BLOGART(LA COMTESSE)

Livres et films,musique et la vie...

22 octobre 2009

Les rapaces

    J'ai présenté à quelques étudiants retraités une petite communication sur le film noir.Le faucon maltais croise-t-il encore en altitude cinéphile?A mon avis oui mais il est vrai que pour la filmo d'Humphrey Bogart on peut trouver plus objectif que moi.Mais quel plaisir de se replonger dans les méandres imaginés par Dashiell Hammett et si bien relayés par John Huston.Film véritablement fondateur du genre Le faucon maltais d'Hammett a bel et bien " pris le crime dans le vase vénitien où on l'avait rangé pour le laisser tomber dans la rue"(G.B.Shaw).Dès après le générique Frisco est là,son pont,son port,sa plaque de privés associés.Et Sam Spade,à jamais Bogart, à jamais cette image du dur à cuire,que les vicissitudes n'ont pas tout à fait blasé.D'ailleurs il le dit à la fin à Brigid la meurtrière:"Je ne suis pas aussi pourri que je le laisse dire"

    Tout de tabac,tout de chapeau,tout d'ironie,et une certaine cruauté,Sam Spade n'a guère le temps ni le goût de regretter son associé assassiné.Déjà débarquent les comparses,ce trio infernal du film noir,Peter Lorre vaguement levantin et moins vaguement efféminé,les 280 livres de Sydney Greenstreet,souvent filmé en contre-plongée, falstaffien et drôle dans sa frénésie de quête du faucon,Elisha Cook petite gouape gitonesque.Oui ici comme dans le roman on appelle un chat un chat.Ca ne se fait plus guère et ça tombe presque sous le coup de la loi.D'une très grande fidélité au livre qui était c'est vrai presque découpé Huston insuffle sa propre recherche mythique dans cette chasse à l'oiseau noir(Huston plus tard ce sera bien d'autres quêtes,Le trésor de la Sierra Madre,Moby Dick,Les racines du ciel,Le malin,L'homme qui voulut être roi).

   Les femmes du film noir,comme on s'y attendait,vénéneuse ou victime,est-ce la même?Si les pires gangsters semblent conserver un zeste de franchise,les femmes,elles,ne sont que duplicité et manipulation.Ouvertement machiste Le faucon maltais ne s'embarrasse guère de circonlocutions.Mais plus  que tout il y a dans la plupart des bons films noirs cet humour féroce et salvateur,cette ironie mordante,ce sarcasme comme les dents de Bogart,dont on ne sait si c'est baiser ou morsure.Mais dites-moi qu'est-ce vraiment que Le faucon maltais?Sam Spade,alors que la femme s'enferme dans la cage d'ascenseur qui préfigure une autre cage,nous le dit sans ambage:"That's the stuff dreams are made of.

    On pourrait gloser très longtemps sur l'importance du noir,roman ou film.On peut aussi et surtout le lire ou le voir.Cest tellement mieux que de débattre.

Posté par EEGUAB à 20:09 - Cinéma des Etats-Unis - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

19 septembre 2009

Un autre film du patron

   Parmi les rares films de Bogart que je n'avais jamais vus figurait Le violent de Nicholas Ray,1950.Si Dixon Steele,scénariste à Hollywood,est effectivement violent le titre original In a lonely place résume mieux le désespoir et l'ambiance de ce film régulièrement oublié quand on parle autoportraits de Hollywood.Pour mémoire citons La Comtesse...,Les ensorcelés,Boulevard...,Le grand couteau,etc...Le patron est excellent dans ce film où il retrouve un an après Les ruelles du malheur Nicholas Ray.Soupçonné de meurtre Dixon Steele cherche à se disculper et ce n'est pas le plus intéressant du propos.Ce que j'ai aimé dans Le violent c'est le mélange très bogartien de cynisme et de tendresse parfois presque infantile du personnage duquel il n'est pas interdit de penser que le caractère de Bogart lui est étrangement voisin.On sait que Bogey était un homme assez susceptible que l'alcool accompagna tout au long d'une vie agitée,c'est le moins que l'on puisse dire.

  Gloria Grahame est une partenaire qui est  à la hauteur du mythe et qui n'a rien à envier à Gardner,Bacall,Hepburn ou Bergman bien que ces quatre symboles soient à peu près insurpassables.Excusez du peu.Et puis je suis toujours hypersensible à la voix du patron,à nulle autre pareille.Enfin les personnages que joue Bogart ont tous en commun un humour,une dérision,un recul,on dirait aujourd'hui une sorte de second degré qui les empêche à tout jamais de dater.Dans sa nuit solitaire et bien qu'innocenté reste un douloureux leitmotiv "I was born when she kissed me,I died when she left me,I lived a few weeks when she was with me."

Posté par EEGUAB à 17:20 - Cinéma des Etats-Unis - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

06 septembre 2009

Enchanté du désenchanté

         Budd Schulberg vient de mourir à 95 ans,je crois.S'il fut l'un des grands auteurs à Hollywood Schulberg n'a pas attendu le cinéma pour savoir écrire romans et nouvelles dont les cinéphiles ont retenu notamment Un homme dans la foule,Plus dure sera la chute,Sur les quais.Fils d'un ponte de Paramount,élevé dans le sérail il a écrit sur ce sujet Qu'est-ce qui fait courir Sammy? et Le désenchanté.

       

Le désenchanté fut publié en 1950.S'il est inspiré de la chute de Scott Fitzgerald Budd Schulberg nous donne là une oeuvre follement romanesque dans le bon sens,peignant dans un même maelstrom les débuts de la folie de Zelda(ici nommée Jere) et la débandade boursièrede la fin des Roaring Twenties.Dans romanesque il y a roman et quel roman,quelle histoire fabuleuse de champagne et de gueules de bois,de parties dignes de Gatsby et de déchéances tôt venues.
Manley Halliday qui fut il y a presque vingt ans un écrivain adulé se voit contraint à faire le tacheron pour les producteurs d'Hollywood(attention,pas tous incultes).Cornaqué par un jeune espoir du scénario,fauché comme c'est pas permis,  retrouvera-t-il le génie,ou simplement le talent,ou encore plus simplement la recette du retour en grâce?

           Schulberg traite admirablement d'un univers qu'il connaît bien.De Manhattan à Paris,de Berlin aux Alpes enneigées, zébré de retours au passé parfaitement inclus dans la progresssion qui va vers l'ultime,Le désenchanté est un très grand livre pas seulement sur l'usine à rêves,mais plus sûrement sur la brûlure d'un talent phénix qui n'en finit pas de ne pas renaître.

Posté par EEGUAB à 10:43 - Lire Etat-Unis - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

21 août 2009

Good bye to Frank

 

   

                     Le hasard fait bien mal les choses.A propos du Regard d'Aran sur Ellis Island que j'évoquais dans ma note précédente Frank McCourt nous a quittés le 19 juillet.Beaucoup ont lu Les cendres d'Angela et C'est comment l'Amérique?J'ai fini par ne plus savoir s'il était irlandais ou américain,ce qui veut tout dire.

Posté par EEGUAB à 19:14 - Lire Irlande - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

11 juillet 2009

Précis de géographie:Denver

Denver,capitale du Colorado,est une des principales plaques tournantes au centre des Etats-Unis.La ville est ainsi dotée du dixième aéroport mondial.Au pied des Montagnes Rocheuses la ville compte environ 600 000 habitants,beaucoup plus avec la conurbation voisine de Boulder.Dougals Fairbanks y vit le jour en 1883 et Bob Seger dans ce disque nous enjoint de quitter la ville au plus tôt.Un certain Bruce S. et un certain Bob D. ont également chanté Get out of Denver mais rendons justice à ce vieux Bob qui,en France,en a bien besoin.

http://www.youtube.com/watch?v=9WWHdBuOC6Q  Get out of Denver

05 juillet 2009

Garfield boxeur

theymademeacriminla1939

        John Garfield (1913--1952) avant d'être boxeur dans l'excellent Sang et or de Robert Rossen en 47 le fut déjà dans le très bon Je suis un criminel de Busby Berkeley en 1939.C'est d'ailleurs l'un des premiers rôles de Garfield,étonnant acteur mort jeune et qui eut maille à partir avec les foudres du mccarthysme.A ce propos je remarque qu'il est bien difficile de s'y retrouver dans cette période troublée et très contradictoire.Busby Berkeley,spécialiste de la comédie musicale,dirige le jeune Garfield dans un rôle de chien fou,espoir du ring poursuivi par une sorte de Javert version flic américain un peu raté et qui veut se refaire(le toujours impeccable Claude Rains).On y retrouve aussi les Dead End Kids,groupe d'adolescents à problèmes déjà présents dans Rue sans issue et Les anges aux figures sales.Ce côté rédemption des films noirs avait alors la côte à Hollywood.

Ce film nous confirme que la boxe est bien l'un des rares sports à passer la rampe au cinéma.On compte au moins quinze films de grande qualité tournant autour du Noble Art.Voir Archives mai 2008.John Garfield paraît encore un peu tendre et sera plus marquant  dans L'enfer de la corruption ou Le facteur sonne toujours deux fois.

Posté par EEGUAB à 18:30 - Cinéma des Etats-Unis - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,

29 mars 2009

Précis de géographie:Baltimore

   Baltimore,dont le nom fleure bon une aristocratie écossaise par exemple,est en fait souvent plus ou moins rattachée à l'agglomération de Washington D.C.,distante de 40 miles environ.La ville de Baltimore fait pourtant partie de l'état du Maryland dont elle est la plus grande cité,700 000 habitants,sur la célèbre baie de Chesapeake.C'est surtout un grand port,fréquemment cité dans les romans et les chansons.Y virent le jour,outre Billie Holyday les écrivains Edgar Poe,Upton Sinclair,Dashiell Hammett,Leon Uris.Souvent chantée je vous propose la pluie sur Baltimore du groupe Counting Crows,dont le leader Adam Duritz est lui aussi natif de Baltimore.N'oublions pas bien sûr la superbe Lady came from Baltimore du grand Tim Hardin.

http://www.youtube.com/watch?v=avw8rBDRUxQ Raining in Baltimore

28 mars 2009

Le coupable faux

Dana Andrews (centre) and Shepperd Strudwick (left) in Beyond a Reasonable …
[Credits : © 1956 RKO Radio Pictures Inc.; photograph from a private collection] 

   Quan d j'avais vu pour la première fois L'invraisemblable vérité(Beyond a reasonable doubt),film de la période américaine de Fritz Lang (1956) j'avais été estomaqué.Sur le thème très cher à Lang de la culpabilité,des apparences,de la manipulation,le Viennois brode un artifice diabolique  sur l'erreur judicaire et l'exécution capitale.Pas de grand discours moral sur l'horreur de la chaise.Le propos de Fritz Lang est une profonde réflexion,hors de toute psychologie logorrhéique,sur la vraisemblance,la fragilité des témoignages, ce dans un climat très américain fifties(procureur candidat politique,liberté de la presse,aisance fiancière).Frappé de plein fouet lors de la première vision j'ai été un peu désappointé car ce film m'avait vraiment stupéfié par ses rebondissements.

   La vérité n'était donc plus tout à fait invraisemblable pour moi et c'est ainsi que j'ai pu apprécier l'ambiance film noir et l'aptitude de Lang à se couler dans la société américaine,et ce dès ses premiers film,Fury notamment qui n'est pas sans lien avec L'invraisemblable vérité.Sobrement traité,hors de toute digression et de tout bavardage Beyond a reasonable doubt  scotche le spectateur,lui aussi fragilisé,manipulé,pantelant.Et reparaît alors un certain Dr.Mabuse,expert en marionnettes humaines.Et le fait que ce soit plutôt pour la bonne cause ne nous rassure guère plus.

Posté par EEGUAB à 22:22 - Cinéma des Etats-Unis - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

18 mars 2009

Précis de géographie:Mobile

Vue générale de Mobile

       Au centre du Golfe du Mexique Mobile est un port important où se retrouve une influence française très prégnante.Dans l'état d'Alabama la ville tient son nom de l'ethnie indienne des Maubilles et se prononce à la française.Nombre de rues portent aussi des noms français, Lafayette, Saint-Louis,Deschamps.Royaume de la Fleur de lys et de l'azalée Mobile organise chaque année un des Mardi Gras les plus célèbres du Deep South.Mais qu'a voulu dire Bob Dylan,scotché en plein milieu de Mobile avec le blues de Memphis?

http://www.youtube.com/watch?v=ZGUy2ajGu9A Stuck inside of Mobile with the Memphis blues again.

01 mars 2009

Encore un bon livre dans cette vie moyenne

nuitmer

         Sous ce titre peu engageant ne nous trompons pas se cache une oeuvre littéraire de tout premier plan.Nick Flynn,pas un premier communiant,a écrit un livre qui s'il s'apparente au récit,au vécu,est aussi une fiction digne des meilleurs romans.Quelques références, Edward Anderson,Nelson Algren,des écrivains de la Crise,et ce n'est pas un hasard.Parlant de son père qu'il n'a pas connu Nick Flynn qui l'a rencontré en travaillant pour les SDF de Boston a écrit entre autres:

A l'approche de Noël il fait le Père Noël pour l"Armée du Salut.Planté sur un trottoir devant un chaudron noirci,il agite une clochette.Plus tard en marchant dans les rues je m'aperçois pour la première fois de la quantité de Pères Noël,j'en passe des douzaines,un à chaque coin de rue ,même chaudron,même costume élimé,mais désormais plane le soupçon que l'un d'eux soit mon père.


          Un peu du climat de L'herbe de fer de William Kennedy aussi(bien méconnu ce Kennedy là,soit dit en passant).Mais laissons les similitudes.Le style de Flynn est très personnel,narration parfois classique, lettres,flashbacks,formulaires administratifs composent une très belle vitrine qui nous laisse entrer dans ce quotidien des sans abri,version américaine.Le père,Jonathan Flynn,a fait tous les métiers et un peu de prison aussi.Le fils,Nick,a fait tous les métiers,sans aller jusqu'à la prison.Jonathan,assez mythomane,a l'ambition d'écrire un roman(Jack London peut-être,ou Steinbeck).Peu importe.La magie de ce livre bouleversant,profondément américain,tient au fait que ce plus que chaotique rapport familial saura nous toucher,nous prenant à témoin d'un amour père-fils et réciproque qui ne ressemble à aucune autre quête du père en littérature.Thème pourtant omniprésent partout où des mots sont assemblés sur une feuille blanche.
    Il me semble,mais peut-être suis-je trop affirmatif,que les bancs occupés de nos cités,je les verrais un peu autrement.Grandeur de la Littérature.Qu'en penserez-vous?A propos,même Shakespeare,qui s'y connaissait en aléas de la vie,apparaît dans cette nuit américaine...


Posté par EEGUAB à 17:39 - Lire Etat-Unis - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
Tags : ,



« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »