07 septembre 2008

Géographie:Mendocino,Californie

   Etape en Californie.Nous y reviendrons pour les poids lourds, Frisco, L.A.Mais ce soir je vous convie à un plateau de fruits de mer à l'endroit le plus à l'ouest de Californie,le Cap Mendocino et non loin la ville balnéaire du même nom.A quelques dizaines de miles au nord de San Francisco le village de bûcherons est devenu très à la mode au cours des sixties.Beatniks puis hippies y firent flores.Et un certain Doug Sahm,l'un des grands oubliés du rock,maître d'oeuvre en tex-mex notamment,mais aussi co-listier parfois du Grateful Dead ou de Rick Danko(The Band) et Dylan,fit se trémousser la planète entière dont votre serviteur vers 68 au sein du Sir Douglas Quintet.Doug Sahm,que je vous engage à redécouvrir,cessa toute collaboration avec qui que ce soit en 99 pour cause de crise cardiaque.Peu réputé pour son goût de l'eau minérale il avait signé par contre une flopée de disques intéressants pendant des années.Son registre va du tex-mex déjà cité au cajun en passant par des harmonies plus "Stax", voire ellingtoniennes.Tequila pour tous!Voici ,le délicieusement désuet Mendocino.

Mendocino

        Pour les plus sérieux Willie Nelson a chanté une bien jolie ballade,Mendocino County Line.Jolie mais moins rigolo.

http://www.youtube.com/watch?v=4s1MSwRPlEc Mendocino

   


31 août 2008

Géographie:Phoenix,Arizona

    En route pour l'Arizona au nord duquel plonge le Grand Canyon.Bien d'autres parcs nationaux et la célèbre Forêt pétrifiée dont le film homonyme révéla Bogart.Jimmy Webb (The highwayman, MacArthur Park) a écrit cette superbe chanson de rupture.C'est important dans la vie les chansons de rupture...By the time I get to Phoenix est devenu un standard enregistré par tous de Sinatra à Nick Cave,de Cash à Roger Miller,de Dean Martin à Isaac Hayes. Phoenix, Arizona,est une ville probablement sans charme particulier. Mais,pétri de ces influences muiscales et littéraires,tout ce qui fait route vers l'Ouest m'a construit,vaille que vaille.Alors,en partance pour ce voyage de repli,pas le plus gai,mais avoir un peu mal fait du bien.

By the time I get to Phoenix she'll be rising
She'll find the note I left hangin' on her door
She'll laugh when she reads the part that says I'm leavin'
'Cause I've left that girl so many times before

By the time I make Albuquerque she'll be working
She'll prob'ly stop at lunch and give me a call
But she'll just hear that phone keep on ringin'
Off the wall that's all

By the time I make Oklahoma she'll be sleepin'
She'll turn softly and call my name out loud
And she'll cry just to think I'd really leave her
Tho' time and time I try to tell her so
She just didn't know I would really go
.

http://www.youtube.com/watch?v=sJoi2QpbiF4 By the time I get to Phoenix

24 août 2008

Géographie:New Orleans,Louisiane

http://www.youtube.com/watch?v=OfxoM6trtZE    City of New Orleans

   Je vous convie amicalement à un petit périple musical dans l'Amérique que j'ai aimée.Je sais que l'on en retient souvent le pire.Je prétends que pour moi et beaucoup de baby boomers elle a souvent bouté l'ennui hors de ma vie,que ce soit avec ses cinéastes,ses musiciens et ses écrivains.

    On ne présente plus la Louisiane ni La Nouvelle Orleans qui n'en est pourtant pas la capitale. Musicalement richissime New Orleans apparaît dans des centaines de titres blues,jazz,etc... ainsi que toute sa région.Je citerai pour mémoire The witch queen of N.O., Jambalaya, Born on the bayou,Blue Bayou,sans parler de l'Ol' Man River qui fédère plusieurs états.Je vous propose la belle chanson d'Arlo,le fils de Woody Guthrie,City of New Orleans.Arlo est surtout connu pour son rôle et sa chanson dans le film du même nom Alice's Restaurant.Il était à Woodstock et Dylan,admirateur de son père Woody,lui confia dans Renaldo and Clara un petit rôle de joueur de mandoline.Personne n'a pu empêcher Johnny Cash ni Willie Nelson d'en donner leur propre version.De même que The Highwaymen,c'est à dire les deux précédents plus Waylon Jennings et Kris Kristofferson.A mon avis personne ne s'en est plaint.

The City of New Orleans
by Steve Goodman


Riding on the City of New Orleans,
Illinois Central Monday morning rail
Fifteen cars and fifteen restless riders,
Three conductors and twenty-five sacks of mail.
All along the southbound odyssey
The train pulls out at Kankakee
Rolls along past houses, farms and fields.
Passin' trains that have no names,
Freight yards full of old black men
And the graveyards of the rusted automobiles.

CHORUS:
Good morning America how are you?
Don't you know me I'm your native son,
I'm the train they call The City of New Orleans,
I'll be gone five hundred miles when the day is done.



Dealin' card games with the old men in the club car.
Penny a point ain't no one keepin' score.
Pass the paper bag that holds the bottle
Feel the wheels rumblin' 'neath the floor.
And the sons of pullman porters
And the sons of engineers
Ride their father's magic carpets made of steel.
Mothers with their babes asleep,
Are rockin' to the gentle beat
And the rhythm of the rails is all they feel.

CHORUS

Nighttime on The City of New Orleans,
Changing cars in Memphis, Tennessee.
Half way home, we'll be there by morning
Through the Mississippi darkness
Rolling down to the sea.
And all the towns and people seem
To fade into a bad dream
And the steel rails still ain't heard the news.
The conductor sings his song again,
The passengers will please refrain
This train's got the disappearing railroad blues.

Good night, America, how are you?
Don't you know me I'm your native son,
I'm the train they call The City of New Orleans,
I'll be gone five hundred miles when the day is done

  (Ces textes seront immédiatement retirés en cas de dommage.)

21 juillet 2008

La voix d'un maître

     Il existe des centaines d'enregistrements de Sinatra.Il me semble que The crooner goes to jazz est une bonne compilation.Composé des classiques de Cole Porter dont I've got you under my skin ou Night and day qu'on ne présente plus,d'autres standards comme All of me,Sweet Lorraine,Body and soul,en tout une vingtaine de titres remastérisés illustrant ce que je pense être ses meilleures années,46-56.The crooner goes to jazz rappelle si besoin en était le mélange de charisme et de détente,presque une certaine nonchalance,mais surtout l'extraordinaire feeling de cet homme qui résume si bien à lui tout seul une Histoire de l'Amérique.Mais tout cela importe peu .Quand on la chance d'avoir Monsieur Sinatra,on l'écoute. J'aime bien la scène d'un film de Melville,L'aîné des Ferchaux,ou Belmondo se bagarre au juke-box pour imposer Sinatra à des soldats américains qui finissent par lui payer un verre.La seule chose que je regrette chez Frankie,ce sont les paresseux duos qu'il enregistra à la fin de sa carrière.Il faut vous dire qu'en général je ne goûte guère cet artifice qui consiste à accoler deux personnalités pour ne faire un produit marketing. Oublions cela et écoutons-le au mieux de sa forme.

http://www.youtube.com/watch?v=X--QWXGjXfg  I've got you under my skin

http://www.youtube.com/watch?v=YF4ydh6cB10 Body and soul

Posté par EEGUAB à 20:12 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : , ,

19 juillet 2008

Méditation et désenchantement

    J'ai opté pour ce titre à la Bergman parce que j'ai trouvé dans ce livre d'un auteur peu lu en France et inconnu pour moi des résonances qui font penser au maître suédois.A commencer par ces quelques lignes sur l'âge:

      "Le sentiment d'être remisés derrière le garage,au milieu des herbes folles,avec les quatre pneus à plat et la moitiè des pièces qui manquent.Et puis aussi le courrier qu'on reçoit.Telle semaine c'est Kenneth qui entre à l'hospice dans le Queens, pratiquement aussi mort que si on venait de l'enterrer.La semaine suivante c'est Roy qui casse sa pipe à Savannah.Deux jours plus tard on apprend qu'à Princeton Dick est atteint de la maladie de Parkinson.Et maintenant c'est Tom qui vient d'entrer dans le quartier des condamnés à mort.Et jusqu'à ces carnets que je suis en train de te lire,qui nous rappellent à quel point nous sommes vieux et diminués.A nos âges chaque nouvelle est une mauvaise  nouvelle.Je n'aime pas faire la queue devant la guillotine.Je n'aime pas être convié à l'exécution de mes amis".

                   The spectator bird,très beau titre original,se présente en effet comme une réflexion amère sur le temps et la peine de vivre,de vivre cette vie finalement brève,réflexion qui me touche profondément et je crois que là encore les années ne sont pas étrangères à cela.De même que nos lectures prennent un sens différent au fil des décennies Joe se surprend à rouvrir un journal intime tenu 25 ans plus tôt lors d'un voyage au Danemark. Et,retrouvant ces lignes jetées sur ces cahiers puis oubliées, l'amertume,la tristesse, le découragement se mettent à le tenailler d'abord presque gentiment puis plus durement. Septuagénaire il a vécu avec Ruth une vie plutôt pas mal,dans un milieu intellectuel newyorkais,nanti d'amis brillants et de dîners en ville.Mais la fêlure est là comme pour nous tous,non seulement la mort de leur fils unique mais aussi les élancements d'un coeur vieillissant à l'évocation de ces souvenirs parfois d'une certaine complaisance.

      Comment ne pas être bouleversé par ce roman,très secret et sensible,qui,je crois,est en parfaite cohérence avec ses autres livres?Au moment où les jeux sont faits,quel peut être le presque ultime sursaut de l'homme,quand à travers le miroir on ne lui renvoie que l'image de cette liberté captive qui laisse chacun seul?Et comme je ne peux m'empêcher de truffer mes mots de références, mais on peut en avoir bien d'autres,je citerai une fois encore les incontournables Gens de Dublin ou Mort à Venise.La compagnie de Joyce et de Mann ne me semble pas trop déshonorante.Phébus a publié plusieurs livres de cet écrivain mort en 93.Je vous convie par ailleurs à visiter Sybilline qui a lu Wallace Stegner ce qui n'est pas si fréquent. (Stegner Wallace ).

Posté par EEGUAB à 08:54 - - Commentaires [4] - Permalien [#]
Tags : ,


27 juin 2008

Rudes riffs dans le Montana

   Avant tout l'avis d'Eireann BURKE James Lee / le boogie des rêves perdus.De toute façon un livre avec en couverture Lucille la gutare de B.B.King et un titre pareil ne peut que séduire les amis du blues ce qui fait déjà du monde.Deux potes musiciens sont sortis de taule en Louisiane et se retrouvent dans ce Montana qui nous fait rêver.Burke a situé la plupart de ses livres dans le Sud et son héros récurrent s'appelle Dave Robicheaux.Ici nous abandonnons les bayous et le jambalaya pour le Nord-Ouest cher à Jim Harrison, Thomas McGuane ou Larry Watson.Dans cet état rural aux paysages magiques la nature sait aussi rudoyer les hommes,souvent des hommes simples qui ne sont jamais si bien qu'à l'affût du coq de bruyère un matin de neige.

   Le décor planté est ainsi mûr pour la tragédie car bien que vieux de trente ans ce roman met en scène les désastres écologiques de ces forêts trouées d'industries du bois ou du papier qui polluent allégrément. Les habitants dégainent parfois un peu vite et l'amitié peine à résister à la violence toujours à fleur de peau,avec son cortège d'alcools et d'addictions.Pourtant quelques jolies scènes presque idylliques jalonnent ce bon roman très américain empli de modestes et de besogneux.La pêche à la truite est un peu l'archétype de ces respirations avec le barbecue qui pourrait s'ensuivre.Mais au Montana comme partout les réunions d'amis finissent parfois mal.Il arrive aussi que se désaccordent le piano blues et les pickings country.

    Un peu de stop et probablement un pick-up vous entraînera du côté de Missoula,sur ces collines qui lorgnent vers les Rocheuses, reste d'Amérique sauvage aux vols d'oiseaux comme Audubon les dessinait. C'est peut-être une des dernières mises en demeure.Une chose m'ennuie:ne pas avoir le vocabulaire fleuri et précis pour décrire arbres,animaux ou phénomènes naturels comme savent le faire ces auteurs boucanés par les marais de Louisiane ou le vent du Nord.

Posté par EEGUAB à 18:08 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : , ,

21 juin 2008

La fin des haricots

  La décimation(Ed.Christian Bourgois)

    Les années 1840,au Mexique,peu après Alamo.Quelques centaines de prisonniers texans tirent au sort des haricots.Un haricot noir pour neuf blancs et un malheureux sur dix sera exécuté.Avec La décimation, Rick Bass dont j'ai déjà présenté les nouvelles (Les Américains de Bass) nous offre un roman remarquable en tous points.Sur fond historique authentique,la création d'une milice de la République du Texas,oui le Texas a èté indépendant,Bass nous narre une aventure militaire, paramilitaire plutôt,particulièrement absurde.Ces hommes traversent le Rio Grande pour en découdre avec les Mexicains. Cruautés bilatérales, c'est ça qui est bien avec la guerre...On a parlé pour  ce livre de Cormac McCarthy,enfant chéri de la critique française  depuis No country...On a parlé aussi de Stephen Crane immortel auteur de The red badge of courage dont bien des blogueurs ont déjà évoqué l'intérêt.

   Cette seconde référence me semble plus évidente tant la fragilité des personnages,leur inadéquation pour la plupart avec le milieu brutal,minéral et inhumain auquel ils sont vite confrontés,nous ramène aux tourments du tout jeune soldat de la Guerre de Sécession décrit dans La charge victorieuse, titre français du film de Huston d'après Crane.Mais La décimation n'est pas un livre sur la guerre,fut-elle méconnue.C'est une longue ballade presque au sens médiéval sur la naîveté et parfois même l'angélisme de ces croisés d'un nouveau genre.On croit tous connaître l'histoire de l'Amérique sous prétexte qu'elle est courte.C'est oublier les soubresauts qui accompagnèrent la naissance et l'enfance de la jeune république.

    Lire La décimation c'est aussi plonger dans ce désert mexicain brûlant et froid,boire à l'eau des cactus, et se colleter à la gloire naissante de ces apprentis héros qui ne connaîtront en fait que les geôles d'un château de roche et l'inextinguible soif de survivre,au prix de toutes les humiliations.Mais ceci est une autre histoire,universelle et de tout temps.Vous n'oublierez pas ces hommes,dessinés au long de l'aventure par l'un d'entre eux,Charles McLaughlin,sorte de correspondant de guerre,dont les croquis témoignent de la bêtise et de la haine sous le fallacieux prétexte d'être né sur l'une ou l'autre rive du mythique Rio Grande.Rio grande dont on parle toujours à propos de frontière...

   

Posté par EEGUAB à 12:36 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : ,

06 juin 2008

Etang tragique

    Brève  critique pour ce livre pas désagréable qui nous transporte dans le Texas des années trente,sur les traces d'un tueur des bayous,et dont la jaquette évoque La nuit du chasseur.Outre que je n'ai jamais lu La nuit du chasseur même si j'ai vu le film une douzaine de fois je trouve cette assertion très exagérée.Les marécages est un polar bien ficelé,muni de tous les signaux du polar rural américain, négritude, racisme, abrutissement de la plupart des personnages, culte proche du vaudou.Relations entre blancs qui s'avèrent être noirs,descendants d'esclaves forcément innocents mais forcément soupçonnés.K.K.K comme on l'imagine et une famille où les enfants s'aventurent aux frontières du fantastique.Ce roman se lit facilement mais souffre cependant d'un très gros défaut:je n'y ai trouvé aucun suspens véritable,ce qui est quand même un comble. Pas la mondre surprise,pas trace d'étonnement.On peut le lire,on peut aussi lire autre chose sans trop de crainte d'être passé à côté d'une perle rare.

Posté par EEGUAB à 19:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,

21 mai 2008

Sudiste déception récemment atténuée

book cover of
Wise Blood
by
Flannery O'Connor

         Note laissée au brouillon et reprise aujourd'hui après avoir vu le film.On sait le Sud des U.S.A grand pourvoyeur de talents littéraires,Faulkner,Carson McCullers,Harper Lee,Erskine Caldwell, Tennessee Williams.Souvent citée Flannery O'Connor ne m'a pas vraiment emballé avec La sagesse dans le sang,aussi nommé Le Malin,dont Huston fit un film que je n'avais jamais vu.Non,le roman de Flannery O'Connor ne m'a pas emballé car je crois que le "compte à régler" qu'elle avait avec les prédicateurs n'est pas tout à fait soldé par ce livre que je considère un peu comme incomplet et surtout laissant trop peu d'espace aux protagonistes.La preuve en est qu'il m'a fallu voir l'adaptation du vieux lion Huston pour m'immerger davantage dans cette histoire qui se déroule en Georgie,mais surtout en Absurdie.

        Justement cette adaptation assez fidèle m'a plutôt réconcilié car les acteurs de Huston sont parfaits.Tous plus ou moins demeurés,escrocs minables arnaquant à l'espoir comme il en pleut là-bas,traversés par des lubies vaguement mortifiantes,une belle galerie de trognes Deep South dans sa fange.Brad Dourif,au visage triangle et au regard de furet compose un jeune prêcheur presque inquiétant.Il a la bonne idée de fonder sa propre église,celle du Christ sans Christ,où les aveugles ne voient pas,où les paralytiques ne se mettent pas à marcher et où les morts restent morts.Joli programme qui au moins ne devrait décevoir personne.Il y a d'autres prêcheurs,Harry Dean Stanton,faux aveugle,vrai gangster,Ned Beatty,grand acteur méconnu qui apporte sa rondeur à Hoover,autre allumé notoire et vénal,sans oublier John Huston en personne dans le rôle du grand -père d'Hazel,prêcheur évangélique mais peu angélique.Dans cette Amérique foutraque que j'ai plus comprise en film qu'en livre valsent ainsi tous ces déboussolés, absolument pas démodés dans l'Amérique d'aujourd'hui.Parfois loin de notre rationalisme mais faut-il le regretter?

Posté par EEGUAB à 19:40 - - Commentaires [3] - Permalien [#]
Tags : ,

20 mars 2008

Le magnat,le scénariste et le vieux chasseur

               Sous le titre français bien commercial,enfin tant pis,de Comme des loups Vanderhaeghe,écrivain canadien, nous entraîne dans une double aventure qui mêle les débuts de Hollywood et le fin de l'Ouest des pionniers. Attention ce livre n'est pas que cela,ce qui ne serait d'ailleurs déjà pas mal.Le commentaire de Richard Ford est totalement justifié. Harry,scénariste en mal de reconnaissance,ce qui est courant dans ces années vingt du cinéma,est chargé par le tycoon Damon T.Chance de recueillir les souvenirs d'un vieux chasseur.C'est l'occasion pour Harry d'essayer d'apprivoiser le vieux loup des plaines,Shorty,qui a tout connu de la grande douceur de l'Ouest et des amitiés avec les Indiens.Mais Comme des loups n'est pas un roman de plus, culpabilisant sur le massacre des bisons,des Indiens et de la nation.Cela va infiniment plus loin.Shorty finira par raconter son histoire,rude,douloureuse,presque à son corps défendant. Semblable en cela à bien des combattants il s'est longtemps muré dans le silence.Mais cinquante ans ont passé,le vieux Shorty a vivoté de ses figurations dans cette nouvelle industrie qui s'envole,le cinéma.

    Menant son récit sur deux époques Guy Vanderhaeghe,conteur fabuleux,prolixe et poète,laisse planer un court moment l'ombre de l'immense Griffith.Courbez-vous encore cinéphiles devant ce géant,frère de Hugo, Shakespeare ou Cervantes!Sans lui le cinéma serait encore au berceau et je pèse mes mots.Mais les vrais héros de ce roman restent le vieux chasseur qui se sentira trahi par l'adaptation de ses souvenirs,très vieux débat dont j'ai maintes fois parlé,Harry,Harry le modeste et l'honnête,presque broyé par Hollywood,et le nabab Chance,extraordinaire figure,brutale mais ambigüe,non pas l'archétype du producteur quasi-illettré, mais d'une rare intelligence hélas vouée à une idéologie parfois plus que douteuse qui le conduit plus près de Leni Riefenstahl que d'Upton Sinclair(pour prendre un exemple qu'on redécouvre).Chance a sa vision de l'histoire de l'Ouest,fouillée,en scope si j'ose dire, intéressante mais terriblement inhumaine,puisque qu'il finit par trouver des qualités,pas uniquement cinématographiques,aux rassemblements musclés des nouveaux empires européens,du côté de Rome en attendant mieux.Encore une fois Chance n'est pas un imbécile.Il a énormément lu les journaux intimes des conquérants du Nouveau Monde et retenu une citation essentielle dans sa concision."Aujourd'hui,déterré des pommes de terre.Tué un Indien".Impressionnant,non?

Comme des loups

    Ce livre est l'un des meilleurs que j'aie lus récemment.Ecrit en 96 ,il paraît ou reparaît,me semble-t-il,dans la fertile collection Terres d'Amérique,d'Albin Michel.A lire aussi et je vais me précipiter,La grande traversée.

Posté par EEGUAB à 19:03 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
Tags : ,