04 juillet 2007

Alléniennes pensées

L'erreur est humaine

   Peu enclin à me fatiguer je vais laisser mon maître vous présenter personnellement quelques perles de son recueil dont la première partie m'a semblé moyenne.Mais quand Woody revient au cinéma,à la psychanalyse et au gangstérisme,ou les trois réunis qui s'accomodent fort bien,cela donne bien du roulis dans les zygomatiques.

   Le parapsychologue B.J.Sygmnd était un modeste Autrichien qui avait perdu pratiquement toutes les voyelles de son nom lors d'un accident de bateau.(Dentiste mystérieux à Manhattan)

   La graisse est en soi une substance ou l'essence d'une substance,voire l'Idée de la substance de cette essence.Tout le problème c'est quand elle commence à s'accumuler sur vos hanches(Ainsi mangeait Zarathoustra).

    Les tueurs en série se plaignent d'être toujours les premiers incriminés dès que trois ou quatre victimes sont tuées de la même façon.Ils souhaiteraient que ce nombre soit porté à six(Dentiste...)

    Les représentations ont commencé et l'accueil critique a été mitigé.Le Journal de l'aviculteur et Cigar Magazine ont bien aimé.Time et Newsweek ont été plus réservés qualifiant la comédie musicale de "trou noir d'une insondable bêtise"(Les infortunes d'un génie méconnu).

   Le couple est entré dans un restaurant chic.Ils ont commandé un copieux dîner au barbecue,du vin,tout le bataclan.Quand la douloureuse est arrivée ils ont essayé de payer en étiquettes à matelas(Sans foi ni matelas).

    Je connais Sam depuis ses débuts de jeune médecin légiste.A l'époque il réalisait des autopsies publiques aux mariages et aux fêtes anniversaires d'adolescents pour se payer des cigarettes(Dentiste...).

    Sur ce je vous laisse,devant mettre la dernière main à mon Histoire de l'accent circonflexe dans la littérature médiévale de Pologne Septentrionale.

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27 juin 2007

Blues

 jOHNSON

Une nuit d’été chaude et collante

Dans un bar cafardeux entouré de perdus

Le dernier ami aura pris le dernier train

Et les femmes depuis longtemps

Rendu mon coeur désert

Ce soir-là je crois que j’écrirai mon livre.

Un vieux pianiste las aux yeux gonflés

D’une ballade presque oubliée

Déchirera mon âme

Les rayons du passé brûlants comme la mort

Me feront comme des cicatrices

C’est là que,la tête heurtant les murs

Je deviendrai poète.

Et d’avoir tant roulé par les banlieues

Suintant l’infâme et l’ordinaire

Où les furtives rencontres sans un regard

N’échangent que du feu,silhouettes fantômes

Sans le souffle de vie

Je serai fatigué et j’écrirai mon blues.

Les mots viendront simplement

Ca parlera de filles dans l’autocar

Qui nous quittent tous un jour

De chiens sous la pluie pleurant une caresse

De petits matins aigres,de mauvais cafés

Attisant les vieilles peines.

D’alcools solitaires et d’ivresses moroses

De compagnons d’un soir,fugitifs,réticents

Aux vaines confidences 

Du mal d’aimer enfin,de la belle jeunesse

Des petites bassesses enfouies

De désaccords majeurs,d’une musique qui brise

Un coeur déjà fêlé

 

 

 

 

 

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02 juin 2007

Parmi ceux qui n'ont pas attendu la mode du vert

        Parmi ceux là Dan O'Brien que je lis régulièrement comme on irait en vacances une fois l'an dans le Montana,ce fameux Montana dont on nous rebat les oreilles littérairement mais il y a des harcèlements plus pénibles.Vous connaissez Jim Harrison,Thomas McGuane,Rick Bass,Larry Watson.Le magazine Lire publie ce mois un entretien avec Dan O'Brien à l'occasion de la sortie de son dernier livre Les bisons du Coeur-Brisé.  Le premier bouquin de Dan O'Brien que j'aie lu est Rites d'automne sorte d'air-movie qui décrivait le voyage dans l'Ouest d'un fauconnier,O'Brien lui-même qui est aussi ornithologue.Ce livre est devenu célèbre à la fois reportage animalier et regard sur l'Amérque éternelle,métaphore de la planète.

   Brendan Prairie sous forme romancée explore la veine intarissable des rapports de l'homme et de la nature et Dan O'Brien dans son Dakota du Sud nous entraîne dans la lutte infatigable de quelques irréductibles contre la lèpre envahissante du profit et de la laideur.Mais Dan O'Brien a vécu la véritable existence d'un éleveur en pays sioux et sait de quoi il parle.

L'esprit des collines

   L'esprit des collines raconte la traque d'un loup immense dans ce même pays des Black Hills et se présente un peu comme une Gévaudan Story qui nous plonge dans les entrailles et les secrets de ce pays indien dakota.Peurs et vieux fantasmes parsèment ce livre qui a la rigueur de l'ethnologue et le mystère du "polariste"..Au  coeur du pays a comme les trois autres été publié chez Albin Michel puis chez 10-18.On peut rajouter ses deux romans "indiens" que je n'ai pas lus,Médecine blanche pour Crazy Horse et L'agent indien.Lire Dan O'Brien c'est s'assurer une brassée de ce vent des montagnes occidentales,une sorte de  croisière entre Jeremiah Johnson et Le peuple migrateur.

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26 mai 2007

Mr.Faulkner goes to Hollywood

   

    Les grands écrivains américains sont tous passés plus ou moins par la case Hollywood.Aucun n'a marqué de son empreinte le cinéma en tant que scénariste,la plupart du temps noyés entre cocktails et corrections de leurs rares contributions par les producteurs.Ainsi William Faulkner aurait contribué à plusieurs films de John Ford(uncredited,comme on dit),ainsi qu'à l'un des films américains de Renoir,L'homme du Sud) et à d'autres productions oubliables.Par contre il est très officiellement au générique de trois films importants de Howard Hawks:Le port de l'angoisse,Le grand sommeil,La terre des Pharaons où il ne semble pas avoir été concerné davantage.Faulkner n' a jamais été un homme d'images.Cependant quelques films adaptés de son oeuvre valent largement le détour.

   

  L'intrus réalisé en 49 par Clarence Brown est un excellent constat sur la vieille culture sudiste basée sur les habitudes de justice sommaire bien ancrées dans ces comtés que Faulkner connaît si bien.Sans acteurs connus L'intrus dépeint avec conviction le lynchage et la prise de conscience de certains citoyens qui finissent par ouvrir les yeux.J'ai toujours pensé que Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur,le beau roman de Harper Lee(au cinéma Du silence et des ombres de Robert Mulligan) avait une filiation assez directe avec le roman L'intrus.

    Mis en scène avec flamme par l'immense Douglas Sirk déjà cité très récemment,La ronde de l'aube(The tarnished angels) adapté de Pylone a fait l'objet d'une remarquable analyse par le Dr.Orlof dans l'article Un et un font trois.Je vais donc lâchement vous envoyer dans son cabinet pour y lire l'essentiel sur La ronde de l'aube,auquel je souscris entièrement.

    J'aime bien Reivers de Mark Rydell,bâti autour de Steve McQueen en 1969,qui nous montre une autre facette faulknérienne,roman d'apprentissage truculent,une virée dans le Mississipi où l'on voit un adolescent apprendre la vie auprès de personnages forts en gueule et surtout libres penseurs.Titre français du livre:Les larrons.C'est un des très bons rôles de Steve McQueen,capable ici de mêler la verdeur et l'émotion,la tendresse et l'action.

  Il était par contre très difficile de rendre la complexité familiale des très touffus Le bruit et la fureur et Les feux de l'été.Martin Ritt s'y est risqué mais ces films,rarement présentés,ne parviennent qu'à peine à évoquer la moiteur du sud,physique et morale. Sanctuaire,trame plus policière,n'est pas de loin,le meilleur rôle d'Yves Montand dans la réalisation de l'anglais Tony Richardson(61) où seule surnage la très bonne prestation de Lee Remick.

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20 mai 2007

Du côté de Ruin Creek

   Je n'aime guère la manie de transformer les titres de films ou de livres pour faciliter l'accès du lecteur spectateur potentiel,forcément un peu demeuré..Je me suis souvent exprimé là-dessus.Et Le monde perdu de Joey Madden n'échappe pas  à ce diktat.Comme ça l'on est à peu près certain de rentrer dans un univers intéressant mais pas trop surprenant de l'enfance à jamais éloignée.Bref Ruin Creek est un très beau roman de David Payne,l'un des premiers je crois.L'histoire se passe dans les années cinquante puis soixante mais n'est surtout pas une clinquante reconstitution type banane et Elvis,en Caroline du Nord.

Le monde perdu de Joey Madden

   Adoptant alternativement les points de vue du père,Jimmy,de la mère,May,et du jeune fils Joey,cette chronique de l'échec annoncé d'une famille de négociants en tabac s'avère pleine de finesse,de tendresse aussi.Les grands-parents maternels du jeune Joey sont les plus proches car il y a eu mésalliance. Mésalliance!Que d'enfants fracassés en ton nom!Dans cette société américaine relativement prospère et travailleuse Jimmy va peu à peu franchir la ligne jaune et s'égarer dans l'alcool et les petites compromissions.C'est un brave type pourtant Jimmy qui subit encore sa mère possessive et s'ennuie de ses copains de basket.May voit son couple se déliter devant ses propres parents compréhensifs mais il arrive un stade où la compréhension des autres elle-même devient pesante.

    Cette famille ressemble à toutes les autres.Elle a le mérite d'exister et de représenter une aventure humaine totale car qui dira qu'il est facile de vivre,que l'on soit Joey,Papa Jimmy ou Gran'Pa Will?Le monde perdu de Joey Madden est ici publié dans le remarquable Domaine Etranger de 10/18.A noter parmi les bons moments de la famille une partie de pêche mémorable.Il faudra un jour avec des copains blogueurs que l'on se fasse une sortie pêche virtuelle avec les nombreux auteurs qui ont un jour décrit ce moment souvent privilégié de la vie de famille qui peut parfois virer à l'aigre voire au drame.

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29 avril 2007

Washington D.C(Drama City)

         Classé par le mensuel Lire parmi les meilleurs auteurs américains de polars j'ai bien aimé sans plus Drama City de George Pelecanos.Il faut bien dire que la littérature policière,très attrayante par ailleurs,finit tout de même par tourner un peu en rond.C'est pourquoi je n'en lis pas trop souvent.

          Néanmoins l'intrigue ourdie par Pelecanos se laisse goûter.Je crois que le principal intérêt de Drama City tient à sa géographie.L'action se passe à Washington,plus rarement visitée par le roman noir que New York, L.A. ou Chicago.Les notes de Pelecanos sont précises et la ville est quadrillée par l'auteur comme un plan dans un commissariat.Noms de rues, marques des voitures, qualités des stupéfiants,Pelecanos est à l'évidence bien documenté. L'autre surprise me semble être la fonction des deux personnages principaux,pas des flics mais des fonctionnaires de l'ordre cependant.Lorenzo travaille pour une société protectrice des animaux et Rachel est chargée du suivi des délinquants en conditionnelle.On s'en doute, bien du travail pour tous les deux entre combats clandestins de chiens et trafics divers qui font de Washington,D.C. une capitale fédérale certes mais aussi criminelle.

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21 avril 2007

Pelé,galeux,mal élevé,génial

Le polar américain     Je lis assez peu d'essais mais celui-ci m'a tenté et je ne regrette pas car au delà du côté savant et universitaire de la thèse j'ai senti le bitume sous mes chaussures,respiré les effluves des blondes fatales,et coiffé le feutre pour me fondre dans la jungle urbaine. Benoît Tadié,par ailleurs traducteur de Gens de Dublin dont on vient de parler,est maître de conférences en littérature anglaise et américaine.Il y a comme ça de bien beaux métiers...

    L'auteur replace dans leur contexte les différentes moutures du polar américain.N'étant pas un exégète je ne me risquerai pas à gloser là-dessus.Mais ce livre se lit bien.Tadié n'oublie rien.Il marque d'abord comment ce roman noir s'est rapidement affranchi des énigmes type Sherlock Holmes de la vieille Angleterre,souvent passionnantes mais loin du terrain.C'est alors l'invention de l'américain,une nouvelle langue qui a brisé les chaînes jusque là imposées par Shakespeare et Daniel de Foe.Plus près du peuple,voire de la lie,cette nouvelle approche sera celle des grands,des durs à cuire, Hammett, McCoy, Chandler,Cain,Burnett et beaucoup d'autres que Tadié nous encourage à découvrir.

   C'est évidemment un regard sur l'histoire de l'Amérique avec le rôle très important des deux guerres avec leur lot de déracinés,blessés,alcoolique,etc...Crucial s'avère aussi le mythe de l'Ouest et de la frontière avec l'idéalisation du passé et de la campagne vierge qui s'oppose à la ville corruptrice,refrain bien connu des polars et des films adaptés.Benoît Tadié inclut dans cette somme des auteurs dits nobles comme Faulkner,Hemingway et même de plus anciens comme Melville ou Hawthorne.Il sait bien nous faire comprendre que la différence est très ténue,disparue maintenant entre certains auteurs de séries noires et les classiques.Et le polar américain est en fait une aventure continue depuis les pélerins du Mayflower jusqu'à nos jours.Il insiste également sur la Bible,toujours de mise en Amérique,et nous rappelle que s'il y a de la Bible dans le Polar,il y a aussi du Polar dans la Bible:adultères, fratricides, trahisons,ivresses,fils indignes et la première femme fatale,Eve.

  Le polar américain,la modernité et le mal se lit presque comme un thriller et sa grande qualité est de donner envie de lire,de lire encore et toujours.Le polar,tempo de jazz, couleur whisky,découpage ciné,c'est vraiment pas ce que les Américains ont fait de pire.

  De haut en bas les méconnus Davis Grubb et Armitage Trail,auteurs de La nuit du chasseur et de Scarface dont on oublie volontiers l'origine littéraire.Et David Goodis,lui aussi bien servi par le cinéma(Tirez sur le pianiste,La lune dans le caniveau).

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18 avril 2007

Les enfants au Vietnam

      Préjugé favorable,la collection Terres d'Amérique ne m'ayant jamais déçu.En cours,le préjugé favorable se confirme.David Bergen,écrivain canadien,nous donne avec Un passé envahi d'ombres un très grand roman sur le Vietnam,se déroulant trente ans après la fin de la guerre.Livre dans le livre Un passé envahi d'ombres est en fait le titre d'un récit écrit par un déserteur nord-vietnamien que Charles Boatman découvrira par hasard dans sa solitude de Colombie Britannique.Boatman tente depuis trente ans d'oublier ou au moins de calmer son cauchemar d'Indochine et son geste ignoble.Mais au Vietnam comme ailleurs l'ignoble touche souvent au sublime et la vie d'après n'a rien de facile.Rien de facile en Amérique mais rien de facile non plus dans ce Vietnam en proie à la pauvreté qui suit la guerre et à la perte d'identité de tout un peuple.

   Les enfants au Vietnam ce sont Jon et Ada,partis à la recherche de leur père de retour au Vietnam pour replonger dans ce passé,s'y confronter,l'exorciser ou peut-être l'expier.Dans Da-Nang méconnaissable aux yeux de Charles dont l'image s'évanouit Jon s'enfonce dans la nuit vietnamienne baroque et incompréhensible alors qu'Ada frôle la vérité,douloureuse mais qu'un artiste sensible l'aidera à appréhender. C'est toujours la guerre quelque part,au moins dans les âmes tourmentées des enfants du G.I. meurtri.

   Ce bouquin est passionnant de bout en bout.Et Bergen rejoint l'impressionnante cohorte d'écrivains nord-américains dont je vous parle si souvent.J'ai très envie de lire les deux premiers romans de David Bergen,Une année dans la vie de Johnny Fehr et Juste avant l'aube.L'ami Eireann les a chroniqués déjà et je vous conseille de passer le voir. http://eireann561.canalblog.com/archives/2006/05/18/1904946.html

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31 mars 2007

Tourbillon dans le Sud

     Moins connu et plus tardif que ses deux plus grands succès Les fous du roi et L'esclave libre tous deux portés à l'écran Un endroit où aller virevolte dans le Sud américain,cette terre qui colle à l'oeuvre de Robert Penn Warren(1905-1989).Mais le Sud de Warren ne suffit pas à son héros en tant que pays natal.Il agit au long de la vie de Jed Tewksbury comme un personnage récurrent à part entière.Parti d'une misérable bourgade d'Alabama il deviendra un brillant universitaire cotoyant le beau monde et Rozelle,l'amour de sa vie,qu'il retrouvera à plusieurs reprises.

   Il ya de très beaux passages dans Un endroit où aller,parfois drôlatiques quand Jed se remémore la mort rocambolesque et grotesque de son père.Parfois émouvants:les lettres laborieuses de sa mère qui lui avait ordonné de quitter ce bled de Dugton,au risque de ne jamais le revoir.La guerre en Italie,l'université de Chicago,les amours compulsives avec Rozelle,la naissance de son fils parsèment la progression de Jed dans cette "vita americana" que le lecteur peine quelquefois à bien pénétrer.C'est que la Terre d'Amérique cèle toujours une part d'elle-même à des yeux européens.

   C'est l'un des derniers livres de Robert Penn Warren et il aurait gagné,me semble-t-il,à être un peu resserré.Une grande plume américaine parmi tant d'autres.C'est aussi ça l'Amérique,foisonnante et,quand il s'agit d'auteurs de cette trempe,pas loin d'être au meilleur de sa forme.Penn Warren est aussi un très grand poète deux fois Prix Pullitzer.

   

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03 mars 2007

A mi-chemin du paradis

   Sam Shepard fait partie de ces nombreux Américains qui vous réconcilient avec leur pays.Dans cet immense territoire bien des voix s'élèvent avec courage et talent pour décrire un autre Amérique,la leur et celle que j'aime tant.Shepard a tout fait.Bref passage dans le groupe folk-rock Holy Modal Rounders(période hippie),scénariste de Michelangelo Antonioni pour Zabriskie Point,un brin fumeux,de Wim Wenders pour Paris,Texas entre autres,et de Bob Dylan pour son unique réalisation Renaldo and Clara.Dramaturge(Fool for love,L'Ouest,le vrai) et lui-même metteur en scène occasionnel.Acteur sur des films pas toujours géniaux mais aussi sur L'étoffe des héros ou Les moissons du ciel il est aussi un nouvelliste très fin dont voici deux recueils en 10/18.

   Balades au paradis se compose de textes pour la plupart courts et l'on y croise les ombres de Duke Ellington,Gary Cooper,Spencer Tracy sur un rythme un peu syncopé qui s'apparente au jazz et à la culture américaine avec ses cowboys égarés,ses motels interchangeables,ses miles d'autoroute et ses petits désespoirs ordinaires.Féru d'Europe comme pas mal d'intellos de là-bas Sam Shepard a intitulé une de ses nouvelles Un hommage à Céline.Dans le recueil suivant A mi-chemin l'une se nommera C'était pas Proust

  Dans A mi-chemin (Joli titre original:Great dream of heaven) que je viens de terminer d'autres héros très quotidiens essaient d'échapper à leur grisaille en s'intéressant aux courses hippiques,en tentant au téléphone de renouer le  fil de leurs amours démolies,en lutinant gentiment une serveuse de restaurant.Sam Shepard se balade parmi ces gens modestes et terrifiés à l'idée du temps qui passe,de leurs enfants en partance,de la tempête sur leur caravane,de pensions aux ex.Dans ce grand pays de longs rubans d'asphalte et de rêves à construire avant que de pleurer il y a une littérature fabuleuse,encore largement ignorée.Je la défends depuis toujours.

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