06 juin 2008

Etang tragique

    Brève  critique pour ce livre pas désagréable qui nous transporte dans le Texas des années trente,sur les traces d'un tueur des bayous,et dont la jaquette évoque La nuit du chasseur.Outre que je n'ai jamais lu La nuit du chasseur même si j'ai vu le film une douzaine de fois je trouve cette assertion très exagérée.Les marécages est un polar bien ficelé,muni de tous les signaux du polar rural américain, négritude, racisme, abrutissement de la plupart des personnages, culte proche du vaudou.Relations entre blancs qui s'avèrent être noirs,descendants d'esclaves forcément innocents mais forcément soupçonnés.K.K.K comme on l'imagine et une famille où les enfants s'aventurent aux frontières du fantastique.Ce roman se lit facilement mais souffre cependant d'un très gros défaut:je n'y ai trouvé aucun suspens véritable,ce qui est quand même un comble. Pas la mondre surprise,pas trace d'étonnement.On peut le lire,on peut aussi lire autre chose sans trop de crainte d'être passé à côté d'une perle rare.

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21 mai 2008

Sudiste déception récemment atténuée

book cover of
Wise Blood
by
Flannery O'Connor

         Note laissée au brouillon et reprise aujourd'hui après avoir vu le film.On sait le Sud des U.S.A grand pourvoyeur de talents littéraires,Faulkner,Carson McCullers,Harper Lee,Erskine Caldwell, Tennessee Williams.Souvent citée Flannery O'Connor ne m'a pas vraiment emballé avec La sagesse dans le sang,aussi nommé Le Malin,dont Huston fit un film que je n'avais jamais vu.Non,le roman de Flannery O'Connor ne m'a pas emballé car je crois que le "compte à régler" qu'elle avait avec les prédicateurs n'est pas tout à fait soldé par ce livre que je considère un peu comme incomplet et surtout laissant trop peu d'espace aux protagonistes.La preuve en est qu'il m'a fallu voir l'adaptation du vieux lion Huston pour m'immerger davantage dans cette histoire qui se déroule en Georgie,mais surtout en Absurdie.

        Justement cette adaptation assez fidèle m'a plutôt réconcilié car les acteurs de Huston sont parfaits.Tous plus ou moins demeurés,escrocs minables arnaquant à l'espoir comme il en pleut là-bas,traversés par des lubies vaguement mortifiantes,une belle galerie de trognes Deep South dans sa fange.Brad Dourif,au visage triangle et au regard de furet compose un jeune prêcheur presque inquiétant.Il a la bonne idée de fonder sa propre église,celle du Christ sans Christ,où les aveugles ne voient pas,où les paralytiques ne se mettent pas à marcher et où les morts restent morts.Joli programme qui au moins ne devrait décevoir personne.Il y a d'autres prêcheurs,Harry Dean Stanton,faux aveugle,vrai gangster,Ned Beatty,grand acteur méconnu qui apporte sa rondeur à Hoover,autre allumé notoire et vénal,sans oublier John Huston en personne dans le rôle du grand -père d'Hazel,prêcheur évangélique mais peu angélique.Dans cette Amérique foutraque que j'ai plus comprise en film qu'en livre valsent ainsi tous ces déboussolés, absolument pas démodés dans l'Amérique d'aujourd'hui.Parfois loin de notre rationalisme mais faut-il le regretter?

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20 mars 2008

Le magnat,le scénariste et le vieux chasseur

               Sous le titre français bien commercial,enfin tant pis,de Comme des loups Vanderhaeghe,écrivain canadien, nous entraîne dans une double aventure qui mêle les débuts de Hollywood et le fin de l'Ouest des pionniers. Attention ce livre n'est pas que cela,ce qui ne serait d'ailleurs déjà pas mal.Le commentaire de Richard Ford est totalement justifié. Harry,scénariste en mal de reconnaissance,ce qui est courant dans ces années vingt du cinéma,est chargé par le tycoon Damon T.Chance de recueillir les souvenirs d'un vieux chasseur.C'est l'occasion pour Harry d'essayer d'apprivoiser le vieux loup des plaines,Shorty,qui a tout connu de la grande douceur de l'Ouest et des amitiés avec les Indiens.Mais Comme des loups n'est pas un roman de plus, culpabilisant sur le massacre des bisons,des Indiens et de la nation.Cela va infiniment plus loin.Shorty finira par raconter son histoire,rude,douloureuse,presque à son corps défendant. Semblable en cela à bien des combattants il s'est longtemps muré dans le silence.Mais cinquante ans ont passé,le vieux Shorty a vivoté de ses figurations dans cette nouvelle industrie qui s'envole,le cinéma.

    Menant son récit sur deux époques Guy Vanderhaeghe,conteur fabuleux,prolixe et poète,laisse planer un court moment l'ombre de l'immense Griffith.Courbez-vous encore cinéphiles devant ce géant,frère de Hugo, Shakespeare ou Cervantes!Sans lui le cinéma serait encore au berceau et je pèse mes mots.Mais les vrais héros de ce roman restent le vieux chasseur qui se sentira trahi par l'adaptation de ses souvenirs,très vieux débat dont j'ai maintes fois parlé,Harry,Harry le modeste et l'honnête,presque broyé par Hollywood,et le nabab Chance,extraordinaire figure,brutale mais ambigüe,non pas l'archétype du producteur quasi-illettré, mais d'une rare intelligence hélas vouée à une idéologie parfois plus que douteuse qui le conduit plus près de Leni Riefenstahl que d'Upton Sinclair(pour prendre un exemple qu'on redécouvre).Chance a sa vision de l'histoire de l'Ouest,fouillée,en scope si j'ose dire, intéressante mais terriblement inhumaine,puisque qu'il finit par trouver des qualités,pas uniquement cinématographiques,aux rassemblements musclés des nouveaux empires européens,du côté de Rome en attendant mieux.Encore une fois Chance n'est pas un imbécile.Il a énormément lu les journaux intimes des conquérants du Nouveau Monde et retenu une citation essentielle dans sa concision."Aujourd'hui,déterré des pommes de terre.Tué un Indien".Impressionnant,non?

Comme des loups

    Ce livre est l'un des meilleurs que j'aie lus récemment.Ecrit en 96 ,il paraît ou reparaît,me semble-t-il,dans la fertile collection Terres d'Amérique,d'Albin Michel.A lire aussi et je vais me précipiter,La grande traversée.

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09 mars 2008

Au confluent ou triple crossover selon Thom

         L'ami Tom,ce pédagogue éclairé,cet éternel artisan de la qualité bloguesque,nous demande cette année une relation musique et livre.Alors j'ai étendu la liaison à cet excellent ménage à trois livre,disque, film.Cela donne un article des plus classiques mais si Springsteen peut faire redécouvrir Steinbeck ce ne  serait que justice.

        Bruce Springsteen,américain,ce qui n'est pas une insulte,a beaucoup lu Steinbeck.Moi aussi.Le Boss,auteur,a beaucoup vu John Ford.Moi aussi.Alors si on mélange Ford,Steinbeck,Springsteen on obtient Le fantôme de Tom Joad,bel album,un peu ardu,un peu austère sorti en 1995,nanti d'une étiquette 12 chroniques sur les oubliés de l'Amérique.On pense à Woody Guthrie évidemment. Certains pourront peut-être trouver le Boss un peu envahissant par sa propension à vouloir saisir l'Amérique entière dans sa musique.Ainsi en est-il des récentes Pete Seeger Sessions.Ce n'est pas mon avis.Springsteen est sûrement l'un des plus qualifiés pour revendiquer cet héritage.Roger McGuinn a également fait un très beau travail avec sa série Folk Den où il réinvestit des dizaines de vieux airs classiques du patrimoine,bien des chansons ayant d'ailleurs aussi été reprises par Bruce. http://www.ibiblio.org/jimmy/folkden-wp/ (un régal pour les guitaristes besogneux tentant tardivement une carrière de folk-singer).   

         Le disque commence par l'éponyme The ghost of Tom Joad,déchirante ballade faite des mots de Steinbeck,presque littéralement.Ce Springsteen là n'est pas accompagné du fringant E Street Band en entier et il est parfois seul avec sa guitare.Ces chansons pourtant écrites par lui sonnent comme les chansons des hobos des années de crise et semblent tout droit sorties de l'univers du Steinbeck des Raisins de la colère,Des souris et des hommes,En un combat douteux.Tour à tour les hauts fourneaux de Youngstown, les chicanos de Sinaloa cowboys,victimes d'acides,les pêcheurs vietnamiens de Galveston Bay.Beaucoup question de frontières(The line,Across the border),d'immigrés(The new timer).Ce disque n'est pas toujours facile d'accès et les textes sont parfois un peu comme psalmodiés rendant la compréhension peu aisée.Mais The ghost of Tom Joad rend parfaitement hommage à cette Amérique,et donne envie de lire John Steinbeck,mais aussi d'autres auteurs qui ont évoqué ces années,parfois peu connus,Edward Anderson,Nelson Algren.Comment ne pas citer aussi les photographes Walker Evans et Dorothea Lange?

http://www.youtube.com/watch?v=Cg1-0ZH0lIk The ghost of Tom Joad

   Coca-cola shack de Walker Evans.

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08 février 2008

Bible cinéphilique

A la recherche de John Ford

   

      

             

   

                 Prochainement cet ouvrage extraordinaire qui est aussi un grand bouquin sur l'histoire irlando-américaine, l'exil,la guerre,la famille,etc...Enfin pas si prochainement que ça car A la recherche de John Ford du grand Joseph McBride a autant de pages que la Bible, justement.Me voilà presque au bout de ce pavé passionnant qui ne rend pas Ford plus sympathique mais plus humain peut-être,plus humain c'est à dire plus homme.Ce livre aura déjà eu pour effet de m'empêcher de lire autre chose pendant un mois,mes loisirs étant limités.Le temps est venu maintenant d'évaluer sereinement la filmo de Ford.Pas sûr que ça lui aurait plu tant cet homme s'est évertué à jouer au mauvais coucheur et à l'interviewé désagréable et dédaigneux.A travers la bio de Joseph McBride,très fouillée,il apparaît que derrière le masque hautain et bougon pouvait apparaître(parfois) le créateur,le poète.Car John Ford a su entre les crises et les brimades,réelles,infligées à ses acteurs,et non des moindres,instiller en quelques plans des îlots de lyrisme,de poésie élégiaque et familiale.

     John Ford  reprend à son compte le célèbre adage du poète Walt Whitman "Je me contredis?Très bien,alors,je me contredis.Je suis vaste,je contiens des multitudes".Car rarement créateur aura autant divisé que Ford,adulé,vénéré,vilipendé,humilié selon les films et les époques,et parfoispar les mêmes.Il faut avoir l'honnêteté de dire que ce livre s'adresse aux lecteurs qui ont déjà vu pas mal de films de Ford, s'attardant longuement sur la genèse et les querelles qui ont accompagné beaucoup de tournages.Et,même ainsi,bien des précisions nous échappent.En fait on devrait lire ce livre lors d'un symposium de quinze jours conscré à une rétrospective du maître.Alors,bien vaines nous apparaîtraient les gloses sur le côté réactionnaire voire raciste de certains films,car les mêmes films peuvent la plupart du temps être lus à travers un prisme progressiste.Joseph McBride vous expliquera ça mieux que moi.Je vous recommande aussi chaleureusement un détour chez Inisfree grand fordien de la blogosphère.

    Il faut se rappeler que Ford c'est 55 ans de cinéma du muet aux Cheyennes et à Frontière chinoise,en passant par les films,très nombreux,produits ou réalisés par Ford pour l'Office of Strategic Services,pendant la guerre.Le vice-amiral John Ford tenait énormément à ses deux casquettes,Hollywood et la Navy.Ces deux jobs ne faisaient pas toujours bon ménage et Ford lui-même était tyrannique sur un plateau,sachant parfois larmoyer comme toutes les brutes.A la recherche de John Ford est une somme sur ce cinéaste avec ses rapports de famille,très douloureux,père pas terrible le patron,ses liens avec l'Irlande,pas simples non plus,ses attaches poilitiques curieuses alternant de la gauche à l'ultra- conservatisme. Contrairement à ce que l'on a pu croire longtemps,ce diable d'homme apparaît souvent assez antipathique mais surtout terriblement complexe.Faites-vous une idée!Il faut pour cela un peu de temps,1000 pages bien serrées.En ce moment je regarde Les sacrifiés(48).Mais il y en a tant d'autres.Et beaucoup d'humour.Terminons ainsi en souriant:lors du tournage des Deux cavaliers,en fin de carrière,dirigeant James Stewart et Richard Widmark,tous deux durs d'oreille et portant perruque cause calvitie,Ford déclara "Cinquante ans de putain de métier et j'en arrive à quoi?Diriger deux moumoutes sourdingues".So long.

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03 janvier 2008

Quand un grand chasseur défend les éléphants

               Des Racines du ciel à Chasseur blanc,coeur noir ou...comme les hommes sont complexes. Le grand, l'immense Huston,grand jusque dans ses ratages(et il y en a quelques-uns), aventurier, buveur, passionné de chasse est bien l'un des auteurs du film tiré du Goncourt de Romain Gary.Il n'est que l'un des auteurs car avec un producteur comme Darryl Zanuck difficile de cerner qui a fait quoi surtout avec un scénariste nommé Romain Gary.Peu importe le film est intéressant même s'il n'a rien à voir avec les grands Huston(Faucon,Volcan,Dublin,Homme qui voulut...).Ne pouvant atteindre à l'amplitude du roman,infiniment plus touffu,le film constitue l'un des premiers films à tendance écolo,à la mode des années cinquante, sans vrai recul sur l'état colonial de l'Afrique qui tirait alors ses dernières cartouches,métaphore un peu osée peut-être.Les racines du ciel pèche surtout par sa naïveté et je me plais à imaginer les conditions du tournage avec de grands sobres comme Huston, Flynn, Welles et Howard,peut-être installés en pays conquis mais là je suis probablemenrt mauvaise langue.Et il ne s'agit pas ici d'avoir un regard moral sur la production.Ce regard moral, justement, sera l'objet du livre de Peter Viertel et de son adaptation,quarante ans après le tournage par Clint Eastwood,Chasseur blanc,coeur noir,passionnante étude en forme de carnet de bord et de portrait de Huston sous couvert d'une fiction très documentée et très incisive.

Trevor Howard, Errol Flynn dans Les Racines du ciel

          Quid du film Les racines du ciel?Revenons à nos éléphants, héros déjà décimés en 53,date où Gary situe le roman.Il y avait beaucoup de personnages dans le livre et il fallut bien sûr tailler dans le vif.La présence d'Orson Welles au générique relève de l'escroquerie car on ne le voit presque pas.Pourtant c'est de lui que le spectateur se souvient le mieux,éternelle injustice des albatros aux ailes trop grandes.Errol Flynn joue un beau personnage alcoolique et blasé qui se redécouvre un idéal tardif et ça lui va plutôt bien.Trevor Howard est moins crédible qu'en amoureux mûr de Brève rencontre ou officier du Troisième homme.Mais la petite troupe des défenseurs de pachydermes tient assez bien la route,tous plus ou moins en fin de course et tentant une ultime renaissance.Car voilà,le monde a vieilli,et les éléphants ne sont pas la priorité absolue ni des colons,ni des gouverneurs,ni des leaders de la toute frémissante émancipation des pays africains,vous savez,ceux qui iront si vite à se transformer en potentats locaux massacreurs.Les racines du ciel fait un peu sage adaptation,moins hustonienne qu'on le voudrait,plus intéressante que les critiques l'ont dit,à mon avis.Présence de Grèco sympathique,la muse de Saint Germain étant très proche de Darryl Zanuck,mais ... cela ne nous regarde pas.

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31 octobre 2007

Se souvenir des belles choses

      L'auteur a un nom de dictateur éthiopien.Et de fait il l'est,pas dictateur mais éthiopien d'origine.Jeune écrivain arrivé  au U.S.A. à l'âge de deux ans Dinaw Mengestu fait preuve dès ce premier roman d'une maîtrise et d'une finesse remarquables.Le héros,lui-même émigré tient une modeste épicerie à Washington, sa vie est tout aussi modeste et ne semble guère offrir d'aspérités.A travers le portrait de Sépha on perçoit une étude très originale de ce curieux statut d'émigré et de son immense solitude,humble et paisible car la violence n' a pas cours chez cet homme plutôt doux et tranquille.Les grandes douleurs savent être muettes.

      On suit Sépha pendant quelques semaines aux alentours de Noel,avec ses deux seuls amis le Kenyan Kenneth et le Zaïrois Joseph,partageant leur mal du pays et leur pathétiques soirées arrosées où le jeu principal et effrayant de désarroi est de dénombrer le maximum de coups d'état en Afrique,réussis ou non.Il faut dire qu'ils s'y connaissent en dictateurs et l'humour n'est jamais absent quoique désespéré.Avez-vous remarqué ainsi que ce sont les colonels qui prennent le pouvoir,arrogants et encore un peu faméliques?Jamais les généraux,déjà ventripotents.C'est l'un des aphorismes que l'on retrouve dans cette belle histoire de l'épicier éthiopien de Logan's Circle,quartier de la capitale lui-même en déshérence avant rénovation.

    Les belles choses que porte le ciel est un livre sensiblement dérangeant,pas tonitruant ni démago,pas donneur de leçons que j'exècre,mais une musique de chambre sur la difficulté d'être ailleurs en exil de soi comme des autres.L'arrivée dans ce quartier déshérité de Judith,jeune prof blanche et de Naomi sa fille métisse changera les chose,juste un peu,ce n'est pas sûr.Ce qui l'est sûr c'est que le dictateur Mengistu,l'homme de la terreur rouge vit tranquille au Zimbabwe.Ce qui est sûr c'est que parfois Washington ressemble à Addis-Abeba,Nairobi ou Kinshasa.Ce qui est sûr c'est que "Par un pertuis rond je vis apparaître les belles choses que porte le ciel" est une belle citation de Dante qui résume la lueur qu'entrevoit Sépha le déraciné.Tout en comptant le nombre de conflits africains où meurent les enfants soldats.

   Entretien avec l'auteur sur http://www.afrik.com/article12278.html

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21 septembre 2007

Divan viennois:ainsi pleura Zarathoustra

 9782351761076

              Attention critique imminente d'un chef-d'oeuvre...Il est des livres dont on sort un peu plus intelligent.Et Nietzsche a pleuré est de ces rares livres.Il est des livres dont on sort un peu plus meurtri,un peu plus ému,un peu plus perplexe sur la nature humaine. Et Nietzsche a pleuré est de ceux-là.La nature humaine est ici prodigieusement racontée  par Irvin Yalom,psychiatre en Californie, pays qui ne compte pas que des surfers et des écervelés.Ce livre n'est pas un essai sur la psychanalyse ou le sur-moi ou je ne sais quoi,n'étant pas très ferré ni intéressé en ce domaine.Je suis par contre passionné par l'Homme,étant moi- même un homme(enfin à peu près) et ce roman explore l'âme humaine comme je ne l'ai pratiquement jamais lu.

   Irvin Yalom met en scène la rencontre entre Josef Breuer,grand médecin viennois pré-freudien et Friedrich Nietzsche.Cette rencontre n'a jamais eu lieu.Yacom est un écrivain fabuleux qui orchestre une sorte de consultation bilatérale entre le médecin et le philosophe qui concluent un pacte pour tenter de se guérir l'un l'autre.Nietzsche souffre de migraines et de nombreux troubles du comportement tandis que Breuer s'interroge sur le bien-fondé de son existence après l'échec du traitement de l'une de ses jeunes patientes.Deux mois de leur vie seront ainsi consacrés à des entretiens presque quotidiens au cours desquels les deux hommes,d'une intelligence impensable,vont descendre dans les arcanes de leur conscience et au-delà.Irracontable davantage,il faut découvrir Et Nietzsche a pleuré,sidérante plongée dans les tréfonds de l'humanité,qu'Irvin Yalom a su présenter comme une variation ludique mais bouleversante,sur une sorte de proto-psychanalyse.Je ne voudrais pas qu'on craigne un livre docte et ennuyeux car Et Nietzsche a pleuré est le contraire:une extraordinaire épopée sur le continent le plus inconnu qui soit(vous et moi en quelque sorte).

P.S.  Mon blog reste cependant sous le patronage du monsieur ci-dessous.Ceci est un clin d'oeil à mon ami Thom qui m'a trouvé des similitudes avec Bill Murray.Ce en quoi il a parfaitement raison mon moi passé se voulant référence à Bogart alors que mon moi actuel lorgne du côté d'un Bill Murray décalé,pâlot et qui ne semble pas avoir l'alcool gai.Ainsi bloguait Blogart...

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14 septembre 2007

Trois nouvelles de Chandler avec cigarettes,whisky etc...

    Parce que les écrivains comme Chandler font partie de moi,au même titre que mon saint patron Bogart,que les films noirs imbibés et que les blondes fatales de cinéma.

    Parce que ces trois nouvelles me plongent dans une Amérique en noir et blanc où les types qui se font buter le font avec élégance et que le voyage nous mène des grandes métropoles aux paisibles lacs de montagne,au long de routes pas encore trop chargées où toutes les rencontres sont possibles,bonnes fortunes ou balles perdues.

    Parce que le style de ces durs à cuire dont j'ai déjà souvent parlé est rude,âpre,sans détours et par dessus tout pétri d'humour comme cette phrase d'anthologie:Le manche en corne du couteau de chasse en saillie sous son omoplate gauche ne semblait pas le gêner du tout.

    Parce qu'il y a longtemps que la littérature noire,les Black Mask Stories,ou les histoires de détectives bien troussées font partie des Belles Lettres.Et parce que les cadavres de Chandler, Hammett, Cain,McCoy et consorts porteront à jamais pour moi de magnifiques costards tout en se foutant pas mal de leur posthume célébrité. Un peu comme Van Gogh.Tiens,c'est ça,très bon ça!Ces gars-là c'étaient des Van Gogh,des Modi...

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08 septembre 2007

Furie:titre sobre

         Et l'homme fit de l'homme une bête. Fritz Lang découvre l'Amérique.

     La foule est une hydre,entité propre,qui fait partie de l'univers de Fritz Lang dès ses films allemands. Souvenez-vous des ouvriers robotisés de Metropolis ou du tribunal de la pègre de M.Après une courte escale en France Lang tourne en 36 son premier film américain.Fury est une oeuvre d'une rigueur admirable qui ne se démodera jamais car le couple infernal crime-vengeance et le rapport mal-justice sont inhérents à l'homme qu'il soit des cavernes ou dans nos sociétés civilisées.D'ailleurs Lang en parle bien dans ce film des "civilisés".Venant de quitter l'Allemagne en pleine horreur montante Lang universalise très intelligemment une parabole sur la violence latente qui sera au coeur de plusieurs de ses films (voir billets précédents dans Cinéma des Etats-Unis).

  Spencer Tracy,qui aura toute sa vie plutôt une image de droiture est victime d'une méprise et emprisonné. Les années trente et une ambiance encore très western baignent cette intrigue.Nous ne sommes même pas dans l'erreur judiciaire mais dans la justice expéditive(Voir le beau film de W.Wellman L'étrange incident déjà chroniqué). La brutale montée de la haine des gens "bien" fait penser à d'odieux évènements contemporains du film et Fritz Lang  orchestre la partition magistralement:les "justiciers" assiègent la prison presque en chantant,sûrs de leur bon droit.L'étranger ne peut qu'être coupable et l'on s'achemine vers l'innommable de façon presque guillerette.Scènes d'hystérie,mention spéciale à quelques femmes qui viennent comme au spectacle de la guillotine.Mais le film,déjà très troublant,est loin de s'arrêter là.

     Joe Wilson n'est pas mort et toute la deuxième partie du film est consacrée à sa vengeance,menée progressivement et sans faiblesse,réfléchie,orchestrée,planifiée et pour tout dire cauchemardesque.Joe Wilson le brave type ira frôler par sa haine et son idée fixe l'horreur du comportement des accusés.Passé de l'autre côté de la ligne,mort civilement et anéanti par le basculement des valeurs de son pays cet homme sain,homo americanus de bonne foi et fidèle à l'amendement,ira aux limites de l'insoutenable et la victime finira par ressembler comme un frère à ses bourreaux.Mais veille l'amour et Lang a souhaité la rédemption. Faut-il le regretter sur le plan du cinéma?Mais bon sang,le grand pays démocratique a eu très chaud,si prompt à dégainer.En Europe dans trois ans on dégainera sérieux.

   Fury est un film implacable comme la plupart des grands films de Lang: manipulation, voyeurisme, vengeance, compromissions au programme du maître viennois.

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