons d'un feuilleton TV. On ne parlait pas encore de séries. 

                     Nicolas Vanier, célèbre voyageur, musher, chantre de la nature, plutôt tendance neige et glace, déjà metteur en scène, dans un registre très voisin du retour de Belle et Sébastien, n'a pas cherché à moderniser cette histoire. Seule différence notable, c'et une petite fille, Cécile, qui est la complice de Poly. Concession un tantinet dans l'air du temps. Pas grave puisque nous avons droit aux magnifiques paysages gardois, rivières qui s'agitent, abords des Cévennes toutes proches. C'est joliment filmé, sans aspérités autres que les rochers et les ruines. Vanier signe là un film pour la jeunesse (on préfère maintenant dire les jeunes, nuance). Avec les limites de l'exercice en une époque où les images ont depuis longtemps débordé les salles obscures et les écrans télé pour envahir les chambres d'enfant.

                    Côté nuances les personnages, c'est pas trop ça. Le patron du cirque est un grand malfaisant qui maltraite Poly (Timsit s'est sûrement amusé, mais on n'y croit guère). Cluzet reprend un rôle très proche de L'école buissonnière, homme vieillissant bourru mais au fond, si tendre. Julie Gayet est une maman courage, infirmière dévouée et divorcée, pas si fréquent dans ces années là. 

                    Je ne suis pas sûr que les enfants actuels, même très jeunes, soient réceptifs à ces gentilles histoires sur fond de Twist à Saint Tropez. Pourquoi pas? A condition que les instances de la Gendarmerie Nationale n'exigent pas le retrait du film tant les deux pandores enquêtant sur la disparition de Poly sont au comble du ridicule, dignes du Gendarme de Saint Tropez (deux fois cité, Tropez) mais sans l'abattage de De Funès. 

                     A noter que Poly est proposé avec quelques bonus, classiques, scènes coupées, l'histoire de Poly, TV, livres. Pour les exégètes. A noter aussi qu'il devrait être à nouveau en salles lors de la réouverture. 

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23 avril 2021

Que tout change pour que rien ne change

Borgo   

                       Scènes de la vie quotidienne de Mimmo et Cristofaro, Palerme, Sicile, une Palerme contemporaine, pas celle de Don Corleone. Borgo Vecchio, le vieux bourg, quartier pauvre, c'est peu dire. Les deux enfants y traînent beaucoup, l'un battu par son père, l'autre se consumant pour Celeste, fille de Carmela. Celeste est souvent sur son balcon tandis que sa mère reçoit des hommes, c'est son métier qu'elle exerce consciencieusement sous le regard de la Vierge au manteau. Mais il y a un héros, Toto, un peu Robin des Bois d'une métropole sicilienne archaïque. Borgo Vecchio pourrait friser voire respirer le misérabilisme. C'est sans compter la verve et le punch de l'écriture de Giosuè Calaciura.

                     Car Borgo Vecchio est un roman délicieux, bref, c'est souvent une qualité, mais qui explore l'humanité palermitaine avec la tendresse d'un film néoréaliste (à cette référence ceux qui me lisent depuis longtemps savent que je fonds), l'humour en plus, un peu désespéré, l'humour. Souvent brutal, le propos de l'auteur ne s'embarrasse pas d'un exotisme rédempteur, ni de facilités descriptives. Mais qu'est-ce qu'on les aime ces figures d'un Mezzogiorno toujours englué dans une misère endémique et une délinquance précoce inextinguible. Carmela, la sainte putain, la petite Celeste, rêveuse et décidée. Mimmo, relativement privilégié et Cristofaro, dans cette chronique d'un martyre annoncé, et Nana, cheval de son état, à la fois déifié pour ses performances en course et maltraité comme une bête de somme. 

                       De belles et longues phrases, d'une grande poésie, traversent, fulgurantes, ce Borgo Vecchio, sorte de chorégraphie de rêves et de violence, parfois drôles, avec par exemple le curé, receleur au tabernacle, souvent émouvantes, je pense à l'ode au pain et aux scènes de marché. A ce beau ballet ne manque même pas la trajectoire fantastique d'une balle dans la cité sur les traces de Toto. Du grand baroque, de l'opéra, grandiose et pouilleux. Un déluge d'images, envoûtant, ce déluge étant à prendre au sens propre durant tout le troisième chapitre, impressionnante symphonie pour navires en folie et flux punitif sur le peuple des ruelles. 

                       Aux premières lumières du jour, on découvrit que la mer avait brisé toutes les digues et avait pénétré dans la ville par la porte du Quartier. Il régnait un calme de déluge universel. Ceux qui dormaient encore furent réveillés par les sirènes des bateaux qui ne trouvaient plus le port et s'enfonçaient versl'intérieur car ils voyaient encore de la mer à l'horizon alors que les instruments indiquaient la fin de la navigation.

                       La Sicile a ses grands, très grands romanciers. Le Lampedusa du Guépard, le Sciascia des pamphlets politiques,le Pirandello des Nouvelles Sicilennes, et aussi Brancati (Le bel Antonio), Vittorini, Camilleri et son commissaire Montalbano. De toute évidence Giosuè Calaciura, né en 1960 à Palerme, ne dépare pas. 

 

 

 

 

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15 septembre 2019

Les bleus d'enfance du Danube

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                          Val https://lajumentverte.wordpress.com/ et moi n'avons pas hésité à nous lancer dans l'enfance et la jeunesse de Janos Szekely. Je pense qu'elle sera de mon avis pour considérer L'enfant du Danube comme un très grand roman, entre Dickens et Gorki, par exemple. Mais il nous faut dire un mot de l'auteur (1901-1958), hongrois d'origine, scénariste à Berlin, Vienne puis Hollywood. Paru en 1946 aux Etats-Unis sous le pseudo original de John Pen et le titre Temptation, le livre sort en Hongrie en 48 où il est très vite retiré des librairies. En 56, plus ou moins (?) chassé par le maccarrthysme, Janos Szekely revient s'installer à Berlin. Il y fait une demande de retour en Hongrie. Malade, il ne reverra pas son pays natal. Une vie.

                          C'est son enfance et son adolescence que raconte Szekely au long de 850 pages, passionnantes, rudes, pittoresques et bouleversantes. Ignoré, au sens propre, de son père de hasard, quasiment abandonné de sa mère aux mains d'une vieille prostituée, mais pas au grand coeur car les filles dites de joie peuvent aussi être des carnes (on pense bien sûr à l'univers londonien d'un Dickens, déjà cité). On suivra ainsi Bela une quinzaine d'années. le plus passionnant pour moi est la vie d'un grand hôtel de Budapest où il débute à 15 ans. Cette sorte d'hotel de luxe où tout peut arriver, souvent vu au cinéma, avec sa faune de demi-mondaines, je suis mesuré, d'escrocs, d'indics, d'homme d'affaires plus ou moins véreux, de girouettes politique. La foule des petites gens aussi, travailleurs inlassables, souvent noctrnes, et qui rentrent à pied dans leur lointaine banlieue, le tramway trop coûteux.

                          Roman d'apprentissage évidemment, de tous les apprentissages, y compris celui du sexe, une beauté fatale et alcoolisée, aux doigts troués, vaguement épouse de sénateur, fera l'affaire en ce qui concerne Bela. Les amitiés, les trahisons, les tentations, le mauvais alcool, et la conscience politique pas très claire encore, tout cela mène au rêve de la valise, Vienne, premier port, si j'ose dire, pour l'Amérique.

                          L'enfant du Danube est une fresque, pas un roman choral malgré la multiplicité des personnages. Szekely est bien sûr en grande partie Bela. de très beaux portraits, la mère de Bela, son père, à éclipses, la faim, elle aussi est presque un personnage. La lecture est très fluide et c'est un grand livre de la ténacité, une immersion dans cette Mitteleuropa dont j'aime tant l'histoire pour le moins chaotique. Ne craignez pas d'affronter ce pavé car il est d'une bien belle facture.

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20 juillet 2018

L'Ecrivraquier/20/Par ricochets

 L'Ecrivraquier

                                    Dans le plutôt bon roman irlandais que je viens de terminer, et nous en reparlerons très vite, il y a une scène où un père initie son fils à la traditionnelle épreuve des ricochets sur le lac ou la rivière. Le même jour une de mes blogueuses préférées  nous présentait une charmante petite nouvelle dans le grand charivari de notre monde, au prénom de devineresse. Alors voilà. A priori aucun rapport. Sauf que si.

                                    La  scène du livre irlandais dont je vous entretiens a réveillé en moi (elle dormait que d'un oeil, à peine) l'image de ma rivière à moi. On a tous quelque chose en nous d'une rivière. Ma Tennessee, à moi, mon Rhône, ma Volga, s'appelle l'Oise. Et croyez-moi elle en vaut bien d'autres. Et elle, au moins, ne dégénère pas comme ces monstres, Amazone, Nil, Mississippi. Rassurez-vous, un peu tératophile, j'aime aussi les monstres. Moi-même à l'occasion...Enfin on me l'a dit. J'ai habité mes vingt premières années à quinze mètres des rives de cet affluent de la Seine. Et les péniches sillonnaient son cours, d'abord tirées par les ultimes remorqueurs, car je ne suis pas d'âge tout à fait à évoquer les chevaux sur les chemins de halage. Remplacées maintenant par quelques modestes plaisanciers au lent cours.

                                   A la maison nous n'étions pas pêcheurs, nous étions regardeurs. Très jeune j'arpentais les bords de ma rivière, pourtant bien peu sécurisée si ce n'est par une bouée dans un coffrage, et pas si fréquente, la bouée. Souvenirs de pneumatiques dans le courant, d'où nous sortions la tête en nous esclaffant. Parfois y avait même deux ou trois filles mais je ne leur parlais pas. Elles me faisaient peur déjà. Mais on sait bien que la peur fascine.

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                                   Avant ces épisodes de ma vie aquatique mon père, qui comme tout le monde ignorait la natation, était pourtant champion. Sur ces bords de l'Oise, tout en saules se lamentant sur l'onde, et en ressacs mariniers clapotant, il était expert, d'abord dans le ramassage des projectiles. A l'époque, les rives, moins muraillées, laissaient quelque accès à des bouts de plages, et à des pierres plates, parfois segments d'ardoises, l'idéal du lanceur. Qui dira le geste auguste du papa jeteur de cailloux dans le fleuve? Qui dira l'ébahissement du gamin devant cette merveille de la physique des liquides? La vérité de la vie n'a pas fait de moi une star du rebond isarien. Là je vois dans vos yeux de rhôdanien, de séquanais ou de rhénan que vous ignorez l'adjectif isarien. Tout comme moi jusqu'à peu. Il ramassait une galette, soufflait dessus. Il soufflait aussi, sur Les trois mousquetaires, je me souviens, la première fois qu'il m'avait tendu l'exemplaire ancien, mais soigné, et qui devait tant compter.

                                 Ca se passait en début de soirée, quand le flux batelier avait cessé, que les nefs étaient amarrées juste devant chez nous et qu'aucun remous motorisé ne perturbait l'art de jeter des pierres et de faire des ronds dans l'eau. Mon père était l'artiste, six ou sept sauts du caillou magique. Moi j'étais l'arpette, l'innocent, le cancre. Au moins sur ce plan (d'eau) là, je le suis resté. Si son ambition était de faire de moi un lanceur hors pair, il a échoué, Alfred. Mon père s'appelait Alfred. Si son ambition état de faire de moi un lecteur il a plutôt réussi.

                                   

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02 juin 2018

Cousines nippones

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                               Avant tout je voudrais vous remercier, amis qui avez eu ces gentils mots d'encouragement sur mon billet précédent. Ils ont été les bienvenus. Plutôt en meilleure forme, je reviens à l'occasion d'un billet commun avec ma chère co-lectrice Valentyne. Mon rapport au  blog a cependant quelque peu changé. Les billets y seront certainement un peu moins fréquents mais cela n'altérera en rien mes visites chez les amis choisis depuis des années maintenant sur la toile.

                               Cinquième incursion dans l'univers de Yoko Ogawa, qui sait toujours me charmer. En compagnie de La jument verte de Val  cette fois, dont je subodore qu'elle sera du même avis. La petite musique de cette auteure japonaise a quelque chose d'enchanteur, d'ensorceleur, bien loin des bruits et des fureurs. Ogawa s'intéresse souvent à la cellule familiale, à la transmission, à l'enfance. Tomoko, douze ans, loge chez  sa  cousine Mina pour sa première année de collège. Mina, asthmatique, n'est pas toujours très solide et Tomoko s'applique à lui faciliter la vie dans la grande maison familiale où vit Mina avec son père, sa mère et sa grand-mère paternelle Rosa, allemande. Il y a aussi Pochiko, dans le jardin...hippopotame nain qui accessoirement sert de monture pour emmener Mina, qui s'épuise vite à marcher, à l'école. On le voit, une pointe de fantaisie surréaliste nimbe cette jolie histoire sur le côté un peu étouffant de ce pays. Personnellement je commence à apprécier les lettres japonaises tout en y respirant un peu difficilement. Mais que de beaux moments dans La marche de Mina.

                                Aucun  des personnages de la famille n'est sacrifié même si les passages les plus forts concernent les  deux cousines. Mina, fragile et rêveuse a une curieuse collection que je vous laisse découvrir. Tomoko, plus aventureuse, se pose  des qustions sur cette famille. Va-t-elle découvrir un secret? On ne quitte guère la maison ni le jardin dans La marche de Mina mais pourtant le monde  est bien présent quoi que discret. A commencer par le massacre olympique de Munich en 1972. Cette incursion dans la brutalité est particulièrement bien amenée par Yoko Ogawa. Contrastant avec la relative sérénité de la maison familiale. Les deux cousines sont assez fascinantes, évoluant entre poésie et enfance, avec le goût des livres pour l'une d'entre elles, les premières admirations préado. Et aussi chemin faisant, le volley-ball, le ciel et la comète, la boisson traditionnelle fabriquée par l'entreprise de l'oncle de Tomoko. Et bien sûr les gros yeux ronds de Pochiko.

                                 Quant à la salle de bains des lumières, c'est une idée lumineuse, et je vous y convie. Comme je convie ceux qui ne la connaissent pas à apprécier les livres de Yoko Ogawa. Ils ont la délicatesse et l'élégance de la silhouette d'un hippo-campe même si dans La marche de Mina il est plus souvent question d'un hippo-potame. Ils sont nombreux et bien distribués en France. Bien des blogueurs en parlent. Chez moi vous pouvez retrouver d'anciennes chroniques sur Les abeilles, La formule préférée du professeur, Les lectures des otages et Cristallisation secrète.

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03 décembre 2017

Petit bras

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Masse critique

                                 C'était un choix junior chez Babelio avec un court roman mais signé d'un grand, Ken Follett dont nous avons tous aimé les livres. C'est d'ailleurs le jeune écrivain Follett qui en est l'auteur, publié en 76. Une centaine de pages pour une aventure à la Club des Cinq, sympathique mais un peu vite expédiée. On aurait aimé un peu plus de péripéties et aussi de suspense dans Le mystère du gang masqué. Mick et Randy, deux gamins débrouillards et délurés, ont trouvé un passage secret menant à d'anciens studios de cinéma. On se doute qu'une surprise les y attend. Ken Follett dit avoir écrit ce livre pour ses propres enfants. Je ne sais mais très honnêtement je crains que ce livre juste agréable, pour 10 ou 11 ans environ, ne titille guère l'intérêt des enfants de 2017.

                               Il aurait fallu que les rencontres dans ce lieu qui aurait pu apparaître comme magique soient plus fréquentes et mieux menées. Je suis même étonné du peu d'envergure de ce livre quand on connait la plume de Ken Follett dont la célébrissime et très vendue saga des Piliers de la terre est un modèle de best-seller intelligent et documenté. Ici tout au contraire en trois visites un peu bâclées les deux compères en vélo expédient les affaires courantes et réduisent à néant le gang masqué dont les membres manquent eux aussi singulièrement d'épaisseur. Un certain Noé, onze ans , petit-fils de son état va recevoir ce livre. Nul doute qu'il préférera des aventures plus animées sur un tout autre support. Merci à Babelio qui n'y est pour rien.

                               

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23 novembre 2017

Quelques mots sur quelques films

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                                            Faute d'amour est un film terrifiant comme Le retour, comme Leviathan. Que le cinéma de Zviaguintsev est troublant, jusqu'au malaise. Et comme la Russie semble le pays idéal pour la dérive,les dérives. Un couple se déchire dans la banalité d'une banlieue de Moscou ou Saint Petersbourg. De toute façon  on n'est nulle part. Dans un no love's land hideux et terrible où des parents glissent le doigt sur leurs tablettes, sans émotion, leur enfant étant en fugue, rien de plus, rien de grave. J'ai eu froid et j'ai pensé à Leonard Cohen " I've seen the future, it is murder".Andrei Zviaguintsev est d'ores et déjà un immense cinéaste mais ne comptez pas  sur lui pour vous sentir bien.

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                                 Un peu contraire, jouant la carte du mélo et de la différence, mais intelligemment construit sur l'aventure de deux adolescents sourds en fugue à New York en 1927 et 1977, Le musées des merveilles sait nous bouleverser. La Big Apple en noir et blanc, juste avant l'irruption du cinéma parlant, est très joliment filmée et ce conte initiatique transfigure la quête de ces  deux enfants sourds à la poursuite de leurs destins. Pour la magie on pense à Hugo Cabret qu'adapta Scorsese. Rien d'étonnnant, Brian Selznick étant l'auteur des  deux romans. Le film doit beaucoup à ses deux jeunes acteurs. Todd Haynes rend hommage aux grands mélodrames silencieux, et à la ville de tous les possibles. Bien sûr, quelques-uns, pas très nombreux, ont fait la fine bouche. Et Cannes l'a soigneusement ignoré. Moi j'ai trouvé qu'on était proche de la perfection. Space oddity de Bowie, la version d' Also sprach Zarathustra par le pianiste brésilien Deodato que je n'avais pas entendue depuis des siècles, une très belle musique originale de Carter Burwell, de jolis glissements des scènes identiques entre l'époque de Rose et celle de Ben, une poésie de tous les instants, autant de raisons de voir Wonderstruck.

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                                   Une séance ciné-philo a été consacrée au document d'Amos Gitai, un de plus, A l'Ouest du Jourdain. On connait depuis si longtemps le long combat de Gitai pour une solution pacifique du séculaire conflit. Pas mal d'intellectuels israéliens, écrivains, cinéastes, savants, luttent ainsi pour faire triompher la raison. C'est peu dire que c'est pas gagné. Le public a été très intéressé et la discussion s'est bien engagée, mais le sujet est si complexe. Certains ont vu le verre à moitié plein, les scènes de fraternisation des mères des deux côtés, le trouble de certains soldats d'Israel se remettant en question. Mouais... Moi, qui pèche rarement par excès d'optimisme, j'y ai surtout entendu un gamin de douze ans rêver de martyre d'une part, et un journaliste plutôt désespéré prévoyant que pour des raisons de démographie la solution négociée sera tout bonnement définitivement impossible d'ici quelques années. Terrifiant, glaçant et, à mon sens, probable. A l'Ouest du Jourdain est bien sûr un film à voir. Sans illusions.

 

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24 octobre 2017

Tenue

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                                Je n'avais jamais lu La promesse de l'aube mais la prochaine sortie ciné d'une nouvelle adaptation du récit de Romain Gary, après celle de Jules Dassin avec Melina Mercouri, m'a donné envie de réparer cette négligence. Bien m'en a pris. C'est un hommage à sa Mère Courage, ça je le savais car l'histoire est un peu connue. Mais c'est aussi une formidable leçon de vie, de ténacité, voire d'humour, en même temps qu'un bel objet littéraire, devenu un classique. Gary (avec ses avatars) fait partie de ces écrivains qui n'ont pas oublié de vivre, des hommes d'action(s) au sens propre. C'est plus fréquent chez les écrivains journalistes, Hemingway, Kessel. mais Romain Gary, il est vrai, a eu plusieurs vies, qu'il a failli perdre à plusieurs reprises en avion notamment. Il parle rudement bien de ces aéroplanes du début de la guerre, hors d'âge.

                               Début du livre, 1960, Big Sur, Californie, ça a dû plaire à Patrick Villaseurat, Romain Gary revient sur sa jeunesse et sur sa mère, sa mère qu'il ne quittera jamais malgré ses voyages et ses combats, ses blessures et ses amours. Je parle là surtout de l'idée de sa mère. Ce livre a eu un grand succès. Mais connait-on si bien Romain Gary? Pilote, combattant, diplomate, couturé de balafres comme constellé de décorations, diplomate, romancier, cinéaste (vu aucun de  ses  deux films ce qui semble mieux ainsi), gaulliste, européen avant l'heure, un homme comme on en fait peu. Fou de la France par hérirtage maternel. La promesse de l'aube donne envie de citer des  centaines  de lignes du récit, et je vais y céder un peu. Moins envie de voir le film avec Pierre Niney, fin décembre. Plus envie encore de lire d'autres oeuvres de cet auteur protéiforme et insaisissable. J'avais déjà aimé il y a fort longtemps Clair de femme, et plus encore La nuit sera calme, un peu testamentaire. Je crois avoir hélas égaré le vieil exemplaire de mon père ce lecteur des Racines du ciel avant même de l'avoir lu. Ce n'est pas ce que j'ai fait de mieux. Le grand John Huston en a tenté l'adaptation et lui non plus, ce n'est pas  ce qu'il a fait de mieux.

                              Romain Gary fut parmi les écrivains qui choisirent leur nuit de départ. Nul doute qu'il ait retrouvé avec la grande paix la veste d'aviateur dont il parle si joliment dans La promesse de l'aube.

                             "Elle fumait trois paquets de gauloises par jour. Il est vrai qu'elle ne terminait jamais une cigarette, l'écrasant à peine entamée, pour en allumer aussitôt une autre. Elle avait découpé dans une revue la photo d'un défilé militaire et la montrait aux clientes, leur faisant admirer le bel uniforme qui allait être mien dans quelques mois." 

                               Cherchant un pseudo pour la carrière littéraire de son fils adolescent "Il faudrait quelque chose comme Gabriele d'Annunzio, dit ma mère. Il a dû faire souffrir la Duse terriblement."

                               "Nous passâmes une nuit paisible en mer dans la soute à charbon, bercés par des rêves de gloire inouïe. Je fus malheureusement réveillé par le clairon juste comme j'allais effectuer mon entrée à Berlin sur un cheval blanc".

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29 octobre 2016

Très loin du roman-fleuve

Masse critique

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                                 Avec un grand plaisir, de courte durée cause 56 pages richement illustrées, j'ai lu ces agréables Contes du Nil Blanc et du Nil Bleu, pour le compte de Babelio qui me propose souvent des lectures qui ne sont pas mon quotidien. Eminemment sympathique, le livret présente quelques courtes fables (à défaut de trouver un terme plus précis), Le renard et le corbeau (si, si), Le lièvre et le bélier, La vache et le chien, Le lièvre et la girafe, toutes très brèves et dotées d'un optimisme un tantinet béat. L'auteur, Yacoub Artin Pacha (1842-1919) fut historien et homme d'état égyptien. Mais à mon sens la joliesse du livre réside davantage dans le bien beau noir et blanc de l'illustratrice bulgare Denitza Mineva.

                               Ces contes collectés dans les tribus du Soudan égyptien ont un charme qui, me semble-t-il, aura du mal à convaincre les jeunes enfants de maintenant. Il est vrai que ça passera surtout, et c'est somme toute dans la continuité, par la tradition orale, le "raconte-moi". Qui comme chacun sait ne dure que l'espace de quelques saisons avant d'être supplanté par la technologie. Mais il n'est pas nécessaire d'espérer pour persévérer.

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30 septembre 2015

Qui dénoncera...

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       ... les honteuses pratiques de ce pays souvent cité en exemple? Oui, c'est devant les fastes du Palais royal de Stockholm et ses gardes droits dans leur bottes que l'on traite ainsi les enfants de Suède, enchaînés et presque vêtus comme des bagnards américains. Assourdissant silence des médias.

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