11 septembre 2012

Lycanthropicardie

 DUMAS

                 Le meneur de loups nous entraîne dans les forêts d'enfance d'Alexandre Dumas.Du côté de Villers-Cotterets au XVIIIème Siècle, Thibault,un modeste sabotier un peu trop envieux va vivre pendant juste une année une malédiction,assez proche de celle de Faust.Un soir, un loup noir se présente à lui et lui propose un pacte : la possibilité de faire des voeux, à condition qu'à chaque voeu, un peu de sa chevelure change de couleur.Son pouvoir sera immense.Il pourra se venger des humiliations du lieutenant de louveterie,devenir riche, épouser la charmante Aignelette.Mais à pactiser avec le Diable on risque gros et Thibault sera conduit à la surenchère,voyant ses souhaits exaucés mais aussi dévoyés.Ses amours,ses rêves de puissance et de conquête vont lui échapper de bien lupine façon.

dUMAS

           La forêt de Retz,Dumas l'a arpentée en ses tendres années,né en à Villers-Cotterets en 1802.Ecrit en 1857,Le meneur de loups est une incursion dumasienne dans le conte fantastique,assez rare dans sa prolifique bibliographie.L'auteur narre cette histoire à travers le garde-chasse Mocquet qui l'aurait-lui même dite au jeune Dumas de quinze ans.On comprend très vite que le défaut majeur de Thibault,cette envie maladive,deviendra une véritable haine du genre humain et finira par le briser dans ses lubies d'ascension sociale.Mais le récit est bien mené,comme la meute, non sans drôlerie.Comme je l'ai vu sur plusieurs notes il serait intéressant de lire Le meneur de loups en pleine forêt de Retz,Dumas ayant soigné la toponymie,très fidèle à la belle Picardie du Sud,verte, ombrageuse et propice à courre...le cerf,le loup et le sabotier.

         En 2002,bicentenaire oblige, on a déplacé le tombeau d'Alexandre au Panthéon.Je l'aimais mieux dans son pays d'Ourcq.Mais les Amis d'Alex l'ont plébiscité.Pourquoi ne pas réunir tous les grands écrivains en un seul lieu? Et ainsi " jacobiniser" davantage notre pays en une sorte de Père Lachaise Litterary Land.

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20 mai 2012

La leçon de Twixt


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            Coppola a cessé les budgets pharaoniques depuis quelques années et se fait plaisir et nous fait plaisir. Twixt est un beau film qui revisite une Amérique très province,une petite ville où un auteur de polar en perte de vitesse et la bouteille facile fera une étrange rencontre et sera aidé par Edgar Poe en chair en en os.Il faut dire que Twixt revendique les influences de la littérature et du cinéma américain. Outre Poe en personne Roger Corman et Stephen King sont de la partie.Et en toute cohérence le traducteur français d'Edgar Poe est lui même carrément cité.Il s'appelle Charles Baudelaire.J'oubliais,le héros se nomme Hall Baltimore,comme la grande ville du Maryland où Poe est mort.

               Val Kilmer n'a jamais cassé la baraque.J'aime The Doors,j'ai donc logiquement détesté The Doors.Il a pris de l'âge,du poids,du volume.Je le trouve plutôt crédible dans ce rôle d'écrivain sur le retour au public clairsemé. L'architecture de cette petite ville sans âge est très réussie.Notamment le beffroi,lorgnant un peu sur Les sept cadrans d'Agatha Christie.Hall Baltimore, relégué dans la quincaillerie,il n'existe plus de librairie,ne signe pas les livres que personne ne lui demande.Mais le shériff Bobby LaGrange,un nom de redneck fanatique de ZZ Top, lui, propose d'écrire une histoire à quatre mains.

           Le soir même, il rencontre, en rêve, l’énigmatique fantôme d’une adolescente prénommée V. Il soupçonne un rapport entre V et le meurtre commis en ville, mais il décèle également dans cette histoire un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui. Coppola,ravi de tenir en sept semaines des films peu coûteux,semble rajeunir. Culpabilité est souvent maître mot chez lui.A travers cette fiction épouvante pas toujours sérieuse c'est son propre passé qu'il interroge avec esprit,avec foi.Son fils Giancarlo est mort en 1986 et la quête en est forcémement marquée.Différents niveaux, rêves, éthylisme, souvenirs nous égarent un peu et c'est très bien comme ça.Mais manifestement si Francis Ford Coppola habite un de ses films c'est Twixt.

          Revoir Bruce Dern bien vieilli dans le rôle trouble de Bobby LaGrange,si, longtemps après Retour,Gatsby le magnifique,On achève bien les chevaux,m'a fait plaisir.Tom Waits en narrateur ne gâte rien,on s'en doute. Dasola y a vu l'ombre de Washington Irving et Tim Burton,voire de David Lynch version Est. Neil insiste sur les couleurs.Ceci prouve la richesse d'échos de ce Twixt. 

Neil  http://lecinedeneil.over-blog.com/article-twixt-2012-francis-ford-coppola-101551295.html

Dasola     http://dasola.canalblog.com/archives/2012/04/26/24099955.html 


Francis Ford Coppola s'inspire de sa vie pour Twixt

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08 mai 2010

Onirique qui mal y pense

   

                                        

           Mes souvenirs d'Edgar Poe sont estudiantins, antédiluviens.La chute de la maison Usher,mêlée à quelques éléménts du Portrait ovale ont fourni à Jean Epstein la matière à un bien beau film en 1928.J'ignorais Epstein et l'ami Nightswimming chroniquant Finis Terrae m'a donné envie d'en savoir un peu plus.Assisté d'un jeune Espagnol nommé Luis Bunuel Epstein nous offre un poème d'une grande richesse plastique qui ne cède en rien aux clichés d'un fantastique trop codé.Théoricien du cinéma,ses rencontres avec Cendrars,Gance,Germaine Dulac,sa collaboration avec Delluc,sa passion de la littérature (Balzac,Sand,Daudet furent adaptés par lui),et son intérêt pour le documentaire ont fait de Jean Epstein un créateur indéfinissable dont il faudrait sérieusement revoir l'essentiel,ou ce qu'il en reste.

         Comme le veut la tradition familiale Roderick Usher dans son manoir peint son épouse Madeline mais celle-ci dépérit quand le portrait prend vie.Oscar Wilde probablement s'en souviendra.Aux confins de la vie et de la mort Epstein utilise magnifiquement le ralenti,ce qui ne fera pas école hélas. Songe ,crypte, tissu de fils envoûtants d'étangs et de frondaisons,il me semble que les arbres de La chute... sont les plus beaux qu'il m'ait été donné de voir.Encensé par bien des critiques le film n'aura jamais l'aval du public mais le lui a-t-on vraiment jamais proposé,au public?

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